partie de sa personnalité; mais comment se fait-il qu’elle
écrive un bon de cinq cents francs alors qu’elle ne doit rien?
C'est qu’elle ne se rend pas compte de l’importance de Pacte
qu'elle pose ; si en effet, je lui dis: » Vous allez écrire que |
vous me devez cinq cents francs »,. elle refuse. Mais lorsque
je lui dis « Écrivez », puis que je lui dicte ce qu’elle doit.
‘écrire, son cerveau a accepté l’idée d’écrire parce que rien ne révoltait son sens moral, l’idée d'écrire étant acceptée pe elle, la suggestion est faite et. la malade obéit.
». Lorsque je lui dis d’ôter son jupon, cette jeune fille, qui
est très pudibonde, refuse d’exécuter l’ordre; si je veux ôter le jupon, elle le retient des deux mains, sans avoir conscience
de ce qu'elle fait; si au lieu de lui dire: « Lâchez le jupon »,
je lui dis « Ouvrez les maïns », elle obéit et le: jupon tombe;
elle obéit parce que dans l'ordre donné il n’y a rien qu res
volte son sens moral.
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Adrienne C. est inconsciente, elle ne raisonne pas, puisque "
par, des subterfuges, .elle écrit ce qu’on veut et elle laisse ôter.
son jupon.
I] n'en est pas moins vrai que cette somnambule a présenté
une résistance invincible pour certaines suggestions.
Joséphine D. présente encore une résistance plus. grande à
la suggestion, ‘elle n’exécute que les ordres qui lui conviennent: si on l’hypnotise dans la salle de l'hôpital, en présence des autres malades, elle refuse de sortir de son lit et de
marcher au milieu de la salle, de peur de se couvrir de ridi- -
cule. Il est impossible de lui suggérer des hallucinations, ni
| . de provoquer des paralysies ; cependant Joséphine est profondément. endormie, en somnambulisme les yeux ouverts ou fer- 4 més, c'est un des sujets les plus sensibles que j'ai rencontrés. 4 Je n'ai jamais pu lui faire écrire un bon de cinq cents francs, . parce qu'elle comprenait la gravité de l'acte qu’elle allait poser. Ici la suggestibilité est moins grande encore: tandis … qu'Adrienne était inconsciente et ne réagissait qu'à l'égard des sugsestions contraires à des sentiments devenus chez elle “…instinctifs, Joséphine refuse d'exécuter tout ordre qui lui déplaît; elle réalise ce que Brôuardel a dit dans son cours de . médecine légale, en 1887: « Si un individu agréable à la som- nambule lui offre des suggestions agréables ou indiflérentes, elle S'y soumet; mais si ces suggestions mettent en révolte 4 ses affections D danelles ou ses instincts naturels, elle oppose «— une résistance presque invincible ».
Je pourrais multiplier à l'infini les exemples de résistance “aux suggestions intra-hypnotiques, les quatre cas que j'ai “décrits paraissent suffisants et typiques: Mme X.. et Léon - obéissent aveuglément, ils donnent raison à Liébault et Liémvcois, ils vont à leur but comme la pierre qui tombe ; Jose- phine D.., refuse d'exécuter tout ordre qui lui déplaît, elle semble prouver l'exactitude des vues de Gilles de la Tourette - et de Brouardel; enfin Adrienne est intermédiaire entre les deux sujets précédents, le contrôle est chez elle tres peu marqué, elle ne comprend que la signification des mots sug- 4 gérés, elle ne conçoit pas l'importance des actes qu’on lui fait exécuter. | - On peut rencontrer des sujets absolument automates, d’autres
présentant une résistance relative aux suggestions, d’autres - encore n’exécutant que les suggestions qui leur sont agréables. 1 Quel est celui de ces trois types que l’on rencontre le plus . fréquemment : d’àäprès mes recherches personnelles, c'est le second type qui est le plus commun, celui représent paré Adrienne C...; la plupart des somnambules ne comprennent pas l'importance de leurs actes, ils obéissent aux suggestions -intra-hypnotiques, à condition que rien ne choque leurs sen- timents instinctifs dans l’ordre qu’on leur donne.
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Je reviendrai sur ce sujet à propos des suggestions criminelles, dont je n'ai, à dessein, pas parlé ici, réservant pour ce 4 sujet un chapitre spécial. Qu’il me suffise de faire remarquer. que Liébault, Liégeois et Brouardet ont raison et tort tout à « la fois; ils ont raison en ce sens que leurs types existent réellement, ils ont tort parce qu'ils sont tous trois trop ab-
solus. -
b. Suggestions post. hypnotiques. — Si je suggère à Léon qu'il doit … me faire, à son réveil, un bon de 1,000 francs, il obéit aussi tôt. Si je fais à Mme X.. une suggestion semblable, elle va. vers la table, prend la plume, mais aussitôt elle la rejette” brusquement. Je lui dis:
« Que faites-vous ? |
— Figurez-vous, me dit-elle, que j'avais envie de vous faire. un bon de 1,000 francs, c'est stupide ».
