‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 67 sur 140 · IV. — SUGGESTIONS VERBALES · texte numérisé non relu

IV. — SUGGESTIONS VERBALES

Je diviserai, avec Richer, les suggestions verbales en illusions et hallucinations, phénomènes d’amnésie provoquée, paralysie psychique et idées fixes, impulsions irrésistibles.

Je n’ai pas plus obtenu la réalisation des suggestions verbales chez mes cataleptiques que celles des suggestions par le sens musculaire, par la vue et par l’ouie. Tout ce que je vais dire,

se rapporte donc à l'étude des suggestions verbales chez les . Somnambules. |

a. Les hallucinations suggérées sont très faciles à obtenir ; il suffit par exemple de dire à un sujet : « Voilà un tigre », pour qu’il se mette à trembler ; ou bien: « Il ÿ à un oiseau sur votre main », pour qu’il sourie et caresse l’animal imaginaire, etc.

Tous les sujets cependant ne réalisent pas ces phénomènes,

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certains d’entre eux résistent absolument à toutes les halluci- … nations qu'on veut leur suggérer. J’ai eu l’occasion d'observer des malades auxquels je disais : (Voyez ce petit singe, comme — ilest gentil, il fait des grimaces », elles répondaient invariable- — ment : « Je ne vois rien. » J'avais beau insister, aucune hallu- - cination ne se produisait. |

L'hallucinabilité est-elle en rapport avec la profondeur du sommeil ? En général, oui ; c'est-à-dire que, sur cinquante sulets en états somnambuliques véritables, quarante sont hallu- —. cinables, alors que sur le même nombre de sujets en états som- — nambuloïdes, il y en a seulement dix. 11 y a donc des exceptions assez nombreuses à cette règle.

— Les hallucinations suggérées entraînent-elles des modifications — dans l'état physique des organes des sens ? (FèRÉ).

L Voici les réponses de quelques savants à cette question (!}) : — Sancxez HerRERo (de Madrid). ( Oui. »

* - Maror (de Paris). « ? » |

… Prrres (de Bordeaux). « Oui. »

Luys (de Paris). « Oui. »

Buror (de Rochefort). « Les hallucinations suggérées peuvent entraîner des modifications dans l’état physique des organes des sens. À

LagorE (de Nashua-New-Hamspire). « Oui. »

HENRIK PETERSEN (de Boston). « Oui, pour le moment, les sens physiques sont subordonnés à la suggestion qui produit une condition psychique dominante. Je n’ai pu constater la dilatation ou la contraction des pupilles en fixant des objets pendant l'hypnose. »

Davin (de Narbonne). « (‘est probable. »

Bazzer (de Paris). « Oui, souvent. »

Beaunis {de Paris). « Oui. » |

Ocnorowicz (de Varsovie). « Probablement quelquefois. »

DE JonG (de la Haye). « Je ne le crois pas, je crois que ce sont seulement des reproductions psychiques. »

DumontPaLLiER (de Paris). « Je ne le crois pas, si l’on a soin,

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(1) Réponses à mon questionnaire.

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pour faire cesser l’hallucination, de procéer méthoriquements » Jorre (de Lille). « Non.

J'ai observé plusieurs fois des modifications des organes des sens produits par les hallucinations suggérées ; j'ai vu la dilatation et le rétrécissement pupillaire succéder à la suggestion d’une hallucination éloignée et rapprochée.

Ces modifications ne se manifestent certes pas chez tous les

sujets : elles dépendent avant tout de la nature même de ces

sujets qui se représentent plus ou moins parfaitement l’hallucination. :

Il n’est pas difficile de comprendre que l'organe visuel, étant habitué à réagir d’une certaine façon pour s'adapter à une vue réelle plus ou moins éloignée, réagisse de même pour l'hallucination suggérée qui, chez certains sujets, peut prendre toutes les apparences de la réalité.

