‹ L'idéalisme socialChapitre 44 sur 96 · ED · texte numérisé non relu

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évidemment la démocratie ne peul être qu'un gouvernement de classe ; rnais la démocratie moderne, dont les principes fondamentaux sont la négation même des classes, doit avoir pour tâche essentielle de les faire disparaître en fait, comme elles ont disparu en droit, C’est par cette voie, et uniquement par elle, que nous irons au régime de self-government prédit par Spencer lui-même. On conçoit fort bien, en effet, que la souveraineté de chaque individu ne peut sortir que de la suppression des classes; tant qu'elles exisleront, elles seront forcément en lutte pour la possession du gouvernement, el elles feront du gouvernement une arme contre leurs adversaires. Comme le dit lui-même le penseur anglais, nous n'aurons le self-government que « quand chaque homme unira dans son cœur à un amour actif pour la /iberté des sentiments de sympathie pour ses semblables ». Nulle sympathie n'est possible entre la classe qui veut dominer et celle qui ne veut pas être dominée ; c’est donc dans leur fusion que naîtra seulement la sympathie entre tous, et que se développera la liberté de chacun.

Donc, et en attendant que le règne de la démocratie se Us et mette d'accord le droit et le fait, 1l ne peut s'agir de renforcer ou de maintenir les lois qui protègent la classe possédante, mais de faire des lois qui constituent à chaque membre du corps social les garanties réelles de la liberté idéale, que le statut général lui reconnaît. Tant que la classe possédante règne sans partage, elle édicte les lois pour elle, et ce n’est que subsidiairement que ces lois se trouvent d'accord avec l'intérêt publie, dont elles se couvrent pourtant. Reconnaissons qu'elle est sincère quand elle identifie son intérêt à l'intérêt public, et que les apparences peuvent lui donner raison. Ne dit-on pas couramment : La richesse publique de telle nation est de tant de milliards? Cela veut dire : Les propriétaires de telle nation possèdent tant de milliards. Non que les propriétaires excluent de la nation les prolétaires. Ils seraient plutôt tentés de les incorporer à l'état de valeurs productives dans l'évaluation de la richesse prétendue publique, c’est-à-dire de leurs richesses privées. Même quand des membres de la classe possédante reconnaissent

aux non-possédants, aux prolétaires, une personnalité économique et sociale autonome, ils se considèrent comme tellement indispensables à la production et à l’entretien de la ricaesse publique qu’ils disent couramment: Mon capital fait vivre tant d'ouvriers. Il n’est donc pas étonnant que la classe possédante croie la prospérité publique attachée à sa prospérité. D'autant plus qu’il en est réellement ainsi, en fait général : l’ouvrier d’une usine est bien en antagonisme avec son patron, dans le débat du salaire, dans la défense de son chétif droit politique ; mais ils sont tous deux solidaires devant la concurrence de l'usine rivale; car, si le patron est ruiné, l’ouvrier sera sur le pavé. Passons à un pôle opposé de civilisation : Des esclaves noirs sont aux mains d’un maitre cruel et féroce. S’ils pouvaient l’étrangler ou lui servir du mauvais café, ils le feraient avec volupté. Survient un ennemi bien armé. Vont-ils se joindre à lui pour terrasser leur tyran? Non, car ils ignorent ce que sera la tyrannie de ce nouveau venu. Ils se joindront donc à leur maître et le défendront contre l’envahisseur, quittes à reprendre après le combat leurs projets de complots pour se débarrasser de leur servitude. Ainsi font instinctivement les prolétaires, pour lesquels l'idéal n’est pas de changer de patron, mais d'être un jour leurs propres patrons. Mais, en attendant qu’ils puissent se passer de patrons, il leur faut limiter le pouvoir de ceux qui existent. C’est la tâche de la démocratie, ‘qui édicte des lois pour soüulager la détresse du plus grand nombre, et diminuer le fardeau d’oppression qui pèse sur lui. C’est alors que la classe possédante intervient et tente d’abuser la démocratie en prétendant que la liberté et la loi sont incompatibles. Si la démocratie se prend aux mots, — et longtemps son éducation la prépara à ce rôle de dupe, — elle se contente du mot de liberté, qu’elle mâche pour tromper sa faim de justice, et laisse la « substantificque mouëlle » de la chose à la classe possédante.

