DE L AUTEUR
Sî Ton a pu dire que chaque pierre a sa chronique, chaque mousse sa légende, il est encore plus vrai d'affirmer que chaque famille a aussi ses souvenirs, chaque maison ses traditions, chaque localité ses annales particulières et que l'ensemble des événements joyeux ou tristes qu'elles rappellent, des époques brillantes ou sombres, glorieuses ou tragiques dont elles ont été le témoin ou le théâtre et dont le récit se transmet au coin du feu, de génération en génération, constitue le charme le plus attrayant de l'histoire d'une population ou d'une localité.
L'île d'Orléans, connue des Français dès leurs premiers voyages au Canada, située à quelques milles de distance de la citadelle de Québec, ce vieux témoin des luttes héroïques des deux nations les plus puissantes de l'Europe, pour la possession exclusive de ce continent, offre, elle aussi, aux lecteurs amis de leur pays, sinon des pages mouvementées, remplies de prouesses et d'actions d'éclat, au moins des mémoires précieux et intéressants, non seulement pour ses habitants, mais même pour le public en général, et qu'il devient de plus en plus impor-
tant de conserver en les mettant à Tabrî de la pernicieuse influence de Tindifférence et de Toubli.
En 1860, Mr N. H. Bowen, notaire, fils du juge-en-chef de la Cour supérieure, et membre de la Société littéraire et historique de Québec, publiait un Essai d'une quarantaine de pages auquel il donna pour titre : An Historical Sketch of the Isle of Orléans^ being a paper read before the Literary and Historical Society of Québec, âr'c. Cet opuscule, tiré à un nombre limité d'exemplaires, est composé en grande partie de citations réunies avec beaucoup de soin et suppose celui qui le lit déjà amplement pourvu de connaissances historiques. L'auteur, généralement véridique et impartial, ne présente à ses lecteurs ni railleries sur les usages et les coutumes de Tlle, ni observations offensantes sur les mœurs et les croyances des bons insulaires.
Tout, au contraire, y respire le respect et la bienveillance à leur égard. L'intérêt éprouvé en lisant ce mémoire fit regretter que, étant écrit en langue anglaise, il ne pouvait guère être lu par ceux qu'il intéressait davantage, et qui auraient aimé surtout à le conserver dans leurs familles. C'est pour combler cette lacune et pour suppléer cette omission que nous offrions aux lecteurs du Journal de Québec, en 1864, quelques notes qui devaient servir de