‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 138 sur 331 · INSTRUCTIONS DE GAMBETTA AUX PRÉPETS · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DE GAMBETTA AUX PRÉPETS

laissa Rivière larmoyer sur la République universelle en compagnie de ces « démocrates qui, ayant voyagé ou guerroyé en beaucoup de pays, avaient fini par ne plus tenir bien décidément a aucun1» ; il s'enferma, lui, et travailla pour la patrie2.

Les préfets qu'il avait nommés en province ou les ardents républicains qui s'étaient euxmêmes installés3 brûlaient de venger sur les généraux de l'Empire la capitulation de Bazaine : Gambetta sut comprendre qu'en présence de l'ennemi rien ne pouvait être plus déplacé que des taquineries d'opposition politique. « Je vous en conjure, écrivait-il à Esquiros à Marseille : réfléchissez que la politique du Gouvernement, c'est

voyaient à l'armée prussienne en disant : « Nous ne sommes point venu3 pour chercher la gloire militaire, mais pour défendre la République française au nom de la fraternité humaine, dont nous n'avons jamais entendu exclure le peuple allemand. » (Etats-Unis d'Europe, 1er mars 1877.)

1. Cette cinglante expression est d'Emile Montégut, Libres opinions morales et historiques, p. 371.

2. Steenackers, Histoire du Gouvernement de la Défense nationale en province, II, pp. 16-18. — Moins d'un an après ces événements, Armand

Rivière lui-même publiait une brochure pleine d'amertume contre Gambetta, qu'il accusait d'avoir voulu ménager, en accueillant froidement Garibaldi, les puissances monarchiques étrangères, les généraux de l'Empire et les préjugés de chauvinisme (Trois mois de dictature en province : le Gouvernement de la Défense nationale à Tours, p. 101. Paris, Dentu, 1871). Cette brochure de Rivière est l'un des premiers symptômes du mécontentement du vieux parti républicain contre le jeune tribun.

3. Voir, par exemple, la lettre de M. Esmenard du Mazet, préfet de Digne, dans l'Enquête sur la Défense nationale, dépêches télégraphiques officielles, I, p. 23 : « Pour ce qui est des chefs militaires, il est évident qu'ils regrettent tous l'Empire, auquel ils tenaient comme les prétoriens aux Césars. » Et le préfet propose qu'on forme des groupes de dix à douze départements sous l'hégémonie d'un commissaire général de défense, qui, seul, aurait autorité sur les généraux et les préfets. — Un journaliste radical, dans le Gers, appelait contre les officiers de la garde mobile, qualifiés de « héros du plébiscite », la « providence des balles perdues » (Rapport de M. de Rességuier. p. 41).

la défense nationale, et uniquement la défense l.> Le frère d'Eugène Spuller eût voulu, comme préfet de la Haute-Marne, faire peser une certaine hégémonie sur l'autorité militaire ; Gambetta chargea Spuller de calmer ce zèle préfectoral2. « Quelques têtes chaudes, télégraphiait-il au Gouvernement de Paris, voudraient Garibaldi à la tête de toutes nos forces dans l'Est; mais je lui maintiens avec énergie son caractère de chef de volontaires3. » Nul acte, surtout, ne fut plus décisif que sa proclamation du 1er novembre, qui témoignait à l'armée, hier encore servante de l'Empire, qu'elle avait été trahie, mais non déshonorée, par Bazaine ; sa préoccupation, ce jour-là, fut de séparer la cause de l'armée française et celle du maréchal, et de prévenir ainsi les confusions que les adversaires acharnés du militarisme auraient voulu perpétuer4.

D'ailleurs, l'expérience aidant, les plus chaudes têtes du jeune parti commençaient à branler, sceptiques, en présence des armements improvisés et des hiérarchies improvisées. C'est Duportal luimême qui, le 19 janvier 1871, devait télégraphier à Gambetta : « Ce qui manque le plus dans l'organisation du camp de Toulouse, c'est l'usage des traditions militaires5. »Ni le zèle de Duportal et de

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