‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 131 sur 140 · SES RE PETER · texte numérisé non relu

SES RE PETER

‘st AN EEE,

LA PSYCHOTHÉRAPIE (AU Hot

La détermination plus exacte des indications doit encore, dans l'avenir, faire l’objet de recherches.

DEJERINE (de Paris). «Je crois que “ peut appliquer l’hypnose sans danger à toutes espèces d’hallucinations, il faut savoir la manier, voilà tout. »

Joie (de Lille). «Il faut l'étendre à beaucoup d’affections nerveuses. )

Le point de départ des discussions au sujet des applications thérapeutiques de l'hypnose réside uniquement dans le malentendu qui divise les auteurs concernant la nature même de l’hypnotisme. Alors que les élèves de Charcot continuent à considérer le sommeil hypnotique comme pathologique et susceptible de se montrer chez les névropathes seulement — nous avons

u, tout récemment encore (1898), Gilles de la Tourette affirmer que l'hypnotisme n’est pas autre chose qu'un paroxysme hystérique provoqué — Liébault, Bernheim et la plupart des auteurs actuels pensent que ce sommeil est un phénomène purement physiologique, susceptible d’être provoqué tout aussi facilement, peut-être même plus aisément, chez les sujets normaux que chez les névropathes.

Les premiers, imbus des idées de Charcot, n’admettent l’intervention de la méthode hypnotique que dans les cas de névrose avérée, sous prétexte que cette méthode, qui met en jeu les prédispositions névropathiques latentes, peut provoquer l’éclosion d'une névrose qui, sans cela, aurait pu sommeïiller indéfiniment. Les autres, persuadés de l'innocuité absolue de l’hypnotisme bien appliqué, sont d’avis que l’on peut et que l’on doit s'en

servir dans tous les cas où un résultat favorable peut être espéré,

sans s'inquiéter en rien des prédispositions névropathiques du malade.

Ce que j'ai dit précédemment des dangers de l’hypnotisme me dispense de discuter longuement cette question. Je suis absolument convaincu de l’innocuité de l’hypnotisation logiquement pratiquée ; pas plus que les autres, je n'ai observé de consé-

quences fâcheuses pouvant être attribuées à cette méthode et si certains expérimentateurs — qui sont du reste de plus en plus

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rares — ont noté l’apparition de phénomènes névrosiques graves à la suite de leur intervention, je ne puis qu’en conclure qu'ils ont eu recours à des procédés imparfaits capables de produire chez leurs malades une émotion morale profonde, une crainte violente, une terreur subite.

Je le répète, l'hypnotisation bien pratiquée ne présente aucune espèce de danger. Il en résulte que ce moyen thérapeutique peut être appliqué à tout le monde et que ses indications doivent être basées uniquement sur les résultats obtenus par la pratique.

Pour faire l'étude des applications de l’hypnotisme à la thérapeutique, j’envisagerai successivement les AHORRES chirurgicales et les RROAQCS Haras

I. Comme nous l’avons vu précédemment, l’anesthésie peut, pendant l’hypnose, être telle que l’on peut traverser le bras du sujet de part en part sans qu'il s’en doute ; on peut encore appliquer sur son bras un cigare allumé sans qu’il manileste la moindre réaction. Cette anesthésie peut être utilisée en chirurgie ; dès 1859, Broca, dans une communication à l’Académie des sciences, relatait un cas dans lequel l'hypnose lui permit d’inciser sans douleur, un abcès volumineux de la marge de l’anus.

Le Dr Esdaille, dont nous avons parlé déjà, chirurgien au Bengale, relate deux cent soixante-dix opérations pratiquées sans douleur, pendant le sommeil hypnotique. Le D' Guérineau signala à l’Académie de médecine de Paris une amputation de cuisse sans la moindre douleur.

En 1829, le D’ Cloquet ampute un sein à une dame hypnotisée, en 4845, le Dr Loysel, de Cherbourg, ampute une jambe à une demoiselle endormie par Durand (de Gros); en 1846, il enlève un paquet de ganglions dégénérés à un jeune homme de dix-huit ans ; en 4847, le Dr Ribaud, de Poitiers, enlève une tumeur volumineuse de la mâchoire à une jeune fille endormie; en 1847, le D' Fanton fait une amputation de cuisse à un jeune homme hypnotisé, le D: Joly ampute le bras d'une dame, et le D: Esdaille ampute la cuisse d’une demoiselle anesthésiée par la même mé-. thode.

LA PSYCHOTHÉRAPIE ete 0)

Liébault a plusieurs fois pu arracher des dents à des sujets ‘endormis et j'ai moi-même souvent mis des pointes de feu à des sujets en somnambulisme, sans qu'ils ressentent aucune douleur. J'ai traité ainsi, il'y a deux ans, une jeune fille atteinte de ete les pointes de feu furent appliquées dans les: reins trois fois, à quinze jours d’intervalle, sans que la malade éprouve aucune douleur.

Il est évident qu’il faut, pour permettre ces opérations, que le sujet soit en somnambulisme véritable, s’il est en ‘état somnambuloïde, il sent tout ce qu’on lui fait.

‘Il serait désirable que l’anesthésie hypnotique soit employée plus souvent qu’elle ne l’est, elle n’expose à aucun accident, elle peut être prolongée aussi longtemps que l'on veut: la seule difficulté, c’est d’avoir affaire à une personne qui présente le somnambulisme véritable, cas que l’on peut évaluer à 10 ou 20 0/0.

Cette anesthésie peut encore être utilisée pour laccouchement; Liébault, déjà, avait attiré l’attention sur cette question. En 1886, le D' Fritze, de Vienne, publia dans la Revue de l’Hypnotisme, la relation d’un accouchement pendant le sommeil hypnotique.

Dumontpallier communiqua à la Société de Biologie (1887) un cas analogue ; il en déduit comme conséquence médico-légale qu’une femme peut accoucher sans avoir conscience de la naissance de son enfant. La même année, Mesnet relata un cas semblable. | |

Ces observations démontrent qu’on peut, pour Do de avoir recours à l'anesthésie hypnotique, qui n empêche nullement les contractions utérines; mais.ici encore ce moyen ne peut être employé que chez des sujets spéciaux, très sensibles au sommeil provoqué et qui ont été déjà endormis précédemment; il est, en effet, certain qu'au moment de l'accouchement on ne pourra ‘endormir une femme que si on a déjà pratiqué cette manœuvre antérieurement chez elle. Ç

IL. Après avoir parlé des applications de l’hypnotisme à la chirurgié, je dois exposer un peu plus longuement les applications de cet agent à la médecine.

Les anciens magnétiseurs se faisaient illusion sur la puissance curative de l’hypnotisme, ïls croyaient :ce moyen capable de guérir tous les maux : « La nature, disait Mesmer, ofîfre dans le magnétisme un moyen de guérir et de préserver tous les hommes » ... « Il n’y a qu'une maladie et qu’un remède », disait-il encore. Aussi Mesmer guérissait-il la cécité, la goutte, etc., par le magnétisme ; inutile de dire que ses succès étaient faux. Le baron du Potet guérissait la tuberculose par suggestion !

Durand (de Gros) Braïd, émirent également des conclusions exagérées pour ce qui concerne la thérapeutique de l’hypnotisme. Braid rapporte des cas de semi-cécité, de surdité, de rhumatisme, d’épilepsie, de tétanos, guéris par l'hypnotisme.

Je crois que Bernheim, Liébault, Luys, en France ; Van Renterghem et Van Eeden, à Amsterdam ; Otto Wetterstrand, à Stockholm ; Lloyd Tuckey, à Londres, ont un peu exagéré la valeur thérapeutique de l’hypnotisme.

(a) Maladies organiques, — L’exposé que j’ai fait précédemment des applications de l'hypnothérapie contient la relation d’un grand nombre de succès obtenus dans des maladies organiques.

Nous avons vu Liébault recommander cette méthode dans le goitre kystique, les tumeurs parotidiennes, les ulcères variqueuses Bernheim dans l’hémorragie cérébrale, la sclérose en plaques, l’ataxie, le vertige stomacal, la dyspepsie, l’eczéma, la tuberculose, le rhumatisme chronique; Berillon dans l’ataxie locomotrice ; Van Renterghem dans l’hémorragie et les myélites chroniques ; Loyd Tuckey dans le rhumatisme, la goutte, la débilité générale, la diarrhée chronique, la paralysie infantile ; Hamilton Osgood dans l’eczéma, Luys, dans le tolas, les hémiplégies, les Pepe gies, la paralysie agitante etc.

Pour peu que cette liste s’allonge encore, nous pourrons revenir aux idées de Mesmer et dire qu’il n’y a qu’un remède capable de guérir tous les maux.

Il est étrange de constater que ceux qui se rient de l’enthousiasme, bien pardonnable, qu'éprouvait Mesmer, après avoir flétri leur prédécesseur qui est un peu leur initiateur, en arrivent, de déductions en déductions, à des conclusions qui s’éloignent,

en somme, fort peu des siennes. Après avoir admis et fait admettre que l’hypnothérapie peut guérir les manifestations PSYchiques sine materia, ne voyons-nous pas Liébault, Bernheim, Wetterstrand, Van Renterghem et bien d’autres, affirmer que cette méthode peut également, en agisant sur les nerfs trophiques. atteindre et modifier favorablement les lésions organiques ? Ils se basent, pour expliquer les résultats thérapeutiques qu’ils ont obtenu par la suggestion hypnotiqne dans les maladies organi- , ques, sur les expériences de rougeur, de congestion, de vésication, que certains chrecheurs prétendent avoir réalisées par la seule influence hypno-suggestive. Nous avons vu que ces expériences, peut-être réalisables chez certains sujets hystériques exceptionnels à système vaso-moteur déséquilibré, sont discutables en ce qui concerne les sujets ordinaires. En d’autres termes, les troubles vaso-moteurs que l'on peut, peut-être, chez certains sujets spéciaux, provoquer par la suggestion hypnotique, ne peuvent généralement pas être obtenues chez les individus pris au hasard ; ces troubles circulatoires sont imputables, bien plus à une névrose vaso-motrice qu’à l'influence de l’hypno-suggestion. Si donc on peut se baser sur ces expériences pour prétendre qu’en thérapeutique il sera possible d'obtenir, par la suggestion hypnotique, des modifications vasculaires et nutritives chez des malades atteints de maladies organiques, on commet une erreur flagrante en généralisant un fait, véritable pour certains malades exceptionnels, mais absolument hypothétiques en ce qui concerne la majorité des sujets. Oui certes, chez certains patients atteints de névrose vasomotrice, on pourra, par la suggestion hypnotique, obtenir des modifications vasculaires importantes et, chez ceux-là sans doute, on pourra par hypno-suggestion, provoquer des ‘perturbations nutritives indéniables et peut-être obtenir des résultats favorables dans des maladies manifestement organique. Mais, à côté de ces sujets d’une rareté très grande, il y a la foule innombrable des malades ordinaires chez lesquels l'hypno-suggestion ne pourra en rien modifier la circulation et la nutrition. Conclure d’une manière générale de l’observation de ces cas isolés et presque uniques que la suggestion hypnotique est capable de produire des modifications vasculaires chez tous les malades, me semble aussi absurde

que de prétendre, en se basant sur l’observation de un ou deux cas d’intolérance absolue pour l’opium, que ce produit n’est supporté par personne | |

Si, abandonnant le terrain de l’hypothèse, on objecte que cette l

action modificatrice de la suggestion hypnotique est prouvée par les résultats thérapeutiques relatés par un grand nombre d'auteurs, je répondrai que ces faits méritent d’être examinés attentivement. Parmi lés innombrables maladies organiques qui ont été traitées

avec succès par cette méthode, il en est un certain nombre qui.

s'améliorent, qui guérissent même, sans traitement et malgré le médecin. Ne voyons nous pas couramment les hémiplégies cérébrales s’amender et quelquefois guérir avec une rapidité étonnante ? D'autres fois, les manifestations morbides dépassent de beaucoup celles qui résultent essentiellement de la lésion organique ; c’est ainsi que le tabétique, voyant son incoordination progresser insensiblement, s’exagère son mal, il a peur de tomber, il perd, par la crainte, es moyens qui sont encore à sa disposition et devient basophobe. Certes, la suggestion hypnotique pourra diminuer cette basophobie et rendre momentanément la marche moins difficile, mais, dès qu’elle aura atteint son action maxima, lorsqu'il ne restera plus que les phénomène résultant directement de l’altération organique, le malade, constatant que la spychothérapie ne peu plus rien pour lui, perdra la lueur d'espoir qu'il avait entrevue et retombera découragé, aussi bas, plus bas ‘peut-être que précédemment. Sont-ce là les faits sur lesquels on peut se baser pour admettre l’action bienfaisante de l’hypno-suggestion sur les lésions organiques ?

