NOCTURNE
Avertie et Floche sont là, et cette amante que M. de Régnier a faite si peureuse et si triste, et Antonia de Moldère, et celle pour qui je soupire, — assises sur les coussins de plume, habillées de satin mou, minces et blondes, les seins luisants sous l'écharpe tendue, et l'âme toute grande ouverte.
— L'Altalena ! crie-t-on aux chanteurs.
— Ciribiribin !
— Maria Mari !
— L'Ora Squisita, di Rinaldo Hahn!
supplie une voix pâmée.
Et, soudain, des guitares vibrent. Lents
et subtils, les arpèges s'égrènent. Un ténor, dans la paix de la nuit, lance, comme un vol d'oiseaux paresseux, les couplets du doux lied nostalgique.
Ils planent dans l'air lourd, au ras du canal ; ils effleurent les tempes tièdes, les doigts fiévreux, les cœurs frémissants ; et chaque note est un petit cygne qu'étreint, dans chaque gondole, au passage, une ardente et câline Léda.