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assez différentes. L"idée n'est pas antérieurement à l'intuition sensible; et, l'intuition sensible une fois donnée, elle n'est qu'autant que la force de l'esprit l'en fait jaillir. Elle suppose le concours simultané de deux facteurs d'ordre distinct : le phénomène empirique qui la contient à l'état virtuel et l'entendement dont le regard la découvre; elle est par essence un produit de la pensée élaborant les données de l'expérience. C'est donc se tromper que de voir dans l'idée la substance de l'univers : elle n'en est qu'un mode d'une nature à part ; elle n'est pas le fond des choses, mais le substitut logique et par là même inadéquat des choses, substitut qui n'existe que pour et par la conscience.
Préalablement à la pensée il va tout à la fois ce qui peut penser et ce qui peut être pensé; préalablement à l'idée, il y a ce qui lui sert de matière et de cause ; et là se trouve la substance, là se trouve le « premier terme » auquel tout le reste est comme suspendu. Le connaissable et le connaissant préexistent au connu; et c'est dans le réel que commence l'idéal.
Mais cette réponse, bien que fondée sur l'observation intérieure, n'a qu'une valeur indirecte. IMa- I •"lis-nous maintenant au point de vue qui a frappé h- génie de Hegel, établissons-nous sur son propre domaine : examinons la nature de celle mystérieuse
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nécessité do nos idées qui a servi de base à ses déductions. Il tienl cette nécessité pour absolue; l'est-clle en fait ?
CjB qu'on remarque dès l'abord, c'est que la nécessité de rapport est tout hypothétique : elle vient de ce qu'un terme une fois posé, un autre terme s'en suit. Un carré étant donné, il faut bien que sa surface soit égale au produit de sa base par sa hauteur. Aussi longtemps que les corps resteront ce qu'ils gont à l'heure actuelle, il faudra bien qu'ils s'altirent en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leur distance. Supposé qu'il y ait un être absolu, il faut qu'il enveloppe de quelque manière toutes Les perfections. Mais ces hypothèses supprimées, leurs conséquences disparaissent du même coup. Le sujet n'étant plus, il n'y a plus d'attribut. Kt la remarque n'est pas neuve. Les scolastiques L'avaientdéjà formulée; Leibniz luimême l'a reprise et en a fait l'un des meilleurs chapitres de ses Nouveaux essaie : tant il esl vrai qu'il « y a encore de l'or dans ces scories ».
Mais le vif de la question n'est pas là. Toute proposition renferme un sujet; et ce sujet dont l'existence peut ôlrc précaire, est toujours supposable; il est éternellement possible, il ne peut pas ne pas l'être : la nécessité en fait le fond. D'où vient cette nécessité tout interne? Quelle en esl la raison
explicative? Voilà ce qu'il faut dire, si l'on veut ne pas s'en tenir à la surface des choses.
Pour résoudre ce problème fondamental, d'où l'on aiguille fatalement ou vers l'empirisme ou vers l'idéalisme, il importe avant tout de le poser avec précision.
Quand on veut constater la nécessité d'une idée, celle de l'idée de triangle, par exemple, on le fait d'ordinaire sous cette forme. Le triangle a toujours été possible, il le sera toujours, il l'est partout et à l'indéfini : il ne peut cesser de l'être. Supposez qu'il n'y ail jamais eu de triangle dans la nature, qu'aucune intelligence n'en ait jamais conçu, le Iriangle n'en demeurerait pas moins éternellement possible. Ecartons cette manière de dire ; elle est défectueuse. On y prête à tous les triangles une seule et môme essence, parce qu'on s'en fait une seule et môme idée; on y suppose des idées en soi, et c'est là une pétition de principe. Pour avoir une expression rigoureuse de la vérité psychologique, il faut employer un langage moins abstrait et s'exprimer comme il suit. On a toujours pu concevoir un Iriangle; on le pourra toujours; on peut concevoir un nombre indéfini de triangles; il est impossible qu'on ne puisse plus à un moment donné Concevoir un triangle. ESI à la question ainsi posée il semble qu'il soit juste de répondre : l'impossibi-
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lilé de ne pouvoir plus concevoir un triangle vient delà possibilité d'en concevoir un. Qu'on puisse, en effet, concevoir un triangle A, on peut par là môme en concevoir un second H, un troisième <'. ; on peut en concevoir un nombre aussi grand qa'on le voudra. Car la même hypothèse doit avoir toujours le même succès. La dix millième fois, comme la première, on pense ce qui est pensable. La nécessité de l'idée de triangle est donc conditionnelle au même titre que le rapport de ses propriétés: elle n'est que rimilabilité d'un sujet une fois donné.
Mais cette solution ne suffit pas par elle-même, elle nous entraine plus loin.
