I. Voir, dans le Compte rendu du Congrès : Llygd-Tuckey
p. 169; TOKARSKY, p. 178; ArIE DE JONG, p. I78; StADEL-
MANN, p. i85 ; Bkkillon, p. 177 et i88. — Pour le tabac, voir: Revue de l'hypnot., t. II, 1888, p. 220.
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Contre cette impulsion Thypnotisme a rendu de grands services. Par quel mécanisme?
Nous retrouvons ici une interprétation que nous avons eu à combattre déjà plus haut.
Pour beaucoup d'auteurs, la volonté est défaillante chez le morphinomane ou chez l'alcoolique et l'hypnotisme fortifie cette volonté du sujet. Berillon appelle son procédé une méthode de « rééducation systématique de la volonté » et Lloyd Tucrey écrit : u II n'y a pas à douter que la faculté de vouloir peut être énormément augmentée par la suggestion hypnotique et très souvent nous pouvons la fortifier chez nos malades à un tel point que, après un court traitement, ils peuvent résister à des tentations auxquelles ils auraient certainement succombé avant le traitement. Quelques personnes parlent encore contre l'hypnotisme comme affaiblissant la faculté de volonté, mais ces cas prouvent la fausseté de cette assertion. »
Là encore il y a un malentendu de mots. Il est bien évident qu'en fait, dans ces cas heureux, la volonté, vaincue par l'impulsion avant l'hypnotisme, triomphe au contraire de l'impulsion après l'hypnotisme.
Mais ce résultat de fait peut être produit par deux mécanismes : l'exaltation de la faculté de volonté ou l'affaiblissement de l'idée morbide impulsive.
La psychothérapie peut, suivant les cas, agir par l'un ou l'autre de ces mécanismes ; mais l'hypnotisme ne peut agir que par le second.
Je ne peux pas renouveler l'argumentation déjà développée. Mais je crois avoir démontré que l'hypnotisme ne peut pas exalter la volonté vraie, supé-
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rieure, de 0 ; mais peut très bien diminuer et supprimer une idée polygonale morbide comme Thabitude ou le besoin de boire ou de se piquer à la morphine.
On peut s'adresser à 0, mais alors c'est en dehors de toute hypnose par l'enseignement, le développement du sens moral, les bonnes lectures, les conversations... Tout cela est de la psychothérapie, mais ce n'est pas de l'hypnotisme (Voir plus haut p. 38o).
Donc, l'hypnotisme doit être employé dans un certain nombre de cas d'alcoolisme, de morphinisme, de dipsomanie, de toxicomanie...; non pour exalter la volonté du sujet, mais pour supprimer le trouble polygonal morbide qui empêche sa volonté de s'exercer régulièrement.
Un mot, en finissant ce paragraphe, sur les procédés employés dans ces cas.
Voici le procédé de ToRARSKYpour l'alcoolisme: « On hypnotise le malade dans l'état où il se trouve. Il est préférable cependant qu'il n'ait rien bu le jour de l'hypnotisation. Il vaut mieux hypnotiser les ivrognes périodiques au milieu de leur période d'abstinence ou aussitôt après la fin de cette période. Le moment le moins favorable est le moment qui précède la période de l'abus. Pendant la première hypnotisation on fait déjà la suggestion de ne plus boire. Le jour suivant, l'hypnotisation se répète avec la même suggestion. L'état du malade s'améliore habituellement après deux suggestions, tellement qu'on peut ne l'hypnotiser qu'au bout de deux ou trois jours, puis au bout d'une semaine, puis de deux semaines, puis d'un, deux, trois, quatre mois. On
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peut considérer le malade comme guéri au bout d'un an de traitement qui comprend i5 à 20 suggestions. »
Berillon ajoute certains procédés suggestifs : « le sujet étant hypnotisé, je lui mets un verre dans la main et je lui suggère que son bras est paralysé et que cette paralysie réapparaîtra dès qu'il aura dans la main un verre rempli d'une boisson alcoolique quelconque. Cette paralysie psychique se reproduit quand le malade a dans la main un verre rempli de vin ou d'alcool... » C'est la suggestion à point de repère.
