ACCIDENTS BANAUX
Les accidents cutanes,— Avant de nous occuper des accidents nerveux, il nous faut passer en revue les accidents banaux-cutanés. Les auteurs nous en donnent nombre d'exemples. Et chacun essaie d'identifier la larve incriminée. Ce n’est qu'au bout d’un certain nombre d'années qu’on est arrivé à la reconnaître réellement comme étant celle de l’Hypoderma bovis (DE GEER).
En 1808, M. Cnevarier, vétérinaire à Paris, publie une Observation sur des tumeurs vermineuses, cutanées, survenues à un ‘poulain de 3 ans en 1784.
Cet animal avait passé l’été et l’automne à la prairie de l’île de la Loge, près de Marly, l'hiver à Paris et, au printemps, se montrèrent sur le dos et sur les côtes, quelques boutons durs et douloureux. Quelques uns s’abcèdèrent et s’ouvrirent d’euxmêmes, mais par une ouverture très petite.
A la pression le « bourbillon s’élança avec vivacité au dehors par l'effet de ta pression». |
À l’examen de ces corps étrangers, il reconnut de véritables larves qui lui parurent être de l'espèce des œstres.
Note intéressante de l’auteur : « J’observerai que ce cheval était à courte queue, et anglaise; que d’autres chevaux à M. de Langeron, aussi à courte queue, et plus âgés, eurent de pareils boutons, mais en moindre quantité, sans doute, attendu le plus de densité de leur peau, qui ne permit pas aux mouches de la percer aussi facilement; et qué l’on n’en aperçut aucun sur ceux qui avaient leurs queues. »
Remarque des éditeurs. « L'accident dont-il s’agit est bien moins commun dans le cheval, que dans les vaches et dans quelques autres animaux domestiques el sauvages (notamment les rennes en Laponie). On a même cru-observer qu'il élail
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plus fréquent dans le vaches bonnes laitières, et qu'il ne nuisait pas d’une manière sensible à la santé de l’animal et à l’abondance du lait, à moins que les boutons ne soient très multipliés, comme nous l'avons vu dans certaines années. »
Les éditeurs. sans en nommer expressément le genre indiquent que l’on a affaire à un Hypoderma bovis.
L'auteur se montre partisan de la théorie de pénétration par voie cutanée, et donne une explication ingénieuse des services que rendent au cheval sa queue et, comme beaucoup de paysans français, pense que ces tumeurs vermineuses sont signes de bonne santé.
À la fin de leurs remarques, les auteurs donnent référence de l’ouvrage de VazisNéRI : Opere fisico-mediche, Venezia, 1733. Tome I. Lequel écrit quant à l’hypoderme : « XIV Qualche volta se ne trovaruo né Cavalli... » que l’on peut traduire # Quelquefois, on trouve ce parasite chez les chevaux qui vivent dans les contrées montagneuses, pâturant en liberté, dans les bois et dans les champs; et, par observation de M. Rent, elle a été observée aussi sur les cerfs et peut-être sur les daims, les chameaux, et peut-être aussi chez les animaux sauvages.
C’est là le premier écrit que l’on ait sur ce sujet.
Il est à remarquer que les Hypoderma qui s’attaquent aux cerfs et aux daims appartiennent à des genres différents d’'Hypoderma Bovis soient : Hypoderma diana Branchi et Hypoderma acteon.
De même Bracy Crark en 1797, parle des Gad-Fly, qui, d'habitude pondent sur le bétail, mais parfois aussi sous la peau des chevaux; il n’est pas certain que dans ce cas la larve arrive à maturité.
Cuagerr en 1787, fait les mêmes remarques, il se montre partisan de la théorie cutanée disant à propos des mouches qui produisent les œstres : ...« elles écartent le poil, incisent le cuir au moyen d’un dard, dont leur derrière est armé: Ja plaie faite, elles y déposent leurs œufs qui éclosent. |
Pour avoir des descriptions plus complètes de la larve il faut
arriver aux observations postérieures de MM. Loiser, Jorx et Méenix. M. Lorset, vétérinaire à Lille, écrit que rien n’est plus commun que les boutons d’hypodermose, indurés, siègeant vers la région rachidienne depuis le garrot jusqu'à la croupe inclusivement, sur les chevaux ayant séjourné aux pâturages, pendant les mois de juillet et d'août. Il indique l'expulsion de la larve comme se faisant à maturité, bien que, n'ayant jamais obtenu d’insecte parfait.
Sauf les phénomènes locaux précités, M. Loiser ne signale aucun dérangement morbide appréciable, sauf quelques démangeaisons incommodes, dues à la larve, sur la fin de son accroissement.
Il n’a donc eu aucune connaissance de localisation au système nerveux.