* Mais, à mesure que la lumière éclaire les esprits et qu’ils refusent de recevoir la fausse monnaie des mots, qui ne sont pas garantis par les choses, et des idées, qui ne sont pas cautionnées et sanctionnées par les faits, — cette réflexion s’im-

pose : prétendre que toute loi est un abandon de liberté, cela est un pur sophisme. C’est comme si l’on prétendait que toute mise en culture de jachère est un abandon de propriété, que tout placement à intérêt est un abandon de richesse. La vérité est que la loi tire ceux pour qui elle est faite de l’état inorganique, au point de vue social, qu'on peut appeler l’indépendance, — et cette indépendance est une dépendance plus ou moins complète, — pour leur donner accès à la liberté. Est-elle faite par une minorité seule, ou à peu près? Cette minorité en recueillera les premiers et les principaux bénéfices. Cependant, il faut le dire, le soin que prend la minorité d’assurer à la majorité asservie des garanties de sécurité, sans lesquelles il y aurait révolte ou anéantissement par la famine, fait naître en celte masse des germes que l’avenir développera, jusqu’à complète accession à la liberté. La loi est-elle faite par la majorité ? Cette majorité n’en recuellera les bénéfices que si elle sait ce qu’elle peut et ce qu’elle veut, si elle sait vouloir. Les déceptions de la démocratie ont bien moins pour cause là résistance des privilégiés du rang et de la fortune que l'ignorance des masses populaires ; c'est ici le cas de répéter, avec M. Spencer, qu'on n'obtient la liberté que lorsqu'on l’a méritée. Dans la Cité moderne, où la démocratie règne mais ne gouverne pas, la loi est faite au nom de tous par les représentants d’une majorité qui n’a pas encore pris conscience de sa situation et de sa mission, et dans laquelle domine encore le concept d’émancipation individuelle par l’indépendance, — tandis que le concept d’émancipation collective par la liberté est acquis seulement par la minorité. La loi ainsi faite, affirmant une liberté et une égalité qui n’existent encore qu'en puissance, s'applique idéalement à tous, mais n’appelle réellement à ses bénéfices qu’une minorité : ainsi, elle règle le partage équitable des successions, ce qui sise fort indifférents ceux qui n'attendent aucun héritage ; elle réprime sévèrement les atteintes à la propriété, ce qui ne protège pas, du moins d’une manière directe, la classe des nonpossédants. Il serait trop facile de multiplier les exemples. C’est précisément parce que la liberté est incomplète pour la grande majorité des individus, dont se composent les

Es

sociétés les plus civilisées, que la contradiction signalée plus

haut peut se produire entre la forme politique et la forme économique; et celle-ci influencer et fausser celle-là non dans son aspect, mais, et c’est plus grave, dans son caractère même. L’organe politique de la Cité est plus perfectionné qu'en Orient où les institutions économiques sont en harmonie avec les institutions politiques. Mais, en somme, cette désharmonie dont nous souffrons eu Occident nous préserve de la stagnation morbide où végètent les races orientales. La dernière évolution de l'organe économique moderne s'étant accomplie avec une plus grande rapidité que l’évolution de l’organe politique, — l'indépendance, l’insolidarité qu'attestent la concurrence et le «laissez-faire, laissez-passer » ont permis aux mieux armés pour la lutte d’asservir d’abord les artisans; puis, au fur et à mesure de chaque progrès remplaçant l'outil par la machine, et l’atelier par l’usine, d’éliminer du champ industriel les adversaires moins bien armés. Ici intervient fort légitimement la démocratie, pour instituer dans le régime économique un élat organique adéquat à l’état organique du régime politique. Elle remplace l’indépendance, qui pléthorise de liberté une minorité, et asservit de plus en plus l’immense majorité, par la liberté, qui sera garantie à tous, dans la mesure où elle est compatible avec le régime des classes; jusqu’à ce qu’elle les ait finalement fondues dans l'égalité parfaite, seule garantie réelle de liberté pour tous et pour chacun.

Afin de pouvoir nier la lutte des classes, les théoriciens politiques nient l'existence des classes elles-mêmes. C'est de la science à la portée intellectuelle des autruches. Les hommes de notre temps exigent avec raison que la science ne méprise pas les faits, ct ils ne la reconnaissent qu’à ce caractère essentiel. Théoriquement, idéalement, les classes

sont abolies en France depuis la Révolution. Mais, pratiquement, réellement, elles existent, et ce ne sont pas des mots qui ont le pouvoir de les supprimer. Notre droit moderne, dans ses principes généraux, ne reconnait pas de classes, cela est incontestable. Mais il est non moins incontestable que ses applications sous forme de lois se ressentent de l’existence très réelle des classes. Prenons, par exemple, l’Angleterre, nation positive où le droit est toujours l'expression du fait. Elle n’a pas unifié dans une légalité abstraite des citoyens prétendus égaux. Constatant l'existence des classes sociales, et subissant leurs actions et réactions, elle a donné à chacune d'elles une législation appropriée. C'est d’ailleurs, sans l'avouer, ce qu'a fait la France elle-même; toute la différence, aujourd’hui, consiste en ce que l’Angleterre a une législation de classes parce qu’elle reconnait l'existence des classes, tandis que la France l’imite tout en niant l'existence des classes; ce qui, sans paradoxe, met l'hypocrisie de notre côté. Ce mauvais tour nous est Joué par notre idéalisme métaphysique. Get idéalisme nous a conduits plus avant que les autres peuples dans la conquête des droits civils et politiques; comment, aujourd’hui, sommesnous en retard sur quelques-uns d’entre eux dans la conquête des droits économiques ? Faut-il accuser la Révolution francaise de ce retard, lui reprocher d’avoir été trop systématiquement idéaliste, et de n’avoir pas assez exactement calqué le droit sur le fait? Reportons-nous au temps et au milieu, et voyons ce qu’il faut retenir du reproche.

