‹ L'hypnotisme francChapitre 61 sur 240 · D'" Beaunis, h Somnambulisme 2»'ovoq>(ê, p. 73 et suiv · texte numérisé non relu

D'" Beaunis, h Somnambulisme 2»'ovoq>(ê, p. 73 et suiv

sujet mis en expérience. Malheureusement, la suggestion fut faite un peu tardivement, M, Bernheim ayant été retenu toute la matinée par son service d'hôpital, et l'effet produit par la suggestion ne put être constaté le jour même par les expérimentateurs de Xancv.

« MM. Focachon et Liébeault surveillèrent la dormeuse jusqu'à cinq heures et demie du soir, sans la quitter des yeux. Pendant la journée, on lui fit des suggestions répétées. A cinq heures et demie on procéda à la vérification des effets attendus, en présence de MM. Bernheim, Liégeois et Dumont, chef des travaux physiques à la Faculté de médecine. On constata une rougeur circonscrite dans les limites tracées à l'avance et, en quelques endroits, des points de couleur plus foncée présentant une certaine saillie. Le sujet se plaignait d'une sensation de brûlure et de démangeaison qui le portait à se frotter le dos contre les meubles, si on ne l'en avait pas empêchée.

(( Cette expérience fut interrompue par la nécessité où se trouvait M. Focachon de retourner à Charmes. Elle ne fut pas jugée suffisamment concluante, et il fut convenu que l'on essaierait de la renouveler dans des conditions meilleures.

(( Cependant, le lendemain, M. Focachon envoyait à M. Liébeault d'abord un télégramme, puis une lettre renfermant un certificat de M. le D'" Chevreuse, de Charmes. Ce praticien avait constaté l'existence chez Elisa «. d'un érythème vésiculeux entre les épaules ; la a pression était douloureuse en cet endroit, et la partie de a. la chemise en contact avec la région était maculée

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(c d'un liquide purulent ; on aurait pu croire à une petite a brûlure ».

« Le lendemain, 3 décembre, M. Focachon écrivait à M. Liébeaulfc : « J'ai revu hier Elisa à trois heures. En lui faisant de nouveau enlever ses vêtements, j'ai pu constater que la vésication était encore plus accentuée qu'elle ne l'était le matin, et que la plaie du centre (sans doute le point où M. le D' Chevreuse avait remarqué la présence d'un liquide purulent ayant maculé la chemise) qui continuait à suppurer, mesurait à ce moment 5 centimètres de long sur 25 millimètres de large.

a Le fait se présentait avec toutes les garanties d'authenticité; cependant, comme il y avait eu une interruption de surveillance sur Elisa pendant la nuit qui suivit son retour à Charmes, il n'y avait pas de certitude absolue. On décida donc de recommencer Tépreuve dans de meilleures conditions.

a L'occasion s'en offrit à la suite d'une attaque d'hystéroépilepsie qui se renouvela par émotion, à la fin du mois d'avril.

« Depuis dix-huit mois, elle n'avait plus éprouvé d'accès.

c( Sous prétexte de l'amener en consultation chez M.Liébeault, M. Focachon se rendit avec elleà Nancy, le 12 mai 1885; elle ne se doutait nullement de ce qu'on lui ferait et pensait être de retour à Charmes pour (piatre heures de l'après-midi.

a Elle fut endormie devant nous vers onze heures du matin. Cette fois, en un endroit choisi derrière l'épaule

gauche, OÙ il était encore impossible à la dormeuse d'atteindre avec la main, on fixa du papier de timbres-poste gommés, dont des carrés de même sorte avaient été placés déjà sur le bras de quelqu'un, pendant dix-huit heures, et sans qu'il apparût au-dessous la moindre rougeur. On mit par-dessus ce papier un léger appareil de pansement composé de bandelettes de diachylon et d'une compresse. Ce simulacre de pansement, proposé par M. Liégeois, fut constitué dans le but de rendre l'esprit de la somnambule plus tendu sur l'idée permanente de la vésication à développer ; et Élisa, à laquelle on ne fit, pendant toute la durée de son sommeil, que trois fois et quelques minutes chaque fois, une suggestion ad hoc, passa la nuit entière enfermée seule à clef dans une chambre, après avoir été mise en sommeil hypnotique.

ce Le lendemain, 13 mai, le pansement fut levé devant tous ceux qui s'intéressaient au résultat de l'expérience, et, après l'examen qui suivit, le procès-verbal suivant fut rédigé par moi-même, séance tenante ; le voici :

« Le 12 mai 1885, à onze heures du matin, M. Focachon endort M"^ Elisa en présence de MM. Bernheim, Liébeault, Beaunis et de quelques autres personnes. Pendant son sommeil, on lui applique sur l'épaule gauche huit timbres-poste, en lui suggérant qu'on lui applique un vésicatoire. Les timbres-poste sont maintenus par quelques bandes de diachylon et par une compresse.

