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Cette expérience a parfaitement réussi avec Eudoxie M., qui est la plus automatique des quatre somnambules types que j'ai choisies; avec M"° Adrienne C. et Joséphine D., je ne suis pas parvenu à provoquer un faux témoignage bien caractérisé.
b) Au lieu de suggérer directement un faux témoignage, on peut agir sur le sujet par une hallucination rétroactive ; comme je l'ai dit précédemment, l’hallucination rétroactive consiste en ce fait qu’on peut suggérer à un somnambule « qu’à un moment déterminé, il a vu tel fait, commis tel acte, dont l’image créée dans son cerveau apparaît comme un souvenir vivant qui le domine, au point qu'il est pour lui une réalité incontestable ». 11 est facile de réaliser ainsi des faux témoignages ayant toute l’apparence de la vérité.
Je suggère à Léonie qu’'hier elle a demandé l'autorisation de sortir ; que, se promenant rue Royale, elle à entendu deux individus causer, que l’un d’eux avouait à l’autre, en lui recommandant le secret, qu'il était l’auteur du crime de la rue Laken ; qu'après avoir tué sa victime de telle et telle façon, il a pu emporter une somme de 1.500 francs. Je lui affirme qu’elle connaît ces deux individus, qu'ils habitent dans ses environs, qu’ils avaient
tels ou tels vêtements. À son réveil, je fais interroger Léonie par
un élève, qui se donne comme juge d'instruction ; elle fait sa déposition selon mon ordre, elle ajoute même des détails précisant ce qu'elle a vu, elle déclare pouvoir reconnaitre le criminel. Rien ne la déroute, on a beau lui affirmer qu’elle n’a pu quitter lhôpital, elle soutient avoir obtenu l’autorisation de sortir, etc.
Le faux témoignage par hallucination rétroactive met-il l'accusé en danger ?
DumonrpaLLier {de Paris). (Oui, si le médecin expert ne sait pas pratiquer le contrôle hypnotique. »
BRÉMauD (de Brest). « Un hypnotisé peut croire à une chose suggérée avec la même tenacité que si elle était vraie. L'hypnotisé peut avoir vu son hallucination comme il verrait une réalité. Son témoignage peut être convaincu, sincère, par conséquent dangereux.
«Je crois cependant que si le magistrat instructeur, si un expert,
sont prévenus de la possibilité d’une suggestion, il leur ser4 possible d'arriver à la connaissance de la vérité Il faudrait une habileté vraiment surprenante de l’auteur réel de l’hallucination pour avoir prévu tous les incidents, tous les détails nécessaires.
» Si l’auteur réel s’est borné à donner une hallucination en gros: et a laissé les détails à l’auto-hallucination du sujet, celui-ci donnera vraisemblablement des détails disparates et contradictoires.
» faudrait un grand nombre de pages pour développer cette idée.
» Je crois que la sagacité de l'instructeur peut et doit être plus habile que la prévoyance du criminel n’aura été complète, mais encore faut-il que l'instruction soit sagace, j'aimerais à croire qu’elle l’est toujours. |
» En résumé, il n’y a pas de réponse générale, il y a des cas particuliers. »
DE JoxG (de la Haye). « Je crois qu’il n’y a pas de danger pour l'accusé par le faux témoignage par hallucination rétroactive. »
Maror (de Paris). € (?) »
Prrres (de Bordeaux). «(?) »
G. BALLET (de Paris). « Peut-être. »
SANCHEZ HERRERO (de Madrid). « Oui. »
Luys (de Paris). « Oui. »
LagotE (de Nashua-New-Hamspire). « Oui. »
Le MENANT DES Cgenais (de Ville-d’Avray). « L’accusé peut.
être exposé aux plus grands dangers.
Davip (de Narbonne). « Oui. »
HENRICK PETERSEN (de Boston). « Oui, »
Buror (de Rochefort). « Oui. »
JoiRE (de Lille }. «Oui. »
BEaAuNIs (de Paris). « Oui. »
Sur quatorze auteurs, quatre seulement sont de l'avis de Gilles de la Tourette, trois doutent, et sept sont de l’avis de Liégeois,
Vais-je me rallier à la majorité ? Non, je crois, avec Gilles de la Tourette, Dumontpallier, Brémaud et de Jong, que l'accusé, victime d’un faux témoignage par hallucination rétroactive, ne court pas un danger bien grand. |
L’accusateur pourra-t il prouver matériellement comment il était
tel jour, à telle heure, à l’endroit indiqué, n’y aura-t-il pas peutêtre quelqu'un qui l’aura vu ailleurs à ce moment? L’accusé ne pourra-t-il pas, dans bien des cas, prouver un alibi ?
Et puis, en interrogeant sur les détails, le magistrat ne pourrat-il pas remarquer des hésitations, des contradictions ?
Prenons l'exemple de Léonie, à laquelle j'ai fait la suggestion décrite précédemment, pourra-t-elle prouver qu ‘elle n’était pas à l'hôpital à l’héure indiquée ? Supposons un autre sujet, un ouvrier, un rentier même, le premier n’aurat-il pas été vu par ses cama-
. rades, par son patron, le second par ses domestiques, par ses amis.
D'ailleurs, lorsqu'on interroge un sujet auquel on a suggéré une hallucination rétroactive, on s'aperçoit bien vite qu’il poursuit une idée fixe ; en insistant, on remarque qu'il crée tout un ensemble de faits, souvent contradictoires et ridicules, pour soutenir cette idée. ;
Les magistrats sont habitués à se défier des témoignages, je crois qu'ils s’apercevraient bien vite de l’étrangeté de celui qui serait
…— fait sous l'influence d’une hallucination rétroactive.
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