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Etudes cliniques sur la grande Itysté rie, p. GôO

102 LHYPXOTISME FRANC.

d'une portée psychologique considérable. L'auteur de cette expérience fut ^I. le docteur Durand de Gros; le sujet, M. Laverdant, publiciste, compatriote et ami de M. Brown-Séquard. M. Laverdant voulut écrire luimême l'histoire de son sommeil ; et il le fit dans une lettre qui inspire au docteur à qui elle était adressée ces réflexions fort justes : « Cette auto-observation hypnotique emprunte une importance exceptionnelle à cette circonstance, qu'elle est l'œuvre d'un homme grave, d'âge mûr, intelligent et instruit, qui s'est curieusement appliqué à analyser les phénomènes de la suggestion sur lui-même. Grand, fort et beau, mens sana in corpore sanOy Laverdant frisait la cinquantaine quand il devint mon sujet d'expérience : c'est assez dire que son cas est aussi peu que possible à citer à l'appui de cette doctrine de la Salpêtrière, qui veut que toute personne suggestionnable soit une hystérique ou un hystérique' . »

Après avoir raconté, au commencement de sa lettre, dans quelles circonstances il s'était prêté aux expériences d'hypnose, sans enthousiasme aucun, uniquement pour faire plaisir à ses amis du Cercle de la rue Richelieu» comptant bien ne pas être endormi ; et comme il s'était trouvé pris par le sommeil, M. Laverdant continue cl ces termes :

a Bientôt commença votre action sur moi, et je devins véritablement machine sous votre volonté motrice.

1. Ces paroles sont tirées du livre que vient de publiera. Durand de Gros sur Le Merveilleux scientifique, p. 232. Mais le savac docteur avait déjà publié la lettre de M. Laverdant dans son Cou\ historique et pratique de Braidîsrnc, en 18G0.

Vous affirmiez un faifc : de prime abord, j'hésitais à croire ; et tout aussitôt j'étais obligé de me rendre à i'évidence du fait accompli.

(( — Vous ne pouvez plus ouvrir les yeux. » Et vainement j'essayais de les ouvrir, et vainement mes sourcils se relevaient, et la peau de mon front se ridait soulevée : les paupières restaient collées.

(( — Vous êtes cloué sur ce fauteuil, vous ne pouvez plus vous lever. » Et vainement mes bras libres, et qui passent pour très vigoureux encore, s'appuyant aux bras du fauteuil, essayèrent de soulever la masse inerte du bassin et des jambes : j'étais cloué.

« — Levez-vous. Tous ne pouvez plus ni vous asseoir ni vous baisser. y> Et tous mes efforts pour changer de place et rompre cet état de paralysie ridicule demeuraient infructueux. J'étais libre jusqu'à la taille à peu près, dans tout le reste du corps, asservi.

c( Pendant que ces opérations suivaient leurs cours, je causais avec les spectateurs les plus voisins de l'estrade, et je donnais à la masse du pubHc le détail de mes impressions, soit spontanément, soit pour répondre aux questions qui m'étaient adressées.

<r — Tous ne pouvez plus ouvrir la bouche. » Et mes mâchoires se trouvèrent tout à coup soudées indissolublement.

(( Ici l'expérimentateur, après avoir ainsi directement paralysé mon système musculaii'e, s'avisa de faire mouvoir ma machine à son gré, contre mon vouloir.

« — Tournez vos bras l'un sur l'autre. » Je le fis volontairement.

104 L'HYPXOTISME FRA^X^

((. — Allez vite. Bien, vous ne pouvez plus vous arrêter. » Et mes bras tournèrent violemment, indéfiniment, et je ne pus les retenir, malgré que je fisse des efiforts résolus et puissants pour les comprimer, les opposant dans des axes contraires, les froissant l'un contre l'autre dans ma lutte désespérée. J'y épuisai vite mes forces inutilement.

c( Puis vinrent deux expériences sur les perturbations des sens, qui échouèrent ' . »

M. Durand, présentant un verre d'eau à M. Laverdant, lui avait suggéré qu'il allait goûter un de nos bons vins de France. L'illusion n'eut pas lieu. Il lui présenta ensuite de l'ammoniaque disant qu'il voulaitlui faire respirer l'odeur de jamrose, un produit des tropiques. M. Laverdant ne sentit que l'ammoniaque. Sur quoi, il continue en ces termes son récit :

(( Comme j'achevais d'expliquer au public l'efifet un peu manqué de l'ammoniaque, l'expérimentateur me dit :

a — Vous allez bégayer ; bégayez, vous ne pouvez plus vous empêcher de bégayer. » Et j...j...j... je bé...gayai, à mon grand regret, en vérité, et commençai à être un peu confus et honteux des faiblesses de ma pauvre chair.

« — Vous allez perdre la faculté d'émettre la voyelle A... Essayez, vous ne pouvez pas dire A. Et il y eut dans l'assemblée un murmure de doute et des sourires ; je souris moi-même faisant un grand geste de doute

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