‹ L'hypnotisme francChapitre 52 sur 240 · Liébeault, Le sommeil provoqué, 'p · texte numérisé non relu

Liébeault, Le sommeil provoqué, 'p

« Désireux de voir jusqu'où peut aller la puissance de la suggestion chez lui, j'ai un jour provoqué une scène véritaljleraent dramatique. Je lui ai montré contre une porte un personnage imaginaire, en lui disant que cette personne l'avait insulté; je lui donne un pseudo-poignard (coupe-papier en métal) et lui ordonne d'aller le tuer. — Il se précipite et enfonce résolument le poignard dans la porte, puis reste fixe, l'œil hagard, tremblant de tous ses membres, (c Qu'avez-vous fait, malheureux ? Le voici mort. Le sang coule. La police vient. » Il s'arrête terrifié ! on l'amène devant un

juge d'instruction fictif, mon interne Pourquoi avez

vous tué cet homme? — Il m'a insulté. — On ne tue pas un homme qui vous insulte. Il fallait vous plaindre à la police. Est-ce que quelqu'un vous a dit de le tuer ? » Il répond : « C'est M. Bernheira. » Je lui dis : (( On va vous mener devant le procureur. C'est vous seul qui avez tué cet homme. Je ne vous ai rien dit, vous avez agi de votre propre chef. »

« On le mène devant mon chef de clinique, faisant fonction de procureur. » Pourquoi avez-vous tué cet homme ? — Il m'a insulté. — C'est étrange ! On ne répond pas à une insulte par un coup de poignard! Etiez-vous dans la plénitude de vos facultés intellectuelle? Ou dit que vous avez le cerveau dérangé parfois. — Non, Monsieur. — On dit que vous êtes sujet à des accès de somnambulisme. Est-ce que vous n'auriez pas obéi à une impulsion étrangère, à l'influence d'une autre personne qui vous aurait fait agir ? — Non, Monsieur, c'est moi seul qui ai agi, de ma propre initiative,

ETRANGES PHENOMENES. Uâ

parce qu'il m'a insulté ! — Songez-y, Monsieur, il y va de votre vie. Dites franchement, dans votre intérêt, ce qui est. Devant le juge d'instruction, vous avez affirmé que l'idée de tuer cet homme vous avait été suggérée par M. Bernheim. — Xon, Monsieur, j'ai agi tout seul I — Vous connaissez bien M. Bernheim, vous allez à l'hôpital où il vous endort. — Je connais M. Bernheim seulement parce que je suis en traitement à l'hôpital où il m'électrise pour guérir ma maladie nerveuse, mais je ne le connais pas autrement. Je ne puis pas vous dire qu'il m'a dit de tuer cet homme, parce qu'il ne m'a rien dit. )) Et le procureur improvisé ne put lui arracher la vérité, parce que la vérité pour lui était ma suggestion dernière, qu'il avait agi de son propre mouvement. La signification de cette expérience au point de vue psychologique et médico-légal appelle bien des réflexions^ » (( Je présente à Th..., dit à son tour M. Liégeois, une poudre blanche dont il ignore la nature. Je lui dis : « Faites bien attention à ce que je vais vous recommander. Ce papier contient de l'arsenic. Tous allez tout à l'heure rentrer rue de ..., chez votre tante M""^ Y... ici présente. Yous prendrez un verre d'eau, vous y verserez l'arsenic, que vous ferez dissoudre avec soin ; puis vous présenterez le breuvage empoisonné à votre tante. — « Oui Monsieur. » — Le soir, je reçois de M°^^ Y... un mot ainsi conçu : oc M""*^ Y... a l'honneur d'informer M. L... que l'expérience a parfaitement réussi. Son neveu lui a versé le poison -. »

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