La Révolution affirme ce principe que tous les hommes naissent libres et égaux en droits, ettoutes ses lois vont tendre à l'application de ce principe. Ici, une grosse erreur : il est évident aujourd’hui que la liberté et légalité sont des acquisitions sociales, et qu’elles ne se trouvent pas à l’origine des sociétés humaines, sinon d’une manière tellement précaire et momentanée qu'elles n’ont aucune valeur pour les individus qui en jouissent, ou plutôt qui sont censés en jouir. Le sauvage errant affamé dans une plaine de plusieurs lieues carrées, non encore possédée ni appropriée, peut être dit propriétaire de cetle plaine, apte à produire pour plusieurs

centaines de mille francs par an de grains ou de fourrages; et du sous-sol de cette plaine on peut extraire pour plusieurs centaines de millions d’or, de cuivre ou de houille. Il meurt cependant de faim sur ces richesses en puissance ou inemployées, — jusqu’à ce que la coopération sociale les produise au grand jour, — bien heureux de cueillir quelques baies aux arbustes el de ramasser quelques vermisseaux pour ne pas tomber d’inanition au milieu de ces richesses, qu’il ignore et ignorera sans doute toujours. Il n’est donc pas riche, et personne ne peut le dire tel. Son indépendance, sans cesse menacée par des errants aussi affamés que lui, ne lui permet pas davantage de se dire libre vis-à-vis d’eux, et égal à eux. La force seule établira entre eux et lui des rapports, et, si un contrat intervient pour les pacifier, c’est le plus fort qui le dictera au plus faible. Est-ce là le contrat social? Non, puisque le caractère essentiel du contrat est de ne pouvoir s'engager qu'entre égaux. Il faudra une série de combais entrepris par les plus faibles pour rompre le contrat imposé par les plus forts ; alors seulement ce contrat unilatéral prendra le caractère bilatéral et deviendra un véritable contrat. Au moment initial de la Révolution française, une seule classe a conscience de son intérêt à reviser le contrat : c'est le Tiers-État. Il abolit les privilèges des autres classes, clergé et noblesse, et oublie le quatrième état, le prolétariat, aussi complètement que les démocrates d'Athènes avaient oublié, lors de leur victoire, les deux cent mille esclaves qui peuplaient la Cité. Pourquoi? Est-ce un oubli ? Et cet oubli est-il une injustice? Point tant qu’on le pense. La classe non possédante ‘était à cette époque une véritable mineure. Son droit était reconnu en principe, et la garantie de ce droit se trouvait ‘dans l’aptitude ‘qu’elle montrerait à s'élever à la condition de classe possédante. Cette idée était généralement répandue ‘dans la première période de la Révolution; elle fut exprimée par les écrivains du xvin* siècle, qui, de Montesquieu à Rousseau, et de Voltaire à Condorcet, furent unanimes à ne considérer comme citoyens que les propriétaires. Dans la pensée de ces écrivains, comme dans celle des hommes du Tiers, il n’y avait nul désir de maintenir en servitude écono-

mique et en tutelle politique perpétuelles la catégorie des non-possédants; mais, d’une part, ils craignaient que ceux-ci ne fussent moins intéressés que les autres à la conservation et à la prospérité de la Cité; et, d'autre part, ils espéraient que les citoyens passifs, délivrés de contraintes économiques, nées surtout de la séculaire législation enfin abolie, parviendraient à acquérir, eux aussi, la propriété, et, par cet effort, prouveraient leur aptitude à prendre part au gouvernement de la Cité. Quand on voit encore aujourd'hui des économistes et des sociologues préconiser l'effort individuel comme moyen d'émancipalion économique, comment peut-on s’étonner que, au temps où le travailleur était si près de son outil, etoù sa valeur technique était incomparablement supérieure à celle de l'outillage et de la matière première ; au temps enfin où la propriété élait si rapprochée du travail, les théoriciens et les praticiens poliliques aient formé ce rêve d’émancipation par l'effort individuel? Aujourd'hui que le développement du machinisme et la formation des grandes puissances capitalistes sont un fait accompli, ce rêve est insensé. A

l'époque où il fut concu, on pouvait le concevoir raisonna- P ,

blement.