11 en est d'autres, dira-t-on, plus toncluants à cet égard ; on a par exemple obtenu des résultats dans l’eczéma, dans les dyspepsies, dans le rhumatisme chronique. Mais l’eczéma n'est-il. pas entretenu indéfiniment par le grattage qui devient, chez certains malades, une véritable obsession et la suggestion hypnotique capabie de faire disparaître cette habitude, cause de l'affection cutanée, ne peut-elle pas, par le fait même, provoquer la guérison de cette dernière ?

Le rhumatisme chronique s'accompagne de douleurs névralgiques qui peuvent être mitigées par l’hypnothérapie ; les articula-

tions immobilisées par la douleur reprennent insensiblement leurs fonctions, lorsque celle-ci a diminué ; par l'exercice, la circulation y devient plus active, l'ankyloses’arrête,le gonflement même disparaît.

Les dyspepsies, de leur côté, sont souvent nerveuses; je ne doute nullement que, dans ces cas, elles ne puissent être améliorées par la suggestion hypnotique. Mais, lorsqu'elles dépendent d’une lésion de la muqueuse stomacale, je suis convaincu que ce traitement n'y pourra rien; je crois même qu’en faisant disparaitre momentanément certains symptômes, on pourrait donner au malade une illusion néfaste de guérison qui l'engagerait à commettre des imprudences qu'il paierait cher par la suite. Je me rappellerai toujours une malade atteinte d’une dyspepsie organique avec inappétence, douleurs, vertiges, chez laquelle la suggestion hypnotique fit disparattre pendant quelques jours les manifestations morbides ; se croyant guérie, la malade se mit à manger selon son appétit factice. Mal lui en prit, car bientôt elle fut atteinte d'une poussée aiguë de gastrite, avec fièvre, vomissements, état syncopal, qui la mit en danger de mort.

Dans les maladies infectieuses j'avoue que je n'’oserais pas, à l'exemple de Bernheim, hypnotiser les malades, sous prétexte de faire disparaitre quelques symptômes nerveux, d’ailleurs peu difficile à combattre par les moyens ordinaires.

Rien ne prouve donc que l’hypnothérapie soit capable de modifier les lésions organiques : à mon avis, son rôle se borne à agir sur les symptômes et, parmi ces derniers, sur ceux surtout qui ont une origine fonctionnelle. Les premiers ne seront amendés que d’une manière très passagère, les seconds pourront au contraire

être améliorés pour une période de temps assez longue et quelquefois guéris définitivement. |

L'hypnothérapie est donc, comme nous le verrons du reste bientôt, une médication essentiellement fonctionnelle.

Est-ce à dire pour cela que l’hypnothérapie doit être rejetée dans tous les cas où une lésion organique existe ? Non, on pourral'employer lorsqu'un symptôme pénible sera difficilement supporté par le malade ; mais on ne devra jamais hypnotiser à tort et à travers pour combattre la moindre douleur qu’un peu d’antipyrine ou de morphine aurait pu faire disparaître.

(b) Maladies fonctionnelles. — Dans les maladies fonctionnelles, au contraire, la psychothérapie peut rendre des services très grands, bien qu'il faille à mon avis, faire quelques restrictions aux données de certains expérimentateurs.

Occupons-nous tout d’abord de l’hystérie qui, de l'avis de tous les auteurs, peut être traitée par l'hypnotisme. Toutes les manifestations de la névrose hystérique sont passibles du traitement psychothérapeutique, aussi bien les attaques convulsives que les paralysies, les contractures, les spasmes, les tics. l’aphonie, le mutisme, etc. |

L'hypnotisation peut produire des miracles dans l’hystérie. Avez-vous affaire à une hystérie convulsive, dont les accès se renouvellent journellement ou plusieurs fois par jour, essayez le traitement suggestif, endormez votre malade et suggérez-lui de ne plus avoir d'attaques, défendez-lui impérieusement d’en avoir ; vous n’obtiendrez peut-être pas un résultat immédiat, mais continuez et, si c’est de l'hystérie pure, il sera bien rare que vous n’obteniez pas la guérison ou tout au moins une notable amélioration ; les attaques ayant disparu, ne cessez pas immédiatement le traitement, continuez à endormir votre malade en espaçant de plus en plus les séances et vous arriverez certainement à une guérison complète.

Mais, pourrait-on objecter, la maladie n'est nullement guérie, puisqu'il suffit souvent d’une frayeur, d’une colère, etc., pour en voir reparaître des manifestations. C’est que vous ne pouvez, par suggestion, modifier le terrain névropathique de votre malade, qui restera un hystérique à l’état latent, chez lequel une cause occasionnelle pourra provoquer l'apparition de nouvelles poussées névropathiques.

Supposez un individu prédisposé à la pneumonie, il est atteint un beau Jour de cette maladie ; il en guérit complètement. L'hiver suivant, il prend froid, il est une seconde fois atteint de pneumonie déclarerez-vous que cette seconde atteinte résulte de ce que la première n’a pas été complètement guérie ? Certes non. N’en est-il pas de même d’un malade débarrassé pendant six mois, un an et plus de symptômes hystériques à grand-fracas, qui, sous l'influence

d'une cause occasionnelle quelconque, se voit atteint de. troubles névrosiques nouveaux et également curables.

. Mais certains médecins ne vont pas jusqu’à croire que la suggestion puisse combattre les troubles hystériques, fût-ce même pendant quelques mois ; ils se basent sur un cas, dix cas même, dans lesquels ils n’ont obtenu qu'une amélioration passagère peu importante. Ils oublient de faire remarquer qu’ils ont opéré avec la conviction intime de l’inutilité de l’hypnothérapie, qu’ils ont suggéré mollement, d’une voix peu convaincante, qu’ils ont peutêtre fait la suggestion d’un ton narquois. Or, le sujet se rend parfaitement compte de l’état cérébral de son hypnotiseur, il sent son hésitation et ne peut dès lors plus être su ggestionné par lui.

D'autres médecins, plus consciencieux, ont opéré avec calme, et conviction, ils ont observé deux ou trois échecs successifs. Découragés par ces résultats négatifs, ils n’ont plus rien tenté, persuadés de la nullité thérapeutique de l’hypnotisme.

Etait-ce bien de l’hystérie pure ? Et, dans lPaffirmative, ignorent ils ce que c’est que les séries en clinique ? Ne savent-ils pas que l’on peut observer quatre, cinq et même six insuccès consécutiis comme aussi une série ininterrompue de cures remar- quables, en employant les médications les plus héroïques ?

Quelles que soient les conditions dans lesquelles se sont placés. les incrédules, il est un fait certain, c’est que la suggestion hypnotique est capable, dans la plupart des cas, de guérir ou d'améliorer l’hystérie pure. Pour arriver à un résultat rapide et durable, il est bon et quelquefois même nécessaire de joindre à la psychothérapie, l’hydrothérapie, l’électrothérapie ainsi que des moyens internes, capables de modifier l’état général.

Ce que je viens de dire est applicable à tous les phénomèenes hystériques: convulsion, paralysies, contractures, tics, aphonie, mutisme, délire, etc., tous peuvent être guéris par la suggestion LA

Parmi les manifestations hystériques doivent être rangées certaines affections que l’on a, à tort, considérées comme organiques dans des publications récentes et dont on s'est servi pour défendre l'hypothèse d’une action directe de la suggestion hypnotique sur les lésions. Tels sont: l'angine de poitrine

l’aménorrhée, la dysménorrhée et la métrorrhagie. Nous savons tous qu'à côté de l’angine de poitrine organique, par sclérose des coronaires, il existe une angine de poitrine nerveuse, improprement appelée fausse, due à de simples troubles fonctionnels. Cette dernière, quelquefois toxique, reconnait aussi comme cause l’hystérie ; dans le premier cas, la suppression de l’intoxication amène presque sûrement la guérison; dans Île second cas, le traitement hypnothérapique provoque de même une amélioration, rapide. Dans deux cas d’angine de poitrine hystérique, j'ai obtenu une guérison rapide par la suggestion hypnotique et je crois que les succès analogues, publiés par les auteurs, se rapportent à des cas de même nature.

L’aménorrhée, la dysménorrhée et la métrorrhagie reconnaissent aussi très fréquemment comme cause un état hystérique ; il est rationnel que ces troubles utérins névrosiques, susceptibles de disparaître sous l’influence d'un traitement quelconque capable d'améliorer «l’état hystérique, puissent également être combattus par l’hypnothérapie dont l’action anti-hystérique me. parait bien démontrée. J’ai, pour ma part, plusieurs fois ramené les règles, par la suggestion hypnotique, chez des hystériques aménorrhéiques depuis plusieurs mois. Cette aménorrhée dépendant de troubles vaso-moteurs névrosiques, il me semble tout. naturel qu’elle puisse être traitée avec succès par l’hypno-thérapie. Il ne s’agit plus ici de sujets quelconques, atteints de malaaies organiques, mais bien d’hystériques vaso-motrices, chez lesquelles la suggestion hypnotique péut modifier les fonctions circulatoires troublées, non pas organiquement, mais fonctionnellement.

On peut rattacher, aux manifestations hystériques, les cas de pollakiurie psychopathique qui ont été, dans ces derniers temps, l’objet de travaux nombreux (Dieulafoy, Harrisson, Ultzmann, Féré, Lancenaux, Guyon, Janet, Corby, etc.) Je crois utile de rapporter ici trois observations concluantes dans lesquelles la suggestion hypnotique eut rapidement raison de cette infirmité si tenace (‘).

(1) Croco. Trois cas de pollakiurie psychopathique gquéris par suggestion (Jour. nal de Neurologie, 1898, n° 24, p. 473).

Observation I. — L..., industriel, ayant de gros capitaux enga-

gés dans des affaires incertaines, est âgé de 43 ans : son père est mort d’apoplexie à 62 ans, sa mère, âgée de 63 ans, à été sujette autrefois à des crises hystériques nombreuses. Deux frère et Sœur sont morts en bas âge de méningite et de convulsions, une sœur est hystérique, une autre paraît normale. L.... a eu trois enfants dont l’un est mort de convulsions. Comme antécédents personnels, il n’accuse aucune maladie jusqu'à l’âge de 40 ans ; à cette époque, à la suite d'inquiétudes et de surmenage intellectuel, il fut atteint de céphalal- gies fréquentes, de mélancolie, d’insomnie, d’accès de tremblements et d'agitation. Le travail lui devint pénible, il se sentit indécis, irrésolu, sa mémoire s’affaiblit. Chaque accès d’agitation S'accompagnait de besoins fréquents d’uriner : si l’accès durait deux heures, il était obligé de vider sa vessie une dizaine de fois pendant ce court laps de temps. La nuit, les besoins d’uriner ne se manifestaient également que pendant les périodes d’agitation : l’insomnie seule ne provoquait pas la pollakiurie, celle-ci ne se manifestait qu’à l’occasion des périodes d’agitation pendant lesquelles le malade sentait sa raison se perdre et luttait contre ce qu'il croyait la folie, dont il entrevoyait toutes les conséquénces désastreuses pour sa famille.

Soumis à divers traitements, L..., ne vit survenir aucun changement dans son état ; un seul symptôme avait disparu, c'était l'imsomnie qui avait cédé à l’emploi continu du trional et du Chloral. La disparition de l’insomnie avait amené immédiatement la cessation des agitations et de la pollakiurie nocture.

Lorsque je vis ce malade, le 10 novembre 1887, son état général était excellent, aucune affection organique ne pouvait être décelée, ni du côté du système nerveux. ni du côté des organes génito-urinaires qui, du reste, n'avaient jamais été atteints. Tous les symptômes initiaux persistaient : céphalalgie mélancolie, accès de tremblement et d’agitation, travail pénible, mémoire médiocre ; l’insomnie seule avait disparu grâce à l’absorption, de jour à autre, d’une dose de 1.50 gr. de trional. Par contre la pollakiurie qui, au début, n'existait que

pendant les accès, était devenue continuelle pendant le jour L...., éprouvait 20 à 30 fois par jour un besoin impérieux d'uriner qu'il devait satisfaire, sous peine de « pisser dans sa culotte ». Il évacuait chaque fois des quantités très minimes d'urine. Cette infirmité mettait le malade dans l’impossibilité de remplir ses devoirs sociaux, il était obligé de renoncer aux visites, aux réceptions, aux spectacles, etc. Il savait fort bien n'avoir aucune maladie de la vessie ou de l'urèthre, il déplorait d'autant plus sa situation qu’elle ne reconnaissait aucune cause palpable. Jamais il n'avait ressenti aucune douleur.

