‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 100 sur 140 · RE PE · texte numérisé non relu

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Il me paraît certain que l’hypnotisme, manié par des mains expérimentées, est inoffensif et souvent très utile, il devient au contraire dangereux lorsqu'il est appliqué à tort et à travers, à tout le monde et par tout le monde.

L'hypnotisation peut amener le développement de la neurasthénie : Linden en cite un exemple; Guermonprez à vu des étudiants perdre leur aptitude au travail pendant plusieurs semaines, sous l'influence des pratiques des magétiseurs ; Masoin a observé un jeune ecclésiastique dont le cerveau était profondément troublé à la suite des pratiques d'un amateur; Pitres parle d’un jeune avocat qui, à la suite des manœuvres de Donato, fut obsédé, pendant plusieurs semaines, par la crainte d’avoir aliéné son libre arbitre.

L'hypnotisation intempestive peut encore provoquer l'apparition d'attaques d’hystérie: Ladame, Boddaert, Seglas, Rom-

melaere, Pitres en ont observé des exemples et moi-même J'ai

vu quelquefois survenir une attaque d’hystérie en voulant hypnotiser des sujets.

Enfin, certains sujets des magnétiseurs de tréteaux sont d’une telle sensibilité aux pratiques hypnotiques, que la moindre chose provoque chez eux le sommeil : si quelqu'un les regarde un peu fixement. ils s'endorment ; s’ils voient une lumière vive, ils sont fascinés : si on leur met la main sur la tête, le sommeil arrive. Ces sujets peuvent ainsi se trouver à la merci du premier venu. |

Ces dangers disparaissent lorsqu'on emploie l’hypnotisme en connaissance de cause. Il faut calmer le sujet avant de l’endormir: s’il est agité, craintif, il ne faut pas essayer de l’hypnotiser ; quand il est endormi, il faut lui suggérer un état cérébral parfait pour le réveil. En pratiquant l’hypnotisme

scientifiquement, je ne crois pas qu'il faille se préoccuper de

ses dangers, Bernheim n’en a jamais provoqué et, quant à moi, hormis chez les deux sujets hystériques dont j'ai parlé, je n’ai jamais produit aucun accident, et, dans ces deux cas, le mal n'était pas bien grand, ces malades ayant spontanément plu-

sieurs accès par Jour.

Pour la société, les pratiques d’hypnotisme ne sont pas moins

dangereuses que pour le sujet; non seulement les spectateurs 510 des séances d'hypnotisme peuvent être troublés au point d’être 3%

frappés d'hystérie, d’épilepsie, de neurasthénie, de folie, etc.,

mais ils sont encore initiés à la merveilleuse puissance que pos Ê

l’hypnotiseur sur son sujet, ils constatent, de visu, la profondeur de : l’automatisme provoqué par l’hypnose et peuvent, dès lors, concevoir l’idée de se servir de cet automatisme pour metttre à exécu-. É. tion des desseins criminels.

Je me suis assez longuement étendu sur les crimes hypno- | “à

tiques pour ne pas devoir insister sur ce point, |

Faut-il interdire les séances publiques d’hypnotisme, selon l’opi-. si nion de Charcot, Lombroso, Gilles de la Tourette, Pitres, Ma soin, Boddaert, Crocq,:Héger, etc. ? Ou bien faut-il les permettre,

comme le prétendent Liébault, Bernheim, Delbœuf, Morselli ? Voici l'opinion de quelques expérimentateurs (!) DumonTPALLIER (dé Paris). « Certes oui. »

SANCHEZ HERRERO (de Madrid). « Avec toute grandeur. »

Maror (de Paris). «Je crois qu'il y aurait à cela tout avan=

tage. Il est toujours au moins inutile d'augmenter le champ du merveilleux, ne fût-ce que pour ne pas augmenter la créé dulité. De plus, ces séances publiques ne peuvent qu'être loc casion — et elles l’ont été trop souvent — de l’éclosion de M troubles nerveux plus ou moins graves, chez -des prédisposés + #1 (qui peut-être n'auraient jamais, sans cela, trouvé l'occasion | du développement de leur prédisposition.) »

A. Voisin (de Paris). « Il faut interdire les séances publiques d'hypnotisme. » | “0

AzaM (de Bordeaux). « Oui, je suis absolument partisan de :

celte interdiction et j'approuve le Gouvernement qui a donné =

l'exemple de cette sévérité. Le spectacle des troubles nerveux.

que provoque l’hypnotisme, peut avoir des conséquences déplo-

rables. Ce spectacle est plus ou moins sincère et na d'autre

but que d'extraire quelque argent du public de badauds, en

exploitant une des misères de notre nature: la croyance aù merveilleux. |

(1) Réponses à mon questionnaire.