Mais, à côté de ceux qui fondaient ainsi le droit de cité sur la propriété, et formaient généreusement l'espoir que la propriété devint accessible à tous, il y avait ceux qui n'avaient aboli les elasses supérieures que pour se substituer à elles, et pour maintenir dans sa dépendance éternelle la classe inférieure. Geux-là profitaient avec une avidité si scandaleuse des circonstances pour se fortifier par la richesse, ils se ruaient à l’acquisition des biens nationaux et aux fournitures des armées d'une manière si ostensible, que la classe non poscédante se récria ; des hommes surgirent, résolus à lui donner part au pouvoir. Cette irruption de la démocratie sur la scène politique donne son caractère à la seconde période de la Révolution, à la Terreur. La classe populaire règne et lente de gouverner. Elle établit le maximum et tranche la tête aux agioteurs; elle inscrit dans la Constitution le secours public aux indigents, aux infirmes, aux vieillards ;

elle ne fait pas dériver le droit de cité du fait de propriété, et

inscrit le suffrage universel dans la Constitution ; elle y inscrit aussi que l’individu ne possède que par permission de la puissance publique. Qu’ensuite, par Robespierre, elle se déclare contre la loi agraire, et refuse de suivre les hébertistes dans les conséquences logiques qu’ils entendent tirer du principe démocratique, il importe peu, dans le mouvement général qui emporte les classes vers leurs destins. Il y a désormais en présence, sur le terrain polilique et sur le terrain social, un peuple et une bourgeoisie ; leur lutte emplira l’histoire du dix-neuvième siècle, comme la lutte du Tiers- Etat contre les deux premiers ordres a empli les siècles qui ont précédé. Les partis politiques sont les pseudonymes des classes, ou des fractions de classes, quel que soit le personnel dont ils se composent. Qu'un conflit de classes se produise, et coure vers un tragique dénouement, et l’on voit les partis en apparence les plus opposés se réunir dans la solidarité de classe. Républicains et conservateurs coopèrent à la répression de linsurrection de Juin, comme ils coopéreront à la répression de la Commune de Paris, comme ils s'étaient unis en Thermidor pour coopérer à la ruine de la démocratie jacobine.

Il y a donc bien en présence dans la société actuelle une bourgeoisie et un prolétariat. Leurs frontières sont évidemment peu délimitées; bien des gens de la classe moyenne (comme on dit encore, comme disent même couramment ceux qui nient l'existence des classes) croient appartenir à la bourgeoisie. Elle les opprime, les vexe et les dépouille. C’est néanmoins contre le prolétariat qu'ils tournent leur fureur. Dans la bourgeoisie capitaliste, bien des gens sont sincère-

ment pour l'émancipation du prolétariat; et, inversement, des

masses énormes de prolétaires ne sont pas encore éveillés au sentiment de leur classe, et forment les majorités qui assurent la domination politique el sociale de la bourgeoisie. Il est évident que l’humanité marche à la fusion des classes, mais nulle part elle n’y est encore parvenue. Il est évident aussi que les classes ne sont pas hermétiquement fermées, qu'un capitaliste peut tomber au rang de prolétaire, et un prolétaire s'élever au rang du capitaliste; mais on voit plus

fréquemment un capitaliste tomber au rang de prolétaire qu'un prolétaire s'élever au rang de capitaliste. Au point de vue du droit civil, il n’y a pas de classes en France, et pourtant l'égalité civile n'existe pas entre les prolétaires et les bourgeois. Qu'on parcoure Le code civil, et l’on se convaincra que la plupart des articles ne concernent pas les prolétaires. Dans les parties qui peuvent s'appliquer à eux, leur droit est annulé par leur pauvreté, puisque la justice n’est pas gratuite. C’est une dérision de considérer l'assistance judiciaire comme une sorte de gratuité de la justice : il faut être, en effet, aux derniers degrés de l’indigence pour l’obtenir; et, d'autre part, le bureau, qui l'accorde ou la refuse, se livrant à un premier et sommaire jugement sur le fond, cet examen d'un tribunal officieux peut empêcher un malheureux d'aller soutenir son bon droit devant le tribunal officiel. L'égalité politique existe en droit, mais non en fait. Pour oblenir ce droit incomplet, le peuple a dû faire une révolution, et, sauf dans quelques États de l'Amérique du Nord et en Nouvelle-Zélande, la moitié des êtres humains parvenus à l’âge de majorité sont encore privés de tout droit politique. Et ce sont ceux qui s'étonnent le moins de voir des femmes et des enfants représenter le pouvoir politique au sommet des hiérarchies anglaise, hollandaise et espagnole, qui se récrient le plus à l'idée de donner aux femmes le droit de cité. Ge droit de cité, les prolétaires n’en jouissent pas pleinement. Ce n’est pas seulement l'inégalité politique et sociale qui fausse l'exercice de leur droit, mais aussi l'inégalité de connaissances et de loisirs. Il y a proprement en politique des familles de gouvernants cet des familles de gouvernés. Sans même rappeler ici ce qu’on a plaisamment dénommé les «dynasties républicaines » de la haute bourgeoisie prétendue libérale, constatons que, dans presque tous nos villages, la municipalité, c'est-à-dire en somme le pouvoir politique de cette cité minuscule, est alternativement héréditaire dans deux ou trois familles, et, parfois, continument dans une seule. Dans des villes d’une certaine importance, où la classe ouvrière est organisée et désire suivre une politique de classe, elle ne le peut pas toujours, parfois, faute d’avoir dans ses rangs des hommes capables de diriger

