OBSERVATION LV
(D. Crouzon)
«M. R... présente les mêmes troubles que les malades précédents : céphalée, faiblesse générale, vertiges, douleurs des membres inférieurs. Il ne présente aucun signe de maladie organique, et l’état dans lequel il se trouve aujourd’hui est très ancien et semble remonter à l’adoles-
: —— Gr eee \
: E A SAME MD û ; Ê -cence ; mais de plus, à l'examen, il a été atteint de plusieurs crises demi-syncopales qui n'’allaient pas jusqu'à l'évanouissement complet. a Q PR e .
Sa tension artérielle varie de 10,5 à 11,5 4
:-OBSERVATION LVI (D. Crouzon)
CM. B..., âgé de 3r ans, n'a jamais été très bien portant. Il y a quatre ans, à la suite d’une bronchite qui a cependant bien guéri, il a eu des idées noires, une faiblesse générale et a cru alors qu'il était atteint de tuberculose. Ses affaires n'ayant pas prospéré, son état psychique s’est aggravé, il eut fréquemment des faiblesses. Son état a persisté pendant 18 mois et à la suite de surmenage et de tracas, il a eu des pertes de connaissance qui n’ont jamais présenté de caractère épileptique. Il s'agissait de crises nerveuses pithiatiques. Il est atteint depuis deux ans d’insomnie associée à de la faiblesse de la volonté, et son travail s’est ralenti du fait de sa faiblesse morale et de sa faiblesse physique. Les er1ses nerveuses dont il était atteint depuis 18 mois sont assez fréquentes maintenant et apparaissent environ 2 où 3 fois par semaine. Îl ne présente aucun signe de tuberculose, aucun signe de lésion organique du système nerveux.
Sa tension artérielle, constatée à plusieurs reprises a été de 11. Il n’y à pas d'hypothermie ».
OBSERVATION LVII (D. NANDASCHER)
«Mme D... Rosalie, âgée de 4r ans, est entrée à l’asile de Moiïsselles, le 29 décembre 1922, après un court séjour à l'infirmerie spéciale du dépôt et à l’asile clinique. À son arrivéé, la malade très anxieuse gémissait presque continuellement et manifestait les signes de la plus grande frayeur : elle entendait des voix qui l’accusaient et la menaçaient, elle se croyait condamnée à mort ; elle entendait dire constamment qu'elle serait asphyxiée ou empoisonnée. Parfaitement orientée, D... Rosalie se rendait compte que son cerveau était malade et qu'elle était dans un hôpital spécial pour se soigner. Elle se plaignait d’une sensation de fatigue extrême.
À l'examen physique : on pouvait constater un état général précaire et un amaigrissement très prononcé : poids 46 kgs ; les pupilles
en myosis réagissaient parfaitement à la lumière et à l’accommoda-
' lion. La langue recouverte d'un enduit saburtal était animée d’un léger tremblement fibrillaire. La parole, un peu traînante, n'était pas embarrassée. Les réflexes tendineux étaient normaux. \
La pression artérielle était très faible (Mx 10, Mn 37) le pouls, à peine perceptible, donnait 78 pulsations à la minute.
D'après les renseignements que nous avons pu recueillir, les troubles mentaux avaient débuté seulement quelques mois auparavant.
A la suite d’une perte d'un procès pour la succession de son père, la malade déçue et découragée se trouva gênée pour le paiement de son logement. Peu à peu, il lui sembla entendre des voix, elle croyait reconnaître celle d’un nommé Renaut, qu'elle accusait de l'avoir frustrée. Cette voix, tour à tour moqueuse, insultante ou menaçante la tourmentait chaque jour davantage. À plusieurs reprises elle se plaignit par lettre au commissaire de police. La malade, de plus en plus fatiguée, travaillait moins régulièrement, elle gagnait péniblement 10 francs par jour et ne pouvait plus se nourrir suffisamment ; elle ne dormait plus et avait des cauchemars terrifiants : elle croyait voir des serpents dans les coins sombres ou des chats qui menaçaient de lui déchirer la figure ; les voix ne lui laissaient plus aucun répit.