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« S'il est sincère, l’autorité doit protéger la victime dont le

système nerveux est exploité par un homme quelconque ; s’il

est frauduleux, elle doit protéger le public, car le public peut

compter dans ses rangs nombre de gens dont le système nerveux sera facilement exalté; laissons les imbéciles aller de parti pris consulter des somnambules dites extra-lucides. Et n'oublions pas le grand nombre d’aliénés que les tables tour-

nantes et l’électricité ont envoyé dans les asiles; inutile d’ac-

no cup” 2 onde tas ER dore dl ar n detan tri 5 “hpres due Ds Sdenn Hi té É SSD SMS DS Sd St f b Put . A " k - : .

croître ce nombre, »

BRéMauD (de Brest). « Interdiction absolue. »

Pirres (de Bordeaux). « Oui. »

Luys (de Paris). « Oui. »

Lagore (de Nashua-New-Hamspire). «Oui. »

Le MENANT DES CHESNAIS (de Villes-d’Avray). « Oui. »

DE JonG (de la Haye). « Les séances publiques d’hypnotisme doivent être interdites comme dangereuses à divers points de vue. )

Davi (de Narbonne). «Oui. » |

Buror (de Rochefort). « Les réglementer. »

HENrick PETrERsEN [de Boston). «Oui, mais le public devrait recevoir une instruction intelligente à ce sujet par des hommes accrédités par le Gouvernement comme des investigateurs

sérieux et hors de reproche et ainsi dissiper les idées vulgai-

res et opposées des masses. »

G. Bazzer (de Paris). «€ Oui, oui. » |

Mason (de Louvain). « J’estime qu'il faut interdire les séances publiques d’hypnotisme. |

Persac (de Paris). « Je suis convaincu que les séances publiques d’hypnotisme sont fort dangereuses et que l’hypnotisme mis ailleurs qu'entre les mains des médecins, est un danger public et social.

DE Bars (abbé, de Gand). (Il me semble incontestable quil faut interdire les séances publiques d’hypnotisme: on à vu quelles épidémies de manie hypnotique ont envahi les villes et les pays qui avaient été le théâtre des exploits de quelque charlatan hypnotiseur. On a vu encore, en ces occasions, se déclarer bien des troubles nerveux et psychiques, bien des

folies causées par les séances d’hypnotisme imprudemment conduites. » | Joie (de Lille). Je crois qu’il faut interdire toutes les séances dans lesquelles l'hypnotiseur prend des sujets parmi le public. Pour les autres, elles me’ paraissent indifférentes. » BARON voN SCHRENK NorziNG (de Munich}. « Toute exhibition à des profanes, tout jeu de salon avec l'hypnose, toute exhibition publique de ces phénomènes, doivent être interdites par les lois.» Ocaorowicz (de Varsovie). «La liberté vaut mieux que toutes les lois de répression. » !

Tous ces auteurs, sauf Ochorowicz, sont donc partisans de

l'interdiction des séances publiques d'hypnotisme. 1l y a d’ailleurs.

unanimité presque absolue à ce sujet : notre Académie de médecine vota la proposition de loi d'interdiction, à l’unanimité moins

deux voix, et le Congrès d'hypnotisme, réuni à Paris en 1889, vota,

à l’unanimité moins une voix, l'interdiction des séances publiques d’hypnotisme ; il émit le vœu que l’hypnotisme ne soit pratiqué que par des médecins et qu'il soit enseigné dans les facultés de médecine.

Je ne puis que me rallier à ces conclusions, je crois aux accidents possibles à la suite de manœuvres hypnotiques mal ou incon:

sidérément faites, Je crois au danger des représentations publiques, |

enfin, je pense qu un médecin seul, au courant de l’hypnologie, est

capable de discerner les indications et les contre-indications de.

l'hypnose : lui seul peut connaître le tempérament des malades, lui seul peut hypnotiser avec la certitude de ne réveiller aucune prédisposition névropathique.