Après avoir éliminé tout soupçon d’une affection organique quelconque nerveuse ou génito-urinaire et après avoir constaté l’état normal des urines, je ne pouvais diagnostiquer, chez ce névropathe avéré, qu’une pollakiurie nerveuse, psychopathique.

Le malade, très intelligent du reste, n’ayant jamais cru être atteint d’une affection locale et comprenant parfaitement bien l'origine purement nerveuse de son infirmité, je crus inutile de lui conseiller le traitement local recommandé par Janet, Guyon Corby, etc..…, dont l’efficacité, au dire même de ces auteurs, dépend avant tout de l'élément suggestif. J’eus recours à la suggestion directe : J'employai d'abord la suggestion à l’état de veille, tâchant de bien démontrer au patient qu'une telle infirmité ne pouvait, n'ayant aucune cause organique ni tangible, persister plus longtemps. Ce fut peine perdue : « Tout ce que vous cherchez à m'inculquer, me disait-il, je me le répète depuis trois ans sans résultat; je comprends l’absurdité de ma maladie, je me rends très bien compte de son existence illusoire et malgré cela, elle ne fait que croître et embellir. »

Après avoir répété, sans résultat, quatre ou cinq fois la suggestion à l’état de veille, le malade exigea l’hypnotisation qu’il croyait seule capable de le guérir. Je réussis facilement à le mettre dans un état d’engourdissement très net pendant lequel je lui fis les suggestions nécessaires. Il se rappela parfaitement tout ce que je lui avais dit, mais il fut le premier à reconnaître que l’état d’engourdissement qu’il avait ressenti pouvait suffire à lui faire accepter la suggestion. L’hypnotisation fut répétée journellement pendant quinze jours. L’amélio-

ration fut rapide ; après la troisième séance, le besoin d’uriner ne Se fit plus sentir que six fois par jour, la céphalalgie avait presque complètement disparu, les accès de tremblement et d'agitation ne se produisaient plus. Après la dizième séance L..., put supprimer le trional sans avoir d’insomnie ; il n'urinait plus que cinq fois par jour. Après la quatorzième séance, tous les symptômes avaient disparu et le besoin d’uriner ne se faisait plns sentir que quatre fois par jour. Il faut dire que le sommeil était devenu de plus en plus profond, Sans cependant atteindre le degré de somnambulisme complet,

Au bout de quinze jours les séances furent espacées ; elles furent répétées tous les deux jours pendant deux semaines, tous les quatre jours pendant deux autres semaines, tous les sept Jours pendant un mois et enfin tous les quinze jours pendant deux mois. La dernière séance eu lieu le 2% mars 1898 ; la guérison s’est maintenue.

Observation IT. — d’A.., rentier, est agé de 26 ans ; son père a 52 ans, c’est un névropathe, noceur et bon vivant; sa mère très nerveuse a été atteinte de neurasthénie à l’âge de 30 ans, elle a actuellement 45 ans. Un frère du malade est joueur, déséquilibré, dépensier ; une sœur est hystérique.

d'A... n’a jamais eu que des maladies infantiles : parmi celles-ci notons l’incontinence nocturne d'urine dont il fut atteint de 8 à 12 ans. Il était autrefois d’une timidité extraordinaire avec les femmes, osant à peine les regarder et leur parler. Plus tard il se familiarisa, il devint même un amateur du beau sexe, mais jamais il n’eut de rapport sexuel sans craindre la contagion d’nne maladie vénérienne. Cette idée était involontaire, elle l’obsédait quelle que fut la femme avec laquelle il avait été en rapport, à quelque rang qu’elle appartint : il se rendait dans certains cas, compte de l’absurdité de ses craintes et: malgré cela, cette idée l’obsédait sans cesse.

d'A..., se mit. donc à s’analyser, à relever et même à inscrire, pour le cas où il devrait en parler à un médecin, les moindres sensations parties des organes génitaux; il urinait vingt fois par jour pour voir si la miction ne produisait pas

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de douleur, il inspectait à toute occasion ses organes pour y découvrir des traces de chancre, etc., etc. Il en arriva ainsi, insensiblement, à uriner, par habitude, 15 à 20 fois par jour.

Sur le conseil d’un médecin, d'A... se maria, croyant que la crainte de la contagion n’existant plus, il se débarrasserait de son obsession.

Les premiers jours de son mariage tout alla bien ; d’A...,en voyage de noce, fut enchanté de ne plus devoir satisfaire son besoin d'uriner que # ou 5 fois par jour. Il se crut guéri et il revint en Belgique, au bout d’un mois, ne songeant plus à son ancienne infirmité. |

Mais, à peine de retour, le besoin d’uriner augmenta de nouveau progressivement ; au bout de quinze jours, la pollakiurie était devenue aussi intense qu'auparavant ; les idées de conta. gion n'existaient plus, le malade ne s’observait plus constamment, craignant de voir apparaître les premiers signes d’une maladie vénérienne, mais il était par contre continuellement préoccupé de savoir si le besoin d’uriner n'allait pas se faire sentir. L'obsession pollakiurique persistait seule, l’idée de contagion n'ayant plus aucune raison d’être depuis le mariage du patient.

Je vis ce malade pour la première fois le 17 juillet 1897; son état

général était très bon; à part une émotivité extraordinaire et

l’obsession urinaire, d'A... ne présentait aucun stigmate hystérique ou neurasthénique. La pollakiurie était exclusivement diurne, le sommeil était bon. Jamais le malade n'était réveillé par le besoin d’uriner, mais si, pour une cause quelconque, soit une mauvaise digestion, soit une absorption trop grande de vin ou l'abus du tabac d’A.., se reveillait agité, immédiatement la pollakiurie se montrait.

Les organes génito-urinaires étaient sains, les urines normales, sauf une légère polyurie, les organes internes étaient absolument intacts.

Le diagnostic de pollakiurie psychopatique s’imposait ; après avoir démontré au malade que ses organes génito-urinaires étaient tout à fait sains et que sa pollakiurie était purement nerveuse, je lui conseillai une vie hygiénique, une alimentation tonique quoi-

que légère et, l’époque des voyages étant arrivée, une cure à

Plombières.

d'A... revint de son voyage dans un état absolument semblable à celui qu'il présentait à son départ, sauf cependant que ses insomnies passagères, dues précédemment à des troubles digestifs, avaient complètement disparu, entraînant également la disparition complète de la pollakiurie nocturne dont J'ai parlé plus haut. |

Je proposai la suggestion ; le malade se révolta, disant qu’il ne voulait pas être hypnotisé, qu’il voulait conserver tout son libre arbitre, (C’est là une superstition fréquente qui fait bien souvent refuser avec horreur le traitement psychique.) J’eus beau m’évertuer à expliquer à ce jeune homme en quoi consiste la suggestion thérapeutique, je ne parvins pas à détruire son idée préconçue : il préférait rester infirme que de me permettre seulement de lui parler en appliquant ma main sur sa tête.

Pour lui prouver que je ne désirais pas l’endormir mais simplement lui faire des suggestions, Je lui proposai de rester à deux mètres de lui et de lui parler ainsi en le regardant fixement ; J'ajoutai que, pour réussir, il fallait qu’il m’écoutit attentivement et, à cet effet, je lui ordonnai de me regarder pendant que je parlerais. Il accepta à condition de pouvoir rester debout.

Je commençai donc la suggestion de cette façon après avoir, sans être remarqué, placé un fauteuil derrière le patient. Je dois dire que, dans ces conditions, je parvins à écarter toute crainte chez ce malade : il me regarda et m’écouta attentivement, je vis parfaitement que l'influence hypnotique se manifestait légèrement. Le lendemain, cette influence grandit; le troisième jour, d’A.. tomba, à un moment donné, comme une masse dans le fauteuil préparé ad hoc. L'amélioration fut rapide: les besoins d’uriner diminuèrent rapidement en même temps que l’obsession urinaire, le malade pensa de moins en moins à la miction et dut de moins en moins satisfaire ce besoin. Au bout de trois semaines, la guérison semblait complète; les séances ne furent plus répétées que tous les deux jours pendant deux semaines, puis tous les 4 jours pendant deux autres Semaines, enfin une fois par semaine pendant un mois. Le 12 octobre je congédiai d’A..., le considérant comme guéri.

Le 3 décembre, d'A... vint me revoir, disant que, depuis quatre jours, il éprouvait de nouveau un besoin fréquent d’uriner. Un interrogatoire attentif me révéla que ce sujet avait eu, cinq jours auparavant, des rapports avec une femme légère et que l’ancienne obsession de contagion avait fait renaître la pollakiurie. Une seule séance suffit, cette fois. à débarrasser le malade de son obsession et de sa pollakiurie ; je saisis cette occasion pour suggérer à d'A... que, si même il lui arrivait, par la suite, de manquer à son devoir conjugal, il ne serait plus du tout préoccupé par l’idée de contasion. Cette suggestion $e réalisa ; je revis d'A..., par hasard, plusieurs mois après, il m’ayoua qu'ayant eu de temps en temps des rapports sexuels adultères. il n’avait plus jamais été tourmenté ni par son idée de contagion ni par sa pollakiurie.

Observation III. — D..., caissier, est âgé de 31 ans ; son père âgé de 60 ans, est bien portant, sa mère, âgée de 58 ans, est migraïineuse et très nerveuse: un frère est mort tuberculeux à 20 ans, un autre s’est engagé, a déserté, et, finalement, s’est suicidé ; une sœur est asthmatique. D... à deux enfants: l’un, âgé de 6 ans, à eu la chorée, l’autre, âgé de 4 ans, est bien portant.

Comme antécédents personnels ; le malade accuse une légère incontinence d'urine de 7 à 8 ans, la fièvre typhoïde à 16 ans et une neurasthénie entre 24 et 25 ans. Il y a un an, c’est-à-dire six ans après son mariage, D... contracta la blennorrhagie ; il fut trés frappé par cet accident et s’efforça de guérir le plus vite possible cette maladie. Durant trois semaines il s’observa continuellement, urinant à tout instant pour constater îïes progrès de la guérison. Celle-ci fut rapide et complète, mais l'habitude d’uriner fréquemment, prise pendant la blennorragie, persista, au grand étonnement du malade, qui crut à une complication vésicale. Le médecin traitant constata l'intégrité absolue des voies génito-urinaires, il essaya de persuader à D... que rien ne justifiait son appréhension, que sa pollakiurie était purement nerveuse, il lui administra des calmants, des antipasmodiques, etc.; rien n'y fit. En désespoir de cause, il m’adressa ce malade, en me souhaitant meilleure chance.

Je vis D... le 4 septembre 1896 ; je constatai un état général parfait, l'intégrité absolue de tous les organes et des urines ; la blen-

d'A g J'LTCRARRRE.

ue Pre

norrhagie était complètement guérie. Le malade se pleignait d’une

Jégère dyspepsie, d’un peu de céphalalgie frontale, d'incapacité au

travail, de mélancolie, d’aboulie, de douleurs vésicales intolérables, d’une agitation extrême. Il n'avait ni insomnie, ni pollakiurie nocturne ; pendant le jour, le besoin d’uriner se répétait une quinzaine de fois.

D... désirait ardemment guérir, disant que la vie lui était insupportable et qu’il préférait mourir plutôt que de continuer à souffrir de son infirmité, etc., etc.

Mon confrère ayant essayé déjà des moyens suggestifs locaux, j'entrepris d'emblée le traitement psychothérapique qui me donna rapidement un excellent résultat : la suggestion, faite pendant un état de somnolence assez léger, agit pleinement. Dès la cinquième séance, le besoin d’uriner ne se faisait plus sentir que sept à huit

fois par jour, les névralgies vésicales avaient considérablement

diminué. Au bout de quinze jours, la suggestion ne fut plus pratiquée que tous les deux jours pendant dix jours, tous les quatre jours pendant quinze jours et toutes les semaines pendant un mois. Le 14 novembre 1896, tous les symptômes morbides avaient disparu, il n'y avait plus ni céphalalgie, ni incapacité au travail, ni

aboulie, ni agitation. ni mélancolie, ni pollakiurie, ni douleurs

la dyspepsie avait disparu grâce à un traitement approprié. Ce malade est resté guéri depuis lors.

