‹ L'Ile d'Orléans [microforme]Chapitre 11 sur 13 · XII · texte numérisé non relu

XII

De l’Emplacement du Fort

Découverte de la Terre du Fort —Défrichements des Hurons sous la garde du Père Garreau—Leur vie, leurs luttes avec l'Iroquois— Trou Saint-Patrice—Dissertations.

Il nous reste À rappeler brièvement les circonstances de l'établissement des Hurons dans l’île d'Orléans et la découverte de l'emplacement du Fort qu'ils y occupaient.

Ilse rattache, en effet, à ce lieu beaucoup d'intérêt, puisque là se trouvaient, il y a plus de deux siècles, un certain nombre de familles huronnes, pauvres débris d’une de ces puissantes nations qui couvraient autrefois le sol

du Canada. Toujours en butte aux persécutions incessantes

de ses perfides ennemis, les Iroquois, épuisée et presque anéantie par des guerres continuelles et désastreuses, la

nation huronne chercha sa sûreté en se dispersant.

D'après l’avis des chefs qui n'avaient pu s'entendre sur un projet d'ensemble, les guerriers des tribus, suivis de leurs familles, se divisèrent en cinq bandes principales, dont la première se retira dans les îles qui sont dans la partie nord du lac Huron, surtout l’île Manitouline ; la seconde troupe se joignit aux Iroquois ; la troisième alla occuper l’île de Michillimakinac ; la quatrième demanda asile et protection à la nation du Chat. Errieronnons, et la plus grande partie de la cinquième se retira auprès des colons français de Québec, avec ses missionnaires, vers l’année 1650, et le reste de leur troupe vint se réunir à eux quelques années après.

C’est de cette cinquième bande, la seule qui ait presque survécu jusqu’à nous, que nous avons à nous occuper.

Comme on ne pouvait leur donner place dans la ville même, et qu’il était dangereux pour eux de demeurer hors des murs, les Révérends Pères Jésuites, après avoir tenté divers moyens d’accommodement avec les autorités civiles de la colonie, achetèrent, en 1651, de madame Eléonore

de Grand - Maison, épouse de François de Chavigny,

LA écuyer, sieur de Berchereaux, dont on a parlé plus haut, un lot de terre sur la Pointe de l’île d'Orléans, qu'ils partagèrent également entre les chefs de familles hurons. Ils construisirent dans le voisinage des huttes sauvages, une maison de prière, une modeste résidence pour le missionnaire, et en outre un fort en pieux, semblable à celui de

l'île Saint-Joseph, maintenant appelé Charity Island, à

sept lieues de Pennetanguishene, dans le lac Huron.

L'auteur de la brochure qui nous occupait, en 1864, prétend avoir découvert l'emplacement où ce fort fut construit. Il n’y a pas de doute que la terre du Fort ne soit celle qui fut achetée pour établir les Hurons. On en trouve la position marquée avec exactitude, sur une carte de l’île et comté de Saint-Laurent. Mais à quel endroit précis, c'est là que gît la difficulté. Si ce fort eut été construit en bois, il y a longtemps qu'il n’en existerait plus de vestiges ; mais les écrivains conviennent qu'il fut construit exactement comme celui de Saint-Joseph, qui se composait d'un mur de pierres de douze pieds de hauteur, flanqué de quatre bastions dont on voit encore les ruines. (Voir Traduction de la vie du Père Bressiani, par le Rév. P. Martin, p. 38). Or, le fort de l’île d'Orléans étant exactement semblable,

doit avoir eu au moins des fondations en pierres et être

ane 96 se

surmonté de pieux ! Adoptera qui voudra ce superbe raisonnement, nous laissons à chacun pleine liberté sur ce point. Mais nous ne croyons point devoir céder devant la puissance d’une pareille logique, et nous aimons à croire que personne ne nous en cherchera noise. Les deux forts étaient semblables par les dimensions, par les formes, et non pas par les matériaux, dit-on : et pourquoi sous les pieux de ce fort en pieux, aurait-on mis un mur en pierres ? ‘Ici on ferait vainement appel à la science des architectes. On ne construisait pas ainsi autrefois, je veux dire au temps. dont il s’agit ici. D'ailleurs, les Jésuites n’en avaient pas les moyens. A la fin du chapitre III, Xelafion de l'année 1652, par le R. P. Ragueneau, onlit :

u Nous avons aidé ces bonnes gens à defricher des terres comme vous avez appris. Ils ont recueilly cette année une assez bonne quantité de bled d’inde.... Nous avons fait bastir vn Réduit ou espece de Fort pour les defendre contre les Iroquois ; il est à peu pres de la même grandeur de celuy quiestait aux Hurons au lieu nommé Ahouendaëé. Nous avons aussi fait dresser une chapelle assez gentille, et une petite maison pour nous loger. Les cabanes de nos bons néophytes sont tout au

pres de nous, à l’abry du Fort. Les Iroquois nous cbli-

gent de les secourir, etc. 1

Dans la Relation de 1656, chap. III, à propos du massacre des Hurons par les Iroquois, le R. P. Le Jeune dit : u .... Le reste se sauvant dans notre maison enceinte d’une ralissade de bonne defense, etc. Dans l'île de Michillimakinac, en 1670, ils éleverent une palissade de 25 pieds de haut, pour protèger leur village, mais il n’est pas parlé de murailles au-dessous.