Pour toutes ces raisons, il y a lieu de féliciter l'Académie de.

médecine et le Gouvernement, d’avoir fait voter par les Chambres la loi de 1892.

Mais cette loi empêche-t-elle réellement tous les accidents que l'on à vu se produire à la suite des séances publiques d’hypnotisme? Telle est la question que je me suis posée en ma qualité d'expert dans l'affaire Donato, question qui a fait l'objet d’un travail présenté à l’Académie de médecine en 1896 (1).

(1) Comme quoi la loi sur l'interdiction des représentations publiques d'hyp-

notisme devrait être modifiée (Journal de Neurologie, Bruxelles 1896).

Les séances publiques d’hypnotisme donnent lieu à des conséquences nuisibles de deux ordres: pour le sujet en expérience et pour les spectateurs. |

Il semble, à priori, que l'interdiction des séances publiques d'hypnotisme doive avoir comme résultat d'empêcher ces deux ordres d’accidents. ;

Il n’en est rien; les hypnotiseurs de trétaux, tous un peu prestidigitateurs, ont trouvé facilement le moyen de tourner la difficulté.

Autrefois, ils criaient bien haut : « Venez voir mes expériences. toutes sont réelles, rien n’est simulé, pas de compèrage ! » Et pour convaincre le public de leur bonne foi, ils faisaient exécuter les expériences les plus extraordinaires par des spectacteurs bien

connus qui avaient consenti à se soumettre à leur action.

Aujourd’hui, leur boniment est à peu près le même : «Transmission de la pensée, suggestion mentale, etc., etc. » Mais lorsque les magistrats veulent intervenir, ils répondent: « Nos sujets ne dorment pas, ils sont dressés à jouer la comédie. »

C'est ainsi qu’un magnétiseur bordelais, sous le nom d’Olokoff, est venu deux fois à Bruxelles, depuis la mise en vigueur de la loi de 1892, donner des représentations de suggestion mentale et de divination de la pensée ; lorsque le parquet fit une descente au musée Castan, pour s'assurer de l'état des sujets. il répondit que ceux-ci agissaient à l’état de veille et que sa soi-disant divination

- de la pensée n’était qu’un alphabet composé de signes complexes. … Les magistrats se contentèrent de cette affirmation, et Olokoft put

continuer à donner ses représentations ; en ce moment même, ce magnétiseur est à Bruxelles pour la troisième fois, il donne ses séances sous un autre nom, dans un des grands cafés du boulevard

; Anspach ; personne ne songe à l’inquiéter. Et cependant il est

certain pour moi que son meilleur sujet, Miss-lsoline, exécute ses remarquables expériences en état somnambulique. J’ai assisté à ces séances un grand nombre de fois ; lorsque le sujet passait à côté de moi, il m'est arrivé de lui enfoncer, à l’improviste, une grosse épingle dans les chaïrs sans qu'aucun trait de son visage

… manifestât la moindre douleur. Certes, on peut, sans broncher, se

laisser traverser le bras par une épingle, lorsqu'on s’y attend ; mais

lorsqu'on pique à l’improviste une personne éveillée, elle manifeste toujours la sensation qu’elle éprouve par un mouvement réflexe. | | - NI

D'ailleurs, le sujet d'Olokofi présentait absolument l'aspect du sommeil profond, toutes ses facultés semblaient concentrées : sur son hypnotiseur. Pourquoi, du reste, ce magnétiseur aurait-il M fait exécuter les expériences par un sujet à l’état de veille alors “4 que le somnambulisme lui assurait un succès plus certain en pro: À voquant cet état spécial grâce auquel le sujet devine, sur un signe 4 imperceptible pour tous, la pensée de son hypnotiseur ? EL

Olokoff n’est pas le seul qui donne des séances publiques sem- 4 blables ; depuis quelque temps, Donato parcourt les villes de pro- |

vince de la Belgique, donnant des séances de transmission de la pensée et de la sensation : « Nouvelles éxpériences prodigieuses sur les spectateurs et les personnes de la localité ! » proclame-t-il sur des affiches suggestives ornées de reproductions de photogr | phies représentant les scènes principales.

