Résumé et conclusions
Déterminée par un quelconque des procédés que nous venons d'étudier, Thypnose n'apparaît pas toujours semblable à elle-même.
C'est toujours l'état de suggestibilité, comme nous l'avons défini. Mais il y a des variétés à établir, une classification à chercher des divers états de suggestibilité.
I. La plus célèbre, mais non la plus heureuse, des classifications de l'hypnose est celle qui a été lancée par Cuarcot et l'Ecole de la Salpètrière et qui
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fait la base de ce que Ton a longtemps appelé le Grand Hypnotisme*.
On en trouvera la magistrale description dans la Note présentée à l'Académie des Sciences en 1882 par CifARCOT et Fétude détaillée dans la thèse de Paul Richer et Tarticle Hypnotisme de Pall Kicher et Gilles de la Tourette dans le Dictionnaire encyclopédique des Sciences Médicales (sur les Ixi pages de cet article, 38 sont consacrées au grand hypnotisme, considéré comme méritant seul la qualification de scientifique).
Dans cette doctrine, l'hypnose se présente sous trois formes : la catalepsie, la léthargie et le somnambulisme.
Un sujet en état de catalepsie est immobile, fasciné, les yeux ouverts, le regard fixe : il possède une plasticité particulière ; les réflexes sont abolis, l'analgésie est complète, il n'existe pas d'hyperexcitabilité neuromusculaire. La vision, l'audition, le sens musculaire conservent leur intégrité. On peut, par suggestion, provoquer des hallucinations et déterminer des impulsions.
C'est dans cet état de rigidité cataleptique que l'on peut maintenir un sujet étendu dans le vide, appuyé seulement, par l'intermédiaire des talons et de la nuque, sur les dossiers de deux chaises, ou encore
I . Voir mes Leçons sur le grand et le petit hypnotisme recueillies et publiées par Rauzikk dans la Revue de l'hypnotisme et dans mes Leç. de Clin, niêd,, t. 1, p. 2^!.\.
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le river debout à un mur sans possibilité pour lui de s'en détacher, malgré ses efforts.
La catalepsie peut être provoquée par une impression vive venant frapper un sens : un bruit intense et inattendu (un coup de gong), une vive lumière brusquement placée sous les yeux du sujet, la fixation plus ou moins prolongée d'un objet ; et surtout d'un objet brillant ; ce sont les anciens procédés du braidisme.
Les caractères de l'état léthargique sont les suivants : le sujet a l'air profondément endormi; il est dans la résolution et présente une analgésie complète de la peau et des muqueuses ; avec cela, il conserve une certain degré d'activité sensorielle. On a cru quelque temps que, dans cet état, toute suggestion était impossible, mais cette opinion a été infirmée depuis et ce caractère a été abandonné. Les yeux sont clos ou demi-clos ; il existe un léger frémissement des paupières, les réflexes tendineux sont exagérés.
Le phénomène essentiel, capital, dans cet état, celui dont l'Ecole de la Salpêtrière a eu le grand mérite de montrer l'existence et la valeur, en temps que phénomène somatique fixe, est V hyperexcitahilite neiironiusculaire .
\oici en quoi consiste ce signe: on exerce avec une pointe mousse une certaine pression au niveau d'un tronc nerveux ; on détermine ainsi les mêmes réactions fonctionnelles que par félectrisation du nerf. En comprimant, par exemple, le cubital au niveau de la gouttière olécranienne, on provoque aussitôt la
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formation de la griffe cubitale. On peut même, pour prévenir toute supercherie, faire porter les investigations sur des muscles à fonctionnement plus restreint; qui plus est, il est possible d'amener, par ce procédé, la contraction de certains muscles qui ne sont nullement soumis à l'empire de la volonté, les muscles de l'oreille, entre autres.
Cet état de léthargie est développé par la fixation d'un objet placé à une certaine distance.
On peut aussi le déterminer chez un sujet en état de catalepsie par l'occlusion des paupières ou le passage brusque de la lumière à l'obscurité.
Au moment où la catalepsie se transforme en léthargie, on perçoit quelquefois un bruit laryngé, ou bien il monte aux lèvres un peu d'écume.
Dans le somnambalisme provoqué le sujet semble dormir; ses yeux sont clos ou demi-clos, les paupières sont agitées de frémissements. La résolution est moins marquée que dans la léthargie ; il n'existe pas d'excitabilité neuromusculaire, mais une hyperexcitabilité cutanomusculaire qui provoque de vives réactions à la pression d'un muscle, au moindre contact de la peau. Celle-ci, dont certains modes de sensibilité sont ainsi notablement exagérés, présente une insensibilité complète à la douleur.
Quant aux sens (vue, odorat, ouïe), ils offrent une hyperacuité dont il faut se méfier au point de vue de l'appréciation d'un élément suggestif.
C'est là, en effet, le véritable état de suggestibilité, le vrai sommeil magnétique; on peut, pendant
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cette période, provoquer par voie de suggestion ces actes automatiques très complexes avec déplacements somatiques étendus, dont les magnétisés de foire et les somnambules de profession nous rendent tous les jours témoins.
Cet état de somnambulisme provoqué peut être obtenu directement par la fixation du regard et les diverses pratiques de l'ancien magnétisme. On l'obtient aussi en exerçant chez un sujet en état de catalepsie ou de léthargie, une friction légère ou une simple pression sur le vertex.
Voilà la fameuse classification de la Salpêtrière qui, quoi qu'on en ait dit, a gardé une haute importance historique.