Que l’auteur voulant faire une glacière ait découvert ies restes d’une muraille de cinq pieds d'épaisseur, recouverte d’un pied de terre, et enveloppée d’épines et de jeunes érables, c’est ce que nous ne sentons aucune inclination à contester. Mais de là en augurer que c’est l'enceinte d’un fort, en conclure que le fort des Hurons a été construit là, qu'il était en pierres, etc., c’est être très accommodant. On pouvait tout aussi carrément dire que c'est le solage d'une maison détruite par le temps, ou transportée ailleurs, ou alléguer que ce sont les ruines d’un moulin.

Etablissons maintenant que les RR. PP. Jésuites décident les Hurons à se retirer sur la terre du Fort, et que Madame de la Forest concède à d’autres individus et non pas aux Jésuites, une autre terre du Fort (Journal des RR. PP. Jésuites, 1650.): # Consulté pour savoir s'il fallait

loger et donner place aux Hurons sur nos terres de Beau- ;

pp port, il fut dit que oui, mais qu'il fallait que ce fussent les familles les plus choisies et qu’il fallait se résoudre de faire la dépense de 500 écus par an pour ce sujet.

u 1651, mars.—Les Hurons quittent Beauport pour l’isle

d'Orléans. 1

Nous lisons encore au Journal des Supérieurs de la maison des Jésuites que nous sommes heureux de pouvoir consulter sur ce point :

u 1651, 19 mars.—Contrat avec Demoiselle de Grand- Maison, pour les terres en faveur des Hurons qui vont habiter l’isle d'Orléans. «

Et plus bas :

u 1651, 29 mars.—Le Père Chaumonot va demeurer à

l’isle d'Orléans.

1 Même année, 18 avril.—-Partage des terres de demoi-

selle de Grand-Maison....Les parts sont de trente à quarante perches, sur un demi arpent.... Tout le monde est content.... On commence à semer.... 1

Nous avons vu comment M. de la Forest avait laissé le pays. Or, le 1°" mars, 1652, madame Elénnore de Grand- Maison représenta par requète au gouverneur Jean de Lauzon, que son mari (François de la Forest), lui avait abandonné tout ce qu’il possédait en cette colonie, laissant ses affaires dans un état d'incertitude, etc. Sur les obser-

vations de la dite dame, le gouverneur décida que son

Dé époux serait privé de ses biens, que ceux qui avaient pris de lui des terres en concession les défricheraient, et il disposa des terres et seigneuries qui lui appartenaient, en faveur de la dite dame Eléonore de Grand-Maison, qui en devait jouir selon les conditions faites à son époux.

Les PP. Jésuites ont donc concédé cette terre du Fort, de madame de la Forest, un an avant qu’elle fut autorisée à en disposer. C'est en mars 1651, sous l'administration du gouverneur d’Aillebout, et non dès 1649, comme on l'a dit quelque part, que les sauvages Hurons furent conduits par le Père Ragueneau sur la terre du Fort, et madame de la Forest ne fut autorisée à jouir des biens délaissés par son mari qu’en mars 1652. (Nous trouvons ailleurs des renseignements encore plus étendus.)

En 1724, la terre du Fort, paroisse Saint-Pierre, fief Beaulieu, appartenait à Pierre Noël. Dans le contrat qu’il exhibe, devant le Conseil Supérieur, il est consigné que cette terre n’avait que cent arpents en superficie, et il n’en avait alors que soixante en sa possession. Or, par ces titres, on voit qu’en 1652, demoiselle Eléonore de Grand- Maison a concédé à Jacques Lévrier ces soixante arpents de terre, c’est-à-dire, six arpents de front sur dix de profondeur. (a)

a Acte du 3 avril, ratifié le 6 décembre, même année, par Jacques Gourdeau,

toi

Voilà donc la terre du Fort concédée en 1652, à Jacques Lévrier, et les révérends Pères Jésuites auraient acheté, dès 1651, la même terre de la même personne, mademoi-

selle Eléonore de Grand-Maison !....

Mais complétons ies cent arpents dont elle se compose : autrement on pourrait faire des objections. Les quarante arpents qui devaient ia compléter étaient, en 1657, et auparavant, en la possession de Pierre le Petit (a) qui la vendit, au mois de mars même année, au sieur de Lauzon (b). Ce lot mesurant quatre arpents de front, sur dix de profondeur, fut vendu par Louis de Lauzon, sieur de la Citière, à Jean-Baptiste Peuvret, écuyer, sieur de Mesnu (c). Le 12 novembre, 1671, le sieur de Mesnu la revendit à

Gabriel Gosselin.

Par un autre acte, on voit que Jean-Baptiste Peuvret vendait.cent arpents de la terre dite du Fort, à la pointe

de l'Ile.

(a) D'où vient le nom de l'anse à Petit, qui devait être appelée anse de le Petit.

(b) Louis de Lauzon, écuyer, sieur de la Citière et de Gaudarville, qui se ñhoya deux ans après en revenant de l'ile d'Orléans. Le Journal des Supérieurs des Jésuites s'exprime ainsi sur ce sujet : ‘‘ 1659, mai 5. Versèrent dans un canot venant de l’île d'Orléans par un gros vent du Nord-Est, M. de la Citière, Larchevesque et Ibiérome.”