Il y a eu combat entre son sens moral et la suggestion, le. sens moral l’a emporté. Mme X.., n’a pas non plus obéi à" l’ordre de se déshabiller. | |
Adrienne C.…. est endormie, je lui suggère qu’à son réveil elle devra mettre mon chapeau sur la tête de M. X..., elle obéit; je lui suggère qu’ellé écrira : « Bon pour 1,000 francs », elle obéit encore ; je lui dis alors: «© A votre réveil, vous 4 écrirez un billet par lequel vous reconnaïîtrez me devoir - 1,000 francs », elle ne réalise pas la suggestion: de même elle E. ne se déshabille pas à son réveil, quoique je le lui ai suggéré.
Voici enfin Joséphine D.., je lui suggère qu'après son :. réveil elle mettra mon chapeau sur la têle de M. X.., elle n’en fait rien, elle se souvient que je lui ai ordonné de mettre % mon chapeau sur la tête de M. X.., mais elle trouve l'acte ridicule et ne l’exécute pas. A plus forte raison elle ne fait pas un bon de 1,000 francs. Si je lui dis: « A votre réveil vous aurez une attaque de nerfs », l'acte suggéré se produit; … si je lui dis qu’à son réveil elle aura un chatouillement à la joue, elle ressent l'impression suggérée ; c'est que ces suggestions ne blessent ni son amour-propre ni son sens moral.
Ces quelques faits montrent que Gilles de la Tourette a.
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raison de dire que les somnambules peuvent offrir une résistance invincible aux suggestions, ils montrent que les faits énoncés par Liébault et Liégeois existent également: certains sujets sont de pures automates réalisant toutes les suggestions ; ils indiquent encore que, dans certains cas, comme Brouardel l'a dit, les sujets n'exécutent que les suggestions qui leur sont agréables. | | Comment la suggestion post-hypnotique est-elle réalisable, : puisque, d'après ce qui a été dit précédemment, le somnam- bule ne se rappelle qu’exceptionnellement au réveil ce qui a été dit et fait pendant son sommeil.
—… Le sujet, il est vrai, ne se rappelle généralement pas ce qu’on 1 - Jui a dit ou ce qu'il a fait pendant qu’il dormait, mais ces “ paroles et ces actes n’ont pas passé dans son cerveau sans y laisser de traces; l'impression, bien qu'inconsciente, persiste, puisqu'on peut provoquer chez le somnambule Ia remémora- —. ‘tion des faits écoulés pendant un sommeil antérieur.
—. Ce qui prouve la persistance de ces impressions dans le cerveau, ce sont les résultats journaliers que l’on obtient en — thérapeutique par la suggestion; j'endors une malade hysté- —. rique, je: lui suggère de ne plus avoir d'attaque: à son réveil
elle ne se rappelle rien, et cependant, le plus souvent, les À attaques ne se produisent plus. Je suggère à une hystérique …. qui a un retard des règles, que dans autant de jours elle verra
… reparaître l'écoulement mensuel, elle ne se rappelle de rien … à son réveil et les menstrues reparaissent. Je suggère à une malade atteinte de paralysie hystérique qu'elle pourra marcher, elle ne conserve aucun souvenir de la suggestion, et cependant
elle se met à marcher à <on réveil.
On peut admettre que les impressions perçues en état d’hyp- . notisme sommeillent dans le cerveau jusqu’au moment où une # cause quelconque vient les réveiller. Grâce à cette interprétation, on peut concevoir la possibilité des faits indiscutables . de suggestion post-hypnotique, dont l'existence n’est contestée par personne, Si nous disons à Adrienne C..: « Immédiatement après votre réveil, vous irez embrasser M. X..., » elle + obéit, bien qu'étant parfaitement éveillée et consciente; elle
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sait ce qu'elle fait, elle se rend compte de l'originalité de son acte, elle l’exécute poussée par une force invincible.
