‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 171 sur 218 · Ibid., t. IV, 1890, p. 3i · texte numérisé non relu

Ibid., t. IV, 1890, p. 3i

inPNOTlSME ET SUGGESTION

pour lesquelles on allègue la nécessité de la science, avaient plus ou moins détourné l'enseignement et la pratique du service médical de la clinique vraiment rationnelle. D'un autre côté l'hypnotisme pouvant, même de l'aveu de ceux qui le préconisent, faire courir des dangers aux malades qui y sont soumis, j'ai accueilli les observations de M. le D"" Bérenger Féraud. En conséquence, j'ai l'honneur de vous informer que j'interdis d'une manière absolue la pratique de l'hypnotisme dans la marine. Vous voudrez bien prescrire aux officiers du corps de santé, placés sous vos ordres, de n'y avoir recours, pour quelque motif que ce soit. »

La mesure est regrettable ; elle met, tout à fait injustement, en suspicion la valeur scientifique et la haute probité médicale de nos confrères de l'armée, que l'on déclare incapables d'appliquer un moyen dont leurs confrères civils peuvent faire bénéficier leurs malades.

Et cela parce qu'il y a des dangers. Nous avons vu la nature de ces dangers et qu'ils sont de ceux dont les médecins peuvent et doivent discuter fimportance devant chaque cas particulier. Pourquoi ne pas défendre à ces mêmes médecins militaires d'employer le chloroforme ou l'éther ou surtout de pratiquer les opérations de cure radicale de la hernie ? n'y a-t-il pas là aussi des dangers ')

Un défenseur maladroit de la circulaire ' a dit : (( nos hommes ne sont pas des bêtes à expériences et

I. Bulletin médical, 1890. Cit. Be<>'ue de l'IiYpnot., t. IV, 1890, p. 342.

F(YP\OTISME ET SUGGESTION DEVANT LA JUSTICE l\l\l

nos hôpitaux ne sont pas des laboratoires. )> Halte-là I Nos civils ne sont pas plus « des bêtes à expériences » ni à riiôpital ni dans la clientèle et nous en hypnotisons tous les jours \ pour leur plus grand bien.

Que si certains médecins militaires se laissaient, à un moment donné et dans un but scientifique d'ailleurs respectable, entraîner à abuser de l'hypnotisme et laissaient « détourner renseignement et la pratique du service médical de la clinique vraiment rationnelle » (?), il serait de la compétence du chef médical de ces médecins de les ramener dans la droite voie par quelques observations personnelles. Mais il n'y aurait jamais là matière à une interdiction ministérielle absolue de l'hypnotisme, pour quelque motif que ce soit.

L'hypnotisme thérapeutique a gagné ses éperons. Il serait temps de l'inscrire dans le « formulaire approuvé par le comité technique de santé », d'où il n'aurait jamais du être exclu.

Justice.

Les considérations à exposer et à discuter sur ce sujet, grave entre tous, peuvent être groupés sous trois chefs : l'hypnotisé victime et accusateur, Thypnotisé criminel et accusé et l'hypnotisé témoin.

r. « Tous les jours » est une exagération méridionale qu'on pardonnera à l'entrainement de la discussion.

442 n\l'AOTlS.ME ET SUGGESTION

A. — L'hypnotisé victime et accusateur.

I . Ce paragraphe comprend les actes criminels on délictuenv commis pendant l'hypnose ou grâce à l'hypnose sur les sujets endormis : ce sont les actes dont l'hypnotisé est victime.

Nous aAons déjà parlé dans le précédent chaj)itre et dans le premier ])aragraphc du présent chapitre de certains dommages faits aux sujets hypnotisés. Nous n'avons pas à y revenir et ne devons parler ici que des dommages susceptibles d'être traduits en justice et d'entraîner une certaine responsabilité légale pour leur auteur.

a. Le seul lait d'hypnotiser quelqu'un contre son gré ou sans son assentiment est délictueux, alors même qu'on n'aura pas profité du sommeil pour une suggestion ou un acte criminels.

D'après la loi allemande, l'hypnotiseur peut être puni pour s'être emparé de la volonté d'autrui (§289 du Code) ; ce qui est le cas lorsqu'on hypnotise une personne sans son adhésion et contre sa volonté. La loi allemande punit aussi de deux ans de prison les accidents survenus chez les sujets par imprudence des magnétiseurs \

Un commis voyageur a été poursuivi, en Bavière, devant le tribunal de Nuremberg, pour avoir endormi une femme qui le servait dans un café et n'a été acquitté que parce qu'on a admis que la femme

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