(c) Jacques Peuvret, écuyer, épousa le 15 juillet, 1659, madame Catherine Nau, veuve depuis seulement deux mois et dix jours, de Louis de Lauzon, sieur de la Citière,

— IOI —-

On pourrait donc inférer de là, que plusieurs des terres du bout de la verdoyante île, portaient le nom de terres du Fort, parce qu'elles avoisinaient l’emplacement du Fort, ou parce qu'elles lui étaient absolument contigües. Dans tous les cas, cette appellation embrasse maintenant ure étendue trop considérable pour nous laisser l’espoir de préciser exactement l'endroit occupé par le Fort des Hurons. La pauvre muraïile reste donc ce qu’elle était : les ruines d’une maison, d'un moulin, peut-être aussi les restes du Fort indiqué ; mais, en attendant des preuves plus complètes, nous nous abstiendrons de croire à la découverte et d’adhérer aux sentiments du chroniqueur moderne.

Veut-on maintenant suivre les sauvages dans l'Ile et connaître leur genre de vie. Ouvrons d’abord l'ouvrage de Charlevoix. (Æistoire de la Nouvelle-France, tome 1°", p. 317) et voir en quels termes il y parle de cette espèce de réduction :

u ,... Les Hurons étaient au nombre de six cents dans l'île d'Orleans, où ils commencèrent à s'entretenir de leurs mains. Comme c'était la fleur des chretiens de cette nation, qu'ils n'avaient point abandonné le Seigneur, on peut juger de leur ferveur dans un temps où tout portait à la reconnaissance envers celui qui mortifie et qui vivifie, toujours

pour le bien de ses élus. .,, 1

Ecoutons encore le récit d’un témoin oculaire. C’est leur infatigable missionnaire, le pieux Joseph-Marie Chaumonot, prêtre de la compagnie de Jésus, qui leur a rendu de si importants services :

.... J'avais passé onze ans au pays des Hurons avant qu'il fut détruit par les Iroquois. Le Supérieur, voyant le peu de sauvages, qui avaient échappés aux ennemis, eut la charité de les inviter à descendre à Québec. Rendu en cette ville, on me donna le soin de ces pauvres étrangers. J'y hivernai avec eux et au printemps je les conduisis à Î’île d'Orléans sur les terres de notre compagnie. Ils y abattirent du bois, semèrent du bled d'inde qui vint à merveille. On paya des Français pour leur aider. De plus, nous avions à nourrir tous ces sauvages, auxquels nous donnions chaque jour une quantité plus ou moins grande de potages au riz, au blde d’inide et à la viande, selon qu'ils avaient travaillé à leur défrichement. Quelques-uns murmurèrent d’abord, pensant que nous voulions faire défricher nos terres pour les retirer ensuite ; mais ils ne tardèrent point à comprendre que, puisque nous les avions hahillés et nourris tout l'hiver à Québec, et puisqu'on leur avait partagé même ce que nous avions de terre faite, nous ne voulions pas les déloger. Alors ils nous chargerent de benedictions. La seconde année ils nous remercierent de leur avoir montré à travailler, et recueillirent du bled'inde autant qu'ils en avaient coutume d'en récolter en leur pays.

Les dépenses, auxquelles l'établissement de ces pauvres

sauvages entraîna la maison des Pères Jésuites, furent très considérables. Le R. Père Ragueneau, dans la Xelation de 1551, chap. III, nous parle en ces termes de ce qu'on fit pour eux: 1 Deux de nos Pères s’y employent avec des peines et des ferveurs qui méritent que Dieu ait pitié de ces pauvres peuples... . Il a-fallu les nourrir à nos frais, cette première année, pour cela seul que nous n'en avons pas esté quittes à huit mille livres, donnant avec plaisir ce qu’on nous envoye de France ; mais c'est une charité bien employée, puisqu'elle n'a d’autre but que le salut des âmes.

M. Bowen, auquel nous ne prêterons aucune intention mauvaise, conviendra cependant qu'il a eu tort de traduire (p. 27 de son Opuscule) # huit mille livres, par eight hundred. Il avouera aussi, sans difficulté, nous l'espérons du

moins, que le Révérend Père Joseph-Marie Chaumonot

fut le premier aumônier ou chapelain de la tribu de l'île, et non les Pères Gareau et Ragueneau. Ce dernier était, au contraire, en 1651, supérieur du Collège de Québec et des Missions du Canada.

Cependant, en 1652, le R. P. Ragueneau alla résider à l'île d'Orléans, comme il le dit à la fin du chapitre III de

la Relation de l'année 1632 : Les Hurons sont en partie

prie 104 Le à l’île d'Orléans, où ils demeurent avec le Rév. Père Ga-

reau et nous vivons à demi à la Auronne.\

Les relations du temps comportent maints témoignages de la bonne conduite et de la piété des pauvres Hurons. Leur foi vive et simple, leur obéissance toujours affectueuse et empressée aux missionnaires qui étaient chargés de leur éducation religieuse, faisaient l'admiration de tout le monde. On s’étonnait que ces hommes naguères si farouches, accoutumés à errer en liberté sur les fleuves et au sein des vastes forêts, pussent oublier ainsi leur vie nomade et aventureuse et s’astreindre à cultiver la terre pour y trouver leur nourriture. Quelquefois, cependant, leur indépendance naturelle se ranimait, les idées de chasse et de courses lointaines venaient de temps en temps réveiller leurs souvenirs ; et, plus d’une fois, la pensée leur vint de jeter là leurs instruments de culture et de s’élancer avec leurs frêles canots sur les eaux du fleuve, pour chercher ailleurs une vie plus conforme à leurs goûts. Mais les Iroquois étaient là, guettant leur proie, et leurs missionnaires, profitant de la crainte que ces ennemis leur inspirait, et de l'ascendant que leur sollicitude et leurs

bienfaits leur donnaient au milieu d'eux, parvinrent à les

retenir et à leur inspirer peu à peu le goût de la vie séden-

taire et des travaux utiles.

