‹ L'Ictère Émotif: chez l'enfantChapitre 19 sur 25 · MEET RE · texte numérisé non relu

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la coexistence d'un ictère avec une appendicite d’une telle bénignité est un fait bien anormal et témoigne évidemment de l’infériorité de la glande hépatique accusée une fois déjà par l’enfant à l’occasion d’un choc moral. |

M. le D' Merklen a recueilli l’auto-observation rétrospective d’un ictère émotif qui démontre avec autant d’évidence que la précédente, l’existence d’une prédisposition morbide de la glande hépatique chaque fois que l'organe manifeste une «souffrance, même légère, à la suite d’un choc moral. Un médecin, âgé aujourd'hui de 33 ans, fut, vers l’âge de 12 ans, alors qu’il était au lycée, privé d’une promenade à laquelle il tenait beaucoup. Il ne présentait aucun antécédent pathologique, pas d’antécédent hépatique en particulier. Or, quelques heures après la vive contrariété qu'il avait éprouvée à la suite de cette punition, ses conjonctives devinrent jaunes et bientôt l’ictère s’étendit à tout le tégument. Les matières furent décolorées, il y eut du prurit. Tous les symptômes disparurent en 5 à 6 jours et jamais, depuis, la glande hépatique ne présenta de trouble évident. C’était bien là un ictère émotif du type purement nerveux comme un certain nombre de ceux dont nous avons donné l’observation. L'émotion à elle seule avait mis en valeur la prédisposition morbide, latente jusque-là, de la glande hépatique et rien, dans les antécédents personnels du sujet, rien chez ses ascendants ne donnait la clé de cette prédisposition. Mais 15 ans plus tard, la mère du D X... dut être opérée à la suite d’un étranglement herniaire; or,

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elle mourut, peu de jours après l'intervention, des suites d'un ictère chloroformique. La prédisposition hépatique morbide du fils était dès lors éclairée. La conclusion s'impose donc sans discussion possible et nous disons, avec M. Merklen, « le rapprochement des deux épisodes apporte la preuve de la transmission héréditaire d’une fragilité de la cellule hépatique. »

Ces «dernières observations nous démontrent que, Si l'examen minutieux d’un enfant atteint d’ictère émotif ne nous a pas révélé l’existence d’une prédisposition morbide immédiatement reconnaissable, nous devons dire que cette prédisposition existe néanmoins et nous devons attendre de l’avenir un supplément d'informations pathologiques que nous puiserons soit chez le même sujet, soit chez ses ascendants, ou même ses collatéraux et qui nous éclaireront sur la nature réelle de la prédisposition observée à propos de l’ictère émotif. Nous devrons nous souvenir que l’enfant est ce que l’a fait la cellule d’où il provient. Plus il sera prédisposé, moins la cause génératrice aura besoin d’être intense pour provoquer chez lui l'apparition du trouble morbide hépatique. |

La prédisposition morbide de la cellule hépatique peut donc être ou acquise ou héréditaire. MM. Gilbert Castaigne et Lereboullet avaient mis en valeur déjà au cours de ces dernières années cette notion étiologiques. Ces auteurs ont étudié en 1900 un certain nombre d'observations portant sur des sujets présentant de l’ictère depuis plus ou moins longtemps et ils ont retrouvé la présence de ce syndrome chez les

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ascendants ou les collatéraux de leurs malades. « De cet ensemble de faits, disent-ils, se dégage la notion d’une prédisposition héréditaire aux affections des voies biliaires. » C’est donc à cette prédisposition qu'une affection hépatique doit de pouvoir se développer chez certains sujets. Dans les cas étudiés par nous, cette prédisposition morbide est peu accusée. Dans certaines familles biliaires, la vie de la cellule hépatique peut être modifiée de telle sorte qu’elle produit un ictère spécial, identique chez tous les indi- -vidus malgré la diversité des affections hépatiques dont ils sont frappés : ictère acholurique, c’est-à-dire qui ne s'accompagne pas du passage des pigments biliaires dans l’urine, bien qu’on constate leur présence dans le sérum sanguin.

ÉTIOLOGIE

L’ictère émotif infantile présente deux particularités dans son étiologie : il frappe plus souvent la fillette que le jeune garçon, il survient à la suite d’une émotion pénible.

Tandis que l’ictère catarrhal est beaucoup plus fréquent chez le jeune garçon qu'il frappe dans la pro: portion de deux garçons pour une fille; l’ictère émotif est plus fréquent chez la fillette. En effet, d’après nos observations, il atteint cette dernière dans 6 ças sur 11 observés. Comme le faisait remarquer M. ie D' Merklen à la séance de la Société de Pédiatrie. An 11 février 1911 : « cela cadre bien avec cette susceptibilité du système nerveux qui contribue dans une si large mesure à imprimer leur caractère personnel aux manifestations psychiques du sexe féminin.

Cette constatation importante devra avoir pour conséquence une surveillance attentive des femmes enceintes qui, dans leur enfance, auront présenté de l’ictère émotif. On sait que trois causes tendent à produire laltération du foie chez la femme enceinte

l’intoxication, l° infection et le fléchissement de la fonction martiale de l'organe (Castaigne).