Pour les morphinomanes, Berillon les entraîne à l'hypnotisation ; puis l'hypnotisme aide la période de diminution graduelle du poison, combat les effets fâcheux de la période de suppression complète, enfin dans la convalescence inspire le dégoût de la morphine, supprime l'impulsion polygonale morbide.
f. \oici maintenant un groupe de maladies dans lesquelles on est plus surpris devoir intervenir l'hypnotisme comme moyen thérapeutique ; c'est celui des maladies organiques.
Ce chapitre existe cependant dans les ouvrages les plus sérieux.
Dès son premier livre \ Bernheim groupe ses premières observations sous ce titre : « affections organiques du système nerveux » et, dans son second livre -, après avoir donné quatre observations d'affecr
1. Bernheim. De la suggestion, etc., 3^ édition, 1891, p. 3x8.
2. Bernheim. fljpnotisme, suggestion, psychothérapie, 1891, p. (438.
Grasset. (2^ éd.) 28
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tiens spinales il en donne neuf autres sous le titre (( Observations de troubles liés à des maladies organiques diverses ». De même, Wetterstrand a des chapitres d'observations intitulés : « rhumatismes, hémorragies, phtisie pulmonaire, maladies du cœur, mal de Bright. . . )>•
Quelle est l'action de la suggestion dans ces cas ? On n'admet guère aujourd'hui l'action directe de la suggestion et de l'hypnose sur la lésion organique elle-même et on reste un peu étonné en lisant ce passage de Liébeault^: « Nous-même..,, sans avoir eu recours à aucun remède, nous avons vu la suggestion avec sommeil, renouvelée souvent et à courte échéance, amener la guérison d'un grand nombre d'affections chroniques contre lesquelles les traitements ordinaires avaient échoué ; tels que des goitres kystiques, des tumeurs parotidiennes, des engorgements ganglionnaires, des ulcères variqueux et enfin, parmi un certain nombre d'autres lésions réfractaires à toute médication, une ulcération du pied, pour laquelle l'amputation avait été jugée nécessaire. »
Certes, je ne nie pas l'action vaso-motrice et trophique de l'écorce et de la suggestion ; nous avons longuement développé cette question dans le paragraphe II. E. du chapitre V (p. 271). Mais, j'hésite un peu à attribuer à l'hypnose et à la suggestion une action curatrice semblable et je dirai volontiers avec Grocq ^ : (( Rien ne prouve que l'hypnothérapie soit capable de modifier les lésions organiques. »
I. LiÉBEAULT. Revue de psychol., 1897, p. 20. Cit. Crocq. ■Loco cit., p. 53o.
a. Crocq. Loco cit., p. 557.
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Mais ce qui est extrêmement net, certain et clinique, c'est le rôle immense que joue, chez tous les malades, V association névroso-organiqae . C'est là un chapitre qui se développe tous les jours et envahit l'entière clinique.
L'Ecole de la Salpêtrière a admirablement montré le rôle considérable de cette association dans les maladies du système nerveux : dans le tabès ^ comme dans l'hémiplégie ^ il y a des associations névrosiques de la plus haute importance clinique.
Mais aujourd'hui la question s'est beaucoup étendue et l'École de Nancy a puissamment contribué à la développer ainsi. 'Ces associations névrosiques s'observent dans des maladies organiques d'appareils divers tout autres que le système nerveux, tels que la tuberculose, le rhumatisme, etc.
Je raconte souvent aux élèves l'histoire d'une tuberculeuse avérée du poumon, qui venait, de loin en loin, se faire enlever par l'hypnotisme une aphonie intercurrente, qui était purement nerveuse. La paralysie des cordes vocales est, aussi souvent que le spasme, hors de proportion avec la lésion du larynx, souvent minime ou nulle.