Départ des Hurons pour la Ville

Leurs diverses stations à Québec et aux environs—Sympathies qu'ils rencontrent--Di<ours de Taiaeronok à la Supérieure des Ursulines —Autre perfidie des Iroquois.

Après sept années environ de séjour dans l’île d'Orléans, les Hurons demandèrent néanmoins à aller s'établir dans Québec, sous la protection du canon du Fort, afin de n'être plus exposés aux attaques de leurs ennemis. Le gouverneur, M. Louis d’Aillebout, accueillit leur demande et leur accorda, pour asseoir leurs cabanes, un certain terrain où ils demeurèrent pendant plusieurs années. Un ancien pian de Québec, que nous avons sous les yeux, nous indique les cabanes des Hurons. Elles étaient sur le terrain qu'occupent les maisons qui bornent la rue Buade, depuis environ l'Hôtel Saint-Georges jusque vis-à-vis la cour de l'église cathédrale. De là, ils passèrent à un endroit

appelé alors Notre-Dame des Anges, près Beauport. C'est

là que les retrouva leur ancien et bien-aimé missionnaire,

le R. P. Chaumonot, après quelques années d’absence.

Voici comment il nous en parle dans ses intéressants mémoires :

u Ma mission militaire étant terminée (en 1666), on me renvoya à mes Hurons établis alors en deçà de Beauport, sur nos terres de Notre-Dame des Anges, à une lieue de Québec. Mais il fallut bientôt les placer ailleurs pour les mettre plus commodément. On leur fit don de grands champs (en 1668) à la côte Saint-Michel, à Notre-Dame de Foye (Cap-Rouge), à cinq quarts de lieue de Québec. Les Français abattaient les bois qu’ils vendaient à la ville et les sauvages nettoyaient le rerrain. Ils en ont eu le profit sept ans. La chapelle en ce lieu n'était que d’écorces et trop petite pour contenir tous ces pauvres Hurons, de sorte qu'il fallait dire deux messes les dimanches et fêtes..

u Six années après que nous fûmes établis à Notre- Dame de Foye, le bois et la terre commençant à leur manquer, il fallut transporter ce village plus loin de Québec et plus avant dans les forêts. Eux-mèêmes en choisirent le lieu, dans la seigneurie Saint-Gabriel, (à l'endroit appelé aujourd’hui l’Ancienne-Lorette.) Alors j'écrivis les raisons qui me portèrent à bâtir là une chapelle de Lorette sur les dimensions de la Casa Santa, appelée la maison de Lorette, en Italie. Le père Dablon, recteur du collège, et supérieur des missions du Canada, approuva mon dessein

et, ayant communiqué avec nos pères, conclût de bâtir la

chapelle en briques. Commencée en 1674, vers la Saint- Jean, elle fut ouverte et bénite le 4 novembre, de la même

année. 1

Les Hurons n'ocuppèrent ce lieu que pendant quelques années. Le besoin de se rapprocher du bois, d’avoir des endroits de chasse plus productifs, de l’eau plus salubre, et leurs terres étant devenues épuisées faute d'engrais, leurs chefs choisirent, à la fin de l'hiver 1693, un terrain appelé depuis Lorette, parce qu'on y édifia une nouvelle chapelle sous le nom de Notre-Dame de Lorette, semblable en tout à celle qu’on venait de quitter. On groupa les cabanes autour d’une place quarrée, au milieu de laquelle s'élevait le temple qu’ils venaient de bâtir suivant les dimensions et les proportions de Notre-Dame de Lorette en Italie. Ce qui fait que ces localités ont pris toutes deux le nom de Lorette qu’elles portent encore aujourd’hui et que ces sauvages appelaient dans leur langage,

Maliebtion dasa, c'est-à-dire l'appartement de Marie. (a)

(a) M. Bowen, qui, à la page 24 de son livret, nous rappelle les discours éloquents des Hurons (qu’on peut lire à la page 45, du tome 22, Aefafions des ‘Tésuites 1654, édition de Québec), probablement pour en finir avec eux, les fait passer, à la page 33, de l'ile d'Orléans à Sainte-Foye et de Sainte-Foye à Lorette où ils se trouvent encore. Mais il oublie dans ce trajet la station que cette peuplade fit à Québec et son séjour à Beauport, avant de se rendre à N.-D. de Foye. Encore semble-t-il méconnaître la résidence de cette tribu à l’'Ancienne Lorette avant que ces derniers débris se soient fixés sur les bords de la rivière Saint-Charles, à l'endroit appelé aujourd'hui Jeune Lorette, Comme on le voit la narration pèche par certains endroits et l'exactitude des faits n’est pas toujours sa qualité dominante,

Re ne

Certains volumes sont devenus très-rares, soit qu'ils aient été tirés à petit nombre d'exemplaires, ou qu'ils aient été perdus dans les diverses maisons religieuses de France, lors des bouleversements amenés par les guerres des Calvinistes, ou par les orages révolutionnaires. La grande difficuité qu’on a éprouvée à s'en procurer une série complète, a fait soupconner que les gouverneurs, les intendants, ou autres administrateurs de la colonie, auraient réussi à faire détruire bon nombre d'exemplaires de certaines années, et même à en supprimer la publication en certains cas, parce que ces documents révélaient certains faits qui compromettaient leur réputation. Avouons, néanmoins, qu’il n'y a rien de plausible dans ces allégués, et

que nous ne trouvons rien qui puisse les justifier.