B. — LA SUGGESTION A L’ÉTAT DE VEILLE
Devons-nous, avec Bernheim (édition de 1884), Beaunis et Liégeois, admettre que la suggestion hypnotique ne peut être produite à l’état de veille, que chez des sujets hypnotisables, grâce à un état spécial de ces sujets, intermédiaire entre le
sommeil et la veille, état appelé par Beaunis veille somnambu-
lique, par Liégeois condition seconde; ou bien devons-nous, avec Bernheim (édition de 1891), dire que la suggestion hypnotique à l’état de veille peut se manifester chez des sujets non hypnotisables ?
Pour résoudre cette question, nous devons encore une fois nous rappeler ce que nous avons dit à propos des suggestibilités. | | ;
Nous avons vu que la suggestibilité existe à l’état de veille
chez les individus normaux, mais que cette suggestibilité
est très restreinte et qu’elle ne permet que l'acceptation des suggestions relativement peu importantes, soit grace à une légère
diminution de la résistance (I: R — 1: 3 ou = 2: 2), soit grâce à.
une légère augmentation de l’impressionnabilité (1: R=3 : 4ou © æ)
—= L:4). La seggestibilité à l’état de veille existe donc ‘bien réellement en dehors de toute hypnotisation ou de tout état
pathologique. Mais cette suggestibilité qui se réduit à accepter
des conseils peu conséquents est si habituelle, si fréquente, que son existence ne nécessite aucune étude bien spéciale. Lorsqu'on parle de suggestion à l’état de veille, c’est généralement à l'acceptation d'idées plus importantes, moins ordi-
naires, que l’on fait allusion; on ne se contente généralement,
pas d’entraîner un sujet à exécuter un acte quelconque de
la vie courante, on lui impose des idées plus originales, on
lui affirme, par exemple, que son bras est paralysé, qu'il ne peut plus avancer, qu’il est dans un jardin rempli de roses,
etc., et l’on prétend que de telles suggestions sont possibles, à \
l’état de veille, chez des individus normaux.
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. Je nie absolument ce fait et, voilà pourquoi j'ai dit précédemment que la suggestion à l’état de veille n’est réalisable que chez des sujets hypnotisables ou pathologiques.
Les formules représentant les suggestibilités physiologiques ne permettent, en effet, pas l’acceptation de suggestions aussi différentes de celles de la vie courante: elles nécessitent une suggestibilité plus accentuée. Or, nous l’avons vu précédemment, cette hyper-suggestibilité, dépendant d'une déséquilibration dans les rapports des facteurs I et R., ne peut résulter que d’une modification pathologique de la formule ou d’une dissociation fonctionnelle des centres nerveux réalisée par l’hypnose. Cet état pathologique et l'hypnose peuvent altérer semblablement la formule et donner lieu à une suggestibilité excessivement variable, pouvant aller jusqu'à l’automatisme ‘complet. La suggestion à l’état de veille, telle qu'on la conçoit généralement, n'est donc possible que grâce à un état pathologique ou grâce à un état hypnotique quelconque.
Les sujets normaux pourront, par l'influence hypnotique, par dissociation des centres nerveux, par annihilation plus ou moins complète du centre psychique supérieur et conscient, devenir très suggestibles, grâce à un état superficiel
…—. d’hypnose, intermédiaire entre la veille et le sommeil, état
- appelé veille somnambulique par Beaunis, condition seconde par Liégeois.
. Le sujet que l’on suggestionne, sans l’endormir préalableà ment, semble éveillé, ses yeux sont ouverts, il parle, il agit - librement, et cependant la suggestion exécutée est oubliée. On ne peut admettre, dans ces conditions, qu’il se trouve à l’état de veille
—. normale: ce sujet se rappelle tout ce qui s’est passé avant et
| après la suggestion, cette dernière seule a disparu de sa mémoire ; . c'est qu'à ce moment seulement il se trouvait en état hypnotique. Nous avons, en effet, vu que de nombreux états hypnotiques peuvent exister, les yeux étant ouverts, avec toutes les apparences de l'état de veille.
De nombreux sujets m'ont prouvé la possibilité d’un état
— hypnotique passager, développé sous l'influence d'une suggestion
faite à l’état de veille; si je leur disais: « Fermez la main,
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vous ne pouvez plus l'ouvrir, » ils faisaient des efforts pour : desserrer les doigts. Si à ce moment j’enfonçais une épingle dans leur bras sans qu’ils le sachent, ils ne sentaient rien ; quelques minutes après, la sensibilité revenait. Je n’avais rien suggéré relativement à la sensibilité, celle-ci disparaissait sous l'influence de la simple suggestion quelle qu’elle soit. C’est que’. ces sujets tombaient alors en état somnambulique les yeux ouverts et que cet état ne durait que juste le temps nécessaire à l'exécution de la suggestion. Les faits rapportés par Bernheim (1884), Liégeois, Beaunis, relatifs à: des sujets hypnotisables, peuvent s'expliquer par l’apparition d’un sommeil hypnotique passager, ne durant que le PE nécessaire à la réalisation de la suggestion. À
Les expériences concernant des dividis non sénsibles à l'hypnose ont été faites chez des suggestibles pathologiques, chez lesquels la formule psychique était altérée à l’état de veilte et se rapprochait sensiblement des formules de suggestibilités que l’on n'obtient chez les sujets normaux, que grâce à la dissociation hÿpnotique des centres nerveux.