On voit mentionnée sur ces affiches, lopinion de savants hypnologistes : « Donato est le plus prodigieux magnétiseur qui ait jamais existé.» Docteur Liébault, de Nancy! 71 |

Les journaux des localités dans lesquelles Donato opère n’ont rien de plus pressé que de donner des comptes rendus détartéss sur ses expériences, et les spectateurs arrivent en foule. ES

Les commissaires de police de ces localités assistent aux séances, M ils demandent de temps en temps aux sujets: « Dormez-vous ? D T0 sur la réponse négative de ceux-ci, la représentation continue. M

Cependant le parquet de Mons s’émut du bruit que faisait Donato; ce dernier fut cité devant le tribunal correctionnel de 4 Mons. Là il déclara que ses expériences étaient simulées et que « ses sujets jouaient la comédie ; ses compères affirmèrent la même chose et Donato fut acquitté, malgré un rapport du docteur Evrard de Mons, qui, ayant assisté à une séance, déclara positivement que les sujets dormaient pendant la représentation.

Aussi, le Ministère public s'inspirant du passé de Donato, qui a toujours prétendu, jusqu’en 1892, que ses expériences étaient réelles, mit opposition au: jugement et l'affaire revint devant: la ‘2 Cour d’appel de Bruxelles. De nouveau, Donato et ses sujets affir-

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mèrent que les expériences actuelles ne sont que de la comédie. En présence de ce cas embarrassant, les magistrats nommèrent

trois experts : MM. Delbœuf, de Rode et moi, chargés d'éclairer.

la justice en recherchant si les expériences de Donato peuvent être faites sans l’intervention de l’hypnotisme.

Les experts firent naturellement exécuter devant eux, par Donato, les expériences qu’il avait produites en public, ils les répétèrent sans le secours de Donato et ils constatèrent que les sujets étaient parfaitement éveillés pendant toute la durée de ces expériences.

Donato, qui n'avait pas cessé de donner ses représentations depuis le jugement du tribunal de Mons, fut de nouveau acquitté et put continuer à montrer ses sujets en public.

À quoi sert donc la loi de 1892? Est-elle réellement inutile comme on l’a prétendu ? Certes non, car elle empêche les magnétiseurs de tréteaux de se servir de spectateurs pour accomplir

leurs élucubrations. C’est là une amélioration évidente. Mais cette

loi prévient-elle tous les accidents des séances publiques d’hypnotisme ? Non, car le spectale des séances actuelles est tout aussi nuisible que celui des séances d'autrefois : les expériences sont les.

mêmes, les sujets ont absolument le même aspect qu'avant 4892. Il

est hors de doute que ces séances peuvent produire des accidents analogues à ceux qui ont été signalés précédemment.

Et d’ailleurs, quelle preuve a-t-on que les sujets qui simuient devant les experts, ne dorment pas réellement devant le public? Est-ce parce qu'ils répondent «non » au commissaire de police, ou bien parce qu’ils ont les yeux ouverts et que leur sensibilité est intacte ? Mais toutes ces particularités peuvent leur avoir été suggérées par l’hypnotiseur ; les sujets peuvent avoir toutes les

apparences de la veille et présenter cependant cette concentration

intellectuelle spéciale à l’état hypnotique qui leur permet de

réaliser les expériences avec plus de précision.

Certes, lorsqu'on endort un sujet pour la premiére fois, le samnambulisme profond se manifeste par des phénomènes bien caractéristiques, tels que l’insensibilité, l’amnésie au réveil, l’incons- Cience; mais lorsque l’hypnotiseur possède son sujet, il peut détruire ces phénomènes par la suggestion et provoquer un état

hypnotique spécial, en tout semblable physiquement à l’état de

veille, mais bien différent cependant intellectuellement. J’ai sou- à (

vent provoqué cet état et je puis affirmer que l’automatisme psychique peut être aussi complet dans ces circonstances que dans l’état de somnambulisme classique. Il me paraît donc bien certain qu'un magnétiseur habile, et je reconnais cette qualité à Donato, peut arriver à donner en spectacle des sujets réellement hypnotisés sans qu'aucun expert puisse prouver la chose.

C’est pour toutes les raisons que je viens de développer que je considère la loide 1892 comme tout à fait insuffisante. Je crois que la justice devrait empêcher non seulement les séances publiques d'hypnotisme réel, mais aussi celles de pseudo-hypnotisations.

Ce vœu fut reconnu indispensable par notre Académie qui le S.

transmit au Gouvernement. |

. Jusqu’à présent, aucune mesure n’a été proposée aux Chambres, c'est pourquoi notre pays est toujours infesté par les magnétiseurs de tréteaux.

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