Quoiqu'il en soit, les pauvres débris de la nation huronne, bien que sous l'égide titulaire de la compagnie de Jésus, et assurée de la protection bien faible, il est vrai, du gouverneur de la colonie, ne trouvèrent pas une grande sécurité dans l'Ile. Les Iroquois n’abandonnèrent pas aussi facilement leur proie ; et plusieurs fois ils vinrent porter la désolation et la mort dans cette paisible retraite,

où quelques centaines de barbares, devenus chrétiens,

s'étaient réunis pour apprendre avec l'enseignement de la

foi, les connaissances et les bienfaits de la civilisation.

Le 153 mai 1656, les Iroquois s’approchèrent üe l'île d'Orléans, puis un matin, avant le lever du soleil, ces perfides et implacables ennemis tombèrent sur une troupe de quatre-vingt-dix Hurons, de tout âge et des deux sexes, qui travaillaient dans un champ, en tuèrent d’abord six, lièrent les autres et les embarquèrent dans leurs cañots. Comme pour défier le gouverneur, ils passèrent devant Québec, et firent chanter leurs prisonniers vis-à-vis du fort. Tout le monde s’apitoyait sur le sort des malheureuses victimes, mais personne ne put entreprendre de les délivrer des mains de leurs féroces ravisseurs, qui les conduisirent jusque dans leur village, sans avoir été inquiétés pendant leur voyage. Là les infortunés Hurons furent brûlés pour la piupart, et ceux qui échappèrent à leurs cruels traitements, furent distribués dans leurs cantons, et retenus dans une rude captivité. (Charlevoix, Æ7s{otre de la Nouvelle-France, tome 1°" page 223.) On a blâmé le gouverneur de Lauzon, d’avoir souffert une telle insolence de la part des barbares, mais les Hurons trop confiants, s'étaient laissés surprendre, et pour les arracher des mains

de leurs sanguinaires ennemis, il eût fallu armer un bon

nombre d'hommes déterminés, et le gouverneur ne les avaient pas sous la main. Eût-il pu les armer, le temps de faire les préparatifs et de se procurer des embarcations en nombre assez considérable aurait donné aux barbares une avance plus que suffisante, pour rendre inutiles tous les efforts de ceux qui les auraient poursuivis.

A l'occasion des citations des Mémoires ou Relations des ‘= uites, on répète encore de graves erreurs, en affirmant de nouveau que ces rapports annuels, les Æe/ations, n'avaient pas été rédigés pour être mis sous les yeux du public, ‘ writings which were never intended for the pu-

blic eye. u

Nous croyons, bien au contraire, que les écrivains auxquels était dévolu la tâche de rédiger ces mémoires, savaient qu'ils seraient publiés. Avant qu’on eût imprimé les Relations de la Nouvelle-France, on avait celles des Missions des Indes-Orientales, etc. Ces publications, imprimées pour édifier et pour instruire, étaient répandues surtout dans les provinces du Nord de la France. On en trouve la preuve dans les citations qui en sont faites dans divers ouvrages, et encore mieux dans la permission d'imprimer donnée à chaque livraison, pendant quarante

ans et plus; et enfin par les démarches qu’on faisait auprès

des autorités pour avoir le privilège de l'impression. Au reste, voyez l’Extrait du 1 Privilège du Roy,: à la suite de la Relation de 1666.

Le Journal des Supérieurs des Jésuites rapporte encore un autre fait de cette nature :

ï 1661. Le 18 juin, à huit heures du matin, se commença le massacre de plusieurs personnes à Beaupré et à l’île d'Orléans, par les Iroquois, venus de Tadoussac, après le coup qu'ils avaient fait. ( Vide Supra ).

u On parlait ce jour là de huit personnes tuées à Beaupré

et de trois à l’île d'Orléans, ce qui s'est trouvé vrai. C'est ainsi que tombaient, tous les jours, sous les coups de leurs cruels bourreaux, plusieurs de ces fervents néophytes, dont la piété et la candeur faisaient l'admiration des Français. Jadis, nation puissante et redoutable, son nom commandait le respect et la crainte ; et, dans les luttes sanglantes que se livraient, dans les forêts encore vierges du Canada, les peuples qui habitaient son sol, les guerriers hurons avaient plus d’une fois remporté des victoires signalées. Trop faibles, maintenant, pour lutter avec avantage contre un ennemi toujours croissant, l’orgueil sauvage aima mieux accepter la séparation et l’exil que de donner à son ennemi la satisfaction de les voir périr jus-

qu’au dernier. Une partie dit adieu à ses champs et à ses

forêts, et vint chercher la paix et le repos, sous la protection des hommes généreux et dévoués qui leur avaient

donné un Dieu.

u À la défaite de ieur pays, dit un des missionnaires de l'époque, de 30 à 40 milles qu’ils étaient, la famine, la guerre, et pardessus tout les Iroquois aidant, en avaient anéanti la plus grande partie et dispersé le reste. 1 Drssipata sunt ossa nostra, pouvaient-ils dire ‘en toute vérité avec le prophète. Cependant, ils n'oublièrent jamais les services que leur avaient rendus les PP. Jésuites, même

avant leur établissement dans l’île.

