‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 53 sur 218 · I. Souvenir · texte numérisé non relu

I. Souvenir

conservé

au

réveil.

Amnésie au réveil.

Torpeur, somnolence ou sensations diverses, telles que chaleur, engourdissement par suggestion.

Impossibilité d'ouvrir les yeux spontanément.

Catalepsie suggestive avec possibilité de la rompre.

Catalepsie irrésistible avec impossibilité pour le sujet de la rompre.

Contracture involontaire suggestive (à ce degré ordinairement analgésie suggestive).

Obéissance automatique.

Amnésie au réveil ; absence d'hal- ^ lucinabilité.

8' degré. | Ilallucinabilitépendantle sommeil.

f ^ d cr ■ i Hallucinabilité pendant le sommeil et posthypnotique.

i®"" degré.

S'' degré.

S*" degré.

/i' degré.

y degré.

', 6'' degré. | I 7*^ deeré. )

\ go

9'' degré.

Voici quelques détails sur chacun de ces degrés de Bernheim * :

i" deg/'é. — « Le sujet ne présente ni catalepsie, ni anestliésie, ni hallucinabilité, ni sommeil à proprement parler. Il dit n'avoir pas dornai ou avoir été seulement plus ou iTioins engourdi... la suggestibilité peut s'affirmer toutefois : on peut provoquer, par exemple, une sensation de chaleur sur une région déterminée du corps ; on peut annihiler certaines douleurs et déterminer des effets thérapeutiques manifestes. »

2'" derjré. — Même apparence que dans le degré

I. Bernheim. De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique, 3*^ édit., 1891, p. i5.

l5/^ HYPÎSOTISMK ET SUGGESTION

précédent. Seulement il ne peut pas ouvrir les yeux spontanément, si on le défie de le faire, [ci rinfluence est manifeste.

3« degré. — Lesujet reste dans l'attitude provoquée ou suggérée par la parole, tant qu'on ne le défie pas d'en sortir. Si on le défie, il se ressaisit pour ainsi dire et arrive par un effort de volonté à rompre cette 'attitude. « L'attitude passive persiste par inertie, tant qu'on ne fait pas appel à la volonté engourdie, mais non impuissante du sujet. »

L\^ degré. — Bien défini par son titre : catalepsie suggestive irrésistible avec impossibilité pour le sujet (et qu'on peut lui faire constater à hii-même) de changer l'attitude provoquée.

A cette catalepsie suggestive s'ajoute quelquefois la possibilité d'imprimer, surtout aux membres supérieurs, un mouvement automatique rotatoire qui continue longtemps ou indéfiniment. On le fait naître par suggestion verbale ou par impulsion communiquée.

5" degré. — Outre les signes précédents, possibilité de contractures par suggestion. On défie le sujet de fléchir son avant-bras, d'ouvrir sa main, d'ouvrir ou de fermer sa bouche : il ne peut le faire.

6^ degré. — Obéissance automatique : « inerte et passif tant qu'on l'abandonne à lui-même (le sujet) se lève par suggestion ; il marche, s'arrête au commandement, reste cloué sur place, quand on lui dit qu'il ne peut plus avancer. »

Dans les degrés suivants, l'influence hypnotique est bien plus manifeste : il y a amnésie au réveil, amnésie complète ou incomplète.

DEGRÉS ET VARIETES OE l/lIYPNOSE l55

7'' degré. — Amnésie au réveil avec ou sans les symptômes des degrés inférieurs. Mais absence d'hallucinabilité.

8® degré. — Mênies caractères qu'au précédent degré ; en plus, possibilité de suggérer des hallucinations pendant le sommeil (intrahypnotiques), mais pas après le sommeil (posthypnotiques).

9*" degré. — Amnésie au réveil avec possibilité de réaliser des hallucinations intra- et posthypnotiques.

« Ces hallucinations sont plus ou moins complètes, plus ou moins nettes, elles peuvent réussir pour certains sens, par exemple l'olfactif et l'auditif, et non pour d'autres, par exemple le visuel. Chez beaucoup, toutes les hallucinations les plus complexes sont réalisées avec perfection. Ici encore des degrés nombreux peuvent être établis, en rapport avec la puissance de représentation mentale de chaque sujet qui évoque les images avec plus ou moins de netteté et d'éclat. »

Bernheim ajoute enfin cette dernière remarque générale : « l'anesthésie ou l'analgésie suggestive plus ou moins complète peut se rencontrer à tous les * degrés de l'hypnose : elle est en général plus fréquente et plus accentuée chez les sujets des derniers degrés, ceux du somnambulisme profond qui sont très hallucinables. »

On peut dire que cette classification de Ber^^heim reste cliniquemènt la meilleure. Seulement elle a tous les avantages et les inconvénients d'un classement basé uniquement sur l'intensité du sommeil : c'est-àdire qu'on tient parfaitement compte de tous les

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caractères observés dans le sommeil, mais sans faire, pour chaque cas, ime analyse psychologique bien profonde.

