‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 44 sur 218 · Paul Hakteisberg. Soc. d'kypnol., i5 no\ . id^^yi. Re^'ue · texte numérisé non relu

Paul Hakteisberg. Soc. d'kypnol., i5 no\ . id^^yi. Re^'ue

KTIOLOGIE DE T/ETAT DE SUGGESTTBILTTE I 29

La formule frappe par ses allures paradoxales, mais il faut s'entendre sur le sens des mots.

Primitivement Delboeiif interprétant ces mêmes foits (1887) avait déclaré que les sujets sont réellement endormis et il appelait cet état « de la prétendue veille somnambulique ». Dans son second travail, il abandonne cette manière de voir et dit : non, ils ne dorment pas ; le sommeil est secondaire dans ces questions ; il n'y a que les degrés de suggestibilité qui importent. De là, la formule des trois auteurs cités plus haut : il n'y a pas d'hypnotisme.

Soit; il n'y a pas d'hypnotisme, si hypnotisme veut dire état de suggestibilité avec les symptômes du sommeil ordinaire. Ces signes du sommeil ne sont donc pas nécessaires. Mais le suggestionné à l'état de veille n'est pas dans son état normal : il est en état de suggestibilité et cet état de suggestibilité est anormal, n'est pas l'état physiologique ; c'est ce que nous appelons l'hypnose.

Donc, comme j'ai essayé de le démontrer plus haut, il ne faut pas confondre l'hypnose avec le sommeil, il faut dire qu'il y a de l'hypnose sans sommeil et de l'hypnose avec sommeil, l'hypnose étant seulement définie par l'état de suggestibilité, de désagrégation suspolygonale et de malléabilité du polygone.

Donc, l'hypnotisme existe, mais dans certains cas le sommeil n'est pas nécessaire pour que le sujet présente cet état spécial de suggestibilité qu'on appelle Fhypnose. Il est alors en hypnose à Vétat de veille.

de l'hypnot., t. XII, 1898, p. 2ir. — Cf. Bkrillon. Discussion de ce travail, Tbidem, à la suite.

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10. On peut également beaucoup discuter sur la possibilité ou l'impossibilité de la suggestion à distance. Pour s'entendre, je crois qu'il suffit de bien préciser le sens des mots.

La suggestion à distance dans l'espace n'existe pas (ou du moins n'est pas scientiliquement démontrée) '. La suggestion à distance dans le temps existe et est scientifiquement établie.

Un sujet qui ne voit ni n'entend son magnétiseur, qui n'est en communication avec lui par aucune voie sensorielle naturelle ni par aucune voie arlificielle (téléphone", télégraphe avec ou sans fil...) ne peut être ni endormi, ni suggestionné. Voilà ce qui serait la suggestion à distance dans l'espace.

Au contraire, dans le temps, la suggestion à distance est parfaitement possible.

Je ne paile pas de l'exécution plus ou moins éloignée d'un ordre donné : c'est l'exécution posthypnotique de la suggestion intrahypnotique. Je parle de riiypnotisation ou de la suggestion ajournée.

Ceci a lieu par exemple dans les circonstances suivantes : Vous vous endormirez demain ou dans trois jours à telle heure — ou en lisant une lettre que vous recevrez — ou en rencontrant telle personne — ou en touchant tel arbre ou tel fauteuil...

On suggestionne ainsi le sujet à distance, mais

1 . Voir, dans le dernier chapitre (sur les limites de l'hypnotisme), ce que nous disons do ]a suggestion verbale.

2. LiKGEois a fait d'intéressantes expériences de suggestion à I 5oo mètres de distance avec le téléphone. Revue de l'hypnot., t. t, 1887, i>. i^y

KTIOLOGIE DV. L KTAT DE SUGGESTIBILITE lOl

à la condition de l'en prévenir, de Taveitir d'avance de l'événement qui surviendra.

Ce n'est donc pas un mécanisme diftérent de celui des autres procédés d'hypnotisation.

II. Dans ces cas nous voyons déjà apparaître Y autosuggestion.

On a déposé dans l'esprit du sujet l'ordre ou la suggestion avec la date de l'échéance ; le sujet a emmagasiné cela et puis, quand l'échéance sonne, quand la circonstance prévue se présente, il s'autosuggestionne et s'endort.

