LONDRES
Le foie est légèrement hypertrophié, sa surface est lisse mais présente un aspect tout à fait spécial; elle est de couleur brun sale, avec de petites plages jaune chamois que centre un point noir. Sa consistance est particulièrement molle, élastique. Le toucher donne véritablement l’impres” sion d’une éponge, la sensation du parenchyme pulmonaire.
Gette impression est d’ailleurs confirmée à la coupe qui montre le foie, parsemé dans sa totalité de géodes assez grandes, de la dimension d’un gros pois en général, que réunissent entre elles de minces travées de tissu hépatique de couleur jaune terreux ; l’ensemble donnant l’image d’un gâteau de miel.
La rate, de dimensions normales, est dure, congestionnée.
Le Pancréas hypertrophié avec, à la coupe, des nappes de suffusion sanguine.
Les reins tous deux hypertrophiés sont rouge vineux. Ils se décortiquent facilement. A la coupe, ce qui domine c’est la teinte rouge foncé, presque noirâtre, étendue aussi bien à la corticale qu’à la médullaire et qui, macroscopiquement, masque à peu près la limite entre ces deux zones.
Les surrénales sont en état de putréfaction avancée.
Le tube digestif ne présente pas trace d’ulcération tout le long de son parcours. On constate simplement de la suftusion sanguine des parois stomachales.
L'utérus est légèrement hypertrophié dans son ensemble. A la coupe la muqueuse épaissie est le siège de putréfaction marquée.
Le cœur de dimensions normales ne présente pas de lésions vasculaires ni orificielles,
Le myocarde paraît cependant, autant que permet de le
iuger l'examen macroscopique, être en voie de dégénérescence avancée : tranchant sur la surface rouge du muscle, il y a deci de là quelques petites traces jaunâtres.
Les poumons sont légèrement œdématiés, la coupe fait sourdre en moyenne abondance, une sérosité spumeuse, teintée en jaune. L'ensemble du poumon, d’ailleurs, ést teinté en jaune et cette imprégnation biliaire se retrouve à la coupe de tous les organes.
Le cerveau est imprégné de pigments biliaires qui lui ont communiqué une teinte jaune verdâtre. Cette coloration n’est d’ailleurs pas localisée à la corticalité, on la retrouve dans la substance blanche au niveau des noyaux gris centraux et même dans les ventricules médians et latéraux.
Il n’y a pas de lésions méningées, pas d’hémorragie cérébrale.
Examen microscopique. — À l'examen histologique du foie nous constatons que les travées cellulaires sont disloquées, la plupart des cellules hépatiques sont sans noyaux, ceux-ci ont disparu. En outre le protoplasme n’est plus nettement délimité. Le tissu très granuleux est parsemé de vacuoles, Enfin nous trouvons du Pertringens en quantité soit disséminé entre les cellules plus ou moins altérées ; soit en amas considérables dans les capillaires.
Par contre nous ne constatons aucun nodule infectieux et nous sommes frappé par l'absence d’hémorragie importante. Ce sont donc les lésions cellulaires qui prédominent nettement.
Dans le rein au contraire, nous ne trouvons pas de grosses lésions interstitielles mais, par places, une infiltration héma-
tique abondante. Les glomérules ne présentent pas de
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lésions importantes et il semble difficile d'affirmer si ces altérations sont dues à l’action du Pertringens ou à celle de la putréfaction.
Les tubes contournés et les tubes excréteurs sont en grand nombre, remplis d’une sorte de bouillie faite de globules rouges détruits et de macrophages.
A l'opposé de ce que nous avons trouvé dans le foie les lésions parénchymateuses sont peu intenses ici, tandis que les tubes semblent distendus par cet exsudat d'origine hémoglobinique.
À l'intérieur des grosses veines on voit l’endothélium tapissé de bacilles. A certains endroits, la lumière des vaisseaux est obstruée par une véritable embolie bacillaire.
La rate est très fortement congestionnée, bourrée d’hématies pour la plupart en voie de destruction. Elle ne présente pas de lésions de son tissu mais une intense pigmentation.
La muqueuse utérine est épaissie et littéralement tapissée de bacille perfringens formant à sa surface sur les lames
colorées, une épaisse couche violette.
A la lumière de ces observations il nous est possible de présenter un tableau d'ensemble des ictères graves par septicémie à Perfringens.
ETIOLOGIE
Comme l’ont fait remarquer MM. Weïssenbach et \ Gilbert-Dreyfus les septicémies à Perfringens succèdent le plus souvent soit à un foyer utérin: traumatisé par une tentative nant few soit.
