‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 190 sur 231 · IMAGES ET CRUCIFIX · texte numérisé non relu

IMAGES ET CRUCIFIX

Aux yeux du monde entier, la Chine s'est fait une réputation presque indiscutable d^hostilité systématique à toute innovation. Ce conservatisme réfractaire n'est pourtant pas aussi ancré dans les mœurs que le répètent les manuels de Géographie; on se tromperait étrangement si Ton regardait les Chinois comme des ennemis-nés de toute modification; et, mieux étudiée, l'histoire de cette race donne un fréquent démenti à certaines affirmations courantes trop absolues. Les « Fils de Han » forment avant tout un peuple positif, pratique, utilitaire, qui ouvre la porte bien large à toute invention, de quelque provenance qu'elle soit, si, d'aventure, il y soupçonne un profit immédiat, tangible, réel ou chimérique. L'intérêt prime alors l'antipathie de race pour VOccidental!

En effet, quoi qu'en dise la légende, la nation chinoise n'a pas tout inventé ; elle a reçu aussi, imité, copié, et subi; et dans ces emprunts ou échanges avec ses ancêtres, ses vainqueurs ou ses tributaires, tout n'a pas été profit pour elle ! Moins isolée qu'on ne le suppose, souvent envahie, dominée et asservie par des dynasties d'origine mongole ou mandchoue, elle est redevable à autrui du bouddhisme, de l'émail, de l'opium, et de vingt autres choses. Le costume des hommes est celui des Tartares, les derniers et actuels conquérants, qui ont fait tomber bien des têtes pour imposer la tresse de cheveux. Or cet usage a été si victorieusement nationalisé que l'on ne saurait plus guère concevoir un Chinois «sans queue». L'Empereur est un étranger, qui ignore peut-être la langue de son peuple; sa cour est une cour étrangère pliée, malgré elle ou par calcul, à l'étiquette chinoise. De nos jours et sous nos yeux, les Célestes encombrent les steamers de leurs côtes et du Yang-tse, les rares lignes de chemin de fer tolérées et les voitures qui circulent sur les Concessions. Les allumettes chimiques, le pétrole, les draps de laine, l'horlogerie, les cigares et les cigarettes, les parapluies européens — avec la culture et l'abus de l'opium, hélas ! — pénètrent jusqu'au fond des plus lointaines Provinces. Dans l'histoire de la Chine, dans sa littérature, ses monuments, ses mœurs, sa politique, sa vie sociale, ses révolutions civiles et dynastiques, ses arts, son industrie et ses pratiques superstitieuses, se révèlent les traces les plus

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évidentes des importations étrangères, qu'elle s'assimile avec une indolente souplesse et une insouciance toute asiatique.

Quoi d"étonnant alors si le culte du la Croix a pénétré et persisté chez elle en quelque endroit, malgré l'hostilité du pouvoir, les persécutions locales, les efforts trop réels du démon, et l'austérité de la religion dont ce signe est l'étendard?

Nous allons relever, au sujet de ces bénignes influences, divers témoignages, qui, fragmentés, perdus et épars çà et là, passent inaperçus, et qu'il y a peut-être intérêt à voir classés et distribués méthodiquement, tout au moins rassemblés en quelques pages, pour les sauver de l'oubli.

SI-

Le Calvaire de P'ou~l'otiO. — Culte pseudo-chrétien deA'oaniii. — La Vierge de S. Luc en Chine. — La croix talisman des païens.

P'oii-l'ouo ^ PË- l'une des Iles du groupe des Tcheou-chan (1) est pat excellence une ile bouddhique, par son renom et le nombre de ses monastères ou pagodes. Or, la croix s'y dressait naguère, bien que peu comprise sans doute. « Il est plus que probable, dit le R*i Wright, qu'au milieu de leurs éludes et de leur solitude, les bonzes de P'ou-t'ouo sont au courant des travaux des missionnaires catholiques qui ont jadis visité leur paya, et ont été si favorablement accueillis par K'ang-lti. Il est aussi parfaitement certain qu'ils sont familiarisés avec les pratiques religieuses des Portugais de Macao; car divers objets qui y ont trait se vendent publiquement dans les boutiques de Tîng-hai (2), Ces faits bien connus pourront donc expliquer la présence anormale d'une grande croix bien sculptée, placée en évidence sur un piédestal massif et assez orné, que l'on rencontre parmi les ornementations architecturales aux approches d'un temple bouddhiste.» (3). {fig. 172). Fis- m.

(1) ffl" llli Chu- tan i\e» aarle» AngUiiet, noD Ma de Sing-po.

(3) 3oua-préfecturB située d&ns l'île principale rie l'arohipel.

(3) « China, ihe tctnerij. ardiitecture,...» par le R* Wripht, a»ee de«Biin Je Allom. t. 11. p. 2.). 4» ïolumo. Cet ouvrage, dont les graTnre» >ont plua remurquables par leiit valeur nrtûtiqne que pur leur emctitmle et leur cuuleur locale, s'est ]iuBn publié avec nu t«ite alleiuand et un teite françaù.

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