C'était la seule classification. possible dans la période d'édification clinique et de documentation de l'hypnotisme.

Evidemment dans un avenir plus ou moins lointain, on pourra chercher à faire mieux, c'est à-dire à faire ime vraie classification physiopsychologique, basée sur l'analyse précise du sujet hypnotisé dans chaque groupe de cas.

Les choses ne sont évidemment pas assez avancées pour qu'on puisse proposer une classification de ce genre. Cependant il est nécessaire de voir si, dans l'état actuel de nos connaissances sur la psychologie de l'hypnose, on ne peut pas risquer une tentative dans ce sens.

5. Un essai de classification yrdiimenlpsycholoriùjae des hypnoses devrait se baser sur l'état du polygone et sur l'étendue de son activité propre.

Dans tous les cas d'hypnose, il y a désagrégation suspolygonale et malléabilité du polygone. Ceci est commun à toutes les hypnoses. A ce point de vue, il ne peut y avoir, entre les diverses variétés d'hypnose, que des différences de degré : la désagrégation suspolygonale est plus ou moins complète et la malléabilité du polygone est plus ou moins absolue.

C'est toujours à cet élément que reviennent toutes les classifications, comme celles de Riciiet, de LiÉ- BEAULT, de Ber^heim, qui prennent pour principe l'intensité et la profondeur du sommeil provoqué.

DEGRRS ET VA Kl ÉTÉS DE T/u\l>^OSE 167

Ainsi la grande division de Bernheim « souvenir conservé au réveil » et « amnésie au réveil )> veut dire: pour la première classe, désagrégation suspolygonale incomplète, partielle, qui permet aux impressions polygonales d'arriver jusqu'au centre 0; tandis qne cette transmission n'est plus possible dans la seconde classe, la désagrégation suspolygonale étant complète.

Au i'"' degré de Berîvheim, le sujet peut encore ouvrir les yeux par son centre 0 ; au 3"^ degré, il ne le peut plus ; la malléabilité du polygone apparaît plus nette au S*" degré, puisque le sujet garde l'attitude provoquée. Cependant la désagrégation suspolygonale n'est pas encore complète, puisque, si on le défie, le sujet peut rompre cette attitude. Au 4" degré, il ne le peut plus; la désagrégation est plus complète. Le 5" et le Q'' degrés marquent un pas de plus dans cette désagrégation et la malléabilité du polygone : l'obéissance automatique apparaît.

Enfin dans la deuxième classe, la désagrégation suspolygonale est à son maximum, puisqu'il y a amnésie au réveil : la malléabilité polygonale, déjà très grande au 7*^ degré (hallucinations intraliypnotiques) est encore accrue au 8*^ degré (hallucinations intra- et posthypnotiques).

Donc, ces classifications très importantes des hypnoses sont basées sur l'analyse de la quantilé de l'élément psychologique capital de l'hypnose: la désagrégation suspolygonale et la malléabilité polygonale.

Elles sont à retenir, mais n'épuisent pas la question. Car, on peut envisager aussi sous un autre point de Yue cette analyse psychologique de Thypnose.

l58 HYPiNOTISME ET SUGGESTION

A côté de cet élément commun à toutes les hypnoses (le seul sur lequel nous ayons encore' insisté), il y a un second élément psychologique, variahle d'un casa l'autre, qu'il ne faut pas négliger et qui peut aussi servir à classer les hypnoses : c'est le degré d'activité propre da polygone chez le sujet endormi.

Car, quoique désagrégé de son propre centre O et quoique malléable et obéissant au centre 0 de 1 hypnotiseur, le polygone du sujet garde une activité propre et cette activité propre est très variable suivant les cas.

Ainsi le sujet qui imite simplement, automatiquement, les mouvements qu'on fait devant lui ou celui qui obéit simplement à un ordre simple comme d'ouvrir la bouche ou de lever un doigt, ce sujet est bien différent, comme activité polygonale propre, de celui à qui on dit qu'il est général ou prédicateur et qui, sur ce thème, bâtit tout un roman polygonal qui se tient bien.

