IV. THÉORIE DU SOULÉVEMENT
Voici comment s’exprimait en 1760, Tchao Ting-hien, gouverneur de Tsong-ming, rééditeur officiel des Chroniques au sujet du mode de formation de notre ile: «L'an 620, au sud du dis- «trict de Hai-men, un dragon Chen (), couleur pourpre, forma «une nuée de vapeurs qu'il vomit. Alors surgirent du sein des «eaux les bancs de sable Tong-cha et Si-cha (1).»
Il semble que l'éditeur de 1881, tout chinois qu’il est, ait voulu, en reléguant cette fable au rang de simple note, décliner le ridicule qui s’attacherait au patron d'une telle théorie. Il se contente d'écrire, ainsi que nous l’avons dit plus haut, que «ces deux «îles surgirent tout à coup du milieu de la mer (F# j#) (2).»
Nous parierions cependant que l’auteur moderne n’abandonna qu’à regret la tradition merveilleuse de ses prédécesseurs. Rien en effet, même au 19° siècle, n’est plus chinois que la croyance aux dragons, petits & grands, par lesquels les plus hauts dignitaires de l'empire eux-mêmes expliquent tous les événements dont ils ignorent les causes naturelles.
Quoi qu'il en soit, faudrait-il voir dans le caractère de soudaineté que signalent les premiers chroniqueurs, l’indice d’un soulèvement subit du sol sous-marin? Bien qu'une telle explication puisse trouver quelque vraisemblance dans les phénomènes qui se produisent depuis des siècles vers l'embouchure du Yang-tse-hiang
(1) Op. cit. Edit. 1760 ; T. I. pag. 1.
Voici quelques détails intéressants sur cet animal fabuleux: “The Shin [chen) is “populary described as an embryotic dragon, or a dragon in the first stage of existence, “It is formed by the perspiration of that animal falling from the sky upon terrestrial ‘‘beings. Animals thus affected become Shin, sink into the ground and remain there, “some say thirty, some a hundred years, emerging in heavy rains as a Kiau (kiao Be), “which is subsequently transformed into a dragon. These fabulous beings are charged with “much that is otherwise inexplicable in the world of matter”. D. Macgowan. Cosmical Phénomena of Shang-hai. Journal of the N. C. Branch, Royal As.Soc. Sept. 1860. ‘
(2) Op. cit. Edit. 1881; T. II. pag. 1.
(& + ?L), nous la considérons comme assez peu probable.
Nous pouvons ranger sous trois chefs principaux ces phénomènes qu'ont fidèlement enregistrés diverses Chroniques, au chapitre des Pronostics (f£ ff).
4° — Eruptions. La plus remarquable de celles que citent les Chron. générales du Kiang-nan, se produisit à Ting-lin (& #) 90 kilom. sud de la ville actuelle de Tsong-ming, juste deux siècles avant l'apparition de Tong-cha (419 ap. J.-C.). Voici la note malheureusement trop brève que lui ont consacrée les annales chinoises: «La terre s’entr'ouvrit de plusieurs pieds; il y eut com- «me un bruit de vagues et émission de feu». Macgowan voit dans ce fait un volcan passager émettant un gaz enflammé, tel qu'on en trouve en Mandchourie. A quelques kilomètres de Chang-hai, le même auteur rappelle qu'une fontaine bien connue sous lenom de «Bubbling well» émet librement de l'hydrogène carboné.
2° — Action sous-marine. Les Chron. de Tsong-ming nous apprennent qu’en 1684 «il y eut un jour trois marées» et celles du Kiang-nan mentionnent neuf cas de ce genre constatés sur la côte de cette province de 1357 à 1778. Nous pensons avec Macgowan que ce phénomène doit être attribué aux tremblements de terre qui se produisent sous l’action des volcans situés à l’Est ‘de la Chine. Les exemples du reste ne manquent pas qui confirment cette explication et corroborent le témoignage des écrivains indigènes, si peu suspects de falsification en pareille matière, que Macgowan a pu écrire : «Ï have too much confidence in the truth- «fulness of Chinese records, to reject the statements».
Peut-être conviendrait-il de rattacher à la même cause la coloration des eaux de la mer, qui est parfois signalée. C’est ainsi par exemple que l’an 1500, à la 6° Lune, «les eaux de la marée «qui vinrent baigner Tsong-ming, présentèrent la couleur du sang».
3° — Tremblements de terre. Les Chron. de Tsong-ming n'en mentionnent aucun antérieur au 15° siècle. Cette omission vient sans doute de la date relativement récente de ce recueil. Voici par ordre chronologique la suite des observations consignées dans l'édition de 1881, avec la brève mention qui les accompagne :
«En 1498, 6° jour de la 6° Lune, les canaux éprouvèrent des «secousses, et leurs eaux jaillissant s’élevèrent de plusieurs pieds. «Ïl en fut ainsi dans tous les fossés, réservoirs et canaux de la ville «et de la campagne. Cela dura assez longtemps, puis tout rentra «dans le calme. — En 1600, 25 de la 9° Lune, tremblement de «terre. — Item en 1621, 12° Lune, — En 1658, 22 de la 8° Lune. «— En 1666, le 1° et le 8 de la 12° Lune. — En 1668, le 7 de «la 2° Lune. La même année, le 17 de la 9° Lune, nouveau trem- «blement de terre; les maisons sont agitées, la terre se crevasse. «— En 1672, le 22 de la 8° Lune, tremblement de terre. — Item «en 1678, le. 5 de la 4° Lune et le 19 de la 7° Lune. — En 1727, «à la 8° Lune. — En.1764, 28 de la 5° Lune. — En 1789, 9° Lu-