les affaires municipales; parfois aussi parce que, les eût-elles, s'ils se mettaient en avant, ils seraient impitoyablement renvoyés par leur patron, et forcés de quitter la ville ou de mourir de faim en se serrant le ventre avec leur écharpe municipale. C’est surtout dans le domaine économique qu’il est impossible de contester l'existence des classes ; l'égalité: de droit y est si violemment contredite par l'inégalité de fait, la liberté de droit y est si effrontément la sanction de la servitude de . fait, qu'il n’y a qu’à constater et passer. |

Et, forcément, nous avons un État de classe, un gouvernement de classe. Les lois de l’État sont censées faites par tous et pour tous ; mais disons une fois de plus qu’elles ne donnent une part de leurs bienfaits que d’une manière subsidiaire et par répercussion. Ceux auxquels vont directement et immédiatement les bénéfices des lois sont ceux par qui et pour qui elles sont réellement failes. Les droits de douane, les primes à la navigation et à la production ou à l’exportation de certains produits iront bien, par répercussion, assurer la subsistance des marins, des ouvriers et des paysans, ou garantir des communications rapides entre des points du globe très éloignés ; mais l'effet le plus direct et le plus immédiat de ces mesures sera d'assurer à la classe possédante, qui a des actions dans les raffineries et les compagnies de navigation, des bénéfices qu’elle n’eût pas réalisés sans l'assistance et les dons de l’État. Il est bien entendu que, tenant l'Etat, la bourgeoisie tient le gouvernement. Mais, ici, il se fait dans la classe dominante une curieuse division du travail. Les vérilables chefs de la bourgeoisie capitaliste, les maîtres du marché des valeurs, les grands féodaux des chemins de fer, des mines, des usines et des manufactures, participent rarement au gouvernement des affaires publiques. Tout au plus, quelque cadet incapable et imprévoyant de ces grandes dynasties capitalistes sera-t-il voué au fonctionnariat, dans une de ces bonnes places où la rémunération est en raison inverse de la besogne. C’est une autre fraction de la bourgeoisie, moins riche, moins entreprenante, qui assumera la direction de la chose publique, c’est-à-dire la chose de la classe dominante. Il serait curieux de relever dans les annuaires

spéciaux les noms des hommes politiques et des fonctionnaires. On y verrait que les uns ét les autres y sont apparentés, etque quelques milliers de familles gouvernent et administrent l’État. Il y a bien entre les gouvernants, comme entre les administrateurs, des luttes et des conflits, mais ce sont là querelles de famille. L'intérêt commun, l'intérêt de classe, sauf de louables exceptions, les réunit toujours pour mettre tous les organes de l’administration et du gouvernement au service des capitalistes.

Rappelons-nous, cependant, que nous sommes sur le terrain accidenté des faits : ces constatations générales sont soumises à nombreuses exceptions, les phénomènes sociaux ne se présentant jamais tout d’une pièce et neltement classés. La lutte des classes est parfois une mêlée qui brouille les apparences. Le sentiment de classe n’est jamais complet et absolu parmi ceux mêmes qui luttent pour leur classe, ou pour la classe où ils ont pris parti. Par exemple, Barbès, un des héros de la démocratie, mettait hors de la démocratie tous ceux qui voulaient donner à la liberté politique les sanctions réelles de l’émancipation économique ; tel magistrat élevé dans le culte des puissances capitalistes refusera de capituler avec sa conscience, et poursuivra comme voleurs des financiers, qui, selon les usages reçus et le langage courant, se seront livrés à des spéculations hasardeuses. Cela tient à ce que le fait et le droit, l’idée et le phénomène, le mot et la chose, se cherchent encore dans la confusion et l'obscurité. Quand ils se seront trouvés, et réunis autant qu'il se peut, l'harmonie se fera d'elle-même, par la science, dans la liberté. |

Il existe une contradiction flagrante entre le pouvoir virtuel de la démocratie, dans les pays où elle se développe el pousse ses conquêtes, et la puissance réclle de la classe capi-

POURNIÈRE. — Idéal. soc. 16

249 s LA CITÉ IDÉALE

taliste. Celle-ci. sous le couvert de la liberté, ne vise réellement qu’au maintien et à l'extension de son indépendance; celle-là tend plus particulièrement à l'égalité, et toutes les lois qu’elle propose ontpour butde limitercette indépendance. En sorte qu'à première vue les conservateurs capitalistes et leurs partisans peuvent passer pour des libéraux, et s'étique-.