‘D... Rosalie, cependant, cherchait à se remonter, elle prenait beaucoup de café, puis elle essaya de l’éther, elle en consommait un flacon de 100 gr. tous les 2 ou 3 jours. Les troubles ne firent qu'augmenter et la logeuse alarmée par l’état de sa locataire crut devoir avertir la Préfecture de Police qui ordonna l’internement.
À son arrivée à l'asile de Moisselles, les hallucinations visuelles avaient disparu, mais les hallucinations auditives persistaient et entretenaient l'anxiété.
Après une vingtaine de jours, la situation était devenue tout à fait alarmante : la malade s’alimentait très difficilement, elle paraissait complètement épuisée et cependant elle continuait à gémir nuit et jour. :
La pression artérielle mesurée à ce moment était extraordinaire: ment faible (Mx 9, Mn 6), le pouls (72) était à peine perceptible. L'’indice oscillométrique ne dépassait pas > divisions sur le cadran du sphygmomanomètre de Pachon. Me
D'après les excellents résultats que j'ai déjà obtenus dans des états analogues, j'ai essayé de remonter la pression artérielle avec l’adrénaline en faisant 2 fois par jour une injection sous-cutanée d’un demimilligramme.
En reportant sur un graphique le chiffre de la ‘pression mesurée chaque jour à là même heure et dans les mêmes. conditions, j'ai pu assister à un relèvement progressif de la tension artérielle et en même
temps à une augmentalion manifeste de l'impulsion cardiaque se tra.
duisant par une augmentation de l'indice oscillométrique, Malgré l'élévation de la pression artérielle et comme dans la plupart des cas analogues, le pouls devenait plus ample et en même temps plus rapide,
D’après le graphique on peut constater que contrairement à la loi de Marey, pendant les 14 premiers jours la fréquence du pouls a augmenté régulièrement et presque parallèlement à l’élévation de la pression ; elle est passée de 72 à 100 pulsations par minute.
Pendant cette même période, l’état général s'était progressivement amélioré, la malade s’alimentait un peu mieux dès le sixième jour, et dès le douzième jour l’anxiété parut également diminuer pour disparaître complètement après le dix-neuvième jour.
Sans doute il est toujours difficile d'affirmer que l’amélioration obtenue est bien le résultat de l'intervention thérapeutique, cependant j'ai déjà attiré l'attention de la Société Médico-Psychologique sur la traitement de certains états mélancoliques avec hypotension artérielle par l'opothérapie surrénale et l’adrénaline.
J'ai eu récemment encore, à l'asile de Moisselles, une malade de 58 ans pour laquelle le même traitement paraît avoir eu la même influence. |
La pression Mx : 11, Mn : 7 avait atteint progressivement : Mx : 15 et Mn : 8, en un mois, et en même temps nous avions constaté la diminution progressive de l'anxiété, lorsque dix jours après la cessa: tion du an l'anxiété avait reparu et la pression était de nouveau baissé : Mx : 12, Mn : 7. L'adrénaline fut prescrite comme auparavant et une ee encore nous avons assisté au FÉNeUIENS de la tension et à la disparition de l’anxiété.
Le premier traitement avait duré un mois, tes deuxième traitement, institué dès la réapparition de l’anxiété, avait duré un autre mois, la sortie a pu être accordée quatre mois plus tard et depuis le 2 septembre 1922 j'ai pu savoir par la nièce de la malade que la guérison s'était parfaitement maintenue.
On constate généralement de l'hypertension chez ces malades
anxieux, mais cependant j'ai observé un certain nombre de malades
chez lesquels l'anxiété se rencontrait avec. une hypotension artérielle souvent très marquée et se trouvait améliorée lorsque la pression augmentait.
