‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âgeChapitre 9 sur 90 · District de Paphos, ou Baffo · texte numérisé non relu

District de Paphos, ou Baffo

Après le district de Chrysocho, le Paphos est le plus montueux de l'île, mais il est dans des conditions bien préférables à celles de son voisin du nord pour l'abondance, la variété et la qualité de ses produits. L'étude du sol a conduit M. Gaudry à reconnaître les raisons géologiques de cette supériorité qu'il rappelle et explique ainsi : « La « plupart des meilleures productions de l'île sont réunies « dans le district de Paphos. On dit même, coïncidence « singulière ! que les Chypriotes distingués ont presque « tous reçu le jour dans cette contrée. Les montagnes de « Paphos retiennent une fraîcheur inconnue aux autres « parties de l'île. Dans cet éternel oasis, les plantes ont « pu davantage conserver leur force et les hommes leur « énergie. » {Recherches, p. 259.) Le blé et les orges du Paphos sont les premiers de l'île ; ses soies jaunes, remarquables surtout par la solidité du fil, les plud estimées ; le tabac d'excellente qualité. On apprécie la race de ses chevaux, petits et agiles.

Baffo ou Baffa, est un misérable village d'une vingtaine de cabanes éparses au milieu des ruines de Néa Paphos, la Paphos gréco-romaine, dont les décombres

jonchent Je sol sur une longueur de près d'une lieue. Quelques colonnes encore debout, un grand nombre en trèsbeau granit renversées et brisées, des restes de fontaines et d'édifices considérables, au milieu desquels croupit l'eau de plusieurs ruisseaux ; sur le bord de la mer un marais pestilentiel formant autrefois le port, aujourd'hui comblé de sable et de limon ; tel est maintenant l'état de la capitale où résidait le gouverneur romain, Paulus Sergius, converti par saint Paul. Un fortin délabré semble défendre l'ancienne entrée du port. La vibration de quelques coups de canon tirés en l'honneur de M. Fourcade, notre consul, à son arrivée à Baflfo, suffit à faire crouler dans l'eau un grand pan du rempart. On ne l'a pas relevé.

A une lieue environ de ces ruines vers l'ouest, se trouve une antique nécropole qui n'a pas été suffisamment explorée. Dans les roches calcaires qui bordent le rivage et parsèment la plaine, ont été creusés de nombreux tombeaux. Quelques-uns sont composés de vastes salles, de péristyles ornés de colonnes et de magniRques chapiteaux. Des grottes semblables existent de l'autre côté de Baffo vers l'est. Non loin de là, entre le rivage et une ceinture de rochers qui soutiennent les terres du village de HiéroskipoSj s'étend sur une longueur d'une demi-lieue et une largeur d'à peu près un quart de lieue, une petite plaine basse, très unie, d'un limon très-fertile, arrosée par les eaux qui y amènent de deux ou trois lieues de distance des conduits . souterrains. Ge.petit domaine abandonné, qui ferait la fortune d'une famille, et où ne pousse plus un seul arbre, paraît être l'ancien bosquet de Vénus, le jardin sacré de la déesse. On le nomme encore Uiérochépia, du nom analogue à celui du village voisin. Les rochers qui contournent et protègent la plaine sacrée sont perforés de grottes et de galeries. Quelques-unes ont été converties en chapelles, qu'ornent des images de la Vierge et de saint Georges.

La misère et l'insalubrité de Baifo l'ont fait abandonner par la population aisée qui depuis longtemps s'est trans-

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portée au bourg de Ktima, éloigné à peine d'une demilieue. C'est là que réside le commandant turc au milieu d'une population de 180 familles turques et d'une quarantaine de familles grecques. L'évêque grec de Paphos préfère en général habiter le beau couvent de Chrysoroghîatissa et laisse tomber en ruines le palais épiscopaï. Les Français, les Vénitiens surtout, s'étaient également retirés à Ktima pour fuir l'air pestilentiel de la ville basse. Ils y ont laissé de magnifiques maisons et de vrais palais ayant la plupart des jardins plus spacieux que ceux de Venise. Une belle église latine a été convertie en mosquée, une autre sert de bain public.

Chrysoroghîatissa, dont je parlais, est un riche couvent, où l'évoque de Paphos passe les huits mois de la saison d'été. Il est construit dans un site délicieux, à 12 lieues au nord de Ktima, sur une haute montagne d'où la vue s'étend jusqu'au cap Acamas, à l'extrémité de l'île. Il jouit du rare privilège, ordinairement refusé aux églises par les Turcs, de posséder une cloche. — Phiniha, village turc, autrefois La Fenique, au nord-est de Ktima; Enhlistera couvent grec, en français VEnglistre, au nord ; Emva, en français Embes, vers l'ouest ; Lemba, Lembes plus à l'ouest, sont d'anciennes terres françaises ou de l'ordre de Rhodes. On trouve dans les montagnes de ce district de l'analcime, du cristal de roche et des grenats. Il s'en fait encore un assez grand commerce en Orient sous l'ancien nom de diamants de Paphos ou diamants de Chypre,

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