‹ L'idée du sacerdoceChapitre 23 sur 47 · II. Trois raisons du Sacrifice · texte numérisé non relu

II. Trois raisons du Sacrifice

Pour ce qui regarde les hommes nous ^ avons trois motifs d'oîTrir le Sacrifice, je veux dire que le Sacrifice est établi pour trois raisons.

ï! est premièrement institué pour adorer Dieu et honorer ses jjerfeclions infinies , mais trois particulièrement : !« Sa sainteté qui le rend si grand, si saint , si relire en lui-même , si éloigné des créatures, que pour le reconnaître et déclarer que la créature n'est pas digne que Hieu la regarde, tant i! est saint, elle est détruite et consumée en sa présence : et c'est le sens de ces paroles du Psaume 21 : Mon Dieu, mon DieUj "pourquoi m'avez- cous abandonné , attribuées au S^ils de Dieu en son sacrifice ; Tu autem in Sancto habitas , laus Israël ! à mon Dieu ! vous qui faites la gloire d'Israël , vous êtes si saint , si retiré en vous-même , et dans votre sainteté tellement éloigné de la ^ créature, que vous ne daignez pas me re- ;

garder , 'quoique je sois votre Fils. 2" Sonsouveraifi cloinùiiie, non seulement sur la vie et la mort , mais sur l'être même : car Dieu seul est l'asiieur de l'êlro, et il n'y a que lui seul qui {3uisse le donner; ce que Saint Thomas prouve ainsi. Les causes doivent être proportionnées à leurs effets ; et plus les effets sont universels, plus aussi leur cause doit-elle être universelle. 11 faut donc qtie l'être qui est chose générale , et l'efTet le plus universel qui soit dans la nature , se rapporte nécessairement à la cause la plus universelle, qui est Dieu. Il y a pourtant un grand différent sur ce sujet entre Saint Thomas et quelques auteurs, comme Vasquez et Suarez : car ceux-ci nient que Dieu soit seul auteur ds- l'être , et ils soutiennent q(je les parents donnant l'être humain , donnent absolument l'être ; mais ils ne prennent pas garde que les causes secondes n'agissent que selon qu'elles ont Dieu en elles , et qu'ainsi leur opération n'est pas différente de celle de Dieu , et est plus de Dieu que des causes secondes. L^action de Dieu est absolument nécessaire à celle des créatures; et par conséquent il est vrai de dire que Dieu seul est celui qui donne l'être.

— /«8 — Le Sacrifice étant institué pour reconnaître Dieu , comme auteur de tout l'éire, et pour honorer son souverain domaine sur l'être , il demande la consomption et la destruction entière de l'être : et si les sacrifices ne sont pas consommés par la mort des hosties et des victimes , cela vient de l'imperfection du culte humain , et de l'impuissance de l'homme qui ne peut rien davantage. De sorte que la mort n'est proprement qu'une représentation do celte entière destruction de l'être , qui devrait se faire dans le sacrifice en hommage de l'être divin et de son domaine sur tout l'être créé.

Il s'ensuit de là que tout sacrifice de^ mande bien la destruction , mais non pas la mort de la victime : la mort n'étant qu'une des manières dont les clioses peuvent être détruites , ou qui représentent la destruction des choses. D'où vient qu'elle se faisait autrefois en diverses manières : car par exemple, les pains de proposition étaient détruits par la manducation et consumés par le feu naturel de l'estomac , l'agneau pascal cl d'autres encore par la mort, quelques-uns par le feu. Dansl'étaî d'innocence

il y eût eu des sacrifices, puisqu'il y eût eu une religion ; mais il n'y eût point eu de sacrifices , dont les victimes eussent été consumées par la mort ; car la mort n'est entrée dans le monde que par le péché , selon Saint Paul.

En troisième lieu , le sacrifice est pour honorer la plénitude de Dieu , c'est-à-dire pour reconnaître que Dieu se suffit à luimême , et que nulle créature ne lui est nécessaire. Jésus-Christ même lui dit par la bouche du Psalmiste : Vous êtes mon Dieu , vous n'avez nul besoin de tous mes biens : Dixi Domino : Deus meus es tu , qucniani bonorum meorum non cgcs. Ps. 15. 1. Oui , Dieu est si parfait , que toute créature lui est inutile, et que quoi que Ton puisse faire, on est toujours à son é^ard des serviteurs inutiios selon le sens de ces paroles : servi inutiles sumus : inutiles à Dieu » mais non pas à ses œuvres, comme on doit répondre aux hérétiques, qui se servent mal de ce texte pour rejeter le mérite des bonnes œuvres. Il faut , dis-je, répondre qu'il est vrai que nous sommes inutiles à Dieu , mais que nous pouvons être utiles à son ouvrage

et à son Ef^lise. La première fin du sacrifice est donc d'honorer Dieu dans sa sainteté et dans son souverain domaine, dans sa plénitude et dans toutes ses perfections. Les holocaustes , où l'on consumait par le feu toute la victime , étaient institués dans la loi à cette intention , et marquaient plus distinctement ce dessein que les autres sa-

2" Le Sacrifice est offert à Dieu en action de grâces et j)our lui faire hommage de ses dons. C'était pour celte même fin qu'on oiïrait dans l'ancienne loi les sacrifices appelés [)acifiques.

3^ Pour payer à la justice de Dieu la satisfaction qui lui est due à cause de nos péchés et nous le rendre propice. C'est ce que faisaient les sacrifices anciens appelés pro peccato , qui étaient institués pour celte fin.

in. Le Sacrifice de Jésus-Christ

siifpd seul.

Nous n'avons plus maintenant cette multitude , ni cette diversité de sacrifices ; le Sacrifice de Jésus-Christ satisfait à ces trois devoirs , et suffit seul à remplir la vérité

de toutes Tes espèces ditlérentes des sacrifices anciens. C'est pourquoi le Fils de Dieu entrant dans le monde dit : vous n'avez point voulu d'hostie ni d'oblation , mais vous m'avez formé un corps; vous n'avez point agréé les holocaustes , ni les sacrifices pour le péché : alors j'ai dit : Me voici ; je viens selon qu'il est écrit de moi , pour faire ^ ô mon Dieu, votre volonté. Ilébr. 10. 5. Par ce texte de Saint Paul, qui nous apprend les intentions que Jésus-Christ a eues en s'offrant à son Père , ou plutôt qui nous les fait entendre par les paroles du Fils de Dieu même , il est clair que son corps a été substitué aux holocaustes établis pour adorer Dieu , aux hosties pacifiques que l'on offrait en action do grâces, aux autres sacrifices expiatoires du péché , ei enîin à toutes les espèces d'oblations instituées de Dieu dans l'ancienne loi.

C'est donc une excellente manière de satisfaire à ces irois devoirs du sacrifice que de donner et d'offrir Jésus- Christ ^ Dieu son Père. Car par ce moyen nous entretenons ce divin commerce que la Religion établit entre Dieu et les hommes en parlant à Dieu, non seulement comme .Moïse face

à face , mais à son cœur, dans l'intime de son esprit et par sa propre parole , qui est Jésus-Christ la vérité , la perfection et la fin de tous les sacrifices de l'ancienne loi.

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