‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 113 sur 218 · I. Beknueim. De la suggestion, etc., p. 219 et suiv · texte numérisé non relu

I. Beknueim. De la suggestion, etc., p. 219 et suiv

3l6 HYPNOTISME ET SUGGESTION

confirme dans son idée de ne pas l'oublier et de la réaliser au monnent voulu, comme le dormeur normal dans l'idée de ne pas manquer l'heure du réveil. Cette idée est alors chez le somnambule parfaitement consciente. Seulement, quand il cesse de se concentrer, quand nous lui parlons, quand nous appelons de nouveau son activité nerveuse au dehors, nous le remettons en pleine possession de lui, nous lui rendons son état de conscience normal, comme quand nous disons à l'enfant d'ouvrir les yeux et de regarder au dehors avec son cerveau. La concentration n'existe plus ; le souvenir est de nouveau éteint ou latent ; et, au moment où le somnambule a accompli l'acte suggéré, il croit de très bonne foi que l'idée est fraîchement éclose, spontanément éclose dans son cerveau ; // ne se somnent plus qu'il s'en est souvenu. »

Certes voilà une manière de voir qui semble être complètement opposée à celle qui est développée dans tout ce livre.

Et de fait il combat absolument l'idée de Beaunis qui voudrait voir dans ces faits des phénomènes de cérébration inconsciente et dit : « il y a des idées latentes ; il n'y a pas d'idées inconscientes. »

Un. aussi gros désaccord ne peut pas exister, sans un malentendu de mots, avec un observateur comme Bernhetm.

Et en effet, Bernhejm admet (page 2 1 2) qu' « à l'état de veille, la partie active et raisonnante du cerveau, appelons-la pour fixer nos idées, mais sans attacher à cette expression une signification anatomique précise, étage supérieur du cerveau, cette partie, disje, intervient et contrôle ; elle modère ou neutralise

ÉTUDE \>ALYT1QIIE DES SUGGESTIONS 3l']

la partie Imaginative ou automatique, appelons celleci étage inférieur du cerveau. Dans le sommeil cette influence cesse : l'étage supérieur du cerveau est engourdi ; l'activité cérébrale est concentrée sur les centres d'imagination et automatiques ; autrement dit le contrôle intellectuel est diminué. » Et il admet avec Durand de Gros et Liéreault que « pendant le sommeil, toute ou presque toute l'activité cérébrale, toute la force nerveuse, si l'on veut, absente dans l'étage supérieur (facultés de contrôle) est concentrée dans l'étage inférieur (centres automatiques) ».

Nous voilà de nouveau bien rapprochés. Car cet étage supérieur est 0 et l'étage inférieur le polygone.

Où est donc le malentendu ? dans le mot conscience, dans le sens à donner à ce mot.

Avec Janet j'appelle conscients les phénomènes de 0, tandis que les phénomènes polygonaux sont subconscients. Bernueim appelle au contraire conscients et les phénomènes de 0 et les phénomènes polygonaux.

Seulement, et c'est par là que nous nous rapprochons tout à fait, Bernheim admet des états de conscience divers. Pendant le sommeil, dit-il, c'est un autre état de conscience que dans l'état de veille (p. 22 1). De même, nous l'avons vu parler de conscience somnambulique .

Ces états de conscience « autres » ou « somnambuliques )) voilà ce que nous appelons la subconscience, la conscience polygonale.

Donc, nous faisons, les uns et les autres, la difl'é-

3l8 HYP>OTIS\IE ET SUGGESTION

rence entre les phénomènes de 0 et les phénomènes polygonaux. Laissons ce mot conscience qui prête trop à confusion et la théorie de Bernheim, très légèrement adaptée, ne sera en rien contradictoire à nos propres idées.

Pendant l'état intermédiaire de veille, le polygone garde la mémoire de la suggestion ; de temps en temps, cette mémoire s'entretient par des réminiscences passagères : le souvenir revient dans la conscience, mais pas dans la conscience de 0 où il n'a jamais été, mais dans cette « autre conscience », cette « conscience somnambulique », cette conscience du sommeil, qui n'est autre que la conscience polygonale ^ .

Et c'est ainsi que le polygone compte le temps qui le sépare de l'heure de la réalisation : il le compte inconsciemment pour O, consciemment pour le polygone, si on admet une sorte de conscience polygonale, comme il y a une mémoire polygonale distincte de la mémoire de 0 ^

Je ne répète pas que ce sont toujours les idées de Pierre Janet que je développe et applique ^

Ajoutons, en terminant ce paragraphe, qu'il ne faut pas avoir la prétention d'avoir trouvé l'explica-

1. Ce qui le prouve encore c'est que (Berînheim l'a très bien vu) ce n'est pas seulement dans des hypnoses nouA'elles que se représentent à l'esprit ces souvenirs de suggestion oubliés à l'état de veille, mais dans le sommeil, dans le rêve, dans tous les cas de désagrégation suspolygonale.

2. Si on parvenait à se bien entendre sur le fond des Idées, je crois qu'il vaudrait mieux abandonner le mot conscience pour les phénomènes polygonaux et le réserver aux phénomènes de O.

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