DerEinsige und sein Ergenthum, p
2. C'est là, semble-t-il, la pensée intime de M. de Bismarck, bien qa'il n'ait l»as employé expressément la formate qu'on lui attribue : la force prime le droit. Cette témérité de langage eût été du reste peu compatible avec la pmdence politique du ministre-président. Dans la séance du 27 janvier 1863, il y -eut une discussion entre la chambre et la couronne k propos de l'usage illégal du budget par le gouvernement. M. de Bismarck, après s'être efforcé de représenter la violation des lois constitutionnelles comme une application de ees lois mêmes, laissa entendre que si le parlement n'accordait pas les subsides, le gouvernement les prendrait. <— « Un homme d'État d'une grande expérience en matière de constitution a dit que toute la vie constitutionnelle n'est qu'une «uite de compromis. Que l'un des pouvoirs veuille persister dans ses propres vues avec un absolutisme dœtrinairet la série des compromis se trouve interrompue; à leur place naissent les conflits, et comme l'existence de l'État ite peut s'arrêter, les conflits dégénèrent en questions de force ; car celui qui a la force en main continue d'avancer dans le sens qui est le sien, parce que la lie de l'État, je le répète, ne peut s'arrêter un Instant. » Le comte de Schwerin, •dans sa réponse, traduisit cette théorie soi-disant constitutionnelle en ces termes : « La force prime le droit. » Le ministre-président ne pouvait accepter une formule aussi précise. « Je ne me souviens pas, répliqua>t-il, d'avoir réelr lement employé de pareilles expressions, et malgré U$ marques d'incréduUté avec lesquelles vous accueillez ma rectification. J'en appelle i votre mémoire; si
jurisconsulte et du politique ne diffère pas, au fond, du travail de l'ingénieur : organisation d'une armée et organisation d'un pays, opérations militaires et lois civiles, tout est affaire de. mécanique ; la méca-
elle est aassi sftre que la mienne même, elle vous dira qae j'ai simplement exprimé ce qai suit : j'ai conseillé un conpromis, parce que sans cela doivent se produire des conflits, que ces conflits sont des questions de puissance, et que, la vie del'Éiat ne pouvant subir de temps d'arrêt, celui qui se trouve en possession de la puissance serait dans la nécessité d'en user. » On sait comment M. de Bismarck en usa en effet, et de quelle manière le même parlement qui avait refusé les subsides, accorda plus tard au gouvernement un bill d'indemnité pour l'illégalité de sa conduite. Le succès justifie tout. M. de Bismarck, cependant, tenait à se délivrer de la formule devenue populaire dans laquelle on avait résumé sa théorie et sa pratique. « Je me permets, dit-il, dans la séance du 12 mars 1869, de rappeler que la fameuse maxime : la force prime le droit,, dont je ne me suis jamais servi, est sortie de la bouche de M. le préopinant (le comte de Scbwerin). » Ce dernier répondit qu'il n'avait pas voulu mettre dans la bouche du eomte de Bismarck la maxime en question ; il s'était borné à dire que les paroles prononcées par le ministre président « culminaient dans cette idée que la force prime le droit, » et il maintenait encore aujourd'hui une telle interprétation. — Il faut croire que M. de Bismarck avait à cœur de se disculper, car il revint encore sur ce sujet dans la séance du 1" avril 1870. « Ces mots ne sont pas plus sortis de ma bouche que celui de la force prime le droit , et autres inventions semblables. C'est vraiment un tort, suivant moi, que de prendre à l'égard des paroles dites par le représenunt du gouvernement fédéral, cette liberté de leur faire subir de petites, je n dirai pas falsifications, mais exagérations, comme on le fait pour les paroles^ d'autres collègues, lesquelles n'ont pas autant de poids en Allemagne et àrélranger. » Même rectification dans la séance du 1*' avril 1871. — Ce qui nous intéresse ici, en définilive, c'est de savoir quelle théorie se dégage des paroles de M. de Bismarck. N'est-ce pas la suivante? Ce qu'on appelle en France le droit et en Allemagne le droit abstrait n'existe pas, et la force supérieureavance toujours dans sa direction propre, sans autre règle qu'elle-même; si Telle peut s'entendre avec les autres forces, il y a compromis; si elle ne peut s'entendre, il y a conflit ; le gouvernement, représentant la vie de l'Eut et ayant en main la force, se passe au besoin de l'approbation du parlement. En deux mots : Donnez-moi votre concours, et, si vous me le refusez, je passe outre. — Mais, pourra-t-on demander, si le peuple allemand, se trouvant en possession de la force et jugeant que la vie de l'État — c'est-à-dire la sienne — ne peut s arrêter, en usait pour renverser le gouvernement, aurait-il à son tour le droit par cela même qu'il aurait la force? M. de Bismarck a-t-il songé à cet conséquence nécessaire de sa métaphysique politique, ou trouverait-il jdans- Hegel une autre thèse pour contredire la précédente ?
nique, à laquelle viennent se réduire les autres sciences, est la vraie logique de la force où s'accomplit ridentité cherchée entre « le rationnel et le réel ; » elle est pour Thuinanité, comme pour la nature, cette justice armée d'une balance où le poids le plus fort entraine le plateau.
