‹ L'idée moderne du droit (volume 2)Chapitre 72 sur 77 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

LES IDÉES DIRECTRICES DES PEUPLES ET LEUR LUTTE POUR L'EXISTENCE. — AVENIR DE L'IDÉE DU DROIT

Nous Tavons vu, le droit, tel que Ta représenté la philosophie française, n'est au point de vue scientifique qu'un idéal. Le tort de cette philosophie, en le posant immédiatement comme une réalité actuelle, a été de ne pas avoir une conscience assez nette de son propre idéalisme. Elle a parlé sans cesse de droit naturel^ tandis qu'il eût fallu parler de droit idéale car la nature ne connaît pas le droit, et le droit n'apparaît que dans la pensée de l'homme. — Ce premier tort lient à un second : notre philosophie traditionnelle n'a pas vu que la liberté morale est elle-même une pure idée, non une réalité présente ; ôlle a de plu;5 confondu la liberté avec le libre arbitre, dont on

se fait vulgairement une notion antiscientifique, et qui se résout pour la psychologie dans le déterminisme intellectuel. Enfin elle ne s'est pas toujours rendu assez compte du rang supérieur qui appartient à la liberté idéale et qui en fait une fin, non un simple moyen; elle n'a pas rejeté assez franchement la vieille doctrine qui subordonne la liberté au devoir, à la vertu, à la vérité ou à tout autre principe. — Ces imperfections de la théorie ont entraîné des défauts pratiques : oubli de la réalité, de la nature, de Thistoire, tendance à projeter Pavenir dans le présent ou dans le passé même et à confondre ce qui sera avec ce qui fut, amour trop exclusif des déclarations de principes et négligence dans les applications, dédain exagéré de Tintérêt et de la force, ces organes nécessaires du droit, bref les excès de Penthousiasme joints au manque d'esprit positif.

Le temps est venu de distinguer plus nettement ce qui doit être de ce qui est, l'idée du fait matériel. Quand on a soin de ne pas confondre le domaine de Tidéal et celui du réel, on ne risque pas de perdre le sentiment de la réalité même et on est plus capable de plier celle-ci peu à peu, par des moyens termes savamment combinés, à cet idéal dont on veut hâter la réalisation.

Pour nous, nous avons accepté à la fois en leurs p rincipes positifs les trois doctrines de la force, de

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