‹ L'hypertonie artérielle maligne aiguë des jeunesChapitre 8 sur 53 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il nous a été donné d’assister à l’évolution d’une hypertension suraiguë aboutissant à la mort du malade en quelques mois. Elle a entraîné chez lui une déchéance de l’appareil cardio-rénal extrêmement rapide.

L'observation que nous rapportons, avec le compte rendu des examens histologiques, provient du service du professeur ABRAMI (ainsi que les deux obser-

vations qui lui font suite) : malheureusement, pour ces dernières, il n’a pu être pratiqué d'examen anatomique.

= Depuis longtemps, surtout depuis les travaux de VoLHaRD et FAHR (1914), on s’est intéressé à toute une série de cas d’hypertension grave : les néphroscléroses malignes, auxquelles on donne actuellement le nom plus général d’hypertension maligne ().

A la suite de ces travaux, l’école allemande s’est emparée du problème, suivie bientôt par l’école américaine à qui l’on doit la plupart des publications de ces dernières années.

(1) Nous emploierons au cours de cet exposé les termes d’hypertension maligne, néphroangiosclérose maligne, sclérose maligne, hypertonie artérielle maligne avec le même sens.

DE te

En France, OBERLING, FAVRE et LEVRAT, au point de vue anatomique, RisER, CHABANIER et LOBO-ONELL, DOUMER, LANGERON, au point de vue clinique, se sont intéressés à la question de ces hypertensions malignes.

On a été ainsi amené à la définition d’une hypertension aux caractères cliniques et anatomiques très particuliers. Ces dernières années, à la suite des travaux de GOLDBLATT, on a été même jusqu’à en tenter la reproduction expérimentale. | |

Les observations que nous allons rapporter rentrent-elles dans le cadre de cette affection ? Tel est l’objet de notre étude. Aussi, essaierons-nous, après leur relation, de faire le point de ce qu’il est convenu d'appeler rnéphro-angiosclérose maligne, ou suivant le terme consacré, bien qu'imparfait, depuis les travaux de KEITH, WAGENER, KERNOHAN : hypertension maligne.

Nous tâcherons ensuite de faire ressortir les points qui rapprochent ou éloignent ce qui est généralement

décrit et ce que nous avons observé.

M. H.… Emile, polisseur, âgé de 39 ans, est entré dans le service du professeur Abrami le 27 janvier 1941, pour de la fatigue, de l’'amaigrissement et de la dyspnée d’effort.

Le début des troubles cliniques remonte au mois d'août 1940. Déjà, peut-être, depuis quelques temps, avait-il remarqué une fatigabilité un peu plus grande qu’à l’ordinaire et de l’amaigrissement.

Il ne s’en inquiéta pas outre mesure ; il était en effet mobilisé et avait de sérieuses raisons de fatigue et d’amaigrissement.

C’est seulement au mois d'août, qu’il commence à s'inquiéter devant la progressivité et l’absence d’amélioration de ces symptômes. {

L’amaigrissement s’est en effet accentué, la fatigue persiste. Une céphalée, surtout matinale et siégeant dans la région frontale, apparaît bientôt, à laquelle s'ajoute de la dyspnée d'effort que déclenchent des iravaux de moins en moins pénibles.

À la dyspnée d'effort, se surajoute de la dyspnée de décubitus. Le malade est obligé de s’aliter définiiivement vers le mois de décembre 1940.

Il entre à l’hôpital à la fin du mois de janvier 1941. ;

Rien de particulier à noter dans ses antécédents; fi n’a pas eu la scarlatine, il n’était pas sujet aux an-

gines à répétition ni aux infections rhino-pharyngées.

Il ne présente pas de stigmates de spécificité ; on ne lui a jamais trouvé d’albumine dans les urines, pas plus à la visite d’incorporation qu’au moment de la revaccination antitypho-paratyphique, qu’il a subie pendant la guerre.

Examen fait à Broussais le 27 janvier 1941.

Le malade présente une pâleur cyanique qui s’accompagne d’un état assez particulier de bouffissure du visage. Rs

Il est très dyspnéique. Cette dyspnée permanente s’est installée récemment, il y a moins d'un mois ; elle provoque l’insomnie.

Le pouls est rapide, régulier, bat à 92.

La palpation des artères radiales les montre tendues, dures, droites ; on les sent bien plus haut que la gouttière radiale, tant l’amaigrissement du malade facilite leur palpation au niveau de l’avant-bras.

‘Il n'existe aucun œdème apparent.

Le cœur paraît énorme :

La pointe bat dans le sixième espace intercostal ; elle est déviée de 4 à 5 cm. vers la gauche.

Le deuxième bruit est clangoreux ; il existe un bruit de galop. Le rythme est régulier.

La tension artérielle est de 24-15.

C’est il y a quatre mois seulement que sa tension a été prise pour la première fois.

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