‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 140 sur 235 · guinées. (Benson · texte numérisé non relu

guinées. (Benson

4. L'originalité métaphysique de Collier console mal, on le comprend sans peine, son arrière-neveu Benson, de ce manque de sens utihtaire et de cette « négligence de ses affaires domestiques. •

entre Taustère Platonicien de Langford et le brillant idéaliste de Cloyne. Collier, retiré de l'action, vécut une vie solitaire et modeste, sans fortune et sans gloire. Ainsi qu'un ascète en sa cellule, il se blottit dans sa pensée mystique; il ne rechercha et il n'obtint rien du monde. L'existence ne lui fut que déception et il mourut, sous la menace de la pauvreté, sans seulement se pouvoir promette que sa superbe vue des choses compterait un jour des admirateurs. Berkeley, qui professa la même croyance philosophique et considéra sous le môme angle l'immense univers, aura goûté toutes les joies que peut verser ce monde phénoménal. Mêlé aux hommes, lancé dans l'action, il aura sans cesse, dans sa vie comme en sa pensée, marié le concret à l'idée, uni le rêve et le réel. 11 aura mené une existence magnifique; fortune, dignités, puissance d'entreprendre, grandes amitiés, rien ne lui aura été refusé. Il aura été et se sera vu célèbre. La mort ne le surprendra qu'au jour où la fatigue lui aura depuis longtemps fait désirer d'être relevé de sa charge. Quelle inégalité vraiment dans la répartition de ces deux destinées I La postérité rétablira-t-elle un jour la balance entre les deux philosophes, deux égaux après tout, deux

pairs de la pensée ?

Arthur Collier pressentit un instant cette grande injustice. Le soupçon lui vint que le mérite d'avoir implanté dans sa patrie l'idéalisme absolu et déduit des principes qu'avaient popularisés Descartes et Malebranche la doctrine devant laquelle avait fléchi le courage de ces grands hommes, ne lui serait pas entièrement reconnu. Au moins espérait-il avoir rempli, au su de quelques-uns, la mission d'éclaireur ; il se pouvait flatter que sa tentative obtien-

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drait un jour quelque estime, ne fût-ce qu'à titre de prélude à quelque plus complet ouvrage.

Nescio quid majus nascitur Iliade,

semble-t-il, toutes proportions gardées, se dire à lui-môme. L'on croirait qu'il se prophétise un rival, devant qui par avance il consent à s'effacer. « Peut-être,» lisons-nous dans les dernières pages de la Clef universelle, « le peu que j'ai )) fourni pourra-t-il décider quelque génie plus compré- » hensif à commencer où je finis et à bâtir quelque chose » de très considérable sur le fondement qui est ici posé. »

Cette prévision même n'était pas de tout point exacte. Le génie qui devait porter l'idéalisme anglais à son plus haut degré de perfection n'était pas à naître. Au moment où Collier écrivait ces lignes, allait également paraître le troisième des chefs-d'œuvre qui devaient à jamais éclipser la Clef universelle.

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