Voilà bien un élément de différenciation entre les diverses variétés d'hypnose, élément important, qui me paraît avoir sa valeur et sur lequel on ne me paraît pas avoir suffisamment insisté dans les classifications précédentes, même dans celle de Berisheim.

Pour essayer une classification des hypnoses basée sur ce principe, je rappellerai d'abord une tentative que j'ai faite ailleurs ^ pour classer sur ce même principe les différentes espèces de médiums.

I. Le spiritisme devant la science. Deuxième édition, if)o8. Paris, Masson. Moiilpellier, Goulet.

DEGRÉS ET VARIÉTÉS DE t/hTPNOSE IÔQ

On sait qu'en spiritisme scientifique on distingue des médiums de force très différente : médium est celui qui, dans un cercle autour d'une table, est le premier à la pousser inconsciemment et involontairement (voilà un terme bien simple) ; — médium aussi est celui qui, en transe, dirigé par quelques suggestions discrètes, bâtit d'entiers romans polygonaux, comme Hélène Smith, si bien étudiée par Flournoy, quand elle a fait son roman royal et son roman martien (A^oilà un terme bien compliqué).

Entre ces deux types extrêmes de médiums, il y a naturellement un grand nombre de degrés : j'ai proposé de les classer de la manière suivante en six degrés, basés sur la plus ou moins grande activité propre du médium.

PSYCHOI^IIYSIOLOGIE DU MÉDIUM

i" degré. — Le médium fait tourner la table ou mouvoir un objet qu'il touche (pendule, baguette) ; désagrégation suspolygonale, activité polygonale propre très simple, sans intervention des assistants.

2*^ degré. — Le médium obéit à un assistant dont il exécute les ordres : le polygone désagrégé (du médium) obéit à 0 de l'assistant.

3® degré. — Le médium obéit à un autre médium (cumberlandisme, liseurs de pensées) : le polygone désagrégé obéit au polygone désagrégé d'une autre personne : le premier au 2^ degré, le second au i^"".

4*^ degré. — Le médium répond à une question : le polygone désagrégé, au lieu d'exécuter passivement un ordre donné, répond en faisant acte d'activité propre.

l6o HYPNOTISME ET SUGGESTION

5® degré. — Le médium répond comme an 4'' degré ; mais il l'ail des réponses beaucoup plus compliquées, en parlant ou en écrivant.

5e degré. — L'activité propre du polygone du médium est à son summum : spontanéité et imagination : romans polygonaux des médiums.

Je ne prétends certes pas qu'on puisse calquer une classification des sujets hypnotisés sur cette classifi cation des médiums. Mais ce tableau montre comment le problème se pose et nous permet de l'aborder.

Voilà la question : Peut-on classer les divers sujets hypnotisables d'après l' intensité de leur activité polygonale propre pendant l'hypnose ? Et, si oui, quels pourraient être les principaux types à établir dans cette classification ?

a) Dans un premier type, le sujet hypnotisé continue automatiquement un mouvement commencé qu'on lui a communiqué, ou garde une attitude provoquée.

Dans l'un et l'autre de ces cas, l'activité propre du polygone désagrégé est à son minimum : ce n'est qu'un appareil de transmission et dans le domaine d'un seul sens, le sens kinesthésique.

L'attitude provoquée ou le mouvement commencé envoie une impression kinesthésique au polygone ; du centre T de ce polygone (voir la figure de la page 8), l'impression va au centre K et automatiquement l'attitude est maintenue ou le mouvement continué.

DEGRÉS ET V4RIÉTÉS DE e'hYPNOSE i6i

h) Dans un deuxième type, le sujet imite un mouvement fait devant lui.

Toi encore le polygone n'est qu'un appareil de transmission comme au premier degré. Seulement la transmission du centre sensoriel au centre moteur passe d'un sens à l'autre.

C'est par la vue que l'impression centripète arrive au polygone et du centre Y elle va au centre K d'où part l'impression centrifuge qui se manifeste par le mouvement exécuté, en imitation du premier.

Dans ces deux premiers types, le polygone transmet simplement l'impression centripète en la transformant en une excitation centrifuge, soit dans un même domaine sensoriel, soit dans deux domaines différents.

c) Dans un troisième type, le polygone obéit à un ordre donné verbalement. Levez le bras : et le sujet hypnotisé lève le bras.

C'est encore une transmission du centre polygonal sensoriel A au centre polygonal moteur K. Mais, quoique bien rudimentaire encore, l'action propre du polygone apparaît un peu plus.