Et quand, dans un Congrès, Gilles de la Tourette disait ironiquement à Bernheim : « vous endormez les tuberculeux ; je prends acte de ce nouveau traite-
1, Voir mon Rapport sur le Traitement du tabès au X1I<' Congrès internat, de médec, Moscou, 1897. Leç. de Clin, méd., t. III, p. 567.
2. Voir : Basophobie ou abasie phobique chez un hémiplég. ; hémineurasth. posthémiplég. Sem. méd., i5 août 189/i, n» 46 et Lee, de Clin, méd., t. il, p. 591.
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ment de la tuberculose, » celui-ci pouvait répondre très légitimement : « j'endors quelquefois les tuberculeux, non pas pour suggérer au tubercule de disparaître ; mais pour suggérer au malade de dormir la nuit, quand il a de l'insomnie ; je restaure son appétit, je calme sa toux, je dissipe son angoisse, je supprime les points de côté ; et, cela faisant, je crois lui faire du bien ; je le soulage, si je ne le guéris pas; quelquefois même, modifiant le terrain, j'accrois sa force de résistance contre le microbe envahisseur et ainsi je ralentis, si je n'arrête pas, l'évolution morbide. — Et les médicaments font-ils plus?... •»
Donc, et c'est là une nouvelle et rationnelle application des principes énoncés plus haut, l'hypnose et la suggestion peuvent être indiquées par les états névrosiques localisés, très souvent associés aux lésions organiques des divers appareils.
(j. Un mot en finissant ce paragraphe 5 sur Thypnotisme employé comme moyen de déterminer l'a/ie^thésie obstétricale ou chirurgicale.
Dès 1845, avant BRAm, Esdaile*, partageant encore les théories des mesméristes, réussit un grand nombre d'opérations sans douleur, à Hoogly : 100 opérations la première année. Placé ensuite à la tête d'uni hôpital à Calcutta, jusqu'à i85i, « époque où il] quitta l'Inde, Esdaile enregistra 261 opérations graves et plusieurs milliers de moindre importance. Lel soulagement apporté par sa méthode aux malades]
I. MiLNE Bramwell, de Londres. L'anesthésie hypnotique,^ Revue de ihypnot., t. XI, 1897, p. 3yi.
l'hypnotisme au point de vue thérapeutique /ici
atteints de tumeurs (élépbantiasiques) réduisit la mortalité de ces derniers de 5o à 5 pour loo ». En i853, il proteste « avec indignation contre un rapport qui plaçait l'éther au premier rang des anesthésiques ».
En France, le mouvement est lent.
(( En 1829 \ le D"" Cloquet ampute un sein à une dame hypnotisée ; en i845, le D'" Loysel, de Cherbourg, ampute une jambe à une demoiselle endormie par Durand de Gros; en i8/i6, il enlève un paquet de ganglions dégénérés à un jeune homme de dix-huit ans ; en 18/17, ^^ ^ Ribaud, de Poitiers, enlève une tumeur volumineuse de la mâchoire à une jeune fille endormie; en 1847, ^® ^' F^^'ton fait une amputation de cuisse à un jeune homme 'hypnotisé, le D"" JoLY ampute le bras d'une dame... »
En 1869, Broca communique à l'Académie des sciences « un cas dans lequel l'hypnose lui permit d'inciser sans douleur un abcès volumineux de la marge de l'anus... Le D*" Guérineau signala à l'Académie de médecine de Paris une amputation de cuisse sans la moindre douleur...
« Liébeault a plusieurs fois pu arracher des dents à des sujets endormis et j'ai moi-même, dit Crocq, souvent mis des pointes de feu à des sujets en somnambulisme, sans qu'ils ressentent aucune douleur^. »
Pitres fait ouvrir sans douleur un volumineux abcès à un sujet éveillé qui avait reçu dans le sommeil antérieur la suggestion de ne rien sentir^.