‹ L'Idée de lutte de classes et son évolution depuis le Manifeste communisteChapitre 16 sur 135 · Cf. Manifeste, $ 15, p · texte numérisé non relu

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tion vivante des efforts humains (1). La production s’accommode encore alors d’une certaine hiérarchie d’aptitudes chez ceux qu'elle asservit, et sa discipline s’en ressent. Avec les machines et l’ère qu’elles inaugurent, commence l’âge de l’ouvrier despécialisé (2). L'usine met en œuvre le «travail mort » des mécanismes et l’ouvrier devient le serviteur de ce travail mort. Son rôle d’auxiliaire impersonnel, propre aussi bien à l’une qu’à l’autre de ces manœuvres « simples.., monotones..…., faciles à apprendre » (3), va déterminer sa condition. On paiera ces «appendices de la machine » juste assez pour qu'ils subsistent, selon les lois qui règlent l'échange des marchandises et ce salaire ira toujours diminuant, car plus on exigera du travail mort, et moins on demandera de qualité au travail vivant. Les femmes et les enfants que l’exploitation féodale avait épargnés sont élevés à la dignité de producteurs, maintenant que ce rôle a perdu la dignité que lui conférait le travail qualifié. Bien plus, on tendra même à éliminer le plus possible les bras, et les machines jetteront sur le pavé un grand nombre d'ouvriers qui constitueront le noyau permanent

1. Cf. A. Labriola, op. cit., qui voit dans la manufacture « une hiérarchie vivante de travailleurs », chap. VII.

2. C'est « l’économie du coton ». Cf. Georges Sorel, Introduction à l’économie moderne.

d’une formidable « armée de réserve industrielle» (1). Est-ce à dire que les progrès mécaniques vont en facilitant le travail, en diminuer la durée, adoucir la discipline qui y préside. Au contraire. Pour que la forme capitaliste de la production puisse subsister, il faut que les capitaux aient leur plein rendement, que les machines fonctionnent à outrance. Leurs serviteurs seront astreints à des journées sans cesse plus longues (2) ou à un labeur toujours plus considérable en un temps donné. Pour assurer leur subordination et leur adaptation aux nouveaux procédés de travail, une discipline de fer sera nécessaire (3). Ces « simples soldats de l’industrie » seront soumis au « despotisme » de touteune hiérarchie de sous-officiers et d'officiers (4).

Fils de l’industrie capitaliste, ce prolétariat, dès sa naissance, va lutter contre la classe triomphante qui préside aux destinées de cette industrie, et c’est au cours de cette lutte qu'il se constituera en classe pour lui-même. En effet, vis-à-vis de ses maitres,

1. Cf. Engels, la Condition des classes ouvrières en Angleterre.

2. Marx cite un meeting tenu à Nottingham en vue d'obtenir la journée de dix-huit heures. Cf. Capital, chap. X.

3. « La subordination technique de l’ouvrier à la marche uniforme du moyen de travailet la composition particulière du travailleur collectif d'individus des deux sexes et de tout âge créent une discipline de caserne parfaitement élaborée dans le régime de fabrique. » Le Capital, chap. XV, $ 4. — Cf. A. Labriola, op. cit., chap. VII.

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