‹ L'idée moderne du droit (volume 2)Chapitre 58 sur 77 · THÉORIE DE PROUDHON · texte numérisé non relu

THÉORIE DE PROUDHON

Platon'que Tessence de l'homme est l'humanité. « Les individus que séparent leurs différences peuvent se considérer comme des copies les uns des autres, se rapportant par l'essence qui leur est commune à une existence unique. Or tout homme tend à déterminer et à faire prévaloir son essence, qui est sa dignité même. » Ce dernier principe rappelle les théorèmes analogues de V Éthique j et ces pages où Spinosa nous montre l'homme identifié par la raison avec tous les autres hommes, parce que la raison est toute tournée vers l'essence et que l'essence est universelle.

< Il en résulte, conclut Proudhon, que, l'essence étant identique et une pour tous les hommes, chacun de nous se sent tout à la fois comme personne et comme espèce; que l'injure commise est ressentie par les tiers et par l'offenseur lui-même comme par l'offensé; qu'en conséquence la protestation est commune, ce qui est précisément la justice. » Nous craignons que Proudhon ne soit dupe ici des abstractions métaphysiques et même qu'il ne revienne par un détour aux conceptions religieuses et transcendantales qu'il voulait écarter. Il aboutit lui-même à dire : € Pour me servir du langage théologique, qui consiste à mettre des réalités surnaturelles là où la science se borne à mettre des abstractions, quand la justice fait entendre dans notre âme sa voix impé-

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rieuse, c'est le Verbe, Logos, âme comDaune de l'humanité, incarné en chacun de nous, qui nous appelle et nous somme de le défendre. » Les conceptions sur lesquelles Proudhon appuie sa doctrine expriment donc, de son propre aveu, ou des 4; réalités surnaturelles » quand on les prend au pied de la lettre, ou, dans le cas contraire, des « abstractions scientifiques. » Par malheur des abstractions, même scientifiques, ne peuvent, pas plus que le surnaturel, justifier l'égalité et fonder le droit réciproque des personnes. Faire appel à une essence commune présente dans les individus, c'est faire appel à une ontité surnaturelle dont Texistence n'est pas . démontrée , à moins qu'on ne veuille dire simplement : — Tous les hommes ont des caractères communs qui permettent de les faire rentrer en une commune définition; — alors, au lieu de la réalité surnaturelle, on a une abstraction scientifique ; mais comme les individus ne sont point des abstractions, comme une égalité abstraite n'est point une égalité réelle, comme nous avons en présence au sein de la société non des définitions de l'homme, mais des hommes vivants, moi et autrui constitueront toujours une inégalité invincible au milieu de toutes ces équations logiques et mathématiques. Qu'est-ce encore que cette € existence unique » dont le sentiment, égal chez tous, constituerait le droit selon Proudhon et fonderait 1 égalité? Qu'il s'agisse

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