C'est rautosuggeslion ordonnée. Elle peut être plus spontanée.

Un sujet a été suggestionné plusieurs fois; son polygone a pris l'habitude d'associer certaines idées ou certaines images à la pensée de l'hypnose : sans ordre nouveau et spécial de l'hypnotiseur, il s'endormira spontanément, par autosuggestion, toutes les fois qu'il rencontrera une idée ou une image identiques ou seulement analogues à celles qui l'avaient précédemment endormi .

L'autosuggestion apparaît encore plus spontanée, quand, sans hypnose provoquée antérieure, un événement brutal ou impressionnant fait impérativement naître une idée polygonale, qui domine la vie psychique inférieure avec la même autorité que la suggestion d'un hypnotiseur.

On sait le rôle considérable que Gharcot et son Ecole ont fait jouer à l'autosuggestion dans la genèse de l'hystérotraumatisme. J'ai combattu^ le caractère

I. Leçons sur l'hystérotraumatisme recueillies et publiées par

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trop absolu de celte théorie, montrant notamment combien il est impossible d^attribuer à l'autosuggestion le développement des stigmates de la névrose traumatique. Mais je reconnais comme tout le monde le rôle considérable que Tautosuggestion joue dans le cas d'hystérotraumatisme et aussi dans la production de beaucoup de symptômes de Thystérie non traumatique.

Dans ces cas (à ce point de vue-là, ils sont réellement intéressants pour compléter l'analyse psychologique de l'hypnotisme) c'est le sujet qui est son propre hypnotiseur. Son propre 0, fortement impressionné par le traumatisme ou l'événement extérieur, agit sur son polygone, l'hypnotise, c'est-à-dire le met en état de désagrégation et de malléabilité.

Le polygone est bien alors ensuite désagrégé et soustrait à l'influence de 0. Car le sujet ne peut plus, par sa volonté, modifier cet état morbide suggéré de son polygone. Il faut pour le corriger une nouvelle intervention hypnotique, c'est-à-dire, l'action d'un 0 étranger, appartenant à un hypnotiseur.

12. Après cette étude des divers procédés pour provoquer l'hypnose, reste à parler des procédés pour la faire cesser.

Braid réveille ses sujets « en frappant dans les mains, ou en frappant le malade par un coup sec de la paume sur le bras ou sur la jambe, ou bien encore

BooRGUET. Lee. dp Clin inédic„ t I, p. 76, et Leçons sur l'Etiologie infectieuse de l'hystérie, recueillies et publiées par Galavielle. Leç. de Clin, médic, t. II, p. 557.

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par la pression ou le flottement des paupières, ou encore par un courant d'air projeté contre la face. A Faide de ces moyens, je n'ai jamais manqué de rappeler mes sujets à eux rapidement ».

Voilà le type des moyens physiques de provoquer le réveil : à la Salpêtrière on souffle une ou plusieurs fois sur les yeux.

A côté de ces moyens physiques ou mécaniques, il faut placer la suggestion. On dit au sujet : é veillez vous.

Dans la première édition de son livre', Bernheim conseille, si la suggestion ne réussit pas, d'employer l'insufflation sur les yeux: « si cela ne suffit pas, ditil en parlant de l'injonction, l'action de souffler une ou plusieurs fois sur les yeux, provoque le réveil. »

Dans l'édition de 189 1, si la suggestion pure et simple ne réussit pas, il conseille d'accentuer ou bien de dire : il suffît que je touche ce point pour qu'immédiatement les yeux s'ouvrent. « Je n'emploie jamais, dit-il, ni frictions ni insufflation sur les yeux. Le réveil est on ne peut plus facile quand on est bien pénétré de cette vérité que tout est dans la suggestion. »

En fait, on réussit en général très bien par la simple suggestion, par l'ordre de s'éveiller, plus ou moins impératif et répété ou avec des points de repère.

Cependant il ne faut pas admettre que tout est suggestif dans les procédés de réveil, pas plus que dans les procédés d'hypnotisation.

La preuve en est que, comme le remarque Crocq,

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