‹ L'idée moderne du droit (volume 3)Chapitre 32 sur 73 · PROUDHON, LA MORALE INDÉPENDANTE · texte numérisé non relu

PROUDHON, LA MORALE INDÉPENDANTE

s'est efforcé de remettre en lumière le principe fondamental de la révolution, la dignité humaine, la dignité de Pêtre raisonnable et libre se suffisant à luimême, pour établir tout ensemble son devoir et son droit, indépendamment des dogmes métaphysiques ou religieux. Par là aussi Proudhon et les partisans de la morale indépendante ont continué l'œuvre de Kant*. « Disciple de Comte en même temps que de Kant, » comme il le dit lui-même, Proudhon chercha à fonder le droit de l'homme au respect sur un fait : € L'homme, dit-il, en vertu de la raison, a la faculté de sentir sa dignité dans la personne de son semblable comme dans sa propre personne, et d'affirmer,

1. Proadhon a parfaitement formulé le caractère parement humain et, comme on dit dans l'école, immanent du droit et de la justice. — « J'écarte tout théologisme, toute théorie de l'absolu... La justice est humaine, tout humaine, rien qu'humaine ; c'est lui faire tort que de la rapporter de près ou de loin, directement ou indirectement, à un principe supérieur ou antérieur à l'humanité. Que la philosophie s'occupe tant qu'elle voudra de la nature de Dieu et de ses attributs, ce peut être son droit et son devoir. Je prétends que cette notion de Dieu n'a rien à faire dans nos constitutions juridiques, pas plus que dans nos traités d'économie politique et d'algèbre. La théorie de la raison pratique subsiste par elle-même ; elle ne suppose ni ne requiert l'exi tence de Dieu et l'immortalité de l'âme ; elle serait un mensonge si elle avait besoin de pareils étais. » On connaît la thèse qui fut plus tard soutenue par les partisans de la morale indépendante dans un journal consacré tout entier à ce grand problème. « Le droit de l'homme vis-à-vis de l'homme, continue Proudhon, ne peut être que le droit au respect; mais qui déterminera dans le cœur ce respect? La crainte de Dieu, répond le législateur antique. L'intérêt de la société, répondent les novateurs moJernes, athées ou non athées. C'est toujours placer la cause du respect, partant le principe du droit et de la justice, hors de l'homme, et par conséquent nier ce principe môme, en détruire la condition sine qua non, l'innéiié, l'immanence. » {La Justice dans la révolution et dons l'Église^ t. I***, p. 84.) Restait à expliquer le vrai fondement de ce respect auque rhomme a droit de la part de l'homme.

sous ce rapport, son identité ayec lui... Le droit est pour chacun la faculté d'exiger des autres le respect de la dignité humaine dans sa personne. » Mais cette faculté dont Proudhon admettait l'existence, il n'en proposa point une suffisante explication tant qu'il s'en tint au terme vague de sentir sa digniié. Quand il voulut donner à la dignité même une signification plus précise, tantôt il se contenta de la ramener a la liberté sans que sa doctrine se distinguât sur ce point des théories courantes, tantôt il sembla la réduire à la conscience de la force : on sait quelles dangereuses concessions il fit lui-même à la force dans sa théorie de la guerre et de la paix. En somme, Proudhon voulait fonder le droit sur un fait et sur un fait de conscience, le < sentiment de la dignité ; > mais un sentiment ne pouvait suffire à expliquer le caractère d'obligation et de nécessité dont nous revêtons l'idée du droit; ne semble-t-il pas que le droit, au lieu d'être simplement un fait, est au contraire une idée dépassant et débordant le fait, qu'elle domine et qu'elle juge?

De son côté l'école spiritualiste, avec Maine de Biran, Royer-Collard, Victor Cousin, Jouffroy, n'avait cessé de développer sous diverses formes la doctrine traditionnelle qui place le fondement du droit et de la dignité dans la volonté libre. Cette volonté, pour Maine de Biran, éclate dans Teffort par lequel nous

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imprimons le mouvement à nos organes, dans le travail ; d'où Biran, s'il s'était occupé des questions asociales, aurait pu déduire que le travail, qui est la force personnelle en action, est le principe de la propriété personnelle ou plus généralement de tous les •droits. Pour Royer-Collard et Victor Cousin, la volonté réside dans le pouvoir de choisir eutre le bien et le mal, dans le libre arbitre; du libre arbitre procèdent à la fois le devoir et le droit, avec la respoiisabilité de chacun dans l'accomplissement de sa propre •destinée. « Qu'est-ce que mon droit à votre respect sinon le devoir que vous avez de me respecter parce je suis un être libre ? Mais vous-même vous êtes un être libre, et le fondement de mon droit et de votre devoir devient pour vous le fondement d'un droit •égal et en moi d'un égal devoir. Je dis égal de Tégalité la plus rigoureuse, car la liberté et la liberté seule est égale à elle-même... Il n'est pas possible de <5oncevoir de différence entre le libre arbitre d'un homme et le libre arbitre d'un autre *. » Telle est la théorie qu'on retrouve avec des nuances multiples et •chez les successeurs immédiats de Victor Cousin et chez la plupart des spîritualistes contemporains. La doctrine récente des nouveaux kantiens n'en diffère pas notablement, et le criticîsme de M* Renouvier

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