AHSOHPTION DK LA LOI DANS LA VOLONTÉ COMMUNE
dans un prccôtlenl cahinel, accepte d'être dorénavant pourvu du porteleuille de l'instruction pnblicjue. Cette facilité de passer du coniniercc à la justice, et de la guerre aux beauxarts, édifie le public sur les facultés et sur les aptitudes de ses gouvernants, et aussi sur leur scepticisme fondamental. Il sait que ce seront les bureaux, les administrations compétentes, qui gouverneront et, couverts par le ministre, continueront de traîner le char de l'État dans les ornières du passé. En même temps que la haute direction de l'État perd ainsi sa raison d'être, surtout en un temps où les attributions et les fonctions se subdivisent àTinfini, afin de suivre l'infinie complexité de la vie sociale de ce temps, — cette idée se fait jour dans le public et se propage : que de tels administrateurs fictifs sont devenus à présent plus dangereux encore qu'inutiles. On le voit, ceux mêmes qui dirigent l'État servent à propager la notion de son inutilité, et à préparer le moment où l'État, ayant restitué ses attributions et ses fonctions aux intéressés, volontairement et consciemment associés, n'aura plus qu'à disparaître comme ont disparu déjà les moyens plus primitifs du gouvernement de l'humanité'. Chaque citoyen, alors, sera son propre gouvernant; mais, répétons-le, au risque de fatiguer le lecteur, il n'assumera cette charge, il n'exercera ce pouvoir que lorsqu'il en sera devenu capable.
ABSORPTION DE LA LOI DANS LA VOLONTÉ COMMUNt:
La disparition de l'État, par suppression de ses fonctions de gouvernement des hommes et par restitution aux groupes et aux individus de ses attributions d'enseignement, de renseignement, de production, de circulation et de répartition, entraînera nécessairement la disparition des lois écrites, des codes qui les réunissent et des tribunaux qui les appliquent. A ceux que peut effrayer une telle perspective, nous pouvons déclarer que, s'ils acceptent la suppression de l'État, ils sont forcés d'accepter également la suppression de la loi en tant
que manifestation inipérative à l'individu de la volonté collective. Quant à ceux qui considéreraient la suppression de l'État comme une impossibilité, si nous avons le bonheur de pouvoir leur démontrer qu'un jour viendra où la loi positive ne sera plus nécessaire, nous aurons par surcroît démontré, plus complètement, qu'un jour viendra aussi où l'État disparaîtra, et que ce sera précisément le même jour, la mission de l'État étant précisément d'assurer l'exécution des lois.
Une des formules fondamentales du droit politique et social idéal de notre temps est qu'il n'y a pas de droits sajis devoirs, ni de devoirs sans droits. Cette formule répond très exactement à la conception métaphysique que nous avons encore du bien et de la récompense, du méfait et du châtiment. Elle extériorise en quelque sorte la sanction, et, en réalité, nous serions déjà bien heureux si des lèvres elle descendait dans les cœurs, et des inscriptions dans les faits. Longtemps, et d'une manière absolue, les droits furent le privilège des uns, et les devoirs la charge des autres. A présent, on adjuge les devoirs et les droits, tout au moins verbalement, aux mêmes individus ; mais on conserve aux droits et aux devoirs un caractère d'opposition qui fait que, au lieu de se voir imposer son devoir par le souverain, le citoyen se le voit imposé par la loi; cela ne rend pas la loi ni le devoir plus aimables à ses yeux. Que cette impression subsiste en notre temps, où cette sorte d'obligation légale est subie plutôt que consentie, cela se conçoit parfaitement; il serait étonnant et désolant qu'il n'en fût pas ainsi, car ce serait le signe que nous avons tellement conservé le pli des servitudes et des passivités héréditaires, qu'il ne nous est pas encore possible de prolester contre la charge qui pèse sur nos épaules. Mais elle disparaîtra nécessairement, quand on aura pris l'habitude de considérer le droit et le devoir comme deux marchandises équivalentes, échangeables seulement l'une contre l'autre, et de se dire (jue le meilleur moyen d'exercer son droit, c'est de remplir son devoir.
Quand on en est là, on examine la marchandise d'un