(£ Puis le sujet est laissé dans cet état toute la journée, après avoir été réveillée deux fois pour le repas de midi et celui du soir ; mais on la surveille et on ne la perd pas de vue. Pour la nuit, M. Focachon l'endort er»

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lui suggérant qu'elle ne se ré\'eillera que le lendemain matin, à sept heures (ce qui eut lieu).

c( Ce jour même, à huit heures un quart, M. Focachon enlève le pansement en présence de MM. Bernheim, Liégeois, Liébeault, Beaunis, etc. Nous constatons d'abord, que les timbres-poste n'ont pas été dérangés. Ceux-ci enlevés, le lieu de leur application présente l'aspect suivant : dans l'étendue de quatre sur cinq centimètres, on voit l'épi derme épaissi et mortifié, d'une couleur blanc jaunâtre ; seulement l'épiderme n'est pas soulevé et ne forme pas de cloches : il est épaissi, un peu plissé, et présente en un mot l'aspect et les caractères de la période qui précède immédiatement la vésication proprement dite avec production du liquide. Cette région de la peau est entourée d'une zone de rougeur intense avec gonflement. Cette zone a environ un demi-centimètre de largeur. Ces faits constatés, on replace une compresse sèche par-dessus, pour examiner la peau un peu plus tard. Le même jour, à onze heures et demie, la peau présente le même aspect que le matin.

<( Cet état fut constaté par ]\DI. les professeurs Beaunis, Bernheim, Liégeois ; les docteurs Liébault et Simon, aide de clinique ; ^IM. Laurent, architecte-statuaire, et Brulard, interne de la Faculté, qui apposèrent leur signature au bas du procès- verbal.

ce A son retour à Charmes, le même jour, à quatre heures de l'après-midi, ^l. Focachon photographia le vésicatoire d'Elisa. On aperçoit sur la photographie plusieurs phlyctènes (quatre à cinq qui se sont développés probablement pendant le voyage de Nancy à Charmes).

« Ces phlyctènes augmentèrent peu à peu eu laissant échapper une sérosité épaisse et laiteuse.

(( Le 28 mai, le yésicatoire était encore en pleine suppuration, et M. Focachon put en prendre k divers moments plusieurs épreuves photographiques.

« Le 30 mai, il détermina par suggestion chez la même personne un yésicatoire sur le bras, vésicatoire qui fut aussi photographié par hii.

« J'ai communiqué ces faits à la Société de psi/cJiologie physiologique, dans sa séance du 29 juin 1885, et présenté aux membres de la Société les johotographies de ces deux vésicatoires.

ce On pourrait dire qu'il s'agit là d'un fait exceptionnel, qu'on a affaire dans ce cas à une aptitude individuelle particulière. Il est bien évident que ces expériences ne réussissent pas chez tous les somnambules ; mais le fait d'Elisa n'est pas unique. »

Ce fait paraîtra même moins étonnant, quand on aura lu ceux dont le récit va suivre. Les auteurs de ces expériences qui ont tant ému l'opinion, sont MM. Bourru et Burot, professeurs à l'école de médecine navale de Rochefort.

Ils avaient à leur clinique, « un malade hémiplégique et hémi-anesthésique à droite, qui était hypnotisable et susceptible de recevoir des suggestions de toute sorte. L'ayant mis en somnambulisme, l'un d'eux lui donne la suggestion suivante : « Ce soir à quatre heures, après

t'être endormi, tu te rendras dans mon cabinet, tu t'assoieras dans le fauteuil, tu te croiseras les bras sur la poitrine et tu saigneras du nez. » A l'heure dite, les divers actes suggérés furent exécutés, et quelques gouttes de sang sortirent des narines du patient.

Un autre jour, l'un de ces expérimentateurs l'avant endormi, traça son nom avec un stylet mousse sur ses deux avant-bras, en lui disant : ce Ce soir à quatre heures, tu t'endormiras et tu saigneras aux bras sur les lignes que je viens de tracer. ■» L'heure arrivée, le sujet s'endormit, les caractères tracés sur la peau se dessinèrent en relief rouge vif, et des gouttelettes de sang se montrèrent sur plusieurs points du côté non anesthésié.

Ce malade ayant été transféré à l'asile d'aliénés de la Rochelle, le W Mabille, médecin directeur de cet établissement, renouvela cette expérience et obtint le même succès. Ayant tracé une lettre sur chaque avantl)ras, et prenant successivement les deux mains du sujet : « A quatre heures, commanda-t-il, tu saigneras de ce bras, — et de celui-là. » — « Je ne peux pas saigner du côté droit )>, dit le malade, en désignant ainsi son côté paralysé. Au moment précis indiqué, le sang perla à gauche, et non à droite .

c( Ces expériences furent ensuite répétées devant un nombreux public médical. Le 4 juillet, le sujet étant somnambulisé, notre distingué collègue trace une lettre sur son poignet en lui ordonnant de saigner immédiatement en ce point. « Cela me fait grand mal, objecte le patient. » — «Il faut saigner quand même, lui commande l'opérateur. » Les muscles de l'avant-bras se contractent,

le membre devient turgescent, la lettre se dessine rouge et saillante, enfin les gouttes de sang apparaissent et sont constatées par tous les spectateurs. Toutefois il faut signaler que, dans cette dernière expérience, il y eut une eiTeur de lieu, ce fut la lettre tracée au voisinage, l'avant-veille, qui laissa suinter du sang. Peut-être la suggestion n'avait-elle pas été assez précise, peut-être l'exécution était-elle trop rapprochée du commandement; car, c'était la première fois que la suggestion n'était pas faite pour un temps éloigné de quelques heures ' . j>

1. Récit de M. Beyon, contrôlé par MM. Boiirru et Burot, D^ Cullère, Magnîtisme et Hypnotisme, p. 196.

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