‹ L'idée moderne du droit (volume 2)Chapitre 10 sur 77 · Histoire de la Philosophie, t. IV, p · texte numérisé non relu

Histoire de la Philosophie, t. IV, p

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rait mal compris les lois de la mécanique; il en est d'antres qui comprennent mal les lois et le sens du mouyement nationat : leur erreur de direcuon est une erreur de droit.

Le mouvement national a lui-mâme sa justification dans l'éTolution universelle, cette providence du panthéisme si souvent invoquée de nos jours. Si la puiasance nationale est réelle, c'est qu'au fond elle est rationnelle. Selon Hegel, une nation ne s'élève sur les ntres que soutenue par une idée. Tant qu'elle sert l'évolution du monde, « mouvement d'an tout qui se connaît, » les autres nations, en perdant leur force, < perdent leur droit. » Le peuple allemand en particulier est le peuple élu de la philosophie. « Nous avons reçu, disait Hegel on 1816, la mission d'être les gardiens de ce feu sacré, comme aux Eumolpides d'Athènes fut confiée la conservation des mystères d'Eleusis, et aux habitants de Samothrace celle d'un culte plus pur , ainsi que l'esprit universel avait donné au peuple d'Israël la conscience que de son sein il sortirait renouvelé ' »

Ce qui fait la force des individus et des générations, c'est, avons-nous vu, l'esprit national qu'ils portent en eux; l'esprit national à son tour ne peut devenir la force suprême qu'en s'identiâant avec l'esprit des autres peuples : par une expansion nécessaire, il tend

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à les absorber en bii. Chaque indiYidu voudrait être ^ la nation, chaque nation voudrait être le inonde. W JN^ouvelle m^nifestation'du droit de la force : ce droit s'exerce de peuple à peuple, et le destin, par la guerre, tranche les questions; car le destin est une justice, et, dans les rapports des nations entre elles comme dans les rapports de la nation à Pindividu, ce qui est réel est rationnel. € La guerre, forme absolue du duel, vient se placer entre le meutre et la vengeance : c'est le besoin de la destruction et un affranchissement nécessaire. La destruction en effet, selon Hegel, affranchit l'être de ses formes ou déterminations présentes, et rétablit < l'absence de détermination » d'où sortiront des formes nouvelles. « Cette destruction s'est montrée dans toute sa sauvage beauté en Orient, où elle avait pour représentants Tamerlan et Gengiskan, qui, comme des balayeurs envoyés de Dieu, nettoyèrent des contrées entières. » La guerre est une dialectique en action. Hegel, faisant d'avance la théorie de cette brutalité même que ses compatriotes devaient plus tard montrer à l'Europe étonnée, aboutit à ces formules bizarres : « Le fanatisme de la destruction, puisqu'il est l'élément absolu et qu'il prend la forme naturelle, est invincible par le dehors, la différence et la détermination étant soumises à l'indifférence et à l'indétermination. » Heureusement Hegel nous apprend que le génie destructeur s'anéantit lui-

même par son excès : « comme toute négation en gè< néral, il contient en soi sa négation ; la marche de la destruction naturelle vers la destruction absolue constitue la rage, qui a sa négation en soi. >

Telle est la métaphysique de la guerre; de nos jours, où Ton vit encore en Allemagne sur le fonds de Hegel, on fera l'esthétique de la guerre. En 1873, dans une leçon sur la guerre et les arts, M. Frédéric Vischer célébrait la beauté du terrible, et allait jusqu'à présenter la guerre comme un remède aux ennuis de l'existence commune. «Je ne sais quelle inquiétude . et quelle angoisse pèsent sur la vie; il n'est pas besoin d'être lâche pour être par moments opprimé de lugubres appréhensions, pour démêler sous les êtres qui nous entourent comme autant de menaces et de fantômes. » Voilà une angoisse toute romantique et germanique, née du symbolisme universel. Il y a plus d'une manière, selon M. Vischer, de secouer cette angoisse; « Tune des plus efficaces, c'est de se mêler aux mouvements fougueux de la guerre. Celui qui ne compte plus avec la vie éprouve, au milieu des images de mort qui l'assaillent de toutes parts, un reconfort intime; les nuages qui l'obsédaient se dissipent, et il jouit de la vie elle-même avec plus de plénitude et d'intensité. »

De leur côté, les théologiens, lecteurs assidus de l'Ancien Testament et adorateurs du Dieu des armées.

s'accordent avec les philosophes pour ériger la gaerre en œuvre sainte et pour donner raison an plus fort-Les. hétérodoxes, comme Strauss, ne le cèdent en rien aux autres. « Une intelligence plus profonde de l'histoire nous a appris que c'est l'instinct d'expansion des peuples qui éclate dans l'ambition des conquérants, et qu'ils ne sont que les représentants d'aspirations générales • La suppression de la guerre n'est pas moins chimérique que la suppression des orages, et ne serait pas moins dangereuse. Vultimn ratio des peuples sera, dans l'avenir comme par le passé, le canon. »

La théorie hégélienne de la guerre, par un progrèsnouveau, ne pouvait manquer de se combiner avec 1 théorie germanique des races et avec le syitème de Darwin. A la puissance des individus, â celle du temps, à celle des peuples, succède la force des races, et par conséquent le droit des races que la lutte des nations fait surgir. Sous cette nouvelle forme, le droit de la force essaye de se justifier absolument en se révélant comirie la loi de la nature entière. Pour faire le triage des espèces qui méritent la vie et de celles qui doivent périr, la nature n'a eu qu'à laisser agir à travers les longues périodes des anciens âges les lois mécaniques de la force; cette apparente brutalité est sagesse, cette force est droit. Les plus forts en effet ne sont-ils pas ceux qui, grâce à une supériorité naturelle ou acquise, se trouvent le mieux en

harmonie avec les conditions nouvelles de Texistence, et qui, dans le mécanisme de leurs organes, ont devancé l'avenir? Les grands arbres étouffent les petits et leur enlèvent la lumière du soleil avec la sève de la terre; mais c'est en se nourrissant des débris de ces arbustes inférieurs qu'ils dressent de plus en plus haut leur tête, signe d'une race perfectionnée. La même loi de guerre et de sélection mécanique régit l'humanité. « Dans le monde de l'homme comme dans le monde animal, ce qui règne, dit Schopenhauer,

c'est la force et non le droit Le droit n'est que la

mesure de la puissance de chacune » M. Alexandre Ecker aboutit aux mêmes conclusions dans son étude sur la sélection naturelle appliquée aux peuples. € La dernière guerre, dit-il, nous fournit la preuve que 'histoire des nations repose également sur des lois naturelles et se compose d'une série de nécessités absolues, série dans laquelle la balance penche toujours du côté du progrès 2. »

Avon&-nous atteint, avec la puissance supérieure des races, le terme des évolutions accomplies par cette mouvante philosophie du « droit historique ?» — Les admirateurs des triomphes de la Prusse voudraient bien s'en tenir au point où nous sommes parvenus,

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