En résumé donc, dans la première observation, il s'agit d’un industriel. âgé de 43 ans, dont l’hérédité névropathique est manifeste, qui, à la suite d’inquiétudes et de surmenage intellectuel, est atteint de céphalalgie, d’insomnie, d’accès de tremblement et d’agitation, d'incapacité au travail et de pollakiurie diurne. La nuit, la pollakiurie ne se montre que pendant les accès d’agitation, l’insomnie seule ne suffit pas à la provoquer. Il n’y a aucune affection organique, aucune composition anormale de l'urine. La suggestion à l’état de veille échoue, la suggestion hypnotique amène rapidement la guérison.

Dans ce cas, la cause occasionnelle de la pollakiurie est bien le surmenage intellectuel, les inquiétudes résultant des capitaux engagés dans des affaires douteuses.

Dans la seconde observation, il s’agit d’un jeune homme de 26 ans, dont l’hérédité névropathique est incontestable, sujet dans l’enfance à de l’incontinence d’urine, qui est obsédé par la crainte de la contagion, lorsqu'il a des rapports avec une femme, à quelque rang de la société qu’elle appartienne. Cette obsession provoque des mictions diurnes fréquentes, la pollakiurie devient chez lui une habitude.

Il se marie, se voit débarrassé de tout pendant son voyage de noce : à peine est-il rentré que la pollakiurie diurne reparait aussi intense qu'autrefois, mais sans aucune crainte de contagion. La suggestion guérit rapidement ce malade. Deux mois après, à la suite d’un coït douteux, la crainte de la contagion reparait, entraînant à sa suite la pollakiurie ; une seule séance de suggestion fait disparaitre ces symptômes pour toujours.

Ici la cause occasionnelle de la pollakiurie est la concentration de l'attention sur les fonctions génito-urinaires et l’habitude de la miction fréquente ; aussi voyons-nous reparaitre la pollakiurie dès que l'idée de contagion possible renait.

Dans la troisième observation, il s’agit d'un caissier, âgé de 51 ans, dont l’hérédité névropathique est flagrante, sujet dans son enfance, à de l’incontinence nocturne d'urine, qui, atteint d’une blennorrhagie, six ans après son mariage, s'observe du matin au soir et urine à chaque instant pour constater son état. La blennorrhagie guérit complètement et la pollakiurie persiste. La suggestion amène bientôt la guérison.

Dans ce cas encore, la cause occasionnelle de la pollakiurie est la concentration de l’attention sur les fonctions génito-urinaires et l’habitude de la miction fréquente.

Dans les trois cas, la cause réelle, indispensable, c’est la névropathie ; sans le terrain névrosique pas de pollakiurie psychopathique possible, quand même le patient se livrerait à des travaux intellectuels exagérés ou serait engagé dans des affaires peu sûres, quand même il s’observerait du matin au soir pour suivre les progrés d'une blennorrhagie. Pour que la miction volontaire et fréquente, réalisée pendant une période de temps aussi courte, dégénère en pollakiurie, il faut que le sujet soit un névropathe.

LA PSYCHOTHÉPAPIE 569

Le traitement psychique doit, sans contestation possible, être la méthode de choix dans la pollakiurie, psychopathique : à une affection psychique, il faut un traitement psychique. Les pro-

cédés locaux recommandés jusqu'ici ont, tous, de l'avis même

de leurs inventeurs, pour but de prouver au malade que ses voies génito-urinaires sont normales et qu'aucune cause organique n'empêche l’accomplissement régulier de la miction. La dilatation lente et progressive de la vessie, préconisée par Janet,

Guyon, Corby, n’est qu’une suggestion indirecte. Elle est excel-

lente pour les cas où le pollakiurique s’imagine, malgré tout, être atteint d’une affection locale ; elle est alors, sans aucun doute, supérieure à la suggestion directe qui peut laisser, malgré tout, une arrière pensée dans l’esprit du malade.

Mais lorsque le sujet sait qu’il n’a rien aux organes génitourinaires — et ce cas est le plus fréquent — s’il comprend bien que Sa pollakiurie est nerveuse, je crois que la suggestion directe est de beaucoup supérieure à la suggestion indirecte et qu'elle est susceptible, en combattant directement l'élément névrosique, cause réelle de la maladie, de donner des résul-

tats plus prompts et plus durables.

La neurasthénie est bien plus rébelle au traitement hypnosuggestif que l’hystérie. On peut dire, d'une maniere générale, que les neurasthénies acquises sont surtout justiciables de cette méthode, qui donne, au contraire, rarement des résultats sérieux et durables dans les neurasthénies héréditaires se développant chez des sujets dont les antécédents personnels et héréditaires sont fortement entachés de névropathie. L’hypnoti-

sation peut rendre de réels services dans le traitement des

neurasthénies, en relevant le moral du malade, en calmant son hyperexcitabilité, mais, le plus souvent, la guérison ne pourra être obtenue qu’en combinant, avec la méthode psychique, un

traitement tonique interne ainsi que des moyens physiques, tels

que l’hydrothérapie, l'électrothérapie de massage, etc.

Pour la chorée, je crois qu'il ya lieu de distinguer la nature

même de la maladie : si l'on a affaire à une chorée hystérique

rythmique ou arythmique, il est certain que les résultats de la thérapeuthique suggestive seront éclatants. Mais si l'on se trouve en présence de la chorée infectieuse de Sydenham, il faudra employer une médication interne et externe, capable de favoriser l’évolution normale de la maladie, sans chercher à combattre, par la suggestion, des manifestations nerveuses causées par des toxines microbiennes.

J’ai guéri, à difiérentes reprises, des jeunes choréiques présentant des stigmates hystériques, tandis qu’au contraire j'ai toujours échoué lorsqu'il s'agissait de chorées infectieuses.

Les tics sont fréquemment curables par la suggestion hypnotique ; ils ne sont, du reste, souvent qu’une manifestation hystérique. Plusieurs auteurs ont rapporté des exemples frappants concernant des malades traités vainement par toutes les médications. connues qui guérirent rapidement sous l'influence du traitement hypno-suggestif. Pour ma part, j'ai obtenu trois guérisons remarquables chez deux jeunes filles et un jeune homme atteints de tics de la face et de torticolis mental. Chez tous les trois, un examen approfondi m'a fait découvrir des stigmates hystériques.

Les névralgies guérissent souvent aussi par la suggestion hypnotique ; je pense cependant qu'on ne devra recourir à ce moyen qu'après avoir essayé les procédés ordinaires qui suffsent dans la plupart des cas.

La morphinomanie, l’alcoolisme et en général toutes les toxicomanies devront, dans certains cas, être traîtés par l'hypnotisme ; bien que les toxicomanes” soient en général très difficiles à hypnotiser, les résultats éclatants que l’on obtient dans les cas les plus invétérés, doivent armer le médecin d’une patience inébranlable qui, dans bien des cas, viendra à bout de cette résistance et permettra d'obtenir la guérison de malades qui ont vainement cherché, dans d’autres méthodes thérapeutiques, la force de volonté nécessaire à leur salut.

Parmi les toxicomanes, les uns sont occasionnels, ils ne s’adonnent à leur intoxication que parce qu’ils y ont été soumis pendant un certain temps, soit au cours d’un traitement médical, soit par contagion directe provenant du milieu où ils vivent. Le malade, par exemple, qui, après un traitement de longue durée, ayant nécessité de injections fréquentes de morphine, continue par habitude, par manque d'énergie, à s’injecter une dose modérée de morphine, appartient à cette catégorie d occasionnels. |

L’ouvrier qui, par imitation, s’habitue, comme ses camarades, à boire quelques petits verres, se trouve dans le même cas. L'homme qui, pour faire comme les autres, fume quelques cigares par jour est encore un toxicomane occasionnel.

Tous trois se laissent aller à une habitude pernicieuse. résultant certes d’un certain degré d’affaiblissement de la volonté, mais ne constituant pas cependant une habitude indéracinable. Très souvent un simple effort de volonté suffit à faire disparaître cette toxicomanie qui peut, du reste, très facilement être guérie par la suggestion hypnotique, si le sujet craint d’être trop faible par lui-même.

Mais, à côté de ces toxicomanes occcasionnels , il y a toute une catégorie de malades, profondément dégénérés, chez lesquels l'intoxication débute quelquefois aussi à l’occasion d’un traitement médical ou par suite de l'influence du milieu, mais plus souvent spontanément. Ces sujets, généralement très actifs, dépensant une force intellectuelle ou physique considérable,'ont besoin, pour soutenir le travail exagéré qu’ils fournissent, d’excitants de tous genres. Si, accidentellement, ils n’ont pas l’occasion d'éprouver les effets excitants de certains poisons, ils s'efforcent de les découvrir et s’intoxiquent avec la morphine, l'alcool, la cocaïne, le chloroforme, l’éther, le chloral, etc., etc.

Chez eux, ce n’est plus une intoxication lente et modérée que l'on voit survenir, mais bien une absorption de doses rapidement croissantes de poison qui les mène bientôt à l’état de déchéance organique et intellectuelle qui résulte de toutes les intoxications profondes.

Ce n’est plus un simple efiort de volonté qui suffira à les

TE aete T

débarrasser de leur habitude ! Cet effort, ils sont du reste incapables de le tenter, leur aboulie à l'égard de la toxicomanie n'étant qu'un symptôme de leur dégénérescence psychique. Pour les empêcher de s'’intoxiquer, on devra les enfermer, les surveiller jour et nuit, les empêcher de voler leur poison favori qu'ils cherchent à se procurer au prix d’escalades et d’efirac: tions périlleuses. Et lorsque: l’on. est parvenu, après bien des mécomptes, à les priver, pendant plusieurs mois, de leur toxique et qu'on les aura relâchés, livrés à eux-mêmes, au sein de là société, on les verra presque aussitôt retomber dans leurs habitudes anciennes et augmenter même les doses du poison qui ne produit plus chez eux les résultats désirés.

C’est dans ces cas surtout que la suggestion hypnotique peut rendre de grands services en fortifiant la volonté presque anéantie chez ces déséquilibrés intoxiqués, en combattant l’aboulie sans cesse croissante.

Certes, si l’on prend un toxicomane de cette catégorie et si l'on veut le guérir par l'unique suggestion hypnotique, sans l’isoler, sans le mettre dans l'impossibilité matérielle de recourir à son poison habituel, je crois que l’on réussira rarement et que le résultat obtenu sera peu durable.

Mais si l’on profite de la période d'isolement pendant laquelle le malade est forcément privé de son toxique, pour le soumettre à un traitement hypno-suggestif patient et prolongé pendart des mois, je crois, au contraire, que l'on obtiendra un résultat éclatant, que l’on pourra profondément modifier l’état mental du malade, fortifier sa volonté, déraciner sont habitude et empêcher les résultats. At

On ne réussira pas dans tous les cas, cela va de soi; tout dépend de l’état cérébral du sujet qui peut n'être qu’un dégénéré aboulique, mais qui peut aussi être au début d’une démence organique.

En résumé donc, la suggestion hypnotique bien comprise, peut rendre de très grands services dans le traitement des toxicomanies.

L'incontinence nocturne d'urine est une des affections dans lesquelles la suggestion réussit le plus souvent ; parmi plusieurs cas qui me sont personnels, je ne citerai que le suivant :

Un jeune allemand, âgé de dix-neuf ans, alteint d’incontinence nocturne, depuis plusieurs années, avait été traité par tous les moyens connus. Je l'endormis et ne parvins à obteque le premier degré des états somnambuloïde, c’est-à-dire un sommeil cessant aussitôt que les moyens hypnogènes étaient suspendus ; malgré cela, dès la première séance, le malade n’urina plus au lit ; je recommençai l'hypnotisation journellement, puis tous les deux jours, en lui suggérant de se réveiller quand il devait uriner. J'aurais voulu espacer de plus en plus les séances et arriver à ne l’endormir que tous les mois ou tous les deux mois, mais ce malade, après la dixième séance, dut partir pour l'Angleterre ; je craignais que la cessation subite du traitement ne provoquât la réapparition de l'infirmité. La guérison se maintint. |

Malgré ces résultats éclatants, je ne crois pas qu’il faille d'emblée recourir au traitement hypnotique pour combattre tous les cas d'incontinence nocturne d’urine. Cette infirmité guérit quelquefois très facilement par un traitement médicamenteux ou hydrothérapique ; j'ai par exemple plusieurs fois obtenu un succès rapide par l’administration de la noix vomique à des doses proportionnées à l’âge des petits malades. Si

les moyens ordinaires échouent, il reste la planche de salut

dont nous parlons dans ce traité; sans hésitation, on devra recourir à l’hypnotisation qui, la plupart du temps, permettra l'introduction de la suggestion curative dans le cerveau du petit malade.