ter comme tels dans le vocabulaire politique, sans soulever

de trop vives protestations. Mais, aussitôt qu'on examine les faits; aussitôt qu'on acquiert une notion plus exacte de la liberté et des conditions sans lesquelles, 1l faulle répéter une fois de plus, elle n’est qu’un cadre vide, on s’aperçoit que les lois d'égalité proposées par la démocratie, si violemment oppressives qu’elles soient des droits acquis, conquis ou usurpés par la minorité, sont vraiment des lois de liberté pour la majorilé. Mais, répétons-le avec la même insistance, l'idéal n’est pas dans la limitation de la puissance capitaliste ; cet ctat de lutte est transitoire et tout nous indique qu'il prendra fin, non par un accord entre la démocralie et le capitalisme, celui-ci résigné et celle-là fatiguée ou satisfaite de peu, mais par la transformalion du régime actuel de la propriété, opérée dans les condilions et par les moyens que nous avons indiqués plus haut. Il est inévitable que la démocratie mette fin non seulement à la puissance du tapitalisme, mais même à son existence. Nul démocrate éclairé ne conteste, en effet, que le droit politique, civil et social de chacun ne soit amoindri par le fait économique, et que cette contradiction ne doive aboutir à l’un de ces deux termes : ou la suppression du régime démocratique, ce qui est une impossibilité à présent que les masses voient de plus en plus en lüi le moyen de leur émancipation; ou la suppression du régime capitaliste, rendue possible par la solidarisation croissante des intérêts économiques dans l’univers civilisé, par le perfectionnement continu des moyens de production et de circulation, par la forme d’association et d’indivision que la pro-

priété revêt de plus en plus, enfin par l’aptitude sans cesse

croissante de l’élite des non-possédants à la direction des. organes de production, de circulation et de répartition. En attendant que cette contradiction cesse, elle a produit.

. spontanément, sous la poussée démocratique de ces dernières années, un résultat imprévu seulement pour ceux qui, ne voyant pas l’ensemble des choses, ne peuvent prévoir leurs modifications : les capitalistes et tous ceux qui croient avoir intérêt au maintien du régime économique actuel se sont résolument placés dans le parti de la conservation sociale, poussée jusqu'à la réaction nettement voulue et aflirmée. Examinons de près ce curieux phénomène d’une bourgeoisie s’'éveillant au sentiment de classe, et, — par l’organisation d’une lutte d'ensemble entre les deux grands éléments sociaux : le dirigeant et le dirigé, — préparant à son insu

- l'harmonie future, comme, à son insu, elle avait jusque-là éveillé le peuple au sentiment de elasse manifesté en deux branches, divergentes d’abord : par les organisations ouvrières purement professionnelles et par les organisations démocratiques révolutionnaires, puis unifié aujourd'hui dans le socialisme et par lui, sauf d’infinitésimales exceptions, rétrogrades ou démagogiques.

Affinée par le loisir, désireuse de savoir, afin de pouvoir exercer utilement la direction industrielle et sociale, la bourgeoisie a eu longtemps le monopole de la haute cullure in-

tellectuelle, et par conséquent le monopole des idées générales ; sauf exceptions, la vieille aristocratie de naissance ne daignait, et la plèbe ne pouvait. On serait injuste envers elle si l’on ne reconnaissait que la bourgeoisie a, pendant une période glorieuse, rempli complèlement sa mission et porté les arts, les leltres et les sciences à un très haut degré de développement. Certes, beaucoup ne voyaient dans telle découverte qu'un moyen d’enrichissement, et dans l'exercice du pouvoir qu’un moyen de conserver et d'accroitre leurs richesses. Mais la bourgeoisie n’en comptait pas moins une minorité vouée au culte désintéressé du beau idéal et de l'utilité générale; cette minorité, plaidant pour l’unanimité, jetait sur elle un manteau, qui était à la fois une parure et

% une armure. C’est cette minorité qui, parfois, transportait

| une partie de la masse bourgeoise hors d'elle-même, l’enflammait d'idées libérales, dans le vrai sens du mot, et la jetait à la tête du peuple sur les barricades, pour la deslruc-

to

tion de quelque vestige de labsolutisme ou la conquête de quelque droit nouveau. Car ce n’est pas en vain que l’on acquiert la connaissance. Rien ne porte au désintéressement et à la propagande comme la possession d’une vérité nou-

