ANGLAISE CONTEMPORAINE
Les premiers qui ont entrepris la critique de la doctrine utilitaire ne l'ont guère pu voir que sous les deux aspects qu'elle avait offerts successivement dans la politique de Hobbes, anarchie au début et despotisme à la an, guerre de tous contre tous et domination d'un seul sur tous; mais de nos jours un mouvement nouveau entraîne la philosophie anglaise vers des régions supérieures ^ Comme les autres
1. De nos jours anssi la critique de l'école anglaise a dû se renouveler et a été perfectionnée, notamment par M. Wiart dans ses Principei de la morale considérée comme science (1862), par M. Renouvier dans sa Science de la morale (1869), par M. Janet dans sa Morale (1873), enfin par les traTaux sortis d'un brillant concours sur la Morale utilitaire (1874). Dans les pages qui Tont suivre» principalement dans celles qui concernent M. Spencer et l'influence de la réflexion sur la sympathie, nous nous sommes plus d'une fois inspiré du Mémoire profond et brillant de M. Guyau sur la Morale d*Épicure et sur la Morale anglaise contemporaine.
grandes écoles contemporaines, l'école utilitaire veut s'élever au-dessus de Tanarchie et du despotisme. Par toutes les voies, même les plus opposées, la pensée moderne tend à un libéralisme final. La liberté, il est vrai, se voit si souvent menacée dans son progrès, qu'elle n'a point trop de tous les arguments pour se soutenir; encore mieux vaut-il être libéral en vue de l'intérêt, ou même en vue de la puissance, que de méconnaître le prix de la liberté. Recueillons donc tout d'abord, puisque les Anglais nous apprennent à ne rien perdre, et réduisons en système les principales raisons que l'école utilitaire peut fournir en faveur de la cause commune.
Le but proposé par l'école anglaise à la philosophie du droit et à la science sociale tout entière n'est autre que le plus grand bonheur de la société humaine. Or, à ne parler même qu'intérêt, la première condition de cet universel bonheur n'est-elle pas l'universelle liberté? Si, par exemple, au lieu de travailleurs esclaves exploités par un maître, une société se coinpose de travailleurs libres qui agissent volontairement et de bon coBuri la somme de la peine est diminuée, la somme du plaisir est accrue : ainsi de toutes les institutions civiles ou politiques. Qui dit contrainte dit souffrance; la contrainte sociale devra donc être réduite au strict nécessaire, et comme aucune loi ne peut exister sans une contrainte, toute