Pour en donner un exemple, on emprunte ordinairement au Révérend Père Ragueneau le récit de la belle conduite des Hurons, lors de l'incendie du monastère des Ursulines, au mois de décembre, 1650. (Relations des Jésuites,

année 1651.)

u Cet incendie me fait souvenir des ressentimens que témoignèrent les Hurons, et des compassions qu’ils eurent pour les Mères Ursulines, en cette occasion. La façon des sauvages est de porter quelques présens publics pour consoler les personnes d’un plus grand mérite dans les malheurs qui les ont accueilly. Nos Chrestiens hurons s’assemblèrent pour cet effet, et n’ayant point de plus grandes

richesses que deux colliers de porcelaine, chacun de douze

Ed 113 —

cents grains—ce sont les perles du païs—ils vont trouver les Mères, qui pour lors s’estoient retir:es à l'Hospital, et leur portent ces deux colliers pour leur en faire deux pré-

sens. 1!

Vn capitaine, nommé Louys Taiaeronok, parla au nom de tous ses compatriotes en ces termes :

ï Vous voyez, sainctes filles, de pauvres carcasses, les restes d’vn païs qui a esté florissant, et qui n’est plus : du païs des Hurons. Nous auons esté déuorez et rongez iusques aux os par la guerre et par la famine : ces carcasses ne se tiennent debout qu'à cause que vous les soustenez ; vous l'aviez appris par des lettres, et maintenant vous le voyez de vos yeux, à quelle extrémité de misères nous sommes venus. Regardez-nous de tous costez, et considérez s’il y a rien en nous qui ne nous oblige de pleurer sur nous-mêmes, et de verser sans cesse des torrents de larmes. Hélas, ce funeste accident qui vous est arrivé, va rengregeant nos maux et renouvelant nos larmes, qui commençaient à tarir. Avoir ueu réduite en cendres en un moment cette belle maison de Jésus, cette maison de charité, y auoir veu régner le feu sans respecter vos personnes toutes saintes qui y habitiez ; c'est ce qui nous fait ressouvenir de l'incendie vniversel de toutes nos maisons, de toutes nos bourgardes et de toute nostre patrie. Faut-il donc que le feu nous suive ainsi partout ? Pieurons, pleurons, mes chers compatriotes, ouy, pleurons nos misères, qui de particulières sont deuenues com-

munes avec ces innocentes filles. Sainctes filles, vous

SE 114 Lun

xoila donc réduites à la mesme misère que vos pauvres Hurons, pour qui vous avez eu des compassions si tendres.

u Vous voilà sans patrie, sans maisons, sans provisions et sans secours, sinon du Ciel, que jamais vous ne perdrez de veuë. Nous sommes entrez icy dans le dessein de vous y consoler, et autant que d'y venir, nous sommes entrez dans vos cœurs, pour y reconnoistre ce qui pourrait davantage les affliger depuis vostre incendie, afin d'y apporter quelque remède. Si nous avions affaire à des personnes semblables à nous, la coustume de nostre païs eust esté de vous faire vn présent pour essuyer vos larmes, et vn second pour affermir vostre courage ; mais nous avons bien veu que vos courages n'ont iamais est abattus sous les ruines de cette maison, et pas vn de nous n'a pü voir mesme vne demy larme qui ait paru dessus vos yeux pour pleurer sur vous mesme à la veuë de cette infortune. Vos cœurs ne s’attristent pas dans la part des biens de la terre, nous les voyons trop eslevez dans les désirs des biens du Ciel ; et ainsi de ce costé là nous n'y cherchons aucun remède. Nous ne craignons rien qu'vne chose qui serait vn malheur pour nous ; nous craignons que la nouvelle de l'accident qui vous est arrivé, estant porté en France, ne soit sensible à vos parens plus qu'à vous-niesmes ; nous craignons qu'ils ne vous rappellent et que vous ne soyez attendries de leurs larmes.

u Le moyen qu'vne mère puisse lire, sans pleurer, les

lettres qui luy feront sçauoir que sa fille est demeurée sans

vestements, sans viures, sans lict, et sans les douceurs de la vie, dans lesquelles vous avez esté esleuées dès vostre ieunesse ; les premières pensées que la nature fournira à ces meres toutes desolées, c’est de vous rappeler aupres d'elles, et de se procurer à elles-mesmes la plus grande consolation qu’elles puissent receuoir au monde, procurant aussi vostre bien. Vn frère fera de mesme pour sa sœur, vn oncle ou vne tante pour sa nièce, et ensuite nous serons en danger de vous perdre, et de perdre en vos personnes le secours que nous auions esperé pour l'instruction de nos filles à la foy, dont nous avons commencé avec tant de douceur de gouster les fruits. Courage ! Sainctes filles, ne vous laissez pas vaincre par l'amour des parens, et faites paroistre aujourd’huy que la charité que vous avez pour nous, est plus forte que les liens de la nature. Pour affermir en cela vos résolutions, voicy un présent de douze cens grains de pourcelaine, qui enfoncera vos pieds si avant dans la terre de ce païs, qu'aucun amour de vos parens ny de vostre patrie ne les en puisse retirer ! Le second présent que nous vous prions d’agréer, c’est d’un colier semblable, de douze cens grains de pourcelaine, pour jetier de nouveaux fondemens à vn bastiment tout nouveau où sera la maison de Jésus, la maison de prières, et où seront vos classes dans lesquelles vous puissiez instruire nos petites filles huronnes. Ce sont là nos désirs, ce sont les vostres, car, sans doute, vous ne pourriez mourir contentes, si en mourant on vous pouvoit faire ce reproche, que pour

l'amour trop tendre de vos parens, vous n’eussiez pas aidé

Le T110—

au salut de tant d’âmes que vous avez aimées pour Dieu,

et qui seront vostre couronne dans le Ciel. 1 Le Révérend Père ajoute à cette citation :