Inversement, certaines modifications des organes de sens entrainent-elles des modifications dans des hallucinations ? (‘)

SANCHEZ HERRERO (de Madrid). « Oui. »

Prrres (de Bordeaux). « Oui. »

Buror (de Rochefort). « Oui. »

BEauxis (de Paris). « Oui. » |

Ocaorowicz (de Varsovie). « Probablement quelquefois. »

Jorre (de Lille). « Oui. »

Manor (de Paris). « ? »

Luys (de Paris). « Nescio. »

- Lagor (de Nashua-New-Hamspire), « ? »

Davin (de Narbonne). « C'est possible. » |

HENRIK PETERSEN (de Boston). « Oui, si entièrement dû à la suggestion ; mais, par mon expérience personnelle, je ne puis dire si le sourd, l’aveugle, etc., PER ou non avoir des hallucinations de l’ouïe, de la vision, etc. ri

DE Jonc (de la Haye). « Je crois que ce sont on des reproductions psychiques. »

Je crois que, le plus souvent, les modifications des organes

(1) Réponses à mon questionnaire.

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Fr

des ‘sens entraînent des perversions dans les hallueinations

- suggérées; j'ai pu observer un sujet dont un œil achromatop-

| sique ne pouvait plus voir, par suggestion, les hallucinations

colorées : une pomme lui apparaissait grise, un coquelicot noir

un bluet blanc, etc. Il y a cependant des exceptions à cette

règle : j'ai vu un borgne dont l'œil insensible voyait parfaite-

ment l’objet qu'on lui suggérait. lei encore, tout dépend du

sujet : s’il s’auto-suggestionne que son sens malade ne peut

rien percevoir, le résultat sera négatif, c'est le cas le plus fré-

quent ; si au contraire, il n’a aucune idée fixe, l’hallucination

Le très bien se créer de toutes pièces dans son cerveau. L'hallucination : suggérée se comporte-t-elle comme une sensation

physique (miroir, loupe, lorgnette, etc.) (1) ? | SANCHEZ HERRERO (de Madrid) «( Oui. »

7% BrémauD (de Brest). « Oui. »

Prrres (de Bordeaux). « Oui, »

— Davin (de Narbonne). « C'est mon avis.

Casorr (de Nashua-New- PH) (c ie

E- Buror (de Rochefort). « Oui.

* G. Bazcer (de Paris). « L’ re DUT s'associe souvent à un

point de repère, elle se comporte par suite à l'égard: du miroir,

de la lorgnette, comme ce point de repère. )

» Ocnonowicz (de Varsovie). « Quelquefois. »

Beaunis (de Paris). «?» |

“DumontPAzLIER (de Paris). « Je ne sais. »

. Maror (de Paris). «°? ».

Luys (de Paris). « Nescio. » :

… De JonG (de la Haye). « Jai constaté ASS des expé-

riences avec les prismes et j'ai trouvé que les objets suggérés

ne se dédoublent pas, que le dédoublement est de la logique,

une création du sujet, parce qu'il voit que les objets qui se

trouvent dans la chambre se SU Re )

» Henri Perersen (de Boston). « Non.

Joe (de Lille). « Non, le plus souvent, HastiuGnatore: suggé-

rée est purement psychique: »

L Réponses à mon questionnaire. | “1e 19

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LR | N Les Eu Qu 7 . RO el 0, DOS PA APS OUR SL AA Le vx j | k Fa TR : Ç ; AE Car” ls JA Ne TA

Tous ces auteurs admettent que l’hallucination suggérée se comporte comme une sensation réelle, excepté Dumontpallier, Marot, Luys et Beaunis, qui doutent ; Henrik Petersen et Joire, qui nient.

Bernheim admet ce phénomène et, à l’exemple de Brémaud, Binet et Féré, il croit qu’il dépend uniquement de la suggestion: si le prisme dédouble l’hallucination, si la lorgnette la rapproche ou l’éloigne, si le miroir la réfléchit, si la loupe la grossit, c’est que le sujet se guide sur les modifications qe subit un point dé repère. |

Si le sujet reconnaît, entre dix cartons blancs identiques, celui sur lequel on a suggéré un portrait, c'est encore quil” reconnaît un point de repère, imperceptible pour les personnes éveillées. |

J'ai posé la question suivante: L’hypnotique prend-il des pole de repère pour localiser l'hallucination ? |

Voici les réponses (!) :

SANCHEZ HERRERO (de Madrid). « Oui. » À

Manor (de Paris). « Expérience de la photographie de Char cot, la carte blanche étant renversée après la suggestion du portrait, le sujet la retourne pour la mettre dans la première position : celle où on lui a donné l’hallucination. » “L0

