‹ L'Idée, ou Critique du Kantisme [microform]Chapitre 2 sur 50 · V\UIS · texte numérisé non relu

V\UIS

i,ii;iiAii;ii: cil. pulssiuj.i i:

nUK CASSKTTK, 1 i> Droits do rcproducliou ol de truduction rcscrvcsi.

xNOTIONS PRÉLIMIXAIUES

.\r sons, mais aussi je comprends. Quand je considère un triangle donné, il se passe à la fois dans ma conscience deux faits d'ordre différent : je me représente un triangle d'une forme déterniiuce, avec une certaine grandeur de ses angles et de -^^ cotés. Mais en même temps je conçois ce que c'est que le triangle : je me toruie une représentation (jui convient à lous les triangles, de quel(jiif i>pcce et de quelque dimension qu'ils soient. De mémo, si je produis un acte de volilion, ce phénomène se dédouble immédiatement sous le regard de ma conscience. D'une part, je sens l'acte réel et \i\ant dont je suis cause, qui a une intensité (h'iinic. des motifs et des effets également délinis. De l'autre, je vois se dégager de cet

NOTIONS phi':liminaiuks

acte une représentation qui n'enveloppe plus rien (le vivant, où ma personnalité ne compte pas, qui n'a plus tel ou tel degré d'énergie, qui s'élève audessus des conditions de l'espace et du temps et s'applique à tous les cas du même genre. Cette représentation qui nait avec T image et la dépasse en extension, qui contient encore les caractères de l'individu et n'en garde plus l'individualité : voilà ce qui s'appelle une idée.

Ainsi comprise, l'idée n'est pas eu nous un phénomène isolé: elle est le principe régulateur de notre vie consciente; elle tient à tout le reste.

D'abord l'idée ne ressemble pas à Tcmpreinte qu'on trace avec une pointe de mêlai sur un morceau de cire. La comparaison poétique de Platon n'est qu'une face de la vérité. L'idée vit, et de la vie la plus noble: elle est perçue; elle contient une pensée qui- la pénètre et la saisit, elle suppose et enveloppe la conscience.

En second lieu, l'idée se révèle à nous sous jne triade de caractères générauxqui ne s'en séparent pas: elle est à la t'ois abstraile, uniNcr^elle et nécessaire. Antérieurement à l'acte intellectuel,

NOTIONS i>ui:liminamu:s

la couleur d'une cerise est un mode inhérent à ce (ruil, (|ui ne peut exister (|u'en lui. Dès (jne mon intelligence intervient, cette couleur devient la couleur, c'est-à-dire une chose qui est réalisabh* dans tous les l(»mps et tous les lieux, autant de lois qu'on le voudra, qui ne peut cesser de l'élre. Kt c'est là une transformation bien mystérieuse; ce bond suhit du relatif dans l'absolu a de quoi no:is jelerdans Tétonnement. Mais ilnenestpas moins le lait le plus lamilier de notre activité consciente.

En troisième lieu, l'idée est intimement liée à rimage, ou, si l'on veut, au phénomène empirique. Nous ne pen^ons rien d'abstrait qui ne suppose du concret, rien de logique qui ne se fonde de quelque manière sur le réel : toute idée a pour mhstratum un fait : nous ne comprenons qu'autant que nous sentons.

Enlin, l'idée renferme de l'être, et cet être a une valeur objective : ou c'est la réalité, une lace de rimnienseel nivstérieuse nature; ou c'en es! le substitut mental. Car nous sommes lails pour la vérité; or il n'y a que deux moyens de l'at-

i.a.< -i»».— ■w.-ijM..a^J...^.ai,^-*U- — itillÉi'illftM

NOTIONS IMir.l.lMINAlllKS

teindre : il faut que nous en devenions la pensée ou que notre pensée en devienne l'iniage.

A ces différents aspects de l'idée se ratladie loute une ^érie de questions qui se posent d'elles-

nu'^ines.

r Quel est le rapport de l'idée à la conscience? ^^'ya-t-il pas un dernier terme de Topéralion intellectuelle où la i)ensée cesse d'inlormer son objet et ne fait plus que le percevoir ? Herricre la i)uissance délier, dont Kanta Rralilié renlcudement humain, ne se trouve-t-il pas un pouvoir d'intuition? Et s'il en csl ainsi, n'est-ce pas l'absolu qu'on atteint dans l'idée?

2° Quel est le rapport de l'idée à ses caractères généraux? Kant a fait de ces caractères supérieurs à l'expérience sensible des formes a priori delà pensée rationnelle. Celle théorie est-elle juste ? Au lieu de situer les catégories dans la conscience, ne faut-il pas les situer dans l'objet? N'est-ce pas du fond même de l'idée qu elles jaillissent sous l'ellort de rintelligiMice? :r Quel est le rapport de l'idée aux données de rintuilion sensible, ou- ^i l'on préfère, au [jbéiio-

NOTIONS PUÉITMINAIRES v

mène empirique ? Ne vient-elle pas de ce phénomène? et, si elle en vient, comment? Est-elle un résidu passif de Texpérience ou bien le résultat deTactivité mentale?

4* Quel est le rapport de Tidée à l'être? On parle sans cesse de l'identité de la pensée et des choses; on y croit de plus en plus : l'idéaUsme semble derechef absorber peu ù peu le Kantisme . Cette identité, si fortement affirmée, érigée en dogme dans notre société sceptique, a-t-elle des preuves solides à son appui? Ne peut-on pas démontrer que l'être déborde la pensée et même qu'il en est séparable?

Ce sont ces questions que nous avons le dessein d'élucider; et dès lors on voit l'importance et l'actualité du sujet que nous abordons.

Ce qui a préoccupé les philosophes modernes, ce qui en a fait et en fait encore le tourment, c'est le problème de la connaissance. Depuis Descartes, il s'est produit en philosophie une révolution analogue à celle qui s'est accomplie avec Kepler en astronomie. Ce n'est plus vers l'objet, c'est vers le sujet que convergent tous les efforts

NOTIONS PHKLIMINAIIŒS

delà recherche ; c'est au sujet qu'on demande le secret de l'origine et de la valeur de nos idées. Et de cette orientation nouvelle de la spéculation sont sortis toute une pléiade de systèmes qui ont régné tourà tour sur les intelh'gences :1e relativisme, rinnéisme des idées, Tinnéisme des formes, l'idéalisme, l'empirisme. Ces grandes théories se présenteront naturellement sur notre route ; et nous aurons l'avantage d'en faire la critique à la lumière d'un seul et même fait auquel elles se rapportent loutes : Vidée.

L'IDÉE

Page 1