” Voilà la harangue que fit ce Capitaine huron, je n’y adiouste rien, et mesme je n’y puis ioindre la grace que luy donnait le ton de sa voix, et les regards de son visage. La nature a son éloquence, et quoyquils soient barbares ils n’ont pas dépouillé ny l’estre d'homme, ny la raison,

ny vne âme de mesme extraction que les nostres. 1

Les Iroquois continuaient cependant leurs courses et leurs ravages. Enhardis par le succès, ils ne craignaient plus rien et faisaient tout trembler à la seule pensée de leur approche. Les alarmes incessantes qu'ils causaient partout, dans la colonie, avaient fini par lasser les Français et décourager complètement les Hurons. Enfin, le désastreux évènement de samedi, 20 mai 1656, les accabla de douleur et porta la consternation dans toutes les parties du pays. C'est encore aux Relations des Jésuites que ce récit est emprunté. Nous nous permettons seulement de l'abréger en le reproduisant.

— Le 18 mai, 1636, ces perfides s'étant cachés dans le bois, à 10 ou 12 lieues au-dessus de Québec, laissèrent passer des Français qui montaient au pays des Onnontserons .

ils se jettent sur les canots qui font l'arrière-garde, et

maltraitent ceux qui les conduisent ; mais se voyant menacés des Français, ils firent semblant de s'être mépris. Dans la nuit du 19 au 20 de may, ils descendirent sans bruit, passant devant Québec sans être aperçus ; ils prirent terre au-dessus de la bourgade des Hurons, et cachèrent leurs canots dans la grande anse, un peu plus bas que la terre du Fort. Le matin, tous les Hurons ayant assisté à la messe, comme de coutume, sortirent pour le travail ; les Iroquois se jetèrent sur eux, en massacrèrent quelquesuns sur la place, et emmenèrent quelques captifs...... La perte des Hurons fat de soixante-et-onze personnes, avec un grand nombre de jeunes femmes qui étaient la

fleur de la colonie! (Voir Relation de 1667, chap. III.)

La mission des Hurons, en 1669, fut réduite à un petit nombre de personnes. Depuis que la paix est faite avec les Iroquois, ils ont abandonné le fort qu'ils avaient dans une grande place de Québec et se sont retirés dans les bois, à une lieue et demie de cette ville pour y cultiver des champs ; ils y ont fait un bourg nouveau, et comme une nouvelte colonie, (voir Relation de 1669,) qui prit successi-

vement les noms de missions des Hurons, missions de

l'Annonciation, Notre-Dame de Foye, puis enfin Sainte-

Foye. On aimera à lire sur ce sujet l'extrait suivant de la Relation de 1670, par le Révérend Père Le Me:cier.

u L'an passé, on envoya à nostre Révd. Père Supérieur vne statue de la bienheureuse Vierge, faite du chesne dans leque! il v a plusieurs années on trouva vne image miraculeuse de Nostre-Dame de Foye, près de la ville de Dinan, au païs de Liège ; et comme ceux qui nous envoient cette statue, avaient témoigné qu'ils souhaitaient qu'elle fust placée en quelque chapelle, où les sauvages font ordinairement leurs exercices de piété,....1le Révd. Père Supérieur ne douta point, que la divine Providence ne luy eust ménagé ce précieux don, nour vne petite église qu'on venait d'achever dans vne bourgade des Hurons, que Monseigneur notre Evesque avoit voulu qu’on dédiast à Nostre- Dame, sous le titre de l’Annonciation. 1“ (Voyez encore les Relations de 1671, ch. IV.) ‘ La petite colonie huronne, composée d'environ 130 âmes, est un reste des peuples que la cruauté des Iroquois a épargnés....La providence les a ramassez à la coste de Saint-Michel, fort peuplée de Français.... Leur bourgade est située auprès de leur chapelle, qu'ils ont bâtie conjointement avec les habitans du lieu, où est honorée une image en bois de la sainte Vierge, faite du bois d'un chesne, dans le cœur duquel il s’en trouva, il y a soixante ans, une de pareille grandeur; au bourg de Foye dans le pays de Liège, à une lieue de la ville de Dinan. «

Avenant le 3 décembre, 1606, les Hurons, par l’entre-

mise de leur missionnaire, le Révd, Père Germain Décou-

vert, de la compagnie de Jésus, demandèrent à l'intendant M. Bochard de Champigny, un autre terrain plus spacieux, mieux complanté en bois de haute futaie.

Pauvre nation huronne ! elle a édifié les bons et paisibles Français de l’île d'Orléans, puis elle se trouve encore dispersée, assimilée à d'autres nations barbares qu'elle a encouragé à embrasser le christianisme ! Pour être déchue comme nation, elle a été bien glorifiée car plusieurs de ses enfants ont été élevés aux fonctions de l’apostolat auprès des immenses tribus de la forêt et leurs principes et leurs exemples ont conduit à la vraie Foi des mil-

liers de baroares.

REMARQUES Sur les productions de l'Ile en général.

Dans l’île d'Orléans, comme généralement dans toutes les autres parties du Bas-Canada, le cultivateur ne garde d'animaux qu'autant qu'il lui en faut strictement pour l'exploitation de la ferme. En 1827, il s'y trouvait 1,044 chevaux, 7,690 bœufs, 2,098 vaches, 6,905 moutons, et

près de 5,000 cochons, C'est dans la paroisse de Sainte-

Famille, que se trouvent les fermes les mieux pourvues de moutons et de vaches, mais surtout de porcs, et c’est cette paroisse qui, eu égard à sa population, alimente le mieux les marchés de Québec.