BréÉMaUD (de Brest). « Oui, j’ai formulé la théorie du point de repère avant que MM. Binet et Féré se soient occupés des la question ; voici textuellement ce que j'écrivais en janvier 1884 (Des différentes phases de l'hypnotisme et en particulier de : fascination, p. 13) :

« Maintenant, mettons rapidement devant l’œ1il droit de Lu un verre prismatique. Sa figure exprime une stupéfaction évi= dente; demandez-lui la cause de cet étonnement, vous entendrez la réponse. Ils sont deux maintenant. — La conclusion me semble évidente et forcée ; des rayons qui n’existent pas ne. peuvent pas être réfractés et là, il y a eu, par un phénomène. de réfraction, doublement de l'image. Cette image avait donc un substratum matériel mais déformé par l'imagination ; l’hak

(1) Réponses à mon questionnaire.

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< MA ' 4 23 » | - + LS 4 ; APP URE 22 , KE NR V . VER 5 ROVE MO FF : È ï gi

… lucination n'était qu'apparente et c’est réellement à une illu-

…. sion qu'il faut rapporter le phénomène dont vous venez d’être

les témoins. | |

«© Une expérience que je n’ai point publiée me semble dé-

È monstrative à ce point de vue. Un jour, opérant dans une salle

… de cours Circulaire, je montre à un somnambule (yeux ouverts)

… un singe imaginaire, en lui indiquant du doigt la frise qui fai.

. sait le tour de la salle, au point de jonction des murs et de

— la voûte. Le sujet voit le singe, mais il en voit d’autres, tout

. le tour de la frise était occupé par une série de singes tous

— semblables, tous faisaient les mèmes gestes, et le sujet pivotait

sur lui-même pour contempler cette couronne de singes gam-

« badant avec simultanéité. Le point de repère avait été la frise

Ve tous les points semblables de la frise étaient autant de

points de repère multipliant l’hallucination ou mieux lillu-

sion.) |

Prrres (de Bordeaux). « Oui. »

… Cagore (de Nashua-New-Hamspire e), « Oui. »

AS Buror (de Rochefort). «Oui. »

Luys (de Paris), (Qui. » ;

4 DE Joe (de la Haye). (J'ai constaté, chez certains somnambu- . les, qu’ils Liu des points de repère pour localiser les hallu- cinations.

HENRICK eo. (de Boston). « J’en doute. »

Davi (de Narbonne). « Je ne le crois pas. »

Ocaorowrcz (de Varsovie). « Oui, inconsciemment. »

| G. Pazzer (de Paris). «Oui, au moins le plus souvent.»

Praunis (de Paris). «? »

à Jorre (de Lille). «Non. »

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‘1 Tous ces auteurs sont done unanimes à admettre le rôle du

point de repère, sauf H. Petersen et Beaunis, qui en doutent,

. David et Joire, qui le nient.

… Je crois que la manière de voir de Brémaud, Binet, Féré,

0 etc., peut être admise, elle explique les résultats

inconstants de l'expérience : si l’on a, en effet, affaire à un

sujet peu intelligent, de même que si le sujet est intelligent,

ME Et 24e

dire que l’on peut changer la personnalité d’un sujet. En lui

nalité, il joue le rôle du personnage suggéré. Si on lui sug« gére une personnalité animale, celle du singe, du chien, 118 “reproduit immédiatement les allures de ces animaux.

des types ne se montrent pas chez tous les sujéts, elles réus- ñ. Sissent surtout chez les somnambules intelligents; da condition

mais ‘qu'il ne peut prendre aucun PO de Tepère, ces expé-

riences échouent. | PEN Quant aux expériences du mélange des couleurs ét ‘dé COn-

‘traste chromatique, elles ne réussissent que lorsque le sujet sait Ce qui doit se produire. C’est encore de la suggestion.

L'hallucination peut être non seulement positive, mais encore négative; on peut supprimer lactivité d’un sens, rendre le sujet aveugle, sourd, pour toutes les sensations ou pour une seule. Mais, ainsi que l’indiquent Féré et Richer, cette hallucination négative s'accompagne d’hallucination positive. Si l’on place un écran devenu invisible, devant une personne, le sujet ne pourra dire ce que fait cette personne; c’est donc que l'écran remplit son rôle habituel, le sujet le voit, mais il crée le vide à sa place.

