La Réforme intellectuelle et morale j p
dépit de nos barrières artificielles. La science, l'art, la morale, sont comme l'air Tital, qui a sans cesse besoin d^être remué, chassé d'an lieu à l'autre, égalisé entre tous; s*il était l'objet de privilèges et de monopoles, il deviendrait bientôt irrespirable : la science viciée des castes et des races, la morale et la politique viciées des classes finiraient par donner la mort, sans ces grandes tempêtes historiques qui balayent et renouvellent Tatmosphère des nations <•
Après l'inégalité des races et des classes, recelé aristocratique invoque en sa faveur Finégalité des individus, qu'elle déclare nécessaire à la «hiérarchie» sociale : les fonctions, les conditions, les capacités ne peuvent être égales chez tous les hommes, donc les
1. Dans son beaa livre sur YHéréditéy M. Ribot a montré la faiblesse da double argument qu'on invoque en bveur de la supériorité des classes nobles, la téUetion et la tratumisnon héréditaire. 1» Quant à la sélection, la noblesse, qui prétendait être une élite, ne le fut jamais qu'en un sens très-restreint, celui des vertus guerrières. 2* Quant à la transmission béréditaire des supériorités, elle est en opposition ayec une des lois essentielles que M. Ribot a mises en lumière : Vaffaiblissement de Vhéréditè avec le temps ou l'abâtardissement de l'espèce, t Les citoyens des républiques anciennes, dit aussi M. Littré, n'ont jamais pu se maintenir par la reproduction. Les 9.000 Spar tiates du temps de Lycurgue étaient réduits à 1.900 du temps d'Aristote. • Pope &isalt remarquer que l'air noble que devait avoir la noblesse anglaise était précisément celui qu'elle n'avait pas; en Espagne, on disait que lorsqu'on annonçait dans un salon un grande on devait s'attendre à voir entrer une espèce d'avorton ; enfin, en France, on imprimait qu'en voyant cette foule d'hommes qui composaient U bauto noblesse de l'État, on croyait être dans une société de malades; le marquis de Mirabeau lui-même traite les nobles d'alors de pygmées, de plantes sèches et mal nourries. — Ajoutons que, si la transmission héréditaire des vertus était prouvée, il faudrait admettre par cela même la transmission héréditaire des vices, conséquemment Yimpureté^ l'indignité de certaines castes. Ce serait revenir au brahmanisme.