PERFECTIONNEMENTS QU'ON PEUT DONNER A LA DOC- TRINE DE LA FORCE. IDÉAL QU'ELLE DOIT POUR- SUIVRE.
Nous avons suivi, avec les écoles de l'Allemagne, une voie qui aboutit soit à la lutte plus ou moins brutale des individus entre eux, soit à l'absorption de rindividu dans la nation, dans la race, dans Tbumanité et finalement dans le nombre : c'est le fatalisme tour à tour anarchiste et absolutiste. Il semble alors que les objections se pressent contre cette philosophie de la force. — Ériger la force en droit, dlra-t-on aux partisans des écoles allemandes, c'est l'ériger en règle ; mais une règle doit précéder et dominer les choses auxquelles on l'applique : vous, au contraire, vous donnez pour règle de l'action les résultats de l'action même et le succès qu'elle attend de l'avenir. La série de ces résultats n'est jamais épuisée, et ce succès est toujours provisoire. La force est variable, et il n'y a
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point dans rhistoire de puiasmoe définitrrement snpërieixre; dans ce moui^efflent sans fin^ on ne sait sur quoi se fixer. — En oixtre^ le mot de droit n'a aucun sens en votre bouche, s'il n'ajoute pas à la force une idée nouTOlle. De ce que tous êtes le plus fort, vous pouYez simpIeiD^it conclure que tous êtes le plus fort : c'est là, comme dirait Eant» une proposition purement analytique, qui n'aTance à lien; mais vous ajoutez qu^ définitlTe le plus fort a raison. Cette synthèse du réd et du rationnel est-elle suffisamment justifiée ? Ne dépaasonsHious pas la réalité de deux manières, par la peosée et par la Tolontè, en conœ- Tant et en youlant quelque chose de mieux que œ qui est ? Hegel, qui paraissait d'abord suspendre la réalité à ridée et subordonner ainsi Pécole historique à l'école philosophique, finit par soumettre Tidée à la réalité et par diviniser rhistoire. € Donner Tintellig^ce de ce qui est, nous dit-il, tel est le problème de toute philosophie, car ce qui est est la raison réalisée Pour dire ce que le monde doit être, la philosophie Tient toujours trop tard, car, en tant qu'elle ne fait que réfléchir le monde par la pensée, elle ne peut venir qu'après que le monde est déjà formé et tout achevé. > — Il n'y a donc pas plus lieu de critiquer ou de corriger l'histoire que de corriger la nature; c'est Tabsolution implicite de toute injustice et de tout despotisme, c'est un universel optimisme comme dans
Spinoza. Combien Schopenhauer et M. de Hartmann sont plus près du vrai quand ils appellent l'histoire « le rêve confus et pénible de l'humanité ! » On veut que nous nous inclinions devant le fait accompli et que nous adorions le € droit historique, » c'est-à-dire le succès ; mais l'idée, loin d'adorer le fait, le juge, et, loin de le subir, le domine. Autre chose est d'expliquer, autre chose de justifier; de ce que toute réalité est rationnelle en ce sens qu'elle a sa raison dans des causes suffisantes, il n'en résulte pas qu'elle soit rationnelle en ce sens qu'elle aurait sa raison dans une fin suffisante : les métaphysiciens allemands ne devraient pas confondre si facilement dans leurs formules la « causalité » et la « finalité. » Sous ce dernier rapport, la réalité n'est jamais entièrement rationnelle, et c'est ce qui l'obligea un travail sans fin; le rationnel, d'autre part, n'est jamais entièrement réel, et c'est ce qui produit la révolte incessante de la pensée contre les choses. L'histoire des idées, l'histoire intellectuelle, avance toujours ; ' l'histoire physique et politique est toujours en retard. A quoi servirait l'intelligence, sinon à devancer les choses et à les entraîner avec elle ? Le droit n'est pas le fait, c'est ridée en avant sur le fait et lui montrant la direction qu'il doi^ suivre.
Selon la remarque d'un hégélien, M. Arnold Ruge, « tout en continuant avec Kant et Fichte de proclamer
la liberté la fin de Thistoire, la philosophie de Hegel vivait en paix avec tout le monde, même avec la servitude la plus absolue; elle se montra satisfaite de toute situation, de tout résultat actuel, le considérant comme arrivé avec nécessité'. » L'exemple donné par Hegel n'a été que trop suivi en Allemagne : le fatalisme à fini par y étouffer le libéralisme.
Destruction de toute règle fixe au profit des forces variables, absorption de l'idée dans le fait et de la liberté dans le despotisme, est-ce là pourtant le dernier mot des doctrines de F Allemagne contemporaine? La théorie de la force n'a-t-elle point, elle aussi, son idéal qu'elle peut opposer au fait et où elle peut trouver une règle de direction ? Cet idéal ne consisterait-il pas dans une certaine liberté sociale qui n'est point incompatible avec le fatalisme ? Il n'est pas sans importance pour la cause libérale, menacée aujourd'hui par l'Allemagne, de savoir si la liberté ne se recommanderait pas au point de vue même de la force, et si elle n'est point la plus grande des forces.
En ce cas, la doctrine fataliste ne serait pas encore arrivée en Allemagne à la forme définitive qu'elle revêtira dans un temps plus ou moins rapproché. Pour prévoir le développement historique d'une doctrine, il suffit d'en développer soi-même les conséquences