La résistance aux suggestions faites à l’état de veille, est beaucoup plus grande encore que celle qu ‘opposent les sujets aux suggestions à échéances ; c’est-à-dire que la formule ordinaire se modifie moins facilement sans le secours d’une hypnose. profonde. Cependant on pourra rencontrer des sujets très suggestibles à l'état de veille ; tout dépendra de l’état de leur M formule ordinaire. : d.
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C) Les suggestions criminelles
Jusqu'ici, je me suis occupé de l’étude générale des sugges-. tions; dans ce chapitre, je compte envisager spécialement les! suggestions criminelles. Il faut avant tout que j'expose dans. quelles circonstances, à mon avis, un délit doit être rapporté: à l’hypnotisme. HN #1
Si l’on consulte les auteurs qui se sont spécialement oCCu< pés de la question, on constate qu'ils rapportent à l'hypnotis-
| me une foule d’actes criminels qui ne doivent être imputés … qu'à l'hystérie. Liégeois rapporte dans son livre la description —. d’une foule de procès qui n’ont rien à voir avec l’hypnotisme, . il parle d'outrages à la pudeur, de vols, de meurtres, commis à l'état de veille sur des personnes ou par des personnes non . hypnotisables, des hystériques dont la suggestibilité est très développée et constitue un véritable automatisme pathologique. … (Cest que M. Liégeois, fidèle aux doctrines de Bernheim, con- — sidère l’hypnotisme et la suggestion comme une seule et même 4 poiosc : il rapporte à l’hypnotisme tous les délits accomplis | grâce à une suggestion quelconque. … Bernheim rattache à l’hypnotisme les crimes de Gabrielle . Fenayrou, de Gabrielle Bompard, qui n'ont rien de commun 1 avec l’hypnotisme, mais qui prouvent l'importance de l’étude de …l’hystérie dans ses rapports avec la médecine légale : Gabrielle . Fenayrou, jeune femme bonne et douce, devient la maîtresse d’un élève pharmacien, le mari veut se venger, il captive l’esprit de sa femme, lui persuade qu’elle doit tuer son amant. La jeune femme donne rendez-vous au pharmacien, Celle y va, chemin faisant, elle entre prier à la Madeleine, puis froi- —‘dement, sans émotion, elle conduit l’homme qu’elle a aimé - à son mari qui l’assassine. » | Le mari n'avait jamais hypnotisé sa femme ; il l’a sugges- —tionnée à l’état de veille, grâce à l’altération pathologique de sa formule dont le facteur résistance était considérablement . amoindri (l:R—2—0). « C'était une pâte molle, elle allait au “vice comme à la vertu ». Il ne s’agit pas ici d'un être normal “auquel le sommeil hypnotique a permis de suggérer un crime, c'est un esprit déséquilibré dont la formule intellectuelle est profondémenl altérée à l’état ordinaire. Il ÿ a, entre un sujet normal hypnotisé, accomplissant une suggestion caiminelle et Gabrielle . Fenayrou, la différence qu’il y a entre un état physiologique et un état pathologique, entre les formules de suggestibilité normales et |. 15 pathologiques. L’hypnotisme étant, de l’avis même
le rendre responsable des crimes commis sous l'influence d’un état pathologique. En d’autres. termes, Gabrielle Fenayrou est
de l'École de Nancy, un phénomène physiologique, on ne peut |
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une malade, l’hypnotisé qui accomplit la suggestion criminelle peut être parfaitement sain d'esprit.
Le cas de Gabrielle Bompard est te 08 à celui de Gabrielle Fenayrou : encore enfant presque, elle attire des jeunés gens chez elle; elle se laisse dominer par Eyraud qui la bat et l’exploite; elle lui amène lhuissier qu'il veut assassiner ; elle aide au meurtre, elle coud le sac qui contient le cadavre, tout
cela sans aucun remord. Elle fait la connaissance d’un homme
intelligent qui la captive, elle lui avoue son crime comme une chose naturelle, elle le raconte en riant, o1e s'étonne qu'on la maintienne en prison. |
Ici encore, pas d’hypnotisme, de la simple suggestion chez un esprit faible, hystérique, déséquilibré, dégénéré, dont l'impressionabilité I est augmentée et dont la résistance R est diminuée.