Il faut, en effet, se rappeler que, malgré les travaux de Braid et les expériences de Liébeault à Nancy, de Kuhnholtz à Montpellier, plus tard de Lasègue et de RiCHER à Paris^ l'hypnotisme n'était pas encore considéré comme scientifique, quand en 1878, Charcot commença les expériences et les publications qui ont précédé sa grande communication de 1882 à l'Académie des sciences.
Comme l'a très bien dit Babinski, « il fallait un certain courage pour relever une question mal famée et marcher à l'encontre des préjugés enracinés ». Charcot a eu le courage, malgré quolibets et critiques, qu'il a dédaignés, il a réussi dans l'œuvre qu'il a entreprise ; il a fini par faire entrer triomphalement l'hypnotisme, avec lui, dans cet Institut, qui, trente ans auparavant, le condamnait avec autant de dédain
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et aussi dérinitivenienl que le mouvement perpétuel ou la quadrature du cercle.
Pour bien réussir en cette entreprise, dont le succès est loin d'avoir été l'œuvre du hasard, Charcot comprit qu'il fallait, non seulement bien étudier Thypnotisme, mais encore et surtout rechercher et préciser des caractères somatiques fixes, impossibles à simuler, qui pussent en imposer aux plus incrédules.
C'est ainsi qu'il observa et décrivit, dans l'hypnotisme, des phénomènes somatiques fixes , non simiilables; il les a imposés à l'attention du monde savant, a rendu possibles toutes les recherches ultérieures sur l'hypnotisme et s'est créé ainsi une place inoubliable dans l'histoire de ce chapitre des sciences biologiques.
Car, il faut toujours le proclamer bien haut, Charcot a parfaitement vu ce qu'il a décrit ; d'autres observateurs ont vu CCS mêmes choses en dehors de lui.
Déplus, ces phénomènes, au moins dans beaucoup de cas, ne sont le résultat ni de la suggestion ni de l'éducation. Au moins chez la première malade que chaque observateur a étudiée l'éducation n'avait joué aucun rôle et on a su, dans un très grand nombre de cas, se mettre certainement à l'abri de toute suggestion. Il y a même des phénomènes, comme Thyperexcitabilité neuromusculaire, qu'il est impossible de faire naître par suggestion, qui sont supérieurs à toute suggestion.
Donc, tous ces phénomènes somatiques fixes existent positivement chez certains sujets en hypnose. Seulement ils ne peuvent pas faire la base d'une classification des hypnoses, parce qu'ils ne s'observent
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pas dans tous les cas. On peut même dire que dans la très grande majorité des cas on ne les observe pas ^
Donc, si Charcot a eu un tort (et on peut dire qu'il Fa eu), c'est de trop généraliser ses premières observations, de croire que, par cela même qu'un fait était observé j et bien observé, à la Salpêtrière, il devenait nécessairement le prototype constant et immuable de tout ce que l'on observerait partout.
En 1878 ou en 1882, il était légitime de supposer que tout devait se passer partout comme à la Salpêtrière ; mais plus tard, quand des formes nouvelles ont été réAélées, à Nancy et ailleurs, il n'y aurait eu rien d'humiliant pour Charcot à reconnaître que les faits nouvellement découverts ruinaient cette généralisation trop hâtive, sans diminuer en rien, d'ailleurs, la valeur de ses observations particulières.
L'erreur a été de dire et de laisser dire par les élèves de Charcot que, seul, méritait la qualification de scientifique, cet hypnotisme de la Salpêtrière, auquel, en signe de victoire définitive, on décernait le titre de « Grand » comme à Napoléon après Austerliz, tandis que le « petit hypnotisme « (celui de Nancy) comprenait seulement « une série d'états encore mal définis et mal classés » pour quelquesuns desquels on peut même se demander s'ils « appartiennent bien légitimement à l'hypnotisme >).
Charcot était d'autant plus excusable d'avoir fait sa classification et d'autant plus inexcusable de l'avoir
I. Voir entre autres travaux (en dehors de ceux de Nancy) : Stembo, de Wilna. Revue de l'hypnoi., t. V, 1891, p. G7, et Tamburim. Soc. d'hypnoL, 12 octobre 189I) Ibidem, t. ^ I, 1892, p. i4i (Mémoirv important).
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généralisée qu'il observait dans un milieu spécial, de malades, d'hystériques, tandis que l'étude large et complète de l'hypnose a été d'emblée faite par LiÉ- BEAULT et Berniieim, cu dchors de l'hystérie, chez les hypnotisables, physiologiques ou à demi, voisins de l'état vraiment physiologique.
Or, quand on observe dans ce monde considérable des hypnotisables non hystériques, l'hypnose n'apparaît plus avec ce cadre fixe, inflexible, des trois états de la Salpêtrière. Les divers caractères de chacun de ces trois états ou n'apparaissent pas ou se mêlent de manières fort diverses.
Donc, l'hypnose peut exister sans caractères somatiques fixes et même le plus souvent ces caractères somatiques fixes n'existent pas dans l'hypnose. En 1889, Babinski le reconnaissait quand il disait': (( Ch ARGOT reconnaît lui-même que le grand hypno- « tismc, s'il répond au type parfait, représente cc- « pendant une forme rare ».
Je crois qu'il faut même aller plus loin et dire que le grand hypnotisme non seulement n'est pas la forme la plus fréquente, mais même n'est pas « la forme la plus parfaite, la forme type de l'hypnotisme ». On ne peut pas dire que l'hypnose de Nancy. soit seulement le dérivé, la forme fruste, le type ébauché, la vue en raccourci du type immuable de la Salpêtrière.
J'ai déjà ailleurs- essayé de démontrer que Ihysteria minor, l'hystérie dans ses diverses manifesta-