‹ L'Idée évolutive; [fragments d'œuvres & commentairesChapitre 8 sur 16 · ACCOMPAGNEMENT · texte numérisé non relu

ACCOMPAGNEMENT

Dans le lit suprême, sur le dos couchés, les puceaux fauchés à rage où l'on aime,

s'éplorent, oh ! oui :

frustrés de Tétreinte des Filles sans feinte, ils n'ont pas joui!

Mais ils font quand môme un rêve inouï, car ils ont ouï, narguant la mort blême,

les rameaux penchés que la lune teinte, chanter la complainte des quatre péchés. . .

Mais les besoins du Cœur et les leçons de TArbre, toi seule les connus, Vénus de Médicis, déesse qui n'es plus qu'une putain de marbre l

Exaltés par l'Ylang et le Corylopsis,

déçus par les baisers de nos contemporaines,

nous t'évoquons avec un espoir indécis. . •

Que ton passé renaisse et que tu nous entraînes aux lieux où Cléomène, ivre du vin des forts, Voulut éterniser tes formes souveraines.

Tu passas dans la vie en folle de ton corps, tes lèvres, sans compter, prodiguèrent Tivresse, flûte et lyre à Taube unissant leurs accords !

Ah î nous te regrettons, Phryné, bonne déesse. Seule tu fus heureuse, et seule tu nous plais I dans ce monde où la chair n'a plus une prêtresse

si les goujates ont d'innombrables valets, — nous portons à jamais le deuil des splendeurs mortes, le deuil de Tharmonie et des plaisirs complets.

Nos appétits formés en brutales cohortes — lamentent longuement et maudissent le jour où les filles du Christ devinrent les plus fortes,

où Prométhée en pleurs accepta le vautour, où la Bacchante fuit en criant d'épouvante à la terre espérant vainement son retour,

où la Femme, oubliant la nature vivante,

s'éprit du Mysticisme, impur révélateur

des stériles ardeurs que l'impuissance invente !

Le corps, en holocauste offert au Créateur, voyant l'àme infidèle aux vérités trompées, a cherché dans l'Ignoble un sûr consolateur :

Hiennes qui passez, de chasteté drapées, vous le savez bien, car vous baissez les yeux, p cacher vos désirs discrets de priapées. -

s avez relégué Fidéal dans les cieux ; |;

3 avez mécompris Tobscure parabole p;l

)isé le passé d'un regard orgueilleux :

ien ! Ton vous dédaigne, et la multiple idole mt aux mauvais lieux ses seins et ses fessiers ingé la Vénus dont vous niez l'auréole.

oui. Ton vous oublie, et quoi que vous fassiez ? qu'un charme inédit esthétise vos robes, 3 n'aurez que l'encens d'adorateurs grossiers.

ous ne connaîtrez ni les passions probes, amour ample et doux qui fut la volupté cerveaux primitifs aux incomplexes lobes.

3 pour que l'on revienne à la réalité, Lormal du coït, aux désirs sains et vastes, 9 lutterons ainsi que vous avez lutté.

ious vous combattrons, ô Chrétiennes néfastes méprisez la chair et voulez contenir itisme ingénu des simples et des chastes,

instinct oublié qui se met à hennir, à des gestes faux et des phrases redites j fera malgré vous ardemment revenir

brutalité des sales Troglodytes.

Les seuls Débauchés que rame intéresset connaissent l'ivresse des quatre péchés.

Mais que nul ne dise au banal viveur Fétrange saveur de la friandise :

c'est l'Orgueil, sauveur des forts en détresse ; la noble Paresse, amène au rêveur,

et la Gourmandise, légitime chez ceux qui sont touchés par la Paillardise. • •

La roulade redit les refrains de l'aiguail et les rais de soleil parmi les marguerites, et nous, cherchant Tamour selon de sales rites, quand la nuit assombrit le couchant de corail, nous faisons de la ville un monstrueux sérail. Le gaz blafard tremblote au vent des avenues, il voile rimpudeur des Filles sans désir attendant qu'un passant consente & les choisir

malgré Técœurement des phrases convenues.

Hélas ! chercher Tamour au hasard du trottoir, de rironie aux yeux, du mépris à la bouche, et jeter sa jeunesse à la volupté louche, comme on jette une ordure à quelque dépotoir ! Les élus de vingt ans, en proie aux nobles ûèvres» restés fervents devant la chasteté du nu^ pour supporter la vie, hélas I ils n'ont connu rien que le flirt légal des demoiselles mièvres ou les baisers payés qui salissent les lèvres, et non pas le bonheur d'un amour ingénu I • . . Les seins d'adolescente aux grâces d'églantine^ la fraîcheur du sourire et l'émoi des aveux, les lèvres effleurant en tremblant les cheveux, les fleurs de voluptés où la candeur butine, tout cela, pleurons-le ! Paradis puéril, nous ne savons plus croire à ton fragile avril I . • .

La roulade redit les refrains des rosées, les gazouillis de source et les cris des bouvreuils : la plaine s'apitoie au lointain, sur nos deuils, sur les fatalités par la vie imposées.

Dispensant les parfums des octaves blafards, la roulade célèbre, au long des boulevards les caresses de Femme à tous les hommes dues et l'éternel désir des choses défendues. • • Vagu^ du rêve I ardeur de sève ! ampleurs des sons ! Dans la nuit printanière il passe des frissons : la roulade se fait séductrice et canaille, et les longues clameurs, les appels polissons font tinter aux lointains une telle sonnaille que le Mâle est heureux que sa fierté s'en aille.

Il écoute sa chair lui réclamer ses droits :

trompant votre égoïsme et vos calculs adroits, il vous fera Tinjure^ ô les Filles honnêtes, d'aller vers les putains, meilleures que vous n'êtes !

Va les trouver, Pubère, et sois reconnaissant, car elles te rendront digne des nobles tâches. Les mendiants d'amours décentes sont des lâches : de leur bêlant troupeau, sors en les flétrissant ! se faire mannequin pour plaire à des poupées, au Bol conventionnel boire à larges lampées dans le fallace espoir d'une Aimée au cœur sûr ? Les fleurs de l'idéal^ nous les avons coupées^ et comme il ne faut pas que nos forces trompées puissent mettre jamais le progrès en péril, puisque l'homme déchoit s'il ne reste viril, que l'épouse est néfaste aux âmes bien trempées, nous chantons votre los ! ô putains, bonnes sœurs, des instincts éternels nécessaires servantes qui savez satisfaire, avec des mains savantes les désirs fugitifs qui troublent les penseurs !

La roulade redit le chœur impopulaire

des tristes impuissants qui ne savent les Jeux :

Le roc, sans fleurs, sans âme, et volontiers neigeux,

les ice-bergs voilés par la brume polaire,

et la chauve-souris qui frémit de colère

et fait signe à la mort avec son vol^ffreux !

Vendeuses de plaisir, vous aurez pour salaire, aux jours de l'Altruisme, hélas! lointains encore, l'hommage repentant des possesseurs de l'Or.

Et le vulgaire las de vous cracher sa glaire,

le tas vil des Bourgeois, des Prêtres, des Pédants, trafiquants de luxure, en nos temps impudents, repus qui vous forçaient à vivre dans la boue, accepteront la gifle, et vous tendront la joue ! Et les Justes diront que vous avez sauvé les cérébraux actifs de Thumiliant stage auprès de la Correcte au cynisme prouvé.

C'est assez pour avoir de la gloire en partage ! songez à l'avenir et relevez le front :

un Jour, sur les débris des morales éparses, les hommes clairvoyants enfin célébreront votre œuvreabsolument sublime, pauvres garces ! . .

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