Inversement, l’hallucination positive s'accompagne d’hallucination négative; le sujet devra effacer les images réelles pour y 1 substituer les images fictives. | ;

On peut encore produire ce que Bernheim a appelé des hallucinations rétroactives, grâce auxquelles on peut créer de M toutes pièces des souvenirs ne correspondant à aucune réalité; en affirmant à certains sujets qu’à telle époque de leur vie, ils $

“ont fait ou vu telle chose, on les persuade de la réalité de ces.

affirmations, ils décrivent les faits suggérés en y ajoutant même É une foule de détails ; ils croient réellement ce qu'ils dise

Enfin, on peut réaliser ‘par suggestion l’hallucination que Richer a désignée sous le non d'objectivation des types, c'est-à-

suggérant qu'il est paysan, général, religieux, avocat, etc

l’ensemble de ses mouvements s’adapte à sa nouvelle person-«

Les hallucinations négatives, rétroactives et l’objectivation

nécessaire à leur réussite est, comme pour tous les genres de Süg« gestions, que le sujet comprenne ce qu'on veut obtenir de lui. …

È a 2 heures et: demie de l'après-midi, je veux que vous reve-. - niez le 15 septembre. » Je réveille la malade qui me des, Ë mande, ainsi qu’elle en a l'habitude, quand elle doit revenir :.

Quant à la netteté des hallucinations, je crois, avec Beaunis, qu'elle peut être plus ou moins grande suivant les sujets, et que certains d’entre eux peuvent voir l’hallucination dans

. tous ses détails, la dessiner, Ja décrire avec toute la précision Ds. mettraient ue RAIN un obI6e. réel devant eux.

b. Les phénomènes d’ amnésie provoqüéé peuvent être obtenus

ve assez facilement par la suggestion verbale ; on peut faire ou-

blier à un sujet son nom, un événement quelconque, simplement en le lui affirmant. J'ai suffisamment insisté sur ce point à propos des modifications suggestives de la mémoire des hypuotisés. i |

c. On peut « créer aussi par suggestion verbale, des paralysies psychiques et des idées fixes ; il suffit de dire à un sujet: « Votre bras, votre jambe, est paralysée ou contracturée » pour qu'aussitôt ces phénomènes se manifestent. Ce sont là des

expériences trop élémentaires et trop connues pour que je m'y

arrête.

- d. Enfin on peut suggérer des impulsions irrésistibles, des actes quelconques plus ou moins compliqués et même des cri

mes. | Toutes ces suggestions peuvent être réalisées, non seulement pendant le sommeïl hypnotique, mais encore au réveil, c’est ce

- qui différencie la suggestion intra-hypnotique, de la suggestion post-hypnotique.

Quant à la suggestion à échéance, son existence est indis cutable : Un sujet étant endormi, on lui suggère un acte ou une hallucination devant se réaliser dans huit jours, dans un

mois ; à l’heure dite, le fait se produit et le sujet se croit

absolument indépendant de toute influence; il commet l'acte

suggéré, l'idée en nait spontanément dans son cerveau, il assiste

à l’hallucination comme si elle était réelle. Le (He juillet, je dis à Marie Y..….en état de somnambulisme : « Ecoutez-moi bien, le 15 septembre, vous reviendrez me voir

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« Mais, lui dis-je, vous êtes guérie, il ne faut plus revenir, à moins que vos attaques ne reviennent, ce qui est peu probable, » Elle s’en va.

Le 15 septembre, à 2 heures 35, Marie arrive chez moi ioxibl

essoufflée.

« Pourqnoi êtes-vous aussi essoufflée ? lui dis-je.

— À 2 heures, répond-elle, j'ai été prise d’un besoin irré-=

sistible d’aller vous consulter, je voulais arriver à 2 heures et demie et je me suis dépêchée. » |

Voilà un exemple de suggestion d'acte à échéance ; le même

sujet m'a fourni un exemple de suggestion sensorielle à échéance. Un jour je lui dis, pendant son sommeil: « La fois pro-

chaine, quand vous viendrez me consulter, je serai avec mon

confrère M. X.…..

