‹ L'Idéalisme social (volume 2)Chapitre 3 sur 47 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Le bienveillant accueil fait par le Collège libre des sciences sociales à ses conférences, sur Temploi de Tidéalisme en sociologie, a encouragé Tauteur, malgré les traverses d une vie active suffisamment occupée, à entreprendre de rédiger les notes qui servirent à ces conférences, et à les publier en parties détachées dans la Revue socialiste.

Ainsi s'est formé ce volume, en de courts loisirs fréquemment et longuement espacés. Ce n'est pas pour tirer mérite d'avoir accompli une lourde tâche, en de telles conditions, qu'on les mentionne ici, mais pour qu'elles servent d'excuse à l'auteur auprès des personnes qui auront quelque chose à reprendre dans la méthode et ^ les procédés de composition d'un ouvrage, qui, on le

^ reconnaît, méritait, au moins par le sujet abordé, des

i^ soins plus minutieux, et surtout une ordonnance plus

V sévère.

^ Mais peut-être sera-t-il ainsi moins inabordable pour

^ la grande masse des lecteurs et remplira-t-il plus sûre-

ment son objet, qui est de porter les esprits desquels S toute espérance religieuse s'est retirée, et ceux auxquels

r-j les sévères constructions métaphysiques de l'impératif -C apparaissent comme privées de fondements réels, à trou-

ÎI PRÉFACE

ver des motifs suffisants de s'extérioriser et de se projeter dans l'espace et dans le temps, par une plus exacte connaissance des relations de l'individu avec le milieu, et de révolution solidaire des phénomènes sociaux et des concepts particuliers et généraux relatifs à ces phénomènes.

D'autre part, l'auteur a vécu ainsi moins absolument dans son rêve. Mêlé aux affaires publiques, qui sont une rude école de réalisme, il a dû sans cesse reprendre pied dans les réalités. Si utopiques que puissent paraître ses conclusions ultimes, les faits dont elles sont le prolongement idéal constituent le terrain solide sur lequel il les a toujours élevées, et il a tâché qu'elles ne manquassent jamais d'être appuyées sur eux et tirées d'eux-mêmes.

Ces pageç sont adressées à la jeunesse ; elle les entendra et les comprendra Les aînés qui, depuis vinglcinq ans, ont entrepris de la conduire l'ont égarée par des sentiers fleuris; mais les fleurs étaient de papier colorié et elles recouvraient d'arides buissons, où se sont déchirés les meilleurs, ceux qui poussaient la conscience jusqu'à s'en approcher de trop près. Le buisson rendit semblables à lui ceux qu'il meurtrit, et par leurs blessures s'écoula le meilleur d'eux-mêmes : la faculté d'enthousiasme, la foi aux grandes entreprises, l'espérance dans l'avenir, la bonté pour tous les êtres vivants et souffrants.

Ce livre ne prétend pas conduire la jeunesse. Il lui dit plus simplement : Apprends à te conduire toi-même. Sache que tout essor vers une conception plus élevée, loin de t'isoler dans le rêve, te donnera courage et force pour en tenter la réalisation. Sache qu'aujourd'hui est l'héritier d'hier, et que cette solidarité des œuvres dans

PREFACE m

le temps te donne la certitude que la tienne sera utilisée, achevée, magnifiée par la génération qui te suit. Sache enfin qu'en répandant par la connaissance ta personnalité sur un plus grand nombre d'objets, en associant pour Faction ton geste au plus grand nombre de tes semblables qui exécutent le même geste, tu augmentes ton pouvoir de tout le renfort que tu apportes au leur propre. Que ton rêve fasse descendre les cieux sur la terre, et Tavenir verra ce prodige, qui sera si réellement le fruit de ta volonté éclairée par la connaissance, que nul ne s'avisera de crier au miracle.

Ce n'est pas à proprement parler une construction sociale idéale qui est tracée dans ces pages, mais plutôt une indication des possibilités futures, tirée de l'otservation comparée du présent et du passé. Chacun peut donc à son gré, au gré de sa connaissance du réel dans le passé et dans le présent, emplir ce cadre de ce qui lui plaira le mieux, sans que l'auteur s'en tourmente, au contraire. Nos constructions idéales, tout comme nos constructions réelles, ont un caractère provisoire, qui doit nous porter à la modestie. Ne suffirait-il point, par exemple, d'une invention, pour modifier le cours de l'évolution économique, et, par conséquent, faire dominer telle forme de propriété plutôt que telle autre? Mais il y a des lois, des principes généraux, qui sont les règles et les conditions du bonheur de chacun et de tous : cela ne se perd jamais, une fois que l'esprit en a pris possession. Toute vérité scientifique acquise par le cerveau humain est assurée de l'éternité. En attendant que, par les sciences, la sociologie se constitue à l'état de métascience, des constructions provisoires telles que celle-ci ont leur utilité. Et Fauteur ose

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