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INQUIÉTUDES MAÇONNIQUES

des lois scolaires, elle désirait accélérer l'avènement d'une loi militaire nouvelle, qui diminuerait la durée du service et marquerait peut-être une étape vers la constitution d'une armée de milices. Si la Ligue pouvait, comme le disait un de ses conférenciers, envoyer au régiment des soldats presque tout faits, la réduction du service ne subirait plus d'obstacles1. Sur cette pente, les imaginations allaient bon train. « Je crois que nous plantons là les premiers jalons de l'avenir », écrivait à Macé le fondateur du cercle cantonal de Nuits ; et l'ancienne théorie républicaine des levées en masse revenait en faveur. « Il appartient à la Ligue de l'Enseignement, disait un secrétaire de cette Ligue, de chercher à obtenir que les moyens de maintenir l'indépendance nationale contre toutes les convoitises de l'intérieur ou de l'extérieur soient mis à la disposition du peuple2. » Le pasteur Dide affirmait que, « si la France, en 1870, avait eu à combattre après trois ans de bonne république, on aurait vu se reproduire le magnifique élan et peut-être les grandioses victoires de la Révolution Française3. » C'est en vain que la science historique avait prévalu contre la folle

1. Le Bulletin de la Ligue de l'Enseignement (1884, p. 101) cite une circulaire de Jules Ferry : « Lorsque les jeunes gens, en arrivant sous les drapeaux, n'auront plus qu'à compléter leur éducation militaire, ainsi se trouvera résolu le problème de la réduction du service militaire. » — Cf l'une des conférences patronnées par la Ligue (Bulletin, 1885, p. 134). — C'est en déplorant « le temps passé obligatoirement sous les drapeaux » que la loge les Zélés Philanthropes adhérait au mouvement d'éducation civique et militaire (Chaîne d'union, mai 1884, p. 195).

2. Discours de M. Marsy au Congrès de Rouen (Bulletin de la Ligue de l'Enseignement, 1886, p. 179).

3. Conférence du 12 mars 1884, publiée dans le Compte Bendu du Cercle parisien de la Ligue de l'Enseignement, 1885, p. 163. — Le même orateur, le 20 février 1887, tend la main à M. Jules Gaillard (de Vaucluse), actif

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légende des volontaires de 1792, et c'est en vain que Gambetta et Chanzy avaient proclamé la nécessité de l'esprit militaire dans une troupe: Dide et Macé parlaient toujours comme autrefois Garnier- Pagès. Ils interprétaient le projet de loi que l'année 1889 vit aboutir comme une première complaisance à l'endroit de leurs rêves; peut-être n'avaient-ils pas tort. Attelés au succès de ce projet de loi, ils tenaient à répéter et à prouver que le jeune Français désirait ou recevait une éducation préparatoire assez sérieuse pour mériter un allégement du séjour de la caserne1. C'est à quoi tendait leur activité «patriotique».

Une déplaisait pas à Macé, sans doute, d'apprendre que dès 1885, ses amis des Congrès genevois et des Etats-Unis d'Europe protestaient contre l'« éducation militaire et haineuse » donnée dans les écoles2, et qu'ils organisaient des conseils internationaux pédagogiques3, voire même une Société de la Paix4

auxiliaire du mouvement genevois en faveur des «Etats-Unis d'Europe» (Compte Rendu du Cercle parisien de la Ligue de l'Enseignement, 1886, p. 120).

1. Le Compte Rendu du Cercle parisien de la Ligue de l'Enseignement (188G, pp. 88-99) donne la liste des journaux qui réclament l'obligation de l'éducation militaire à l'âge de dix-sept ans.

2. Au dîner de la Paix du 13 février 1885, Desmoulins et M. Limousin protestent contre V « éducation militaire et haineuse donnée dans les écoles» (Etats-Unis d'Europe, 21 février 1885).

3. Etats-Unis d'Europe, 19 septembre 1885 : le Congrès de la Ligue de la Paix et de la Liberté, tenu à Genève, vote, sur la proposition de Molkenboer, de Bonn, et sur le rapport de Mlle Toussaint, le principe d'un « conseil permanent international d'éducation, mais sous la réserve que les membres ne seront point nommés par les Gouvernements, et qu'on ne fera jamais passer l'amour de la paix avant les droits imprescriptibles de la justice et de la liberté».

4. Etats-Unis d'Europe, 8 janvier 1887 : fondation, le 4 novembre 1886, d'une Société française de la Paix par l'éducation. — Id., 2 avril 1887 : conférence de M. Yves Guyot sous le patronage de M. Vincent, inspecteur primaire, président de cette Société. — Id., 22 septembre 1888 :

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