Quinze jours après, la malade revient, elle regarde curieuse-

ment vers un angle de la Chambre « Que regardez-vous ? lui dis-je.

— Le docteur x...

— Il n'est pas là, il n'y a personne à l’endroit où vous regardez. | ER — Je vois bien qu'il y est, il me regarde.

On peut reproduire à échéance, toutes a suggestions que :

l'on veut. Mais ces suggestions persistent-elles indéfiniment ; pourrait-on, par exemple, suggérer un acte à exécuter au bout de plusieurs années ? L'expérimentation peut seule répondre à cette question.

Les faits de suggestions à huit jours, à un mois d'inter-

valle sont communs; je viens de prouver qu’elles peuvent en- -

core se réaliser à soixante jours ; faut-il, avec Gilles de la Tou- « rette et Pitres, hésiter à dire si l'échéance peut être reculée.

plus loin encore? Non, les expériences faites à Nancy prouvent que la suggestion peut se faire à cent soixante-douze jours et même à trois cent soixante-cinq jours d'intervalle.

Abordons maintenant l'étude de la résistance aux suggestions. Tous les sujets sont-ils suggestibles au point de présenter ces différentes espèces de suggestions; en d’autres termes, le sujet somnambule est-il toujours un automate ? Question qui

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@œ DES SUGGESTIONS HYPNOTIQUES : 295

… a soulevé des discussions entre l'Ecole de Paris et celle de . Nancy.

…. « Le somnambule hypnotique, dit Gilles de la Tourette, n’est pas un pur automate, une simple machine que l’on peut faire tourner au gré de tous les vents de l'esprit. Il possède une … personnalité, réduite, il est vrai, dans ses termes généraux, | mais qui, dans certains cas, persiste entière et s'affirme nettement par la résistance qu'il oppose aux idées suggestives. .L'hypnotisé reste toujours quelqu'un, et il peut manifester sa … volonté en résistant aux suggestions. »

, Richer émet la même opinion. Une somnambule, dit-il, peut se refuser complètement à accomplir certains actes pendant que, pour tout le reste, elle n’oppose aucune résistance. La somnam- … bule oppose souvent une certaine résistance à la suggestion. Elle discute, elle demande le motif, elle dit non. Le plus souvent ce ,. pouvoir de résistance est faible. L'expérimentateur en a facilement ; raison ; mais quelquefois cette résistance ne peut être vaincue. » — Au contraire, pour Liébault, le fondateur de l'Ecole de Nancy, « les sujets exécutent les suggestions intra-hypnotiques irré- “sistiblement et par conséquent sans aucune responsabilité : 54s vont à leur but comme la pierre qui tombe. » :

Liégeois émet un avis analogue.

. Certains partisans de l'Ecole de Nancy sont cependant moins affirmatifs.que Liébault et Liégeois; Beaunis admet la résis- “tance du sujet à exécuter certains actes, il a été témoin de combats intérieurs chez ses sujets, lorsqu'il leur ordonnait des “actes contraires à leur sens moral, mais, ne pouvant abandon- -ner les doctrines de son école, il croit cette résistance facile à vaincre : « en tous cas, dit-il, même quand le sujet résiste, il est toujours possible, en insistant, en accentuant la suggestion, “de lui faire exécuter l'acte voulu. Au fond, l’automatisme est absolu et le sujet ne conserve de spontanéité et de volonté que ce que veut lui en laisser son hypnotiseur ; il réalise dans le sens strict du mot, l'idéal célèbre : il est comme le bâton dans la main du voyageur. »

1 Bernheim admet également la possibilité d’une résistance aux suggestions intra-hypnotiques.

296 is CHAPITRE XIV

4° Le somnambule hypnotique te il aveuglément. est-il. un au.

tomate parfait ? | 2 Ou bien n’obéit-il qu'à ce qui lui est agréable ?

