XX. QUALITÉS EU DÉPAUTS
depuis la relation du P. Du Halde. Tout le prouve du reste dang l'aspect de ce peuple, qui porte partout aves lui les livrées de ss misère, dans ses demeures qu'il ne répare point, sur ges vêtements déguenillés et sa personne sordide. |
Nous ignorons pour quelle raison «le plus ambitieux et le «plus actif des messagers que le protestantisme a envoyés en «Chine,» Gutzlaff, nous à dépeint la race de Tsong-ming comme «très industrieyse, propre, et confortable dans ses habitations (1).» Cette louange, erronée de tous points, nous confirme ce sévère jugement qui fut porté sur le vaniteux pasteur : «Peu d'hommes «l’ont surpassé pour la facilité avec laquelle il rédigeait des sen- «tences contenant un ensemble de propositions dont pas une seule «n'était juste (2).» Nous doutons que M. Gutzlaff ait jamais pénétré dans ces chaumières «construites en roseaux,» ou dans ces * demeures ruineuses qui prouyent par leur délahrement la gêne extrême de leurs propriétaires. Tout cela est loin de la notion du confortable et même de la plus élémentaire propreté.
Quant à traiter ce peuple de «très industrieux,» c'est lui faire trop d'honneur. Qu'on dise qu’il est très laborieux, très dur aux privations, très constant dans ses cntreprises, nous n’y contredirons point. Ces insulaires fourniront en un jour, pour un modique salaire, des courses de 15 lieues, poussant une brouette chargée de 100 kilogrammes et plus (3). Leurs femmes et leurs enfants feront tourner leur rouet tout le jour pour gagner en fin de compte 40 sapèques, seize centimes! Ils ne se plaindront point
(1) “The inhabitants are most industrious and civil people, and neat and comfortable “in their dwellings.” (China opened. Tom. 1. pag. 81). Ce “messager” arrogant et vantard reconnut un jour que les âmes étaient difficiles à gagner: “Il y a dix indigènes “de convertis (en Chine), écrivait-il; c’est vraiment bien peu de chose.” (Op. cit. T. 2. ch. 15). Aussi finit-il par “prendre une charge d’interprète auprès de la commission an- “glaise, dit le docteur Williams, avec un traitement de huit cents livres.” (The Middle kingdom. T. 2. Ch. 19). Assurément, cette position était plus “confortable” que celle des missionnaires catholiques dans l’île de Tsong-ming. |
(2) The Chinese and their Rebellion. Chap. 18. — Voir les Missions Ohrétiennes par Marshall. “Nous ne savons, ajoute cet auteur, quel fonctionnaire anglais en Chine 8 ‘essayé de perpétuer la mémoire de M. Gutzlaff; il y a plus d’ironie que de respect dang “cette tentative. L'île de Gutzlaff près Chusan et non loin de Tsong-ming, nous dit un “voyageur récent, n’est qu’un rocher stérile. (The Times. August. 28, 1860).
(3) Le prix du transport par brouette, à Tsong-ming comme à Haï-men, est communément de sept sapèques par 4. L’ensablement des nombreux canaux (GE qui débouchent dans le fleuve limite à une zône très restreinte les transports par eau. Les eaux du Hai-men-t‘ing ne communiquent pas du reste avec colles du Kiang-pé: des levées séparent de l'Est à l’Ouest les canaux de ces deux régions. Leur ouverture pratiquée secrètement par les riverains du Nord pour jeter plus vite à la mer le trop-plein de leurs canaux, a donné lieu plus d’une fois à des rixes sanglantes entre les deux races voisines. ee
des malheurs qui les frappent, ni des maladies qui les ruinent-en les forçant d'emprunter à 30 et 40 pour cent, ni de la mer qui mine leurs champs, ni de la tyrannie du plus fort qui les tient à tout instant sous l'empire de la terreur. Soit! (C’est beaucoup peut-être; mais c’est tout!
| À part les ressources qu'offrent aux riverains la pêche et l’exploitation de quelques plages salantes (1), ils n’ont d'autre industrie que la culture vulgaire de leurs champs. Aucun souci de perfectionner des instruments qu'ils tiennent des temps antiques; aucune exploitation industrielle de produits importés du dehors; aucune intelligence du négoce (2). Voilà certes plus de caractères qu'il n’en faut pour juger que la relation du Rév. Gutzlaff, non moins que les louanges de M. Reclus, constitue une amère dérision. Nous avons parlé tout-à-l'heure de la «tyrannie du plus fort» et quelques mots d'explication sont ici nécessaires.
(1) Le système signalé par Grosier pour l'exploitation de ces salines, qui ne sont nullement des “mines de sel gemme,” comme l’affirme un dictionnaire de géographie, mais de simples terrains salants, n’a subi aucune modification depuis un siècle. La gravure que nous reproduisons d’après l'édition de 1760, donne une idée assez exacte de ce travail. Sur le sol que l’on unit comme une aire parfaitement plane, l’on étend une légère couche de braise, qui, sous l'action du soleil, ne tarde pas à se couvrir de cristaux. On lave alors cette braise dans un bassin d'où les eaux s’écoulent dans un second réservoir. Ces eaux saturées par plusieurs lavages successifs, sont ensuite bouïillies dans de vastes bassines chauffées per un feu de roseaux. L'évaporation donne un sel parfaitement blanc, très supérieur à cette drogue grisâtre et malpropre que, sur le continent où l'Etat s’est réservé le monopole de la vente, on désigne sous le nom trop significatif de sel mandarinal CE ].
Voici ce que nous apprennent les Chroniques au sujet de cette exploitation: «Des offi- «ciers de la gabelle avaient été préposés aux salines de Tsong-ming longtemps avant l’érec- «tion de l'île en district... Mais depuis l’année 1601, la fabrication du sel cessa d’être «soumise à des fermiers et d’être régie par des mandarins. Le sel, qu’on obtient par râclage «et cuisson, est consommé dans le pays même. Les plages à sel paient seulement le tribut
‘“«assigné aux autres terres. Malgré cette insigne faveur de la munificence impériale, il «arrive encore souvent, soit parce que les terrains salants tombent à la mer, soit parce qu'ils «se changent en terres douces, qu'il faille abandonner l’entreprise.» Le P. Du Halde à propos de ces changements fait une remarque qui n’est guère moins naïve que les réflexions du chroniqueur: «Ce sont là, dit-il, de ces secrets de la nature, que l’esprit humain s’effor- «cerait vainement de pénétrer.»
Il paraît qu’à l'époque du P. Du Halde, on tirait de Tsong-ming «une si grande quanti- «té de sel, que non-seulement toute l'Isle en faisait provision, mais qu’on en fournissait «encore ceux de Terre Ferme.» Actuellement la concurrence que font à ces salines celles du Kïiang-pé et de Hai-men, a singulièrement diminué la valeur de ce produit pour n08 insalaires, ainsi que nous l’apprenaient tout-à-l’heure les Chroniques.
(2) C’est un fait bien curieux, par exemple, que dans toute la presqu'île de Haiï-men;, dont le sol leur appartient exclusivement, les descendants des Tsongminoïis ont abandonné à d'autres le commerce de leurs bourgs. Monts-de-piété, banques, teintureries, pharmsacies, tout ce qui touche au grand commerce ou à l'industrie technique, est aux mains des étrangers; gens de Nan-king, de Ning-po, du Kiang-pé ou d’ailleurs.