Cf. Sorel, Réflexions sur la violence, p
c’est la race des producteurs qui sauvera le monde, en se révoltant contre l’exploitation de ses maîtres dégénérés. Il semble, au premier abord, que nous soyons ici dans la pure tradition marxiste, le prolétariat assumant à son tour le rôle de civilisateur, d’après les tableaux du Manifeste, en prenant la direction « des forces productives. Mais Engels et Marx avaient repris à leur compte le thème traditionnel de la fatalité capitaliste », en l’exprimant sous la forme plus rigoureuse des lois de concentration et de paupérisation croissantes : dans cette conception le prolétariat pouvait n’apparaître que comme le servant d’une évolution économique impersonnelle. Les théoriciens du syndicalisme ont abandonné cette manière de voir : selon les uns (1) Marx a fait erreur en affirmant l’existence de germes de mort immanents au régime capitaliste, parce qu’il ne pouvait saisir les conditions exactes de la grande production mécanique. D’autres estiment axec M. Sorel que cette affirmation des lois de tendance répond à la préoccupation essentiellement éducative et pratique de tracer « une esquisse fortement colorée qui donne une idée très claire du changement,mais dont aucun détail ne saurait être discuté comme un fait historique prévisible » (2). Il y a là un excellent moyen,
1. Cf. Labriola, la Castastrophe capitaliste,ch. IX (Karl Marx). 2. Cf. Sorel, Décomposition du marxisme, p. 58.
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selon eux, de fournir « des bases à l’activité pratique » (1),mais pas autre chose. Tous sont d’accord pour dire aux producteurs, avec M. Lagardelle : « N'ayez foi qu’en vous seuls. Le salut est en vous. Le monde ne sera que ce que vous le ferez (2). » — «Il n’y a pas de nécessité objective à ce que le socialisme se réalise » (3) insiste M. Berth. Le régime capitaliste ne s’écroulera que sous l'action personnelle du prolétariat : si ce dernier n'intervient pas, il est susceptible de se maintenir indéfiniment plus ou moins dégradé et dépouillé de sa haute valeur civilisatrice.
L’affranchissement des producteurs doit sauver le monde d’un effondrement moral ; c’est dire qu’il est subordonné à un progrès spécifique des mœurs prolétariennes destiné à provoquer un grand développement de la moralité générale (4). Cette définition éthique (5) du socialisme que l’on rencontre à l’état diffus, dans toute l’œuvre de Proudhon, a été fortement développée et méditée avec profondeur par les théoriciens du syndicalisme.
1. Cf. Sorel, Avenir socialiste des syndicats. Librairie de l’Art social, 1898.
2, Cf. Lagardelle, in Parti socialiste et C. G.T.