‹ L'île de Tsong-ming à l'embouchure du Yang-tse-kiangChapitre 45 sur 61 · XX: MISÈRE ET CHAMÎTÉ · texte numérisé non relu

XX: MISÈRE ET CHAMÎTÉ

«vivent à lour aise, des produits d'un seul hectüre* comme l'affirme M, Reclus (Op. cit.) Mais quoi qu'il eh soit des plaines de Chang-hai, nous pouvons assürer que celles de Tsoñgaming, qui serait «uñe des régions les plus fertiles de la Chine,» auxquelles le même tiuteur attribue une égale densité, ne peuvent même nourrir les quinsée persofñnes que nous leur reéconnaissüns par heotare (1).

Nous avons relevé, sur les registres de paroisses de o6s der: nières années, des chiffres qui prouvent éloquemment la misère de ce peuple. Pendant que la hatalité se maintenait aü chiffre relativement élévé de 85,56 naissances annuelles pour Mille habi: ‘ tañts, la mortalité atteignait la moyenne effrayante de 42,78,

De hos jours, à la lettre, des ifisülaires Meutent de faim, avec leurs 6 ares, 75 de biens-fonds en moyenne par tête. Cär, 6e qu'une culture de luxe, une simple culture maraichère pouütrait fournir au besoin à ses auteurs, la pläntation du tis ou du coton, des fèves où du mais, du #orgho, du colsa, du blé, du millet, des patates, cette plantätion, dis-je, la seule qui soit utile dans ce pays, ñle le peut absolument point,

Un autte signe mrnifeste de cette misète est l'abandon des nouveau-nés, Je ne crois pas que 68 peuple, qui est bon malgré sa grogsiéreté, soit naturéllement porté à se défaite dé ses enfants, et je n’en veux pour preuve que la rareté de Cette pratique dans la région plus fortunée de Haïi-men. L'insuffisance de leurs ressources et le désir de conserver ceux qui sont venus les premiers aux luttes de la vie, imposent seuls ce sacrifice aux parents.

L'œuvre admirable de la Sainte-Enfance a été établie : à Tsong-

ming en 1845; elle possède dans l'ile six établissements prinoi-

paux, qui aident le gouvernement chinois à accomplir la tâche humanitaire pour laquelle il se sent impuissant (@).

() Nous verrons plus loin comment les Chron. de Tsong-ming, qualifient elles- mêmes ‘les terres de l’île de médiocres et de «maigres.»

(2) Je n’ignore pas que l'administration civile de Tsong-ming possède elle-même un établissemeut de ce genre. Cet orphelinat fondé en 1714, a été rebâti en 1787 vers le Nord de ia ville. Les Chroniques (Ed. 1881. 3° vol. pag. 42 et 48) s'étendent avec complaisance sur les bâtiments consacrés à eet orphelinat; elles supputent avec une exactitude sorupuleuse la superfioie des champs et des pâturages offerts à l'œuvre par des âmes généreuses, À en croire cet exposé officiel, l'orphelinat patroné par le sous-préfet jouirait d'un domaine. de 8.390 arpents chinois, soit de 599 hectares, Nous ignorons si ee riche domaine existe ailleurs que dans les Owontyques et si les donateurs n'auraient pae offert à l'étalissement en question, des terres depuis longtemps emportées par les eaux du Kiang; toujours est-il que les résultats atteints par l’orphelinat ofñeiel sent plus que modestes: trois cents enfants environ sont apportés ehaque année dans cette maisen-modèle de ls bienfaisance païenne. Les frais faits pour les 150 nourrices qu’'entretient l'établissement montent tout au plus à 6.000 francs, Lé reste des reverids seft probablement à défrayer les administrateurs des peines qu’ils sg debnen$ pour la ohcëe publique...

Remarqubns en passant qu'aucun orphelinnt indigène n'a été élevé dans le Kiang-nan,

Je ne parlerai que des résultats de ces dernières années qui vont toujours croissant, et encore devrai-je me borner à exposer les résultats du centre principal, appelé le Grand Kong-souo (ZA Pf, Grande Eglise). Placé au centre de l’île à 35 kilom. Est de la sous-préfecture, cet orphelinat chrétien est dirigé par des vierges indigènes et soumis au contrôle du missionnaire.

Pénétrez dans cette enceinte, qui voit chaque jour arriver 4 ou 5 de ces déshérités, entrez avec eux dans ces vastes dortoirs où les vierges chrétiennes veillent comme des mères attentives, sur les berceaux des nouveau-nés. Feuilletez ces registres, toujours entr'ouverts sur la table, et lisez ces chiffres véridiques: en 1884, 1264 enfants apportés au Grand Kong-souo; en 1885, 1204; en 1886, 1423; en 1887, 1432; en 1888, 1438; en 1889, 1475 !... | |

Approchez-vous des petits lits; la plupart de ces êtres chétifs portent en eux les germes de la mort, lorsqu'ils nous sont remis, et les soins dévoués qu'on leur prodigue ne peuvent en sauver qu'un nombre très restreint. Derrière l’orphelinat se trouve le champ mortuaire ; un tertre surmonté d’une croix en fer indique le lieu où reposent deux anciens missionnaires. De chaque côté, de beaux ombrages, et au milieu, la terre sainte ou le charnier des innocents. La poussière de 18.000 enfants repose dans ce champ des morts (1).

avant le règne de K'‘ang-hi. C’est manifestement à l’influence des missionnaires que l'on doit l'institution de cette bonne œuvre, et les géographes de l'empereur, les Pères de Mailla, Henderer et Régis qui exécutèrent leurs travaux sur le territoire du Kiang-sou, en l'année 1713 ou 1714, ont dù avoir la meilleure part dans l'érection de l’orphelinat de Tsong-ming, qui était fondé précisément à la même époque.

(1) M. Reclus qui n'omet jamais l’occasion de glisser une insinuation malveillante contre les cathoïiques, ne pouvant nier contre toute évidence la plaie de l’infanticide et l'utilité des orphelinats, se dédommage en disant qu’en Chine «la plupart des conve:s:ons «se font dans les classes que leur pauvreté dispense de la célébration des rites funéraires’ «qu’en outre, les enfants recueillis par les prêtres en temps de guerre ou de famine, ou bien «achetés à des parents misérables, sont élevés dans la pratique du culte catholique; c'est «ainsi que se recrutent les «Chrétientés» de Chine.»

Il est faux que les païens même pauvres se croient dispensés de la célébration des cérémonies funéraires: il n’est que trop fréquent, même à Tsongming, ainsi que le déplo’ rent les Ohroniques, de les voir à cette occasion, contracter de folles dettes que leur vie ne sufñra point à payer. Il est également faux que les «chrétientés» de Chine ne comptent point un bon nombre d'«adhérents» parmi la classe aisée. Il est faux enfin que les enfants dont parle M. Reclus, composent une partie notable de la population chrétienne. A Tsong-ming, où il semble que la proportion devrait être plus considérable que partout ailleurs, les pupilles de la St Enfance, âgés de 2 à 40 ans, forment moins du dixième des chrétiens. |

Notons en terminant que les. «parents misérables» qui nous abandonnent leurs enfants, à Tsong-ming, ne les vendent pas, et que l’on se contente de donner au porteur, pour prix de sa course, la modeste somme de cent sapèques; environ 40 centimes.

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