Dans une précédente étude, j'ai attiré l'attention sur l’hypotension ‘de certains anxieux, ce qui me paraissait d'autant plus anormal qu’elle se rencontrait chez des sujets âgés.
Sans vouloir établir une pathogénie trop affirmative il me semble qu’il ne s’agit pas seulement d’une coïncidence et je crois que la plu-
EN He NS | LAPS
part de ces malades ont une insuffisance fonctionnelle des glandes surrénales en rapport avec le surmenage physique ou émotionnel ou avec des intoxications diverses que j’ai pu retrouver dans leurs antécédents. * L'amélioration de la malade que je vous présente se maintient depuis le 7 février, son état général est ‘actuellement très satisfaisant, elle a augmenté de 10 kgs, elle s'occupe régulièrement et j'espère qu'elle sortira très prochainement ».
:OBSERVATION LVIIT (PERSONNELLE)
Mme O..., âgée de 25 ans, entre salle Brouardel, dans le service du Professeur Widal, pour asthénie physique, mais surtout psychique. Elle se plaint de douleurs dans les membres inférieurs ét de dérobements des jambes. Elle passe ses journées étendue sur son lit ; elle ne peut travailler, dit-elle, parce qu’elle est très malade,
Elle est très abattue, surtout depuis quelque temps, et incapable de lire un journal, et même de soutenir une conversation. Elle éprouve, en outre, des vertiges et des bourdonnements d'oreille. Le moindre effort intellectuel entraîne chez cette malade des céphalées intolérables. Extrêmement apathique, elle répond avec peine aux questions, tant il lui est impossible de fixer son attention. La solitude lui pèse cependant ; elle ne saurait rester isolée, mais il faut que son entourage demeure au grand calme et au repos à ses côtés.
L'examen du système nerveux montre des signes nets d'hypervago-
lonie. Rien au cœur, la T. À. est de Mx 9 Mn 4, avec un I. O. de 2 +, pouls à 60. |
4° — Les troubles digestifs
De ceux-ci nous ne dirons que peu de chose, en effet, constipation et diarrhée sont souvent rencontrées chez nos hypotendus. Leur intensité même peut être le point «: part de tendances syncopales. Mais de tels troubles sont par trop banaux et nous n’y insisterons pas autrement.
Les ptoses distoates (estomac, côlon) doivent attirer el retenir davantage notre attention. Mais ici encore, nous devons faire une réserve : si, dans certains Cas, nous avons pu observer des hypertendus atteints de ptose gastrique ou colique, il nous semble que celle-ci agit beaucoup plus en tant que facteur étiologique qu’en tant que facteur syMmptomatique. Les ptoses font donc partie du chapitre de l'étiologie. À vrai dire, comme nous le verrons dans ce chapitre, elles ne nous intéressent guère puisque le syndrome que nous décrivons est un syndrome d'allure idiopathique, or les ptoses sont facilement décelables. Néanmoins, ces ptoses sont intéressantes au point de vue de la pathogénie du syndrome que nous décrivons et nous y insistérons à ce chapitre. /
A côté des ptoses, il est un autre sy mptôme que nous avons rencontré quelquefois, au cours de nos observations : c’est l’aéro-gastro-colie. Ici, encore une Destriction s'impose : l’aéro-gastro-colie a pu se manifester chez certains de nos hypotendus, cependant, elle n'est pas très fréquente, et nous devons la considérer comme une conséquence d’une perturbation du système neuro-végétatif. Nous verrons plus loin que celui-ci doit aussi être incriminé à l’origine du syndrome que nous étudions : c'est ce qui nous explique pourquoi l’aéro-gastro-colie et l'hypotension peuvent coexister et pourquoi notre hypotendu peut venir consulter pour des troubles aérophagiques. Ceci justifie la raison pour laquelle nous avons signalé rapidement ce frouble (sans y insister autrement), dans ce chapitre des symptômes accessoires.
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