Voici la description qu'il donne de la larve
« La larve est translucide, vésiculeuse, fusiforme, renflée vers la tête et terminée en pointe mousse vers la queue; la longueur varie de 9 à 10 millimètres, cette larve est beaucoup moins volumineuse que les larves d’œstres cuticoles du bœuf et d’œstres gastricoles du cheval. La peau est mince, diaphane, les anneaux dépourvus d’épines forment des saillies demi-cylindriques; la tête ne possède pas de crochets, et laisse à peine apercevoir à l'œil nu une ouverture dépourvue d'armure, et qui en constitue la bouche ou suçoir. »
Il est lui aussi persuadé que la ponte se fait directement sous la peau, car il dit que @et œstre paraît choisir pour déposer ses œufs, les parties de la peau le plus difficilement accessible à la dent du quadrupède.
La maturetion se faisant en mai ou juin, il attribue donc aux parasites un séjour sous-cutané de dix à onze mois.
Selon lui, l’œstre constitue une espèce à part et tout à fait inédite et il se couvre de l'opinion de son « honorable et savant voisin M. Macouarr DE FoNTENILLE, auteur d’un bel et grand ouvrage sur les diptères de la France ».
En 1849, M. N. Jory, professeur de Zoologie à la Falculté des
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Sciences de Toulouse, pour compléter un travail monographique : Recherches zoologiques, anatomiques, physiologiques et médicales sur les OEstridés en général, et particulièrement sur les OEstres qui attaquent l'homme, le cheval, le bœuf et le mouton, communique une note à la Société d'Agriculture de la Haute-Garonne.
Dans cette noté, il parle de la « brève notice sur l’œstre cuticole du cheval » de M. Loiser, incomplète de l’aveu de l’auteur lui-même,
À son tour, il en donne un nouveau signalement, plus en harmonie avec la rigoureuse précision des méthodes scientiliques, dit-il; puis cherche à la différencier de celle du bœuf : « Quant à la taille, elle est de beaucoup inférieureeà celle de l'hypoderma bovis, puisqu'elle ne dépasse pas 9 à 10 millimètres, landis que la larve de l’œstre du bœuf, parvenue à son développement complet atteint jusqu'à 35 à 40 millimètres ». Cette différence déjà très considérable n'est pas la seule que nous ayons à signaler.
Ainsi l’on n'observe point sur notre insecte les six lignes longitudinales, lesquelles, chez l'hypoderme du bœuf, forment en s'étendant du premier au dernier segment, autant de séries de mamelons plus où moins espacés entre eux, On n'y voit point non plus les cinq ou six éminences qui entourent la bouche de cette dernière espèce. Mais, en revanche, on trouve à la partie postérieure et inférieure du deuxième segment, une espèce de coussinel transversal (pseudopode), saillant au dessus du reste de la peau et garni de tubercules très petits, lequel n'existe point chez le ver des tumeurs du bœuf:
Ces différences, jointes à celles de la taille, suffisent, ce nous semble, pour nous autoriser à conclure que notre larve appartient, il est vrai au genre hypoderma, mais qu’elle forme une espèce particulière jusqu'à présent inédite, à laquelle nous imposerons le nom d’Hypoderma equi ».
Il n’est pas étonnant que M. Jory commette telle erreur : de son propre aveu, rien n'est connu des mœurs de l’hypoderme.
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Il ne sait pas que la larve doit subir plusieurs mues avant d’arri. ver à maturité. Donc, chez un cheval où elle n'arrive pas à maturité, elle ne peut être pareille à celle sortie d’un œuf qu'une mère avisée aura bien déposé sur un bovidé.
Il faut arriver à M. Méexix pour connaître la vérité. En 1880, dans son ouvrage sur les Parasites et les Maladies parasitaires, il dit très justement que : « Les tumeurs d'OEstridés se rencontrent quelquefois sur le cheval ; nous avons, nous-même, constaté ce fait à plusieurs reprises, mais jamais nous n’avons vu les larves qu'elles contenaient, et qui avaient toujours les caractères de celles de l’Hypoderma bovis à leur deuxième stade, arriver à leur développement complet : quoi que nous ayons fait pour.ne pas les tracasser, elles mourraient toujours: avant le terme; ce qui nous porte à penser que c'’étaient bien des larves d’Hypoderma bovis, égarées sur un terrain qui ne leur convenait pas’ et non pas à une espèce particulière, comme l’ont avancé M. Joy, Loiser, etc...»
D'autre part, MÉaxiN cite un cas d’épanchement cérébral, suivi de mort, chez un cheval, dù à une larve d’hypoderme, au deuxième stade.
Les connaissances sur le parasite s'étendent donc notablement.
Il s'attache à réfuter la théorie de la ponte sous-cutanée en effet l’oviducte des femelles est tout à fait impropre à percer la peau pour y loger les œufs. D'ailleurs il a vu le mode de ponte des hypodermes qui opèrent sans se poser et en se balançant verticalement.