velle et le désir de la voir adopter par l'unanimité. La bour-

geoisie instruite élait donc forcément libérale; ses poètes, ses historiens, ses philosophes ne regardaient les frontières que comme des divisions administratives, et ses hommes d'action s’unissaient par-dessus ces frontières dans le combat contre la sainte-alliance des hommes du passé. Chaque révolution de France avait son contre-coup dans tous les États de l’Europe; le moindre tressaillement de la liberté en Pologne, en Hongrie, en Lombardie, en Belgique, soulevait en France de vastes enthousiasmes. Le régime militaire, instrument de compression politique, excitait l’indignation de la bourgeoisie. Elle ne se grisait pas de la gloire hypothétique de conquêtes à entreprendre ou de revanches à prendre. Ses revanches, elle les prenait contre l’absolutisme ; ses conquêtes, elle les demandait au progrès politique et économique. Elle n'invoquait pas l'histoire ni l’ethnographie pour la constitution, le réveil ou le maintien des nationalités, mais la volonté librement exprimée des citoyens qui demandaient à constituer un corps de nation. Elle ne tenait pour légitimes que les guerres contre l’oppression intérieure ou extérieure, et, les militaires étant par définition les agents de cette double oppression, elle les avait en piètre estime : elle se rappelait avec amertume ce qu'avait coûté aux libertés publiques et à la paix du monde l’élévation de l’un d’eux à la plus prodigieuse fortune que puisse rêver un aventurier, qui

n'a pour tout bien que son épée. Elle ne limitait pas à elle-

même son libéralisme, et ne l’enfermait pas dans les limites de sa classe. Elle ouvrait des écoles pour les enfants du peuple; elle apprenait aux prolétaires qu'ils sont des citoyens; elle propageait parmi eux le libéralisme philosophique, le rationalisme; et celle entrait hardiment en lutte contre les dogmes et ceux qui les enseignaient aux foules. Mais pour ce qui est du libéralisme économique, elle en eut toujours la conception fausse, étroitement individualiste, ou plutôt inso-

lidariste, qu'on sait ; elle s’en tint à recommander l'épargne aux prolétaires comme unique moyen d’émancipation personnelle, et la coopération comme unique moyen d'émancipation collective.

Le caractère social que les prolétaires entendirent imprimer à la révolution de 1848 donna le premier signal de la rétrogradalion du libéralisme bourgeois; on traita alors en pupilles ingrats et dénaturés ces ouvriers, qui prétendaient faire servir leurs droits politiques à l'acquisition de droits économiques qu’on ne pouvait leur accorder sans suicide. Pour garder ses biens menacés, la bourgeoisie renonça à son droit et à son devoir d’aînesse ; elle appela à son aide celte gendarmerie malérielle, l’armée, et cette gendarmerie morale, le clergé ; elle ôta aux prolétaires leurs droits de citoyens, dont ils avaient voulu si méchamment user, et elle ne fit qu’un simulacre de résistance quand tous ces reculs eurent rendu la diclature possible. Dès ce moment la mission historique de la bourgeoisie, en tant qu'instrument du progrès général, est terminée. Elle entre en pleine possession de sa conscience de classe, et, de sa situation privilégiée, elle n'accepte plus que les bénéfices. Sauf d’honorables exceptions individuelles, sauf les cas de pressions extérieures qui l’avertissent de céder à temps ce qui va lui être enlevé, elle devientconservatrice tout en gardant le vocabulaire libéral de sa période de gloire et d'action progressive. Et, trompée par les mots, d’ailleurs encore incapable de produire en nombre suffisant les individus d'élite nécessaires à la direction sociale, composée pour plus des deux tiers de ruraux en qui l’on a soigneusement entretenu des sentiments d’hostilité contre les urbains, — la masse maintient au pouvoir une classe qui ne la représente pas, qui ne représente qu’elle-même, dans ce que ses besoins, ses intérêts, ses appétits ont de moins élevé et de moins utile à l’ensemble de la société. Mais une classe ne peut, quand elle s’est élevée aussi haut, déchoir du premier coup et tomber aux derniers échelons. C’est par des capitulations inter- . mittentes, c’est par des renoncements entremêlés de reprises, que s’est fait ce mouvement d’abaissement de la bourgeoisie francaise. Ce qui cède le dernier en elle, c’est le libéralisme

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philosophique : il lui en coûte de renoncer à son libre jugement, et de se plier au dogme. De plus, le clergé forme une véritable puissance sociale, que la peur bourgeoise a consolidée au lendemain de la grande insurrection ouvrière de Juin 1848. Si on laisse grandir cette puissance, elle mettra la main sur les pouvoirs publics, ce que la bourgeoisie ne veut à aucun prix : elle entend bien se servir de la religion, mais non servir les prêtres dans leur rêve de domination universelle. La bourgeoisie sera donc républicaine et librepenseuse, et elle organisera l'instruction publique en dehors de tout enseignement religieux.