Pour bien faire comprendre la différence que je fais entre
le délit commis grâce à l'hypnôtisme et celui commis grâce à
la suggestibilité extraordinaire de certains esprits faibles, il
faut que je rappelle ce qui a été dit précédemment à propos de la veille somnambulique : la suggestion telle qu'on la con-
çoit habituellement ne peut se faire, à l’état de veille, chez
des sujets normaux. que s'ils sont à quelque degré sensibles
ae
à l'hypnose. Les suggestions pratiquées par Gilles de la Tou-
rette et Bernheim (1891) chez des sujets non hypnotisables ont été faites, non pas chez des sujets normaux, mais chez des hystériques. C’est là un fait qui ressort clairement de l’étude que nous avons faite sur les suggestibilités: la formule normale I : R=2:%4
ne permet que l’acceptation des conseils et des suggestions de la. vie courante n’ayant aucun caractère sérieux. Pour réaliser la Véri
table suggestibilité, c’est à-dire celle qui permet de suggérer des actes importants, il faut que cette formule soit modifiée, que l’im-
pressionnabilité I soit augmentée, ou que la résistance R soit. diminuée (1l:R—2:1—2:00u1:R—6, 7ou8 :4)}"0raouss avons vu que ces modifications de la formule psychique peuvent”
résulter soit d’une déséquilibration mentale, soit de la dissociation fonctionnelle des centres nerveux réalisée par l'hypnose, à ün degré quelconque. Si donc les sujets de Gilles de la Tourette et
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Bernheim n'étaient absolument pas sensibles à l'hypnose, ils n’ont pu devenir suggestibles au point où ils l’ont été que grâce à leur
état cérébral pathologique.
… En admettant cette distinction entre les différentes suggestions faites à l’état de veille, on comprend pourquoi les procès rapportés par Liégeois, Berheim, etc., n’appartiennent pas à l'hypnotisme mais. à la pathologie. Gabrielle Fenayrou et Gabrielle Bompard nayant jamais été hypnotisées, ne pouvaient obéir aveuglément aux suggestions grace aux phénomènes hypnotiques ; si elles ont obéi, c’est grâce à une déséquilibration de
-leur formule intellectuelle due à l’état maladif de leur cerveau.
I ne faut donc enfin envisager à propos de l’hypnotisme, phénomène physiologique, que les suggestions faites dans cet état physiologique ; les suggestions, faites grâce à un état pathologique du cerveau, n’ont rien à voir avec l’hypnotisme.
C’est à cause de la confusion entre les suggestions hypnotiques et les suggestions hystériques que la question de l’hypnotisme médico-légal semble si obscure. Et à vrai dire, en lisant les ouvrages parus sur la question, on se demande où finit l’hypnotisme; pour peu qu'on se laisse conseiller d’une chose par quelqu'un, on est taxé d’avoir accepté une suggestion hypnotique. Grâce à la distinction que je viens d'établir, on peut délimiter parfaitement ce qui appartient à l'hypnotisme ; je le répète, on ne peut rattacher à l'hypnotisme que des suggestions faites soit pendant le sommeil, soit à l’état de veille, chez des sujets sensibles à l'hypnose, dont la formule de suggestibilité est physiologique à l’état ordinaire ; les suggestions faites à l’état de veille chez des sujets absolument réfractaires à toute hypnose, appartiennent non pas à l’hypnotisme, mais à la pathologie.
Les délits et les crimes réalisés grâce à l’hypnotisme, peuvent être de diverses espèces ; ce sont: le viol, les faux et captations de
- testaments. les faux témoignages, les substitutions d'enfants, les
attentats à la personne morale, les rapts d’enfants, les viols de la conscience et les crimes proprements dits.
- Afin de rendre plus clair l’exposé de ces différents points, je diviserai les délits et crimes commis grâce à l’hypnotisme, en deux catégories bien distinctes: ou bien le sujet hypnotisé est passif et
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ne prend aucune part à la réalisation du crime, ou bien il est actif, ‘ È cest lui qui commet, sous l'influence d’une suggestion, l'acte répréhensible. ae HIS ES À
Dans la première catégorie de délits, doivent être rangés cer- ‘4 tains viols, certains vols, les substitutions d”° enfants et même certains crimes ; dans la deuxième catégorie nous placerons certains À viols, certains vols, les faux et captations de testaments, les faux témoignages, les attentats à la personne morale, les viols de la conscience et les crimes proprement dits.