Pour lui, ce sont les jeunes larves filiformes sortant de l'œuf, qui s’introduisent sous la peau en suivant sans doute les conduits des follicules sébacés et sudoripares, follicules dans lesquels elles se logent et qu’elles détruisent en se développant.
D'ailleurs, il sait fort bien que ces jeunes larves ont la faculté de voyager à travers les tissus.”
En 1901, M. Racer, présentant à la Société centrale de Médecine vétérinaire un parasite recueilli dans le bulbe d'un
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jeune cheval par M. le Docteur Ducasse, vétérinaire militaire au camp de Châlons, affirme que c’est bien l’Hypoderma bovis, qu'il faut incriminer.
Depuis les auteurs sont d'accord sur la nature du parasite, qui d’ailleurs exerce des déprédations de plus en plus fréquemment, l’hyYpoderma lineatum étant seulement répandu dans l'Amérique du Nord,
Voilà parmi de nombreuses observations d'hypodermose équine celles qui nous ont paru offrir le plus d'intérêt : elles schématisent en quelque sorte l’état des connaissances des praticiens sur ce parasitisme et montrent bien leur progression.
Pour terminer ce chapitre, il nous faut citer les deux vétérinaires déjà nommés, tous deux Militaires, alors en Afrique du Nord, qui nous indiquent qu'en ces pays, la larve d’'Hypoderma bovis, est parasite fréquent du cheval, et souvent arrive à complète maturité.
M. Mowon alors vétérinaire en 1”, chef du service Vétérinaire des troupes débarquées à Casablanca, écrivant au Professeur RaicrieT, dit que pendant 7 années passées à Constantine, il a eu l’occasion de voir au printemps de chaque année, sur des poulains de pur sang élevés à la prairie, 3 et 4 larves d’hypodermes parfaitement développées, arrivées à leur complet développemñent, et qu'une pression un peu forte exercée autour de la tumeur suffisait à faire sortir intactes et vivantes, sans qu’il y ait lieu de recourir au moindre débridement.
Même observation sur des chevaux de troupe adultes.
La communication du second, M. A. Darrou, alors vétéri. naire en 2°, au 3° chasseurs d'Afrique est surtout intéressante quant à la localisation anormale du parasite.
En effet, sur un cheval en traitement pour abcès sous-cutanés, dus à l’évolution de larves d'hypoderme, il observe brusquement une claudication très accusée du membre postérieur droit. Il pose le diagnostic de paralysie du sciatique poplité externe, sans en pouvoir connaître la cause.
À deux jours de là survient à Ja partie supérieure de-la
jambe et sur la face antéro-externe, un petit engorgement œdémateux qui reste froid et à peine sensible, qui lui fait penser à l’évolution probable d’une larve d’hypoderme.
Il pratique une incision de la peau, puis de l’aponévrose jambière, au niveau du point œdémateux, un peu au-dessous et en arrière du ligament latéral externe de l'articulation fémorotibiale, au niveau de la bifurcation du sciatique poplité externe ou musculo-cutané et tibial antérieur.
Deux jours plus tard se fait jour entre les lèvres de l’aponévrose incisée une petite larve d’hypoderme. La paralysie a disparu ; d’où il conclut que la paralysie était, sans aucun doute, due à la compression du nerf, exercée par la larve.
Cette observation est très intéressante à cause du siège particulier de la larve et des hypothèses que l’on peut émettre sur son accession en cet endroit.
En effet, les larves évoluent ordinairement dans le conjonctif sous-cutané ; l’épaisseur de l’aponévrose jambière paraît être, a priori, un gros obstacle à la pénétration de la larve, surtout que l’ovicapte de l’hypoderme n’est aucunement conformé pour la térébration. On pourrait admettre, dit M. Darrou, que l’œuf a pu pénétrer à la faveur d’une fissure accidentelle, sans doute d’ordre traumatique, de la peau et de l’aponévrose sous-jacente. Peut-être conviendrait-il mieux de chercher l’explication de ce séjour profond de la larve, dans la théorie, basée sur de nombreux faits, qui admet que les œufs d’hypoderme sont ingérés, et que les larves écloses dans le tube digestif parviennent, après de longues et hasardeuses pérégrinations, jusqu’à leur ultime séjour sous-cutané. .
Théorie très vraisemblable, puisque les faisceaux vasculaires et nerveux offrent, par le conjonctif qui les entoure, une très belle voie de cheminement aux larves migratrices. S
Il est assez logique d'admettre cette théorie, maintenant que l’on connaît les phases de la merveilleuse migration des ascaris, à travers l'organisme jusqu'à ce qu'ils aient atteint
l’âge adulte.