A ces deux questions, les auteurs m'ont répondu comme

suit (!):

A Voisix (de Paris). « Le somnambule hypnotique obéit aveu-

glément, il n’obéit pas seulement à ce qui lui est ro »- SancHez HERRERO (de Madrid). « Le somnambule parfait, 0 oui; il -obéit plutôt à ce qui lui est agréable. L 263 Luys (de Paris). «1° Oui; 2° Cela dépend de EL et Fe lhypnotiseur. »

Davio (de Narbonne). 1° Le oué souvent ; % C’est l'affaire de l'opérateur et une question d'entraînement chez le sujet. Le Menanr Des Cuesnais (de Ville-d’Avray). « Pour moi, Tl'automatisme n’est jamais complet, le sujet garde toujours une: certaine conscience qui l'empêche d'obéir d'une façon réelle ment aveugle, mais suffisante pour résister et ne pas exécuter,

au moins jusqu’à un certain point, des choses qui lui sont

désagréables. » | TEE Maror (de Paris). « Non, l’hypnotique n’est pas un automate! parfait, il résiste souvent en particulier aux choses désagréables. La résistance peut, semble-t-il, être, en général, vainçue. » BRÉMAUD (de Brest). & 11 y a somnambule et somnambule, | les uns dressés, les autres frustes. À un somnambule dressé,

entraîné, on peut tout demander, l'automate est parfait.

«Du somnambule non dressé, du somnambule vierge d'expé- Le

riences, on ne peut obtenir facilement que des choses indifié”

rentes æt on blesse facilement sa susceptibilité ; il peut se refu= ser à exécuter l’ordre, tout comme il le ferait pendant la veille

On peut cependant lui faire exécuter (expérience de laboratoire),

à peu près tout ce que l'on veut en s'y prenant d’une certaine façon, en décomposant l'acte de façon qu'il ne saisisse pas l'en“

semble, en fractionnant les ordres, les insinuations, de façon à l’amener, par une pente insensible, au but final. » Il y a certainement conscience et sentiment moral chez le

(1) Réponses à mon questionnaire. HE. | -

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somnambule, mais lé somnambule n’est point perspicace, son attention est concentrée sur un point particulier, son champ de conscience, son horizon intellectuel sont singulièrement rétrécis; on peut, par une série combinée d’ordres partiels, l’amener à un résultat final dont on lui cache la valeur morale ; dans ce cas, le somnambule n’a point su ce qu'on lui faisait faire.

» Le somnambule est tellement suggestible qu’on peut, par un mélange d’hallucinations, de suggestions morales, le tromper sur la valeur morale d’un acte et le lui faire exécuter.

… » Le somnambule mis en face d'un erime à exécuter, d’un vol à commettre, si l’ordre n’a pas été suffisamment préparé, atténué, voilé, si l’ordre est net et brutal — tu vois ta mère, va la tuer, je le veux — le somnambule se révolte, résiste, se réveille. comme d’un cauchemar. |

» Mais si l'ordre est présenté solidement, entremêlé de suggestion, ce même somnambule l’exécutera avec plus ou moins d’impassibilité. » | re | | ? Layore (de Nashua-New-Hamspire). « Il ne faut pas être exclusit ni absolu, je crois qu'il est possible d’avoir un sujet parfait automate, mais ce serait l’exception très rare. »

DumonrPALLiER (de Paris). « 4° Oui, quand ïl a une extrème. confiance dans l’hypnotiseur; 2 Erreur d'École. »

t Azam (de Bordeaux). « Non, le somnambule hypnotique n’est pas un automate parfait, je crois qu’il peut résister, mais dans une très faible mesure et aussi, peut-être, suivant la nature de son caractère particulier. Un hypnotisé à esprit faible dans son état normal, obéira plus passivement à toute suggestion et ne

… résistera pas, même si ces suggestions lui ordonnent un vol ou

un crime. })

VariNaRp (de Paris). « Non, il conserve son libre arbitre et se révolte contre ce qui est contraire à ses opinions. S’il cède, c'est que la volonté de l’hypnotiseur est plus forte que la sienne.

» En ce genre tout dépend de l'expérimentateur, il pourra faire, je le crois, ce qu’il voudra de n'importe quel sujet, quelle que soit la susceptibilité morale de ce dernier, mais si nous recherchons le fond même des choses, nous verrons que le somnambule a la même valeur morale, le même caractère à l'état de

sommeil qu'à l’état de veille; mais dans ce dernier état, le rai-

sonnement, la critique, la largeur du champ intellectuel, dé-

fendent le sujet: dans l’état de sommeil privé de ses éléments de résistance, le sujet succombe.