La surveillance devra être attentive surtout chez les primipares qui sont principalement frappées; elle devra s'exercer avant le sixième mois, date vers laquelle apparaît le plus fréquemment l'ictère au cours de la gestation. Pour prévenir l'apparition des troubles hépatiques on devra faire de bonne heure de l’antisepsie intestinale, on surveillera le rein, il sera utile d’administrer une préparation de fer facilement assimilable,

Se souvenir que dans l’ictère au cours de la grossesse la mortalité est considérable, elle s'élève à 60 pour 100 chez les mères, 64 p. 100 chez les enfants. Se souvenir également que le pronostic dépend en

général de l'état du rein.

Au cours des observations que nous avons présentées, nous avons pu remarquer que seules les secousses morales qui laissent après elles une profonde dépression sont capables de provoquer l'ictère émotif chez l'enfant. Le syndrome ictère est apparu dans tous les

cas à la suite d'une émotion pénible.

Le plus souvent la peur fut en cause: émotion dépressive au plus haut chef et parmi toutes celles qui provoque le plus souvent l'apparition de phénomènes ou d'états morbides particuliers, ordinairement longs à guérir et quelquefois tout-à-fait incurables: épilepsie, troubles mentaux... La mort subite a pu survenir

même par paralysie du cœur à la suite d'une frayeur

vive, La peur est incriminée dans 7 de nos observations.

Quelquefois, mais plus rarement, c’est la colère qui a provoqué l'apparition de l’ictère, elle est mentionnée à l’origine de trois cas d’ictère émotif infantile.

Une fois l’ictère de cause morale fut provoqué par une vive contrariété,.

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SYMPTOMATOLOGIE

Les troubles observés chez l'enfant consécutivement au choc émotif qui a provoqué l’apparition de l’ictère sont légers, ils n’apportent aucune pertubation importante dans son jeune organisme. Nous constatons même que dans les observations III, IV et VIII lictère ne s’est accompagné d'aucun autre phénomène pathologique, soit gastrique, soit nerveux. La langue des. enfants observés ne fut même pas saburrale.

Nous savons qu’il existe deux formes d’ictère émotif infantile: ictère émotif immédiat, sans phénomènes intestinaux ; ictère émotif retardé, précédé de troubles digestifs.

L’ictère émotif immédiat peut s'accompagner de quelques phénomènes nerveux: céphalée, malaise, prurit, mais très souvent il est seulement caractérisé par la coloration jaune des conjonctives et des téguments. Il s'accompagne en général d'apparition des pigments biliaires dans les urines et de décoloration des matières fécales. |

L'ictère émotif retardé présente une phase préictérique caractérisée par l’apparition de quelques symptômes nerveux et d’un catarrhe gastro intestinal léger. Les symptômes que l’on peut relever au cours de lictère émotif retardé sont :

Une poussée fébrile légère n'atteignant jamais 38°5, elle est absente même le plus souvent.

De la céphalée, du malaise, de l’asthénie.

Un état saburral de la langue.

De lanorexie, qui disparaît rapidement.

Des nausées et parfois des vomissements.

De la diarrhée, mais très rarement.

Du prurit léger.

Un peu d’hypertrophie hépatique quelquefois, elle peut dans des cas très rares s'accompagner d'hypertrophie splénique.

Les hémorragies sont exceptionnelles.

L’amaigrissement n’est presque jamais observé.

Décoloration des matières fécales.

Présence des pigments biliaires dans les urines.

On voit par cette énumération des, symptômes observés que même lorsque l'ictère est retardé, c'està-dire lorsqu'il Se présente sous sa forme la plus grave, il n'offre aucun phénomène inquiétant. Jamais ne sont apparus dans les onze Cas que nous avons étudiés les troubles qui témoignent d'une désion grave de la cellule hépatique, jamais nous n'avons eu la symptomatologie complète de l'ictère catarrhal infantile qui, lui-même, est réputé bénin, En effet :

La fièvre est rare, peu élevée lorsqu'elle existe.

LES 7 Tes

Pas d'épistaxis, phénomène déjà noté par Galien, lequel avait observé que l’écoulement sanguin s’effectue ordinairement par la narine droite. Pas d’hémorragies, sauf quelques hémorragies gingivales notées dans le cas le plus grave qu’il nous ait été donné d'étudier.

Pas de bradycardie, phénomène observé pour la première fois dans l’ictère de Bouillaud, il est vrai que Hénoch, William Rankin, Baron disent ne jamais d’avoir observé dans l’ictère infantile.

Pas de souffles cardiaques, ni de souffles extracardiaques étudiés par Potain, Gangolphe, Fabre de Marseille,

Le pouls semble être resté normal dans tous les cas, pas de dicrotisme exagéré que Eichorst a noté dans l'ictère de l'adulte.

Pas de xanthopsie, aucun des phénomènes d’ophtalmie hépatique étudiés par Parinaud, Baas, Weiss.

Le foie est rarement tuméfié, l’hypertrophie splénique est plus rare encore. Se souvenir en recherchant Je foie de l'enfant que cet organe descend un peu plus bas chez lui que chez l'adulte (Baron). En aucun cas, Ja glande hépatique n’a été trouvée douloureuse.

Les troubles nerveux sont légers.

Pas de lésions cutanées, jamais de xanthelasma observé par M. le professeur Roger chez l’adulte.

Pas d'arthralgies. Pas de troubles vaso-moteurs apparents autres que le prurit; l’œdème, noté pour la première fois dans l’ictère par Guéneau de Mussy, à

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