DuPKAT. Loco cit., p. ig/i
3l2 HYPNOTISME ET SUGGESTION
niot est synonyme d' a acquisition figée », de « cliché photographique » ou de « chose dans un récipient ». Je veux bien, si c'est plus correct, appeler cela « une virtualité que Ton peut actualiser » ou une a représentation en puissance » ou dire que « certaines actions sont comme en puissance chez un sujet dès que la suggestion en a introduit dans son esprit la conception plus ou moins vive ».
Tout ce que je tiens à conserver et à dire, c'est que, hors de la conscience, hors du centre 0, il y a des impressions déposées dans le polygone, dont O ne se doute pas, qui restent là un temps souvent fort long et qui ont la virtualité de passer, un jour donné, à l'acte.
Cette virtualité qui peut à un moment donné s'actualiser n'est pas une nouveauté en physiologie : l'hypnotisme la révèle avec plus d'intensité et de clarté ; mais ce n'est pas la seule circonstance dans laquelle on l'observe.
Au fond il y a là une espèce de repérage \
Dans la vie physiologique ces repérages sont très fréquents. Non seulement nous nous éveillons souvent à l'heure que nous désirons, mais encore nous savons ce que nous avons à faire à tel jour de la semaine ou à telle date et automatiquement, polygonalement, nous l'exécutons. On va à un marché, à une foire ou à un cours à un jour donné ; on fait maigre ou on va à la messe ou au temple tel autre jour ^.
1. Voir BiNET. Les altérations de la personnalité, p. 259. — C'est ce que Wundt (loco cit., p. 109) appelle « association mnémonique » et « indice mnémonique. »
2. « Nous remarquons encore assez fréquemment que les événements, qui semblent être, sortis complètement de notre
ÉTUDE ANALYTIQUE DES SUGGESTIONS 3l3
Donc, le polygone a, dans sa vie physiologique commune avec 0, une vie propre organisée de telle sorte que quand un point de repère donné se présente (samedi ou i3 du mois), il lance par là même l'organisme dans une voie et vers un but donné sans que 0 ait à intervenir.
Tous les actes habituels rentrent dans cette catégorie et la vue du calendrier par le polygone aidera souvent puissamment la mémoire défaillante de 0.
Dans la suggestion à longue échéance il se passe quelque chose d'analogue pendant cette période physiologique qui sépare le moment oii finit l'hypnose et le moment oi!i est exécutée la suggestion.
Voilà un premier élément psychique de cette période intercalaire : la présence dans le polygone d'une impression, déposée pendant l'hypnose, restant inconnue de 0 et susce^itible de s'actualiser à un moment donné.
Ce moment de l'actualisation fixé pendant Thypnose au moment de la suggestion peut être révélé par un point de repère indiqué par l'hypnotiseur ; quand vous verrez tel objet, vous ferez telle chose.
C'est le cas simple, facile, qui ne nécessite pas une grande analyse psychologique : nous ne nous y arrêtons pas.
Mais, dans d'autres cas, l'hypnotiseur fixe simplement au sujet (en hypnose) le jour et l'heure où devra s'exécuter la suggestion. Dans ces cas, le polygone
mémoire, réapparaissent soudain et d'une façon surprenante au retour d'un état de conscience analogue. » (Wundt. Loco cit., p. ii3.)
Grasskt. (^'' odit.) i8
3l/| tnPNOTtSMK KT SUGGESTION
n'a pas seulement à conserver son impression jusqu'à la rencontre du point de repère ; il faut qu'il trouve en lui-même les éléments de son déclanchement au moment voulu .
En d'autres termes, il faut alors que le polygone compte le temps qui s'écoule à partir de la fin de l'hypnose afin de savoir le moment oii il devra faire passer son impression de la puissance à l'acte.
Voilà un élément psychique de cette môme période intermédiaire qui a été très étudié et qui est réellement important.
La durée de cette période pendant laquelle le polygone a su compter le temps a été étendue d'une manière très variable et dans de fortes proportions.
Dans nos expériences sur F, les deux échéances les plus longues ont été, l'une de 4 2 jours (26 septembre au 6 novembre), l'autre de 43 jours (18 janvier au !'■'" mars). Mais ces chiffres ont été bien dépassés.
Beunheim ^ cite un cas avec une durée de 63 jours (2 août au 3 octobre), Beaunis un avec une durée de 172 jours et Liégeois un avec une durée d'un an.
Mais, comme le dit fort bien Binet", a cette variante, qui prouve simplement la ténacité de la mémoire du sujet, ne complique pas beaucoup la suggestion et il est aussi difficile de comprendre comment le sujet se rappelle l'échéance de quinze jours que celle d'une année entière » .