Le mal de mer et les malaises particuliers que Paul Farez a si biens décrits sous le nom de. vertiges de la locomotion, sont à juste titre passibles du traitement hypno-suggestif. On arrivera certes pas toujours à rendre une personne réfractaire au mal de mer, mais on réussira cependant souvent, sinon à faire disparaitre complètement ce mal si pénible, du moins à le diminuer considérablement. Les malaises que certaines personnes éprouvent en tramway, en chemin de fer, etc. peuvent être beaucoup plus facilement guéris par la suggestion hypnotique ; ces malaises ne sont du ‘reste que des manifestations

d'un état hystérique ou neurasthémique qui peut lui-même être favorablement influencé par la psychothérapie.

Comme moyen pédagogique, je ne sais s’il faut conseiller d'employer trop vite l’hypnotisation, je crains que ces pratiques n’agissent défavorablement sur des cerveaux si sensibles ; il est certain que, pour combattre des pratiques onaniques exagérées ou une paresse incorrigible, on peut avoir recours à cette méthode, mais je n’oserais conseiller de traiter ainsi une foule d'enfants dont les vices et les habitudes peuvent être corrigés d’une autre façon. |

Il est du reste permis de se demander si l’hypnothérapie possède réellement des vertus curatives aussi grandes que les auteurs se sont plus à le signaler. Il en est des habitudes vicieuses et des tendances nuisibles chez les enfants, comme de ces mêmes défectuosités morales chez les adultes et en particulier chez les toxicomanes. Si la paresse, l’onanisme, le caractère indomptable, l’onycophagie, chez l'enfant sont occasionnels, s’ils se sont développés sous l'influence de causes extérieures défavorables, grâce à une éducation négligée et au contact de camarades vicieux, ces troubles moraux pourront être facilement combattus par la suggestion hypnotique ; mais si l’on a affaire à des enfants héréditairement tarés, proïondément dégénérés, chez lesquels la paresse, l’onanisme, l'onycophagie, ne sont que des phénomènes prodromiques, de troubles mentaux plus graves qui attendent la puberté pour éclater, l’hypnothérapie n'aura, à mon avis, qu’une action sinon nulle, du moins très passagère

L'épilepsie véritable ne peut, en aucune façon, être guérie ni même améliorée par la suggestion hypnotique, pas plus du reste que par aucun traitement psychothérapique.

Je sais bien que certains auteurs ont publié des cas d’épilepsie pure par l’hypnotisme, mais il est permis de se demander si ces observations ne concernent pas des malades hystériques dont les accès convulsifs simulaient des attaques d’épilepsie.

Nous touchons ici à une des questions les plus délicates de la neuropathologie, celle du diagnostic différentiel des accès hystéri-

ques et des accès épileptiques, question résolue couramment et facilement dans les traités théoriques qui n’envisagent que les cas typiques, mais bien difficile à trancher en pratique, lorsque l'on se trouve en présence de cas mixtes et complexes, dans lesquels certains symptômes plaident en faveur de l’hystérie, tandis que d’autres font plutôt croire à l’épilepsie. |

Pour ma part, tenant compte des cas très nombreux dans lesquels l’hystérie simule l’épilepsie, me basant d'autre part sur l’insuccès complet de l’hypnothérapie dans les cas d’épilepsie bien établis, Je suis convaincu que cette méthode de traitement ne peut aucunement donner un résultat favorable dans l’épilepsie ; je pense qu’elle ne doit pas même être essayée, si le diagnostic d’épilepsie est nettement établi. S’il y a doute au sujet de la nature même de l'affection, la suggestion hypnotique pourra rendre de grands services en permettant, dans bien des cas, de fixer le diagnostic en suspend et de faire disparaitre les troubles nerveux de nature hystérique.

Ma conviction au sujet de l’inutilité de la suggestion hypnotlque dans l’épilepsie est à tel point établie que lorsque j'obtiens un succès par cette méthode, dans un cas considéré comme ap partenant à l’épilepsie, je m’empresse d’avouer que j'ai commis une erreur de diagnostic et que J'ai pris pour de l’épilepsie ce qui n'était que de l’hystérie.

Je pourrais, à ce sujet, relater plusieurs observations que j'ai recueillies dans ces dernières années. Je vois entre autre, en feuilletant mes notes, l'histoire d’une jeune femme atteinte depuis plusieurs années, d’accès convulsiis, ayant tous les caractères soit disant pathognomoniques des attaques d’épilepsie. Comme antécédents héréditaires, je trouve une tante aliénée et un père morphinomane. Pas d'antécédents pathologiques personnels. La malade, âgée de 28 ans, a été traitée par différents spécialistes, qui tous ont diagnostiqué l’épilepsie.

Soumise à diverses médications, elle n’a ressenti d'amélioration que sous l’influence du traitement bromuré à hautes doses. Cette médication ayant notablement altéré les facultés intellectuelles de la malade, la famille vint me consulter déclarant d'avance ne pas vouloir essayer le traitement bromuré et insistant pour que j’en-

treprenne le traitement par la suggestion hypnotique. Je declarai que cette tentative ne pourrait être couronnée de quelque succès que si la maladie à traiter n’était pas de l’épilepsie, ce qui, ajoutais-je, est possible, des erreurs de diagnostic de ce genre n'étant pas d’une rareté très grande. |

Le traitément fut immédiatement commencé: l'hypnose fut rapidement profonde et la guérison complète fut obtenue au bout de six semaines.

J'en conclus, selon le principe que j'ai émis tantôt, que ma malade était tout simplement atteinte d’accès hystériques épileptiformes. L'évolution du cas confirma cette hypotèse : guérie complètement de ses attaques, la malade, un an après, fut atteinte d'une astasie-abasie, dont la nature hystérique ne laissait aucun doute. |

Puis, cette astasie-abasie ayant été rapidement guérie par la suggestion hypnotique, la malade eut, quelque mois plus tard, une atteinte d’aphonie hystérique. Cette dernière manifestation névrosique ayant été guérie de même, un traitement tonique interne et externe fut institué dans le but de modifier la nutrition: générale et, depuis plus d'un an, la malade se trouve en parfaite santé.

En: Ce qui- concerne l’aliénation mentale, il faut, je crois, établir une distinction radicale entre les psychoses névrosiques et dégénératives et les autres formes de folie. À mon avis, la suggestion hypnotique ne peut donner de résultat appréciable que dans les folies névrosiques, elle est absolument impuissante à guérir les folies simples, toxiques ou infectieuses, organiques, par arrêt de développement psychique (Classification de MM. Francotte et Lentz, in Bulletin de la Soc. de Méd. mentale de Belgique, 1899).

Et encore, parmi les folies névrosiques, qui sont : épileptique hystérique. choréique, neurasthénique, il faut faire une distinction. La plus curable est la folie hystérique, comme du reste les manifestations névrosiques quelconques de l’hystérie sont plus favorablement influencées par l’hypnothérapie que celles des autres névroses ; puis vient la folie choréique qui n’est souvent qu'une psychose hystérique dissimulée.

La folie neurasthénique, de même que les autres symptômes

de nature neurasthénique, est déjà beaucoup moins susceptible d’une amèlioration par la suggestion hypnotique. . Vient enfin la folie épileptique, qui, à mon avis, ne peut. aucunement être influencée par ce traitement. Si l’on m'objecte que tel cas de psychose épileptique a été guéri par le traitement psychothérapique, je me demanderai toujours si l’on n'a pas considéré comme épilepsie ce qui n’était en réalité que de l'hystérie simulant plus ou moins l'épilepsie. Ici encore, il y a concordance absolue entre les manifestations vulgaires de la névrose et la psychose correspondante : l’épilepsie étant la névrose la plus inutilement combattue par la suggestion hypnotique, il n’est pas étonnant que la folie épileptique soit, de toutes les folies névrosiques, celle qui résiste le plus aux effets de cette thérapeutique.

L'observation résumée dans l'introduction de la premiére édition de cet ouvrage, appartient à la folie hystérique ; aussi la guérison fut-elle extrêmement rapide chez cette malade, gravement atteinte depuis deux ans et radicalement guérie

depuis bientôt sept ans. ;

Depuis lors, j’ai eu, à diverses reprises, l’occasion de traiter des cas analogues et, presque toujours, lorsque la folie était purement hystérique et que le malade à eu la patience de se soumettre à un traitement suivi, j'ai obtenu une guérison radicale. Parmi ces observations, je me contenterai de relater la suivante :

Mr° H...…., âgée de 27 ans, dont le père est mort d’hémorragie cérébrale, dont la mère, vivante, est hystérique, dont un frère est mort tuberculeux après une vie de débauches, est mariée depuis cinq ans et a deux enfants parfaitement bien portants. Elle n’a jamais été malade. Après trois ans de mariage, à la suite de la mort de son père, elle devient triste, anxieuse, ne dort plus, perd l’appétit, refuse de sortir et même de manger, s’enferme du matin au soir dans sa chambre, pleurant à ‘tout instant et parlant de se suicider pour mettre fin à une existence qui lui est devenue insupportable. Malgré les efforts constants de son entourage tendant à lui démontrer l’exagéra-

518 CHAPITRE XXII | è

tion de son découragement, la nécessité de s’occupsr de son ménage et de ses enfants, la mélancolie s’accentue progressivement. Après avoir, pendant un an, essayé vainement des . traitements médicamenteux, hyÿdrothérapiques, électrothérapiques, etc., la malade m'est confiée.

Ayant diagnostiqué une folie hystérique et jugeant inutile d'appliquer à nouveau les traitements précédemment institués sans résultat, je me décide à la soumettre au traitement psychothérapique.

Je n'obtiens, les premiers jours, qu'un sommeil peu profond, un état somnambuloïde, avec conservation de la conscience, de Ja sensibilité et de la mémoire. Malgré cela je fais patiemment les suggestions thérapeutiques nécessaires. Peu à peu le calme revient, l’anxiété diminue et, le sixième jour, j'obtiens un état somnambulique véritable grâce auquel les suggestions, mieux acceptées, produisent un résultat plus appréciable : le calme s’accentue de plus en plus, puis, successivement, le sommeil revient, l’appétit renaît, les idées noires se dissipent, la tendance à l'isolement disparaît. La malade reprend, au bout de six Semaines, la vie commune, mangeant bien, sortant avec ses

enfants, causant et ne semblant plus se souvenir de ses idées.

tristes. Seul, le caractère, autrefois enjoué, reste encore sérieux, mais ce dernier symptôme disparait à son tour et, après trois mois de traitement, je donne congé à ma malade, me contentant de la revoir tous les mois, sous un prétexte quelconque. La guérison se maintient complète depuis 2 ans. Les folies dégénératives sont quelquefois justiciables de la

thérapeutique hypno-suggestive ; la folie morale, la folie impul-

sive, la folie d’obsession et la déséquilibration mentale peuvent,

dans certains cas, être favorablement influencées par cette méthode.

Les recherches de Liébault et Bérillon sont des plus intéres-

santes à cet égard ; en prouvant l’action puissante que possède :

la psychothérapie dans le traitement des habitudes vicieuses et de tendances nuisibles des enfants dégénérés, elles nous indiquent la possibilité de combattre efficacement les folies dégénératives qui ne sont que l’exagération des manifestations frustes de la dégénérescence que l’on rencontre chez les enfants.

Avant de terminer ce chapitre, je dois dire quelques mots de la valeur thérapeutique réciproque du sommeil hypnotique en luimême et de la suggestion que l’on fait pendant ce sommeil.

Je ne discuterai pas ici la question de savoir si l'hypnose est nécessaire pour introduire la suggestion dans le cerveau du sujet ;

c'est là un fait qui sera traité plus utilement lorsque je parlerai

de la suggestion à l'état de veille. Je ne parle en ce moment que de la suggestion hypnotique, je n'ai done pas à envisager le cas où la suggestion est faite sans hypnose : je dois me borner à examiner l'importance relative des deux facteurs : sommeil et suggestion, lorsque l’on a recours au traitement hypnosuggestif.