Mais le péril, qu’elle a cru conjurer par un second massacre de prolétaires en 1871, reparaît plus menaçant que jamais. L'élite ouvrière des syndicats s’est mêlée aux hardis partisans des comités révolutionnaires, sous la bannière du socialisme. Les rêves de libéralisme qui ont embelli l’adolescence de la bourgeoisie européenne, le socialisme les reprend, les assemble, prétend leur donner une réalité; car il n’est pas seulement un résultat de la transformation des outils en machines, et du développement du régime de la propriété mobilière ; le socialisme couronne son réalisme économique de tout l’idéalisme politique, social et philosophique, exprimé par les penseurs et les hommes d’action du passé et du pré-

sent. Tout ce que la bourgeoisie a abandonné pour garder la richesse, le socialisme s’en est emparé. Il s’est installé dans ce magnifique domaine d'idées, qui, demain, seront des faits, et par elles il s'apprête à déposséder la bourgeoisie de l’étroit domaine matériel, à la conservation duquel elle a tout sacrifié; car elle en est venue au sacrifice suprême, précurseur de a dictature ou de la révolution. Son libéralisme philosophique n’a pas tenu longtemps devant l’emploi que le socialisme en a su faire : Il était naturel qu’à la doctrine de résignation de l'Église le socialisme opposât sa doctrine d'espérance, et qu’à l'enseignement de soumission répondit un enseignement de libération. Il était non moins naturel que ceux qui con-

testaient la légitimité des modes actuels d'acquisition de la

richesse, tous basés sur l'exploitation du travail d'autrui, ne reculassent pas devant le libre examen des dogmes, d'autant

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que l’on prétendait opposer ces dogmes à leurs efforts d’émancipation. Par les savants et les penseurs nés d'elle, et applaudis naguère par elle, la bourgeoisie avait ruiné tout espoir d’au-delà pour les prolétaires. Son retour à la religion ne pouvait donc être considéré que comme une manœuvre politique, bien faite pour encourager le socialisme dans sa marche en avant, et pour discréditer les religions, tombées au rang d’expédient chargé d'assurer la sécurité des riches, en préchant la résignation aux pauvres.

La bourgeoisie va jusqu’au bout dans cette voie rétrograde. À sou internalionalisme de naguère, qui n’était pas du cosmopolitisme, mais un patriotisme éclairé, elle a substitué, sans plus de conviction, et pour les mêmes motifs que son renoncement à la liberté de penser, un chauvinisme hargneux et stupide, aussi dangereux pour l'intégrité des nations que pour les libertés publiques. En Allemagne, elle invoque la nécessité de conserver l'unité nationale opérée par le fer et le feu ; elle fait ainsi le procès de sa propre incapacité, puisqu'elle a dû laisser aux féodaux une entreprise qui conslituait sa mission historique, et devant laquelle cependant elle a reculé, de peur de déchainer le peuple, instrument nécessaire de toute révolution réelle. En France, elle invoque la revanche contre l'Allemagne, bien qu’elle n’y songe plus depuis longtemps; car, si elle eùt sincèrement voulu réparer la violation du droit des nationalités commise à notre détriment en 4871, elle n’avait qu’à fortifier en Europe et en France les sentiments démocraliques, grâce auxquels le droit des nationalités trouve ses sanctions et ses réparations ; elle s’est si bien gardée de le faire que notre pays a cessé d’être, depuis qu’il est en république, l'asile ouvert aux proscrits de la démocratie, la seconde patrie de ceux qui aspirent à la liberté. Ceux quila mènent ont des intérêts engagés dans tous les pays d'Europe, et si, depuis vingt-sept ans, la guerre n'a pas éclaté entre les grandes nations qui s’épuisent en armements, c’est que les féodaux du capital, s'ils trouvent leur profit à fournir des capitaux, des canons et des fusils aux gouvernements, n’en auraient aucun à l’emploi de ce matériel de destruction, au contraire. Le milita-

risme, qui préoccupe la bourgeoisie européenne, et complète son caractère réaclionnaire, prend donc sa source dans une nécessité d’un autre ordre que la nécessité de défense nationale. L'armée est la sauvegarde matérielle de la bourgeoisie capitaliste contre le socialisme, comme les clergés des divers cultes sont sa sauvegarde spirituelle; les divers pouvoirs politiques de l’Europe sont dominés par le capitalisme tout puissant, désormais identifié avec toutes les forces conservatrices, et l’on s'explique ainsi que, dans une allocution aux soldats allemands, l'empereur Guillaume IT ait pu dire : « Si l’on vous commande de faire feu sur votre père ou sur votre mère, vous devez obéir. » On sait qu'en France la première épreuve des nouveaux fusils à tir rapide s’est faite à Fourmies sur des poitrines ouvrières.

La bourgeoisie, en employant toutes les forces sociales à la défense du régime capitaliste, est désormais en état d’hostilité vis-à-vis du progrès général. Elle ne peut plus affirmer une idée sans que cette idée devienne une arme contre ellemême. Elle en est réduite à faire penser le prêtre et agir le soldat pour elle. Or, ce sont là des forces inférieures, qui ne peuvent avoir d'efficacité que dans les civilisations inférieures. Ce régime, qui peut convenir à des Turcs ou même à des Russes, est en trop violente contradiction avec les manières d'être et de penser des peuples occidentaux pour que cette réaction, amenée par la crainte du socialisme, ait la moindre chance de durée.

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