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Dans l’observation si minutieusement analysée de M. Widal qui pour la première fois en 4191 L'attira l'attention sur cette affection : dans cellede MM.Teissier-Rivalier et Thurel comme danslanôtre il s'agit d’une septicémie évoluant chez ‘une! femme ui présentait des pertes utérines fétides. 0
D'autre part dans la littérature allemande on relève d'assez nombreux cas de septicémie puerpérale due au bacille Perfringens. Fan
Le premier cas rapporté par Lenhartz concerne une femme de 28 ans offrant à son entrée,un aspect épouvantable « erschreckendes aussehen » avec une coloration de la peau bronze jaune sombre et bleu cyanotique « dunkelbronzegelb und blauzanotisch ».Dans le sang on identifie lebacille de Frankel, dénomination allemande du Perfringens.
Plusieurs observations analogues sont rapportées par Schottmüller et son élève Bingold qui décrit
une coloration spéciale : amalgame de brun sale et
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de violet hleu sale, attribuée par lui à des produits
de décomposition pathologique des hématies ; et
constate dans le sérum de ses malades de la méthémoglobine.
Schumm constate outre la méthémoglobine de l’hématine et de la bulirubine : selon la prédomi nance d’une de ces substances, le sérum est tantôt brun, tantôt rouge-brun, tantôt jaune-brun.Ces produits de décomposition sanguine ont été également constatés par lui dans les cultures de bacille de Frankel sur milieu au sang.
Observations analogues de Weitz-Heynemann de Simon Walter.
SYMPTOMATOLOGIE.
Il s’agit d'un ictère grave âvec ses symptômes habituels : ictère, hémorragies, troubles nerveux, insuffisance rénale et azotémie, atteinte de l’état général, |
Ictère. — La coloration de la peau peut différer d’ une malade à l’autre. En effet ce qui frappe dès l’abord dans les observations de MM. Widal ; Lévy Cotte et Latarjet ; Tessier, Rivalier et Thurel c’est la coloration rouge- -violacé des téguments,plus marquéeau visage mais s'étendant à tout le reste du corps. Cette coloration ne s'efface pas à la pression mais peut s’atténuer et même disparaître après la mort. Nous avons vu précédemment que les allemands Schottmüller et Bingold parlaient de teintes : brun
sale et: violet sale...
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Chez notre malade au contraire nous fûmes de suite frappé par la teinte jaune safran du visage. Cetictère brusquement apparu avait beaucoup impressionné l'entourage de la malade, c’est dire son intensité. Là encore cette coloration, plus accusée à la face, avait envahi tous les téguments.
Hémorragies. — Les hémorragies sont de règle qu'elles soient intestinales ou cutanées. Les hématuries ne font jamais défaut. Epistaxis, hématémèses, métrorragies font partie du tableau caractéristique de l’ictère grave au même titre que le purpura et les pétéchies. Ces hémorragies sont fréquentes, d’abondance variable et peuvent être attribuées à l'insuffisance hépatique. Dans le cas que nous rapportons nous avons de plus observé une hémorragie méningée.
Troubles nerveux.—Les symptômes'nerveux sont, eux aussi, extrêmement fréquents. La malade présente tantôt une prostration complète, tantôt une agitation extrême allant jusqu’au délire, entrecoupée de-phases de lucidité et de grande anxiété.Tous ces signes aboutissent au coma terminal rattaché vraisemblablement à l’azotémie. Nous avons en outre noté chez notre malade des symptômes de méningite par hémorragie méningée déjà signalée.
Insuffisance rénale et azotémie. — L’insuffisance rénale ne manque jamais. L'examen de la fonction rénale montre de l’albuminurie, des urines très diminuées en quantité et même de l’anurie. Ces urines renierment des cylindres et on y peut noter la pré-
IAE VAS sence de xanthine et hypoxanthine. Enfin on trouve une azotémie abondante, considérable :
La rétention uréique dans le sérum atteignait 2 gr. 30 chez la malade de M. Widal et 1 gr. 95 chez la nôtre ; il fut possible de la retrouver dans le liquide céphalo-rachidien. Nous savons que l’azotémie est fréquente dans les ictères infectieux et qu’elle peut se présenter à des degrés variables dans l’ictère hémolytique.
Etat général. — Le début de l'affection est la plupart du temps brutal, la fièvre apparaît et s’élève rapidement jusqu'à 40° et au-delà. L'Etat général est profondément atteint et la malade est plongée dans un véritable état typhique. La polypnée et la cyanose dues en grande partie à l'énorme destruction des hématies se retrouvent dans tous les cas. Bientôt apparaît un état asphyxique vraisemblable ment de même origine puisqu'à l’auscultation comme à l’autopsie on ne note aucune lesion pulmonaire ou cardiaque susceptible de l'expliquer entièrement.
En effet le cœur et les poumons ne présentent qu'un degré plus ou moins prononcé de congestion.
Evolution. — L'évolution est suraiguë, mortelle : la malade de M. Widal meurt 48 heures après le début des accidents, celle de M. Teissier le leridemain et chez la nôtre l'affection évolue en 24 heures. Chez les blessés de MM. Fiessinger et Lévy le drame est aussi rapide puisque le premier meurt en 72 heures et le second dans les 48 heures.