» Il est donc nécessaire, dans l'examen de toute expérience, de tenir compte des moyens mis en œuvre par l’expérimentateur et de ne pas faire fond uniquement sur le résultat matériel obtenu. Une expérience lue n’est pas une expérience vue, un expérimentateur de très bonne foi peut suggérer, malgré lui, telle ou telle chose à son sujet: la question de la responsabilité du somnambule n’est donc pas une question de théorie, il y a des faits qui doivent être analysés un à un. Dans bien des cas, l’analyse est plus que difficile, surtout si le provocateur n’est pas capable d’une observation suffisante de lui-même et des moyens par lui employés. »

Prrres (de Bordeaux). « Non. »

Buror (de Paris). « 4°, Non ; 2 Pas toujours. »

Henrik PETERSEN (de Boston). « 4° Selon les circonstances et les individus; 2 En principe il me semble que oui. » :

Mason (de Louvain). « Je crois qu’en certains cas, le somnambule hypnotique obéit aveuglément. » |

DE Bars (abbé, de Gand). « C'est se mettre dans une hypothèse généralement fausse que de considérer la possibilité d’une suggestion criminelle assez Îorte pour être opérante et invincible, uniquement au point de vue d’un homme idéal. Il faut tenir compte des tendances du sujet antécédemment à la suggestion. Une suggestion parallèle aux passions ‘sera irrésistible,

bien plus aisément qu'une suggestion qui irait à l’encontre de

celles-ci. La suggestion pourra devenir un puissant moyen d'exploiter les passions d’un sujet, de rejeter dans l’ornière du vice ou du crime, par exemple, un homme qui déjà y est tombé. »

Joire (de Lille). « Non, dans la plupart des cas. »

Ocuorowicz (de Varsovie), « Ce n’est pas la règle, mais cela arrive; les somnambules hypnotisés par des passes ont beaucoup plus de liberté morale que les hypnotisés par d’autres moyens. })

Bgaunis (de Paris). « 1° Oui, si le sommeil hypnotique est

É Fr:

À assez profond et le sujet très suggestible; 2 Si le sommeil hyp- : porue est incomplet et le sujet peu suggestible. »

DE JonG (de la Haye). « Le somnambule n’est pas un auto-

| mate psychique pour toutes les suggestions. J'ai trouvé qu'il

NT à quelques suggestions, parfaitement, tandis qu'il est

“ comme un automate vis-à-vis des autres (prière de voir mon

explication dans le compte rendu du Congrès d'Antropologie à - Bruxelles, 1892). ;

ei Je ne suis pas de l'avis qu'il obéit seulement aux suggestions

pau lui sont agréables. »

Pour résoudre une question aussi controversée, on ne peut avoir recours qu'à l’expérimentation ; nous devons voir par nous- “mêmes ce qu'il y a de vrai dans l'une et dans l’autre théorie.

» a. Suggestions intra-hypnotiques. Prenons tout d’abord | Me MES en état de somnambulisme véritable, cette malade

| obéit aveuglément aux ordres. Si on lui dit de marcher, de danser, de rire, elle exécute aussitôt ces diflérentes suggestions ; si je lui dis. :

% (@ Hoyez ce petit singe.

‘4 — Qu'il est drôle, répond-elle.

— Voyez quelles grimaces il fait. »

. Elle rit aux éclats.

…. « Votre bras droit est paralysé. »

Aussitôt la malade fait de vains efforts pour relever le bras qui

reste inerte.

« Vous ne vous rappelez plus le mois, le jour ni la date. » …— Illui est impossible de se rappeler ces différentes choses qu’elle - savait parfaitement avant la suggestion.

… I] suffit d’ordonner à cette dame de faire un bon pour une “somme quelconque, pour qu'aussitôt elle réalise l’acte suggéré, sans aucune résistance.

Toutes les suggestions sont possibles, Mne X... réalise le type - de Liébault et Liégeois, elle est entre les mains de l’hypnotiseur » comme le bâton dans la main du voyageur.

Léon de T... est aussi un automate parfait; voici un extrait

‘ ne PSE CE Ne Ve AR ORS RER PET TRS TAPIE

7 dE re

de ma communication à la Société dés Sciences médicales à pro pos de ce sujet.

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