Au risque de paraître arriéré et affrontant les insinuations que l’on a déjà formulé à mon sujet, à savoir que l’enseignement de Charcot a laissé dans mon cerveau des traces ineffaçables, je dis et je prétends que le sommeil hypnotique possède par lui-même des propriétés calmantes et curatives. Je soutiens, avec Wetterstrand (de Stokholm), que, dans certains cas graves et invétérés, le sommeil prolongé pendant des heures donne des résultats autrement brillants que la simple hypnotisation durant juste le temps néeessaire à formuler les suggestions. Dans le cas où on endort un malade pour le réveiller aussitôt qu’on lui a dit et ordonné ce que l’on désirait, on utilise qu’une des deux propriétés curatives del’hypnothérapie: on se contente d’annihiler toutes les facultés du sujet pour provoquer une concentration exclusive de son attention sur les suggestions qu'on lui fait et qui pénétrent dès lors dans ses cellules cérébrales sans rencontrer la moindre résistance.

Au contraire, dans le cas où on laisse dormir le patient pendant des heures, en répétant de temps en temps les suggestions, on utilise, non seulement cette concentration des facultés intellectuelles sur les suggestions rendues plus efficaces par leur répétition, mais encore cet arrêt momentané du fonctionnement cérébral, ce calme bienfaisant qu’éprouve le malade, qui abolit, pour une durée relativement longue, ses soufirances. Son système nerveux, vibrant pathologiquement durant l'état de veille et dont les altéra-

tions fonctionnelles s’éxagèrent de plus en plus, deviennent une

véritable habitude qui n’est même plus interrompue par un som-

meil naturel pendant la nuit, ce système nerveux est tout à coup profondément calmé, ses cellules interrompent leur travail épuisant ; elles, qui ne peuvent plus, depuis longtemps, réparer leurs pertes, sont subitement arrêtées dans leurs éritisme fonctionnel et peuvent, peu à peu, revenir à un état plus ou moins rapproché de la normale. |

Le sommeil ne peut, en général, durer assez longtemps pour que son action salutaire soit définitive et provoque en une fois la guérison. Mais l’efflet bienfaisant n’est pas perdu, le calme momentané qu'a éprouvé le système nerveux y a laissé une trace qui s’accentura sous l'influence de séances analogues répétées, la réparation cellulaire diminuera leur épuisement et par suite leur irritabilité. RE

Bientôt, une nouvelle hypnotisation prolongée permettra une réparation cellulaire plus rapide et plus profonde, le calme se produira plus vite et plus nettement. Progressivement, au bout d’un temps plus ou moins long, suivant les cas, le système nerveux récupérera son énergie et son calme ordinaires. :

C’est ainsi que, dans les cas les plus invétérés, on peut obtenir des résultats réellement surprenants. J'ai, pour ma part, maintes fois observé, en ayant recours au sommeil hypnotique prolongé, des succès éclatants dans des cas qui avaient résisté longtemps à l’hypno-suggestion ordinaire. Aussi suis-je, à l'exemple de Wetterstrandt, convaincu que cette méthode peut rendre de grands

services ; sans y récourir pour cela toujours et sans l’ériger en

une règle de conduite immuable, je pense qu’il sera bon, dans certains cas, de ne pas négliger de s’en servir, convaincu qu'elle possède une valeur thérapeutique très importante.

Si maintenant, nous jetons un coup d'œil général sur les applications réellement utiles de la suggestion hypnotique, nous constatons qu’elles concernent toutes des affections ou des symptômes névrosiques, le plus souvent même hystériques.

Dans les maladies organiques, nous avons vu que cette thérapeutique ne peut rien contre la lésion, que son rôle se borne à mitiger

ou à faire disparaître quelques manifestations fonctionnelles rela-

tivement peu importantes.

Dans les névroses, nous avons constaté la grande efficacité de l’hypnothérapie et nous avons remarqué que cette puissance curative était d'autant plus accusée que l'affection en cause se rapproche plus de l’hystérie sous une de ses multiples formes : c'est ainsi qu’elle donne dans les troubles hystériques des résultats miraculeux, tandis que dans les neurasthénies, elle est à peine recommandable ; qu’elle réussit dans les cas de chorée et de tics de nature hystérique, alors qu’elle échoue le plus souvent dans les cas où la grande névrose n’est pas en cause ; qu’elle est absolument inefficace dans les épilepsies véritables, bien qu’elle soit couronnée de succès dans les épilepsies hystériques ; que dans l’aliénation mentale, elle n’est utile que dans les psychoses névrosiques et dégénératives et, en particulier, dans les pSYchoses hystériques.

Enfin, l'hypnothérapie peut utilement combattre les toxicomanies, à condition que cette habitude néfaste ne résulte pas d'un trouble profond des facultés mentales, et qu’elle ne constitue pas un symptôme prodromique d’une affection cérébrale incurable. De même, la suggestion hypnotique peut faire disparaître des habitudes vicieuses, des penchants nuisibles chez les enfants et même chez les adultes, à condition que ces habitudes et Ces penchants ne soient pas les manifestations d’un état de déséquilibration profonde, héréditaire ou acquise, contre laquelle aucune médication connue actuellement ne peut agir sensiblement.

En dehors de l’hystérie, de certaines névroses et de certaines tendances exagérées, que l’on peut considérer comme patholo- . giques et névrosiques, l’hypnothérapie est donc peu puissante. Autant ses résultats sont éclatants dans cette catégorie de maladies, autant ils sont médiocres et même nuls dans la ire peutique générale.

I en résulte que si, théoriquement, les partisans de l'École de Paris ont tort de déclarer que la suggestion hypnotique ne peut être employée que chez les névropathes, de crainte de voir survenir, chez les autres, des phénomènes névrosiques causés par les pratiques hypnotiques ; que si les partisans de l’École de Nancy ont raison d'affirmer que cette méthode thérapeutique, par elle-même absolument inoffensive, peut et doit être utilisée

chez tous les sujets auxquels elle peut procurer quelque soula. gement ; il n’en est pas moins vrai que, pratiquement, les applications de l’hypnothérapie se résument, à peu de chose près, au traitement des phénomènes névropathiques et en particulier de l'hystérie. |

En principe, on peut faire la suggestion hypnotique chaque fois que l’on croit pouvoir obtenir un résultat, sans avoir aucune crainte au sujet des conséquences fâcheuses, absolument illusoires, qui pourraient en résulter (à condition, bien entendu, que l'hypnose soit faité en connaissance de cause) ; mais l’expé-

rience ayant démontré que les résultats ne sont suffisamment

favorables que dans les cas spéciaux que nous avons indiqués, se rattachant plus ou moins étroitement à la névrose, on fera bien de restreindre le champ des applications de l’hypnothérapie à cette catégorie de maladies, dans lesquels on pourra intervenir réellement utilement.

Ayons toujours présente à l’esprit la phrase de Pitres :

« Usez de la suggestion, n’en abusez pas ; restez médecins, ne devenez pas hypnotiseurs ».

B. — LA SUGGESTION A L'ÉTAT DE VEILLE

ÉCOLE DE PARIS

La psychothérapie sans hypnose étant une création de l’École de Nancy, une conséquence même de la doctrine suggestive, on comprend qu’elle fut peu employée par Charcot et par sés élèves, |

Ces expérimentateurs reconnurent bien que certains sujets “exceptionnels sont suggestibles à l’état de veille, mais considérant cette suggestibilité comme un stigmate névrosique, dont l'hypnose n’était pour eux également qu’une manifestation, ils cherchèrent peu à utiliser la suggestibilité naturelle pour guérir leurs malades et crurent bien faire en provoquant l'hypnose qui leur paraissait

nécessaire à la réalisation des suggestions thérapeutiques.

Ie

ÉCOLE DE NANCY

L'évolution de la psychothérapie, dont je parlais plus haut, est si récente, que Bernheim lui-même n’y a pas échappé: si l’on compare, en eflet, les deux éditions de son important ouvrage (‘) parues en 1884 et en 1891, on constate que, lorsque l’auteur écrivit

son premier volume, il accordait au sommeil provoqué une im-

portance beaucoup plus grande que lorsqu'il publia sa seconde édition.

Depuis lors, Bernheim a continué son évolution, attachant de jour en jour une importance plus grande à la suggestion et s’efforçant de reléguer à l'arrière-plan l'hypnotisme dont il nia hau-

tement l'existence au dernier Congrès de médecine de Moscou

en s’écriant: « Il n’y a pas d'hypnotisme ». Cette phrase n’est du reste pas nouvelle, elle fut articulée déjà et vigoureusement soutenue par mon regretté compatriote Delbœuf (?).

Dans une récente communication à la Société d’hypnologie, Hartenberg (*) renforce encore cette assertion : « Ne parlons plus d’hypnotisme, ce mot seul efiraye tout le monde, ne parlons que de suggestion ».

Hartenberg, comme Bernheim du reste, bien qu’ennemi acharné de l'hypnose, ne renonce pas complètement à son emploi thérapeutique. RTL RE

(1) BerNueimM. Hypnotisme, Suggestion, pyschotérapie (Paris 1884-1891).

(2) DezBoœur. Comme quoiil n'y a pas d'hypnotismelRevue de l’Hpynot.1891- 92 p.435.

(3) HarreN8ERG. Il n'y a pas d'hypnotisme (Revue médicale 17 nov. 1897).

« Cela posé, dit Bernheim (‘), je ne veux pas dire que le sommeil provoqué, lorsqu'il peut l'être, complet ou incomplet, ou même l'illusion du sommeil, ne soit rien. Le sommeil qui impose silence au contrôle actif du cerveau, qui fait des rires, qui laisse l’imagination et l’automatisme cérébral avec tout son jeu non refréné par l'initiative active modératrice, ce sommeil ou état analogue à ce sommeil, constitue un état d'âme qui, souvent, exalte singwlièrement la suggestibilité.

» Aussi, au point de vue thérapeutique, est-il utile souvent de le produire, quand on le peut: et, dans le plus grand nombre des cas, je cherche à le provoquer. Quand je réussis, je ne dis pas j'ai hypnotisé, mais j'ai endormi par Suggestion. Quand je ne réussis pas, je ne me sens nullement désarmé comme thérapeute.

» Ce serait limiter singulièrement le champ de la psychothérapie, que de s’imaginer que le sommeil est la condition sine qua non du succès, ou même de irop croire que plus le sommeil est profond, plus le succès de la thérapeutique suggestive est assuré. Je dirai même: le sommeil trop profond, dans lequel le sujet concentré sur lui-même, dans son monde intérieur, ou inerte, étranger aux impressions du monde extérieur, n’écoute ou n'entend pas le suggestionneur, est forcément rebelle aux suggestions. Pour le mettre en rapport avec lui, le médecin doit ne pas le laisser replié sur lui-même, et le réveiller dans une certaine mesure.

» Je termine. Sans doute la suggestion verbale simple, faite dans le sommeil provoqué ou dans un état voisin du sommeil qui exalte la suggestibilité, est souvent plus efficace au point de vue thérapeutique qu’à l’état de veille, Mais d’autres fois, pour d’autres cas, la suggestion active à l’état de veille, qui consiste à entrainer le sujet, à le faire marcher, à le faire parler, à le faire écrire; par exemple quand il a une impotence fonctionnelle l'empêchant de faire ces actes, la dynamogénie et l’inhibition faites méthodique: ment à l'état de veille par des procédés divers, pour renforcer l’impulsion cérébrale en supprimant peur, angoisses, tremblement, sensations inhibitoires, obstacles dynamiques variables, en un mot

(1) BeRNHEIM. Suggestion et hypnotisme [Revue de psychologie, janvier 1898, p.43).

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l’entrainement suggestif actif, la dynamogénie psychique bien instituée peut réussir dans ces cas où la suggestion passive dans l’état de sommeil provoqué ne réussit pas ».

De son côté, Hartenberg et Valentin disent : « Ce qu'il faut à tout prix obtenir, c’est que l’idée curative soit acceptée d’abord, réalisée ensuite. Pour arriver à ce résultat, on a le choix, suivant les indications, entre des procédés techniques nombreux et variés : som- meil provoqué, états hypotaxiques, dynamogénie suggestive, persuasion verbale, etc. ».

Hartenberg (1) me reproche d’avoir gardé, dans mes doctrines 8 P $

scientifiques, une empreinte profonde et durable de l'influence magistrale de Charcot; il estime que l’hypnotisme reste, dans ma pensée, plus expérimental que thérapeutique et que la suggestibilité ne se dégage pas entièrement de sa formule hypnotiques pour acquérir toute son indépendance.

