‹ L'idée moderne du droit (volume 2)Chapitre 2 sur 77 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

la vérité, quoi (ju'il en coûte, sous les associations d'idées et les traditions qui la cachent. Peu de conceptions ont résisté à ce travail de la critique moderne, qui leur enlève toute apparence mystique pour les ramener à leurs éléments naturels. Les antiques notions de Dieu, de Tâme^ du libre arbitre, du devoir, ont dû ou se transformer ou disparaître.

Parmi les idées que le progrès incessant de la pensée humaine oblige aujourd'hui à se renouveler pour ne pas périr, celle du droit occupe un des premiers rangs : elle est d'ailleurs inséparable des notions de liberté et de devoir. Le vieux spiritualisme, à notre avis, ne peut plus se soutenir ; les entités métaphysiques auxquelles il avait coutume de faire appel sont aussi impuissantes dans la question du droit que dans celle de la liberté morale . Faut-il donc rej eter entièrement , môme comme pur idéal , la conception des « droits de l'homme? » L'Allemagne et l'Angleterre ont-elles été mieux inspirées que; la France

PRÉFACE VIÏ

éh ramenant tout Tordre civil et politique à una simple combinaison de forces ou d'intérêts, et en opposant le principe de Tiné* galité aristocratique à celui de l'égalité démocratique? Peut-être arriverons-nous à reconnaître que chacun des trois points de vue auxquels se sont placées les principales nations modernes a sa vérité relative ; peut-être est-il possible de construire une théorie nouvelle du droit, à la fois naturaliste et idéaliste, assez compréhensive pour réconcilier les systèmes adverses.

Ces recherches n'offrent pas seulement un intérêt spéculatif. La manière dont chaque peuple se représente l'ordre social tient au fond même de son caractère, à ses traditions, à son histoire; elle marque donc sa direction présente et révèle son avenir. A notre époque, où les grands peuples de T Europe luttent pour la prééminence intellectuelle et politique, il est nécessaire que notre pays se rende compte à lui-même de Tidée qui a fait jusqu'ici sa force,

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