D'où vient que je puis concevoir un premier triangle? Si cette conception réussit, ce n'est pas par un simple effet du hasard. Elle suppose que la matière enveloppe une aptitude interne à la formation de cette figure; elle suppose qu'il ne se trouve pas d'obstacle essentiel à l'intersection de trois lign< qu'il ne s'en trouve pas non plus au tracé de ces lignes elles-mêmes. 11 y a donc dans l'univers, préalablement à toute connaissance, des conditions objectives de la connaissance. Il y a dans l'être, antérieurement à l'apparition des individus, des convenances logiques qui président et à leur constitution et à la position des éléments qu'ils renferment. Les existences ne s'expliquent qu'autant
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([lion suppose un fond éternel d'élernelles possibilités, qui leur sert do règle; et c'est là ce qu'il faut accorder à Hegel qui n'a fait, en ce point, que reproduire à sa manière la pensée des plus nobles représentants de la sagesse humaine.
Où réside ce principe métempirique qui contient en lui-même les lois immuables de L'expérience? Qu'est-ce que cet èlre primordial qui trace également à tous les autres êtres les conditions essentielles de leur passagère existence? Faut-il y voir un système d'idées, suivant la pensée du métaphysicien allemand? Nous ne le croyons pas; et c'est là, comme nous l'avons dit plus haut, c'est à ce point initial que sa théorie se trouve manifestement en défaut. L'idée est chose abstraite: le fait de l'existence en est essentiellement banni; elle ne peut donc subsister en soi et par soi. C'est de la lumière intermittente de l'entendement que dépendent et son apparition et sa durée. L'idée dérive de la réalité concrète; et partant, celte réalité elle-même, voilà le domaine où se trouve la source inépuisable de toute possibilité. Mais comment?
Le propre de l'être éternel est de posséder toutes lés perfections* Gominé il n'a pas commencé, il ne peut dépendre. que de lui-même, il porte en soi le
principe de son essence et de son existence. Et, <lès
lors, il n'y a pas de raison pour qu'il s'arrête en son acte constitutif à tel degré d'énergie, de savoir, de vouloir ou de bonté : il est l'harmonieuse plénitude de la vie, par le fait môme qu'il est.
( )r, ce n'est pas sous cette caractéristique de l'être éternel que la nature se révèle à nos yeux. Les imperfections s'y manifestent à tous les degrés et sous toutes les formes. Le ciel passe sans relâche de l'homogène à l'hétérogène, et de l'hétérogène à l'homogène. Des soleils se forment dans l'espace infini, d'autres y brillent de leur plein éclat, d'autres y sont en train de disparaître ou ne se voient déjà plus. La matière sidérale tend à se déployer en ordre; mais, cet idéal incomplètement atteint, elle ne peut s'y tenir : il faut qu'elle en redescende. La vie vient de l'imperceptible, croît par degrés insensibles, acquiert des proportions définies qui forment son point de maturité; puis elle ne tarde pas à se ralentir, à retourner au néant. Tout se développe etse réenveloppe : c'est la loi des individus, celle des familleset celle des peuples. La nature aspire à l'être et réussit dans une certaine mesure à réaliser son vœu; mais elle s'épuise dans son effort et finit par retomber sur elle-même, comme lasse de produire. Lu notre âme s'est éveillée une lueur de raison, et nous nous servons de cette arme supérieure pour arrachera l'univers le secret de ses lois, celui de
son origine etde sa destinée; mais l'univers résiste. Noire pensée ne fait que glisser à la surface des choses comme l'eau des torrents sur le granit, et l'ignorance continue à nous entourer d'un océan de ténèbres. Entre notre vouloir et notre raison se révèle une antinomie plus anormale encore que notre impuissance à conquérir la vérité. Nous connaissons le devoir, nous en apprécions la valeur souveraine, et la force de l'accomplir nous fait défaut. Nous ne faisons pas le bien que nous voulons, et nous faisons le mal que nous ne voulons pas. Il y a dans nos membres une loi qui s'oppose à la loi de l'esprit; et le plus souvent c'est elle qui l'emporte dans la lutte. La violence et la volupté sont encore les deux souveraines de la vie.
De quelque côté qu'on envisage la nature, on y trouve toujours que son énergie est limitée et son harmonie incomplète ; on découvre partout dans sa richesse immense des indices d'une indigence essentielle. Elle n'a donc pas sa raison d'être en ellemême : elle n'est pas éternelle; et, par conséquent. elle ne porte pas en son sein ce principe inépuisable de possibilités qui s'y réalisent sans cesse. Ce principe n'est pas immanent, il est transcendant. Ce principe c'est Dieu, « éternellement subsistant. éternellement véritable, éternellement la vérité
même ». Dieu n'est pas seulement la cause des
existences, il est aussi la loi suprôme des essences. Rien n'a lieu dont il ne soit et l'auteur et l'original ; tout se fait par lui et d'après lui. Il est à la fois le soleil du monde réel et celui du monde intelligible.