De la sensation auditive de l'ordre « levez le bras » à l'excitation motrice qui aboutit au mouvement du bras, il y a plus loin que de l'impression kinesthcsique ou visuelle d'un mouvement à Texécution de ce même mouvement.

Donc, ici le polygone non seulement transmet, mais transforme une impression centripète en une excitation centrifuge toute différente.

l62 IlYPINOTISME ET SUGGESTION

Une subdivision peut d'ailleurs être établie dans ce type suivant que la mémoire polygonale intervient ou non. Deux cas peuvent en effet se présenter.

Dans le premier, on dit: levez le bras; et le sujet le lève immédiatement. Dans le second, on dit: demain à telle heure vous lèverez le bras et le sujet le lève en effet le lendemain à l'heure dite.

Dans ces deux cas, l'acte polygonal est le môme: c'est toujours une transformation d'un ordre en acte ; mais dans un cas la mémoire polygonale n'intervient pas, dans l'autre elle intervient : d'où la subdivision en deux de ce troisième type.

d) Dans un quatrième type, on donne une attitude au sujet et on lui suggère une hallucination et alors il met tout son polygone en harmonie avec cette attitude ou cette hallucination.

Ainsi, on lui met les mains dans l'attitude de la prière et alors le polygone donne au corps tout entier l'attitude et l'expression de la prière. — Ou bien on lui dit: voilà un serpent; et le polygone donne au corps tout entier l'expression de l'horreur et de la fuite devant ce serpent. — Ou encore on lui donne une cuvette et un savon et il se lave.

Ici l'activité polygonale propre éclate bien et largement.

Cette impression kinesthésique des mains jointes, cette impression visuelle (hallucinatoire) du serpent ou cette impression tactile du savon n'est pas seulement transmise à un centre moteur ; elle est transformée en un acte moteur complexe, la prière ou la

. DEGRÉS ET VARIÉTÉS DE l'iI\P^OSE i63

terreur et la fuite, qui se manifeste par une série d'actes.

C'est donc une transformation comme dans le troisième type, mais c'est une transformation beaucoup plus complexe, impliquant par suite une plus grande activité polygonale propre.

D'ailleurs, une fois l'acte exécuté, le polygone le refait indéfiniment, sans en faire le point de départ d'autres actes spontanés reliés au premier par la spontanéité polygonale.

e) Dans tous les types suivants, le polygone non seulement ne se contente pas de transmettre, mais même il ne se contente pas de transformer, il répond : c'est-à-dire que, devant une excitation centripète sensorielle, il fait acte de psychisme propre et élabore une réponse.

Dans le cinquième type, cette réponse est simple.

Etes-vous endormi? — Voyez-vouscelion? — Sentez-vous quand je vous pique? — Avez-vous bien dormi?

Tout en ne répondant que par oui ou par non, le polygone du sujet fait acte de psychisme véritable. Seulement ce psychisme est simple et très guidé, puisque l'idée est entièrement exposée dans la question et que les réponses possibles sont limitées à deux : oui ou non.

f) Dans le sixième type, l'activité psychique polygonale est beaucoup plus grande, quoique s'exerçant

l6/i HYPNOTISME ET SUGGESTION

toujours clans le même sens : c'est bien encore une réponse, mais une réponse complexe, ime preuve de vraie spontanéité du polygone.

Où êtes-vous ? — Que voyez-vous ? — Vous voilà dans un jardin ou dans un appartement. Qu'y rencontrez-vous P — Vous êtes au concert. Qu'entendezvous ?

On voit combien le psychisme polygonal s'exerce pour développer la réponse à faire à ces questions.

g) Enfin dans le septième type, l'activité psychique propre du polygone suggéré est à son comble ; le sujet montre alors tout ce qu'il a de connaissances et d'imagination polygonales, c'est-à-dire de notions emmagasinées dans son polygone et de facilité pour les associer et les évoquer, les unes par les autres.

Vous dites au sujet : Vous êtes général ; ou : Vous êtes orateur.

Et alors le sujet ne se contente pas de répondre oui, ni de prendre une attitude de général. Mais il construit tout un petit roman dans lequel il parle, agit, se comporte comme un général ou comme un orateur.

On voit combien ce type est loin de celui dans lequel le polygone désagrégé ne peut que continuer un acte commencé ou maintenir une attitude communiquée.

On voit que ces divers types, basés sur les variations de l'activité polygonale propre, peuvent être

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