PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITALISME
Les docteurs de l’économie politique affirment qu’en somme cet idéal est réalisé, ou à peu près. Par sa mobilisation, la propriété est devenue accessible à tous. Il importe peu qu'on ne puisse plus dire : « Cette maison, ce champ, cet outillage est à moi, à moi tout seul », si l’on tire de ces choses les -jouissances qu'elles procurent. Chacun n’a pas sa voiture à soi, mais des voitures publiques transportent quiconque le désire pour une somme minime. Chaque ménage n’a pas son potager etson verger, mais les légumes et les fruits produits par le maraicher et le jardinier sont amenés à peu de frais sur la table de chaque ménage. Et ainsi du reste.
Il est certain que ce qu'on recherche dans la propriété, ce n’est pas tant la possession en soi que l'utilité qu'on en peut tirer, et les économistes ont sur ce point une vue des choses plus réaliste que les juristes et les métaphysiciens. Quand ils constatent que la forme capitaliste de la propriété industrielle a été un merveilleux moyen de multiplier les produits tout en diminuant leur valeur, et par ainsi de les mettre à la disposition d’un plus grand nombre de consommateurs, ils sont également dans la vérité absolue. On ne peut nier que la consommation moyenne de notre temps ne soit à la fois plus abondante et plus variée que la consommation moyenne des époques où la production et les transports s’opéraient par des moyens individuels et rudimentaires. L'organisation capitaliste, substituée à l’inorganisation industrielle primitive, est donc, en somme, un bienfait social, puisqu'elle permet à un plus grand nombre d'individus de jouir des fruits de la nature et des produits de l’industrie; et les critiques qu’on peut élever contre elle ne pourront porter