‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 182 sur 231 · III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX · texte numérisé non relu

III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX

Nicolas III (1277-1280) avait envoyé en Chine une nouvelle ambassade en lui adjoignant cinq franciscains. Son successeur Nicolas IV (1288-1292) députa Jean de Monte-Corvino à Péking, pour remettre une lettre à K'ou-bi-laï. En ce temps-là, la femme et la fille de Argoun, Khan des Perses et autre neveu de K*ou-bilaï, étaient au nombre des chrétiens.

En 1307, dit H. Cordier, Clément V envoya à K'ou-bi-lai sept frères mineurs, ayant rang d'évéques, qui devaient sacrer Monte-Corvino comme archevêque de Khan-bâliq et primat de tout l'Extrême-Orient, et être ses sufTragants ». Trois moururent aux Indes, un retourna en Europe. « André de Pérouse, Gérard et Pérégrin arrivèrent à Péking, en 1308, où ils consacrèrent en grande pompe Monte-Corvino. En 1312, Clément V envoya trois autres sufîragants à l'archevêque de Péking... Un évêché fut créé dans le Fou-kien à Zaïtôun, dont le premier titulaire fut Gérard, qui, étant mort en 1313, eut pour successeur désigné André de Pérouse : celui-ci refusa le poste qui fut donné à Pérégrin. Ce dernier étant mort en 1322, André de Pérouse, qui résidait depuis quelque temps à Zaïtôun, accepta enfin la nomination d'évêque.» On avait établi une mission franciscaine à Ili «et son chef, Richard de Bourgogne, fut nommé évêque d'Ili-bâliq. Cette chrétienté fut détruite en 1342 ... En 1362, Jacque de Florence, cinquième évêque de Zaïtôun, probablement successeur de Pierre de Florence, fut massacré par les Chinois. Les franciscains observantins, avec le P. Pedro d'Alfaro, gardien des Philippines, ne revisitèrent la Chine qu'en 1579.» (1).

D'après l'archimandrite Palladius, la propre mère de ce grand K'ou-bi-laï, la princesse Sorhahlani, mariée à Touli fils de Djengiskhan, était aussi une chrétienne. (2). Après sa mort, son portrait fut conservé dans le «monastère de la croix», -|- ^ r^ Che-tse se, dans la Province du Kansou; plus tard on le transporta à Péking, dans le Ts'e-t^ang Jf^ ^, temple ancestral, qui lui fut consacré. En 1276, sous Jean XXI, avait couru le bruit de la conversion de K*ou-bi-laï.

On sait comment en 1256, h Karakoroum, deux ou trois ans après le départ de Rubrouck, Mangou appela des bonzes bouddhistes, des Taoïstes, et des Chrétiens, pour discuter leurs doctrines particulières en sa présence. Ces Chrétiens, adorateurs du Messie, s'appelaient j^ ^ ti-sie, traduction de Terza, nom que leur donnaient les Mahométans. (3).

(1) Henri Cordier. Odoric de Pordenone, Introduction.

(2) aTraces of Christianity in Mongolia and China in the XlIIth Centurji — Dr.iwn from Cliinese sources; by archimandrite Palladius — The Hiinese Recorder VI, 1875; — pp. lOi-113.» M. Henri Cordier n'exagère à aucun point de vue en proclamant ce mémoire « un des plus importants pour l'histoire ancienne du Christianisme eu Chine».

(8) Jean de Monte-Corvino appelle les caractères Ouigours «litterff itrsicœn. Cet

Palladius mentionne la fondation à Pëking, en 1289, par K'oubi-laï, d'un Consistoire chrétien sous le titre de ^jji'^ Tch'ong-fouse. Les documents chinois qu'il cite, établissent qu'il avait la surintendance du culte dans tous les temples de la Croix de tout TEmpire. C'était une sorte de juridiction de chorévêque et on rétendit encore en 1315.

Palladius apporte ensuite un texte chinois, publié dans une Description (datant de 1330-1332) de Tchen-kiang ^ fll, où Ton résume une inscription qui parle d'une église chrétienne, bâtie en 1281, sur le mont Kin-chan. Cette inscription offre un précis du christianisme dans lequel je relève ce détail: «La croix -f- ^ est une image représentant un corps d'homme. Ils ont l'habitude de la suspendre dans leurs maisons, de la peindre dans leurs temples, de la porter sur leur tête et sur leur poitrine.» Puis suit une phrase qui semble tirée du monument de Si-ngan fou.

Marco Polo mentionne deux églises à Tchen-kiang, bâties en 1278, par Mar Sarghis, qui y introduisit le christianisme: cette Description de Tchen-kiang (Tche j^j en énumère sept, construites par Mar Sergius (Ma-Sie-li-ki~szo), outre un cimetière chrétien. L'Empereur leur accorda des terres dans le Kiang-nan, et des exemptions de taxes. Les Chrétiens augmentèrent ces biens, et le texte chinois fait remarquer que ces constructions furent élevées sans pressurer le peuple. Mar Sergius gouverna Tchen-kiang pendant cinq ans.

Sous les Mongols mêmes, deux des temples (ceux de Kinc/iaii), furent changés en pagodes (en 1303), et attribués aux Bouddhistes, comme en fait foi une inscription qui prétend que les Chrétiens avaient usurpé ce droit de bâtir des églises. Elle relate que l'on «commanda de détruire les croix», et qu'elles furent remplacées par des poussahs que peignit l'artiste Liou-kao, Il fut défendu en outre aux Chrétiens et à leur postérité de soulever jamais des revendications. Ces faits sont attestés encore par une seconde inscription, où l'on trouve les noms de trois autres gouverneurs Chrétiens de ce pays (1283-1286:— 1308-1312;— 1312- 1316), sans compter plusieurs illustres personnages. L'archimandrite Palladius conclut son beau mémoire en faisant observer qu'il existe un certain nombre de ces Descriptions, inédites ou cachées dans des bibliothèques, qui ont trait à l'existence du Christianisme en Chine. Puisse-t-on en faire profiter le public!

A quelques lieues au Nord de Tchen-kiang, la grande ville de Ynng-'tcheou ^ >H'| possédait aussi des églises; les Annales chinoises en témoignent. «Les armées de Gentchiscan, dit Gau-

Oui;^oui-K, que llayton nomiuo Tarso% étnii nt cbutioiip. «Saraceni crucis adonitores, piOBtcr Milgart' gcntis vocabuluni, qiio Chiistianos orimes Isaï, i. e. Jesuinos vocnnt. etiam in hoc logno (Sinarum) antiques illos crucis professores Ta-zai appellant». Trigault. De chriitiana Expeditione. 1C15. p. 231. — Ainssi s'appelaient en Perse les chrétiens arméniens.

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