«€ À Paris, dans notre pratique personnelle, dit-il, hypnose est une des moindres ressources de la psychotérapie. Les erreurs répandues sur elle, les dangers qu’on en redoute, le septicisme et la culture intellectuelle en limitent singulièrement l’application. Il me plairait de voir un de ces farouches hypnotiseurs quand même en présence d’une parisienne nerveuse et fine. S'il possède: cette autorité naturelle et spontanée, qui est le prestige personnel, il pourra influencer la malade, la rendre docile par intimidation ou par complaisance, mais, en même temps, il lui fera peur ou lui déplaira. S'il ne s'impose pas, son ordre de dormir ne produira qu'une moquerie : sa malade lui rira au nez. Dans l’un et l’autre cas, elle ne retournera pas chez le médecin et celui-ci aura perdu à la fois sa cliente et la cause de sa doctrine. A l’ypnotisme qui se dérobe, il faut substituer les pratiques variables de la suggestion à l’état de veille, où l’ingéniosité du médecin et sa clairvoyance psychologique, sont les meilleurs agents du succès. »

Valentin (?) semble un peu moins exclusif que Hartenberg, il dit bien que le sommeil provoqué n’est pas une partie essentielle et inté-

(1) HaRTENBERG. Psychothérapie et psychothérapeute (Revue de psychol. mars 1898 p. 100).

(2) VazenTiN. Le rôle du sommeil provoqué dans la thérapeutique suggestive, (Revue de psychologie, sept. 1898 p. 309).

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grante du traitement psychologique, mais il ajoute que ce sommeil est une préface au traitement, qu’il sert d'amorce ou de point d’appui à la suggestion. Il n’est pas, de droit, le meilleur procédé psychothérapique, mais un rôle important ne lui en restera pas moins dévolu dans la thérapeutique suggestive.

Au Congrès international de neurologie de Bruxelles, Aimé (!) discuta la valeur thérapeutique de l'entrainement suggestif à l’état de veille. L'entraînement actif à l’état de veille, ou dynamogénie psychique, consiste à fortifier l’idée thérapeutique par sa représentation agissante. En donnant à l’idée un commencement d’exécu-

: tion, on incite le malade par la contagion del’exemple à l’imitation active ; l'entraînement actif est une incarnation vivante et mouvementée de l’idée thérapeutique.

A-t-on affaire, par exemple, à un neurasthénique aboulique dont la marche est presque impossible, on lui ordonne de se lever, on lui assure que le mouvement n’a pour lui rien de dangereux, qu’il peut se mouvoir, on l’aide, on le soutient dans ses premiers pas, en lui parlant à haute voix, d’un ton impérieux. Son idéation, son imagination, sont violentées par l'exécution ouverte de l’idée même, qu’il doit pleinement réaliser seul, parce qu'il le peut et sent qu’il le peut. La résistance volontaire ou involontaire du malade, n’arrêtera pas le médecin qui, infatigable, s’attelera à lui, le tirera de son inertie contemplative, le guérira quelquefois malgré lui.

D’après Aimé, cette méthode d'entrainement suggestif est applicable à deux variétés de psychopathes: ceux qui présentent un ralentissement de l’idéation et ceux qui sont frappés de troubles idéo-moteurs d’origine émotive ou traumatique, idéo-moteurs négatifs ou positifs, paralytiques ou convulsifs.

Hartenberg (?) cite le cas d’un artiste, âgé de 41 ans, qui, par surmenage et mauvaise hygiène, souffre depuis trois ans de dyspepsie modérée, sur laquelle sont venues se greffer certaines représentations anto-suggestives, telles que céphalée, abattement, tristesse, insomnie. La profession d’acteur donnait une physionomie toute

(1) Aimé. De la valeur thérapeutique de l'entraînement suggestif à l'élat de veille (Comptes rendus du Congrès de Neurologie, Bruxelles 1897, fasc. II p. 196).

(2) HARTENBERG. Un cas de neurasthénie psychique quérie par la dynamogénie suggestive (Soc. d'hypnol. 19 juillet 1897).

spéciale à sa névrose, il jouait véritablement à lui-même la comédie de son mal. C’est pourquoi Hartenberg résolut de lui faire jouer une comédie de santé. Il divisa les séances en deux parties, dans la première il le faisait asseoir dans un fauteuil ;:lui tenant les yeux fermés pour éviter toute distraction visuelle, l’engageant à bien concentrer son attention, il lui affirmait que ses souffrances n’avaient aucune base, que sa volonté suflirait à les anéantir, etc.

Dans la deuxième partie, il faisait passer en acte les suggestions précédentes : conformément à ce principe que l’attitude physique

détermine par association des états psychiques correspondants, il

commandait à son sujet des exercices, tels que : exécuter des mouvements autoritaires, marcher à une allure assurée, débiter des tirades héroïques de Ruy-Blas. Puis il le stimulait de la voix : « [maginez-vous, lui disait-il, que votre volonté est un général tenant sous sa domination tous les nerfs de votre corps, qui doivent lui obéir aveuglément. Ils ont tenté de se révolter. Les laisserez-vous agir ? Accepterez-vous cette rebellion ? Non pas; il faut les contenir, les maîtriser, les réduire à l'obéissance entière ».

Puis, se plaçant en face de lui et lui serrant énergiquement les poignets, il lui disait: « Levez la tête, redressez le buste. avancez la poitrine, regardez-moi bien en face, hardiment, sans crainte, sans timidité : tenez-vous avec assurance, parlez avec fermeté, niez avec confiance ». |

Chaque jour Hartenberg répétait, pendant une heure, ces exercices de gymnastique morale ! Naturellement il prescrivit contre la dyspepsie un régime sévère. Au bout de vingt-cinq jours, il put considérer le malade comme guéri. « Ce que j'ai fait en cette occasion dit l’auteur, c’est de la dynamogénie suggestive, de la suggestion active appropriée à l’individualité psychique du sujet. Car, voici le grand secret, lorsqu'on veut réussir en psychothérapie, c’est de savoir adapter la suggestion à la personnalité normale et morbide du sujet. I ne s’agit plus ici d'hypnotisme distribué à dose massive et brutale, indistinctement et uniformément à tous les malades, quelles que soient les variétés de leurs névroses, mais d’une thérapeutique autrement subtile et complexe, basée sur le diagnostic psychique du sujet, sur l’étude raisonnée de son caractère, sur la recherche du mécanisme interne de ses accidents nerveux et qui

be :

appelle à son secours à la fois le jugement, la représentation mentale et l’'émotivité.

» La méthode est délicate et malaisée, elle met en jeu toute l’ingéniosité et toute la patience du médecin, mais elle procure quelquefois des succès remarquables et des satisfactions intéressantes ».

Marandon de Monthyel (‘}fit réapparaître le flux menstruel, par la suggestion à l’état de veille, dans deux cas de fausse grossesse par crainte de la maternité. Dans un de ces cas, l’auteur ayant simulé un examen minutieux de la matrice, affirma qu'elle était complètement vide, que du reste il avait vu des centaines de cas

de ce genre et qu’il suffirait qu’elle prenne les trois paquets qu’il

allait lui remettre, à raison d’un par jour, pour que le sang arrive infalliblement à la fin du troisième jour. Il lui remit trois paquets d’un gramme de bromure de potassium et le troisième jour, dans la nuit, la menstruation était rétablie.

Ginestous (?) présenta à la Société d'anatomie de Bordeaux, une jeune fille, âgée de 17 ans, atteinte d’astasie abasie, qui fut complètement guérie par l’application d'un corset orthopédique destiné à soutenir les reins que la malade déclarait n'être pas assez forts pour la soutenir.

Aimé (°) cite le cas d’une jeune fille de 17 ans, atteinte d’un tic facial hystérique, chez laquelle l’hypnose ayant été inutilement tentée, la guérison se produisit par un entraînement psychique à l'état de veille, continué pendant douze jours. Il représenta à la malade les dangers qui résulteraient de sa mauvaise attitude au point de vue de la respiration et de la circulation, il la gourmanda même, la prit par l’amour-propre, la vanité, la coquetterie.

Valentin (‘) relate le cas d’une dame âgée de 38 ans, fille de nerveuse et d’alcoolique, devenue éthylique elle-même après un second

(1) MARANDON DE MonTHyEL. Deux cas de fausse grossesse par crainte de la ma-

lternitlé, rappel immédiat du flux menstruel par suggestion à l’état de veille,

(Rev. de l'Hypnot. , avril 4897 p. 289.

(2) Ginesrous. Astasie-abasie gquérie par suggestion à l’état de veille (Revue de l'H'ypnot.. juillet 1897).

(3) Tic facial guéri par la suggestion à l'état de veille (Soc. d'Hypnol. 18 juillet 1897).

(4) VazeNTIN. Hypochondrie consécutive à une hystéro-neurasthenie d'origine toxi-infectieuse. Guérison en En Séances de suggestion sans hypnose (Soc. d'Hypn. 18 mai 1897).

mariage avec un dipsomane invéléré, surmenée par plusieurs grossesses pathologiques et complètement épuisée par des maladies infectieuses: péritonite blennorhagique., variole, influenza ; à la suite de cette dernière maladie, se montrèrent des symptômes d’hystérie, de neurasthénie et d’hypochondrie. |

N'ayant pas réussi à hypnotiserla malade, après lui avoir exposé les résultats merveilleux du magnétisme, opérant dans le silence et une demi-obscurité, Valentin ne cessa, pendant trois quarts

d'heure, d'affirmer la disparition de la céphalée. Pendant tout ce |

temps, l’opérateur tenait ses mains appliquées sur le front du malade. Il suifit de quelques séances prolongées pour faire disparaître tou1 les symptômes névrosiques.

« Cette observation, dit Valentin, s’ajoute à d’autres, non moins probantes, publiées sur des cas semblables, par un petit nombre de chercheurs, moins préoccupés du respect de la tradition que dela libre poursuite de la vérité. Elle me confirme une fois de plus dans l’opinion si souvent exprimée à cette tribune, que la psychothérapie bien entendue n’a pas seulement pour domaine les manifestations cliniques de l’hystérie, mais qu'elle est encore — et avant tout peut-être — le traitement de choix de tous les troubles dynamiques du système nerveux, quelles qu’en soient les formes cliniques et les complications d’ordre somatique ou d'ordre mental.

: A. Voisin (‘) dit avoir guéri un cas de manie aiguë intermittente par la suggestion à l’état de veille. Il s’agit d’une jeune femme de 23 ans, internée deux fois, sujette à des crises de nerfs et atteinte de délire maniaque à l'époque des menstrues. La suggestion énergique à l’état de veille coupa court aux troubles mentaux

Valentin (?) cite le cas d’un neurasthénique atteint de gastroenteroptose douloureuse, d’œsophagisme, d’obsessions hypochondriaques, chez lequel les tentatives d’hypnotisation, faites par Bérillon et lui-même, ne réussirent pas. En .désespoir de cause, Valentin se résoud à s’enfermer tous les matins avec le malade

(1) Vosix. Accès de manie aigue guérie par la suggestion à l’état de veille (Revue de l'Hypnotisme, octobre 1897, p. 114).

(2) VALENTIN. Du traitement des neurasthénies graves par la psychothérapie (Revue de l’Hypnotisme, octobre 1896, p. 226).

pendant trente ou quarante minutes ; utilisant tour à tour les injections de sérum et le massage lombo-abdominal, il lui prouve que son mal ne peut résister aux puissantes modifications qu’il imprime à son sang et à son système nerveux; il lui démontre qu'il n'y a aucune tumeur, il annonce chaque jour un nouveau progrès pour le lendemain. Il détruit ainsi, pièce à pièce, avec preuves à l'appui, le pronostic erroné, longuement échafaudé par le malade;

peu à peu, devant l’évidence des faits et l’éternelle audition des

mêmes arguments, les symptômes diminuèrent et disparurent

complètement,

Notre compatriote X. Francotte (‘) communiqua à la Société médico-chirurgicale de Liège, l'observation d’un homme de 35 ans qui, à la suite d’une frayeur, fut atteint de surdité et de-mutisme. Ne réussissant pas à l’hypnotiser, M. Francotte lui commanda brusquement d'entendre et de parler, ce qui se réalisa.

Gorodichze (?) rapporte un cas de contracture hystérique du membre inférieur gauche chez une jeune fille de 19 ans ; ayant sans succès essayé de l’hypnotiser, l’auteur. plaça la malade debout au milieu de la chambre, et, brusquement, lui fit faire une pirouette sur elle-même en s'éloignant aussitôt. Etonnée, la malade reste toute ébahie au milieu de la pièce sans tomber, sous le coup d’une forte émotion. Gorodichze assura ensuite à la malade qu’il était impossible qu’elle ne guérisse pas ; tous les jours, il lui fit faire des mouvements coordonnés et au bout de quelques semaines la malade fut complètement guérie,

Le mème auteur (*) ayant à traiter un cas d’astasie-abasie chez une petite malade âgée de 12 ans, atteinte également de toux nerveuse et de crachement de sang, employa avec un succès complet la suggestion à l’état de veille. |

Bonjour (‘) affirme que l’on peut guérir les verrues par la sug-

(1) X. FrancorTe. Surdi-mutité hystérique quérie par la suggestion à lélat de veille (Soc. médico-chirurgic. de Liège, octobre 1894).

(2) Goropicuze. Un cas de contracture psychique guérie par la suggestion à l’état de veille (Revue de l'Hypnotisme, mai 1893, p. 347).

(3) Goronicuze. Deux troubles d'origine psychique guéris par la suggestion à l’état de veille (Rev. de l'Hypnotisme, nov. 1895, p. 152.

(4) Bonsour. Guérison des verrues par la suggestion à l’état de veille (Rev. de

l'Hypnot., mars 1896, p. 285).

gestion à l’état de veille. Ayant vu une vieille femme guérir les

verrues en bandant les yeux du sujet et en touchant chaque excroissance avec la chemise maculée d'une femme menstruée, il

eut recours au procédé suivant : il banda les yeux du malade, puis,

après avoir cherché un remède imaginaire dans un tiroir, il lui dit

qu’il venait de mettre sur chaque verrue un peu de son remède

infaillible qui devait tout faire disparaître en deux ou trois semaines. |

L'auteur prétend avoir toujours réussi.

DISCUSSION ET OPINIONS PERSONNELLES

Nous avons vu, dans le Chapitre consacré à l'étude des suggestibilités (Chap. XIII, P. 205) que l'hypnotisme et la suggestion sont deux choses absolament différentes : contrairement à l’opinion de Bernheim, Valentin, etc., j'ai soutenu que, bien que le sommeil hypnotique puisse, dans certains cas, être provoqué par suggestion, il possède cependant son individualité propre el peut se reproduire sans l'intervention d'aucune suggestion, chaque fois qu’une cause quelconque amène la dissociation fonctionnelle des centres nerveux aboutissant à une annihilation plus ou moins forte du centre psychique Supérieur et Conscient, dissociation qui est, à mon avis, la cause intime de l'hypnose. n

D'autre part, dans le paragraphe précédent, nous avons vu que la suggestion, faite pendant l'hypnose. possède une vertu curative double résultant de 1a combinaison des deux actions

thérapeutiques appartenant en propre, d’un côté à la sugges-

tion, de l’autre au sommeil hypnotique. S'il parait indéniable, pour ceux qui ont attentivement et longuement étudié l’'hypno-

tisme, que le sommeil provoqué peut, par lui-même, avoir une

action profonde sur l'organisme malade, il est non moins évi-

dent que la suggestion, facilitée dans de très larges proportions par la dissociation fonctionnelle des centres nerveux qui constitue l'hypnose, possède par elle-même aussi, des propriétés thérapeutiques des plus énergiques.

La Suggestion étant l'acte par lequel une idée est introduite dans

RL LR, PE ot Le, Li . Te | #5 Ni ke a A ETEUR <" Ta OUT VE Ras à 3 ANS &\ ce n PS RTE ne à ce EE ci 4 TRE eat SE

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le cerveau et acceptée par lui, l’action thérapeutique de la sug-. gestion, dont personne ne peut contester la réalité, sera obtenue chaque fois que l’idée curative pourra être introduite dans le cerveau du malade et acceptée par lui. Cette action pourra donc être mise en œuvre, non seulement lorsque l'hypnose exaltera la suggestibilité ordinaire d’un sujet, mais encore chaque fois que, pour une raison quelconque, ce sujet sera suffisamment suggestible pour accepter, sans l'intervention du. sommeil provoqué, les idées qu’on lui suggère. ESA Ce raisonnement nous conduit tout naturellement à conclure que la suggestion à l’état de veille possède, en psychothérapie, une valeur indéniable. | Arr La suggestion à l’état de veille étant pratiquée chez des Re malades parfaitement éveillés, son action curative variera néces- Et. sairement suivant leur suggestibilité et sera réglée par leur 4 formule de suggestibilité ainsi que par les variations que l'on à pourra faire subir à cette formule. 4 L'individu normal, auquel j'ai attribué une formule idéale à [:R=—2:4, sera évidemment inaccessible à la su ggestion thé rapeutique à l’état de veille ; est-il, par exemple, atteint d'une névralgie ou d’une douleur rhumatismale, on aura beau lui. affirmer que la douleur va disparaître, chercher à lui prouver. qu’elle n’a aucune raison d’être, il restera absolument inébran- ‘4 lable et son cerveau se refusera à accepter une suggestion CA qui lui paraît absurde, Mais cet être idéal, dont l’intellectualité domine toujours l’impressionabilité, est rare; la plupart. du temps, les hommes considérés comine normaux ont une formule moins théorique, qui varie suivant que leur force de résistance aux suggestions est légèrement diminuée (1: R=2:3 —I:R=2:2) ou que leur impressionnabilité est augmentée dans des proportions restreintes (1:R—3:4—1I:R=4:4). Dans ces cas, la suggestion thérapeutique à l'état de veille pourra encore quelquefois rester sans effet, mais elle sera aussi | j bien des fois, couronnée de succès. Ces formules de suggestibilités qui correspondent à des natures maîtresses de leur intel 7

LME SA Rs RCE Po SRE Etes d' es 7 ÉTARYLEUTE : 43 sn AU pti Gé. x Fi Ag L 4 , "y TS LUS CT AW TS CAE Se ' , F «

7, FA CCURERSS Ee LA PSYCHOTHÉRAPIE 595 sujets: hypersuggestibles, quoique relativement normaux, chez lesquels des suggestions thérapeutiques simplement énoncées

seront repoussées alors que les mêmes Suggestions habilement

faites, dissimulées dans une longue et éloquente dissertation, pourront parfaitement être acceptées et produiront le résultat désiré. |

Quelquefois il suffira de prouver à ces malades que leurs

d souffrances n’ont aucune raison anatomique, que par suite elles ne peuvent se prolonger plus longtemps, qu’ils vont, dès le lendemain, voir diminuer leurs douleurs que les fonctions nerveuses, une fois rétallées, les Symptômes pénibles ne pourront que samender progressivement. D'autres fois, il sera nécessaire de dissimuler la suggestion en prescrivant au malade un traitement absolument illusoire auquel on s’efforcera d'attacher une très grande importance : on ordonnera, par exemple, des pilules de mie de pain, des frictions anodines, des potions insigni-

fiantes, etc.…., en insistant pour qu'il prenne bien régulière-

4 ment ses médicaments, à heure fixe, sans jamais ge risquer

à forcer la dose.

Si nous examinons maintenant le groupe des formules de suggeslibilités pathologiques, nous voyons s’exagérer de plus en plus l'importance thérapeutique de la suggestion à l’état de veille. Les individus dont l’intellectualité affaiblie dénote une

| diminution considérable de la résistance aux suggestions (I: R

| —2:1ou —2:0) de même que ceux dont l’impressionnabilité

est fortement exagérée (L: R = 6 : 4 ou —8: 4) sont, le plus sou-

vent, à tel point sensibles aux suggestions thérapeutiques à

l'état de veille, qu’il n’est même plus nécessaire de leur tenir

de longs discours : il suffit, le plus souvent, de leur affirmer avec autorité la disparition de leurs maux pour voir s’amélio- | rer leur état.

| On comprend ainsi Pourquoi, dans certains cas, la sugges-

tion à l’état de veille peut donner des résultats surprenants et

rapides.

Mais comment se fait-il que d’autres fois ce traitement reste

| sans effet ?

Ii semble, d'après ce que nous avons dit précédemment, que

le traitement psychothérapique à l'état de veille, d'autant plus utile que la suggestibilité du patient est plus grande, doit réussir presque à Coup sûr dans les névroses, et surtout dans l’hystérie, puisque ces affections s’accompagnent justement d'une suggestibilité pathologique exagérée. |

Il en serait ainsi si cette hypersuggestibilité ne portait que sur les suggestions curatives ; malheureusement, comme elle existe chez les névroses plusieurs années avant que l’on entreprenne le traitement, elle a permis, chez eux, l'introduction d’une foule de suggestions et d'auto-suggestiohs défavorables qui n’ont pu qu’exagérer considérablement le mal.

Les uns ont observé, dans leur entourage, des cas plus ou moins analogues au leur, qui se sont terminés par la mort, par une infirmité définitive ou par l'aliénation mentale; les autres, toujours à l’affut d'une indication concernant leur état, ont pris pour un indice d'incurabilité le découragement qu’ils cnt lu dans les yeux des personnes qui les entourent ; d’autres ont consulté des ouvrages de médecine et se sont persuadés qu'ils

devaient être frappés d’infirmités sans nombres ; d'autres encore

ont été terrorisés par l'opinion erronée d'un médecin maladroit, etc., etc...

Je pourrais allonger indéfiniment la liste des influences défa-

vorables que j'ai observées chez les malades, continuellement

en éveil, récoltant toujours et partout des notions quelconques qu'ils appliquent à leur cas.

Toutes cés influences, qui glissent sur l'individu normal sans laisser aucune empreinte, impressionnent profondément le né-

vrosé hypersuggestible qui se voit ainsi constamment l’objet de suggestions et d'auto-suggestions qu'il exagère au-delà de toute expression.

Lorsque donc un malade semblable se présente à nous, il

est bien encore un hypersuggestible, car il le restera toute sa vie; mais l'éducation néfaste qu'il s’est faite, les suggestions défavorables qu’il a cultivées avec amour, dirai-je, l’ont rendu

réfractaire aux suggestions thérapeutiques à l’état de veille, qui n’ärriveront que rarement à détruire les idées introduites et.

cultivées dans son esprit depuis un temps souvent fort long.

Voilà pourquoi les névrosés dont la formule de suggestibilité semble si favorable à une cure psychothérapique rapide, se montrent le plus souvent réfractaires à la suggestion à l’état de veille; voilà pourquoi, bien que théoriquement il devrait sufir de leur affirmer avec autorité la disparition de leurs maux, les discours les plus éloquents ne peuvent même plus faire accepter les suggestions thérapeutiques : aussi faut-il, en Pratique, recourir à des moyens biens plus complexes pour arriver à ébranler leurs convictions et à les guérir.

Si l’on veut rester dans le domaine de la suggestion à l'état de veille, lorsque l'on a conslaté l'existence de cette résistance auto-Suggestive, le mieux est de recourir aux moyens dont J'ai parlé à propos des individu moins suggeslibles, dont la formule se rapproche tant de la normale : je veux parler des subtertuges, grâce auxquels on peut dissimuler la suggestion sous un traitement quelconque dans lequel le malade puisse avoir une certaine confiance ; on se trouvera bien alors d'appliquer un traitement à mise en scène tel que l'électrothérapie, l’hydrothérapie, un régime bizarre, une vie Spéciale, des injections hypo. dermiques, des Massages peu communs, l'administration de préparations d'or ou d'argent etc.. etc. toujours en ayant l'air d'attacher une très grande importance au traitement préconisé et en ne laissant jamais percer le moindre doute au sujet du résultat final. |

C'est ainsi, à mon avis, qu'agit également la méthode préconisée par Aimé et Hartenberg, appelée par eux : entraînement Suggestif à l’état de veille (voir p. 587) ; c’est encore ainsi que. Marandon de Montyel, après avoir simulé un examen minutieux de la matrice, et après avoir fait prendre à sa malade des paquets de bromure de potassium, en affirmant que des centaines de cas analogues avaient été guéris par lui de cette façon, fit disparaître presque instantanément deux cas de fausse grossesse dues à la crainte de la maternité, c’est par un mé- Canisme analogue que Ginestous guérit un cas d’astasie-abasie par l’application d'un Corsel orthopédique; que Janet. Guyon, Corby traitent avec succès les cas de pollakiurie psychopathiques par la dilatation lente et progressive de la vessie ; que d’autres

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