En 1852, le recensement constatait que sur 13,646 arpents de terres concédées, 7,413 étaient mises en culture, 3,621 arpents étaient labourées et 3,707 avaient été laissées en prairies ; enfin, 6,233 arpents étaient en forêt de réserve.

A l'intérêt des récits historiques, l’île d'Orléans offre encore aux citoyens de Québec le plaisir d’agréables souvenirs et de douces réminiscences. Qui, en effet, aurait perdu la mémoire des petites fêtes hocagères, des joyeux festins pris soit sur la verte pelouse de l’île d'Orléans, soit sur ses rives enchanteresses, ou dans la grande et large chambre d’une de ces maisons hospitalières, où l'étranger était toujours accueilli avec cordialité et respect? Quelques fois, en hiver, après une longue excursion à la raquette, sur le pont de l'Ile, si la fatigue ou le mauvais temps forçaient le marcheur aventureux à chercher du repos, il n'avait qu'à frapper à la porte du toit le plus voisin, et il était certain d'y trouver bon feu, bonne mine, et table ouverte. Le repas était rehaussé par les apprêts

de fruits confits, surtout de pomines gelées, à nulles

nu Tor =

autres pareilles, tant la main qui les avait préparées y avait apporté de soins. En été, on présentait au voyageur de succulentes et douces prunes, auxquelles les touristes et les chroniqueurs, n’ont pas accordé, je dois le dire, l'attention qu’elles méritent.

Qui r’a pas entendu parler des prunes de l’île d'Orléans, égales pour le moins à celies que vantait le poète (Roucher) dans ses chants :

C'est la prune, conquise aux plaines de Damas.

Ces fruits, dont on ne compte pas moins de deux cents cinquante variétés, dit-on, se trouvent en plus grande abondance dans le district de Montréal que partout ailleurs, parce qu'ils y sont l’objet d’un système suivi de culture et d'exploitation. Aussi, en trouve-t-on de cent et une espèces : perdrigon, violet, damas, damas musqué, perdrigon-normand, reine-claude, petite reine-claude, impératrice violette, impératrice blanche, etc. Mais, après tout, suivant de bons connaisseurs, il faut en revenir aux damas de l'île d'Orléans !

Ces prunes fraîches, petites, noirâtres, qui ont une peau tendre et fine et d'un velouté à ravir, sont douces, fondantes, et produisent un zest inexprimable au goûter. Elles

font rejeter bien loin les prunes rouges, les prunes d'au-

‘tomne, et tous ces pruneaux étrangers, ridés par la vieillesse et que honnissait Martial :

Pruna peregrinæ carie rugos®æ® senectae.

Epig. lib. XIII.

Les prunes de damas de l’île d'Orléans sont supérieures à celles de Montréal. On en transporte, et en grande quantité, dans toutes les parties du pays. De plus, les forêts et les bocages de l’Ile fourrissaient abondamment diverses espèces de fruits sauvages, qui tous sont réellement d’une saveur exquise.

La culture des pommes, autre délicieuse production de l'île d'Orléans, dans un temps déjà bien reculé, passe pour y être extrêmement négligée de nos jours. Elle y serait plus profitable, dit-on, que partout ailleurs, ( Bibliofh. Canad. tome III, p. 75.) si on lui donnait plus de temps et plus de soins. Autrefois, la bourassa aussi était florissante en ces parages. Ne dirait-on pas qu’en changeant de sol, elle n’a acquis une saveur comparativement meilleure que parce qu’elle a été cultivée avec plus d’art et plus de soins ? Nul doute que les populations de l’île trouveraient un grand avantage en cultivant les pommiers de leurs vergers, selon les notions reçues, et qu’elles se crée-

raient ainsi une excellente source de revenus,

ame 123 —

Un autre genre d'industrie, qui est à la fois la fortune des pauvres et la jouissance des riches dans ces localités, c’est la pêche. Tout autour de l'Ile, et dans les diverses saisons de l’année, on peut la faire avec aise et profit. Le bar, l’alose, l’anguille et plusieurs autres variétés de poissons, sont pris au filet ou dans des pêcheries de diverses formes.

Au côté nord, se tendent les pêches à l’anguille, et, au sud, on trouve les endroits de pêche les plus fréquentés. Presque tous les jours de l’année, nous voyons la ligne ou le filet assurer au pêcheur attentif, la récompense de ses soins et de sa peine. Quelle moisson d’aisance et de bonheur, pour une population si favorisée déjà sous tous les

autres rapports !

Puisse-t-elle ne jamais oublier qu’en la plaçant dans un des climats les plus favorisés, la providence qui lui a assuré le bonheur et la prospérité exige qu'elle se montre reconnaissante de tous ses bienfaits.

Les sucreries d& l’île d'Orléans méritent une courte mention. Considérables autrefois, elles étaient pour Îles cultivateurs une source de revenus très productive. I suffit de remarquer qu'en 1827, on y fit 182,448 livres de sucre

d'érable, sans compter les sirops qu'on avait apportés anx

marchês, et ceux que chaque famille gardait pour son usage et pour sa provision. Mais, peu à peu, les vastes érables tombèrent sous la cognée du bûcheron ; le désir de réaliser une somme plus ronde, en vendant son bois, avait